
La Sélection des Soldats 5/7 ✔️
Jaya courait à travers le village, le cœur au bord des yeux.
À la limite du néant, elle sentit le poids incommensurable des doutes s'abattre sur sa nuque et écraser chaque fibre de son corps. Prise de vertige, sa conscience tomba dans un gouffre se trouvant au-delà de la peur. La peur d'avoir été trompée.
À bout de souffle, elle s'arrêta finalement, se posant contre le mur d'un bâtiment. Sa poigne tremblait autour de son coquillage, ce que lui avait dit Aube la travaillait au point où son cerveau tournait à plein régime.
Et si elle avait raison ?
Un millier d'horreurs germait et trottait dans sa tête, l'amenant à douter de Vadim.
Elle ne devrait pas, il l'aimait...
Mais son maudit cœur lui dictait le contraire. Inlassablement. Douloureusement.
Il lui avait offert le pendentif de sa mère...
Mais ne se débarrassait jamais de cette apprentie...
Elle était toujours là, près de lui. Toujours présente pour l'approcher et le toucher lors des entraînements.
Ce n'était plus de la jalousie, mais de la colère naissante dans ses entrailles. Elle en avait du mal à respirer. Une haine sourde lui retournait l'âme au point où Jaya décida d'aller confronter le fautif avant de perdre la raison. Elle comptait bien avoir de vraies réponses, non des mensonges.
Les soldats étaient en pause et avaient déserté le camp. Vadim n'était nulle part et, par automatisme, Jaya marcha d'un pas irascible vers l'entrepôt. L'air mourrait dans ses poumons, l'obligeant à haleter pour survivre à cette montée négative d'émotions.
À peine avait-il franchi le seuil du bâtiment, d'un air innocent, qu'elle le jugea fourbe. En l'apercevant, il esquissa un sourire chaleureux, ravi de la retrouver après une dure journée de labeur. Cependant, elle se dressa face à lui, le regard meurtrier.
— Tu t'es bien fichu de moi !
Il fronça les sourcils, confus, sa peau luisante au soleil du début d'après-midi.
— Quoi ?
Elle ne savait pas par où commencer, tant il paraissait déconnecté de sa détresse. Il osait même lui adresser un sourire espiègle, croyant qu'elle plaisantait ou jouait la comédie. Que nenni ! Jaya laissa alors sa langue, nimbée d'amertume, prendre les rênes.
— Ce que je te fais ne te suffit donc pas ?
— Mais qu'est-ce que tu racontes ? Baisse d'un ton, tu veux.
La moue taquine du guerrier avait totalement disparu face aux hauteurs de voix et à la sériosité de la brune. Elle n'était donc pas ici pour rire...
— Je m'abandonne littéralement à toi, ce n'est pas assez. Je suis devenue une putain pour toi !
— Qu'est-ce qui te prend, à la fin ? Arrête de dire des choses pareilles ! Explique-moi calmement ce qui t'arrive.
— Ce n'est pas fini entre toi et Aube, n'est-ce pas ?
Entre deux halètements laborieux, Jaya avait murmuré ces mots. Un déluge impérieux qui précipita Vadim dans les profondeurs de l'incompréhension. L'éclat glacé des yeux de l'Alhorienne rutilait d'une tristesse poignante, piqué d'une colère enfouie, rugissant dans un brasier dévorant chaque parcelle de son être.
— C'est pour ça que tu es rentré encore tard, hier soir. Tous les soirs...
— Je ne vais pas rire avec toi si tu dis de telles bêtises.
— Toujours la menace... Tu te dissimules derrière ce caractère de chien pour ne pas perdre la face ! Pour qu'on ne décèle pas tes mensonges ! Elle m'a tout dit...
Braqué sur ces paroles, Vadim se figea. Son visage se métamorphosa, arborant progressivement ce masque effroyable qu'elle détestait tant.
— Qu'est-ce qu'elle t'a dit ?
Jaya se tut, reculant d'un pas face à l'animal intimidant qui refusait cette distance. Il plaqua un pied devant lui et la surplomba de sa taille.
— Répond ! Qu'est-ce que cette trainée t'a dit ?
— Bien assez de choses. Tu ne t'arrêtes pas à une seule, tu es un prédateur.
Elle avait osé... Cette saleté avait eu l'audace d'aller trouver Jaya pour lui raconter des sottises à son sujet. Elle ne reculait devant rien pour l'avoir, même devant le fait qu'il soit marié et dorénavant heureux. Il bouillait de l'intérieur, fulminait à en brûler les dalles sous ses pieds.
— Je vais la tuer...
Résolu à trouver cette garce et lui faire regretter son audace, Vadim abandonna Jaya sans plus de cérémonie et se précipita vers la sortie du camp.
— Vadim !
Sourd à tout, aveuglé par la rage, il était comme hors de lui. Ce qui finalement l'immobilisa fut un soulier, venu se loger à l'arrière de son crâne. Telle une bête sauvage, il pivota vers Jaya, qui, déchaussée d'un pied, brandissait sa deuxième chaussure comme une menace. Si jamais il osait faire un pas de plus...
Le regard du blond se cristallisa en une dureté glaciale. La désignant d'un doigt, il lui siffla :
— Je te préviens...
L'électricité crépita entre eux. Enhardie par sa colère, elle lui lança son escarpin. Mais, avec une habileté surprenante, il intercepta l'objet volant d'une main avant de le jeter avec dédain sur le sol.
— Je t'interdis de t'esbigner !
— Laisse-moi y aller, je vais la tuer...
— Tu veux la tuer parce qu'elle m'a tout dit de vos petits rendez-vous ? rugit-elle, avec acidité.
— Non, parce qu'elle t'a retourné le cerveau ! Jaya, j'ignore ce que cette folle t'a raconté, mais ce sont des mensonges et ça me met hors de moi, surtout que tu puisses la croire. Tu ne vois pas qu'elle le fait exprès pour t'atteindre ? Elle te jalouse à en crever !
— Elle est toujours amoureuse de toi...
— Qu'est-ce que tu veux que j'y fasse hormis l'ignorer ? La sélection arrive dans quatre jours, dans peu de temps elle disparaîtra aux ordres de Leftheris et nous serons tranquilles, je te le promets.
Jaya émit un rire nerveux.
— Tu travailles avec elle, c'est bien suffisant. Tu ne veux pas t'en séparer. Pourquoi alors ? Parce que c'est une puissante combattante ? Ou parce que tu couches encore avec elle ?
— Je t'en prie, c'est ridicule ! Je ne te pensais pas aussi jalouse et crédule.
— Tu oses me parler de jalousie ? Toi ? Toi qui ne supporte pas m'entendre prononcer le nom de Tiordan ou même que je danse avec ton propre frère ?
Entendre ceci ne fit qu'enflammer davantage l'ire sans retour du guerrier, sa lèvre supérieure tremblait de colère. Il avait déjà avalé la distance qui le séparait de sa femme, prêt à lui faire face une fois de plus. Il devait contrôler son courroux s'il ne voulait pas pulvériser d'un seul coup de poing la colonne qui soutenait le toit de l'entrepôt.
— Ne me cherche pas, Jaya...
— Sinon quoi ? Oh, mais c'est vrai, je ne suis qu'une gamine naïve et stupide. Je n'ai pas mon mot à dire quand il s'agit de l'armée.
— Bien sûr que si.
— Alors je veux qu'elle parte ! Je refuse qu'elle continue de travailler avec toi.
Vadim demeura pétrifié. Il ne s'attendait nullement à cette déclaration, laquelle le laissa pantois. Incertain quant à la suite.
— Comment dois-je m'y prendre ? Si je fais ça, je fais perdre un élément prometteur à l'armée de mon père. Tu crois que c'est si simple que ça ? Qu'en claquant des doigts, tout arrive et tombe tout chaud dans le bec. Non... Ça ne marche pas comme ça.
— Pour l'armée... Tu oses refuser...
— Dans quatre jours, elle ne sera plus là. Alors, je t'en prie, soit une adulte et prend ton mal en patience. Je n'ai rien fait avec elle, rentre-toi bien ça dans le crâne !
— Mensonge... Si elle ne part pas... C'est moi qui partirait.
Était-elle sérieuse ? Lorsqu'elle fit volte-face, il comprit, peut-être, qu'elle croyait véritablement à l'énormité qu'elle venait de lâcher.
— Où est-ce que tu vas ? Tu crois vraiment que tu peux partir comme ça ? Tu crois que je te laisserai faire ?
— Tu n'auras pas le choix ! Tu ne pourras me retenir !
Elle s'en allait sans se retourner et cela, Vadim ne pouvait le tolérer. En seulement trois grandes foulées, il se tenait devant elle, lui barrant le chemin. Elle leva des yeux révulsés sur ce corps gigantesque qui se tenait à quelques centimètres d'elle.
Ce regard... Il la perforait comme jamais.
— Je brûlerai tous les carrosses pour que tu n'ailles nulle part. Je tuerai quiconque t'aidera à fuir Cassandore. Tu m'entends ?
— Je ne suis pas ta prisonnière, ni ta petite chose dont tu peux profiter lorsque tu as du temps libre. Ne prends pas ton air menaçant avec moi. Le pacte ne me retient pas. Alors vas-y, rentre-moi dedans comme un cheval fou, si ça te fait plaisir, tu n'es bon qu'à ça...
— Oh, c'est une proposition, Madame Blanchecombe ? On peut faire ça tout de suite, si tu en as envie.
Il arborait un sourire mauvais par dessus sa haine, ce qui hérissa bien davantage le poil de Jaya qui persifla :
— Tu es absolument ridicule, un maudit sadique ! Tu ne me prends jamais au sérieux, comme si je n'étais qu'une enfant idiote !
— Cesse donc tes simagrées. Grandis un peu !
— Laisse-moi partir !
Elle tenta de le contourner, estimant que cette conversation avait assez duré, mais c'était mal le connaître. Vadim n'en avait pas terminé avec elle. D'une seule main, il enserra son bras délicat pour la retenir. La princesse tressaillit lorsqu'il la ramena vers lui, la maintenant avec fermeté. Se sentant prise au piège, Jaya se débattit avec ardeur, redoublant d'efforts face à sa force titanesque dont elle peinait à se défaire.
— Lâche-moi ! Mais tu vas me lâcher ?!
Vadim la regardait d'en haut s'agiter. Elle cogna un poing sur sa poitrine, espérant gagner du terrain sur cet affrontement vain. Il ne vacilla pas d'un millimètre. Elle était bien trop faible et seuls ses mots criés à pleins poumons la portèrent dans sa défense.
— Laisse-moi partir ! Sale bâtard du sud !
— Oh, oh, que de grossièreté dans ta bouche ! Je ne la pensais pas si impure et Ymos sait qu'elle n'a pas contenu que des grossièretés.
C'en était assez ! Elle avait atteint ses limites. Il n'avait donc aucun respect ? Cette perversité gratuite la rongeait de l'intérieur, ondulant entre honte et dégoût. Sa rage explosa et éclata au visage de Vadim qui se retrouvait avec cinq doigts plaqués sur la joue. Le son cinglant résonna comme une punition dans le camp. Vadim avait passé l'âge d'être puni et qu'elle le rabaisse à ce niveau recouvrit ses yeux d'un voile noir de colère.
Pour qui se prenait-elle ? Personne ne devait lui mettre des coups, c'était lui qui les donnait.
La face enflé de rouge, Vadim appuya un œil déformé sur sa femme qui comprit aussitôt que son impulsivité lui avait encore porté préjudice. Il était terrifiant... Tellement qu'elle se sentait minuscule, telle une fourmi prête à se faire écrabouiller.
Non... il n'oserait jamais lever la main sur elle en retour...
Sa poigne se resserra fortement sur son poignée au point où la douleur pulsa dans ses os. Jaya cria, le cœur battant à vive allure. Il palpitait jusqu'à lui en faire perdre le souffle. Vainement, elle tenta de se libérer en se tortillant hors de son emprise. Elle n'avait qu'un souhait : partir loin, très loin de lui et sa violence. Un ardent combat s'entama entre eux. La jeune femme était secouée comme un prunier entre les mains de son mari qui refusait qu'elle parte.
Jamais. Jamais elle ne devait le quitter. Il mettrait cette ville maudite à feu et à sang pour l'en empêcher. Il tuerait Aube de ses propres mains sans hésiter...
Dans leur affrontement fiévreux, Jaya réussit à plaquer ses mains sur le torse de Vadim et le repousser légèrement en arrière. Aucun des deux n'avaient vu la petite marche descendant dans l'arène du camp.
Le sol se déroba sous leurs pieds.
Vadim tomba lourdement sur le dos, emportant Jaya dans sa chute. La jeune femme, à peine sonnée, tomba sur lui, mais se redressa immédiatement. Elle devait s'en défaire et fuir. D'une main vive, elle arracha le long pic à cheveux tenant sa crinière en chignon et braqua la pointe sous la gorge de l'homme.
Haletants, ils échangèrent un regard lourd.
Essoufflée, Jaya restait immobile sous les yeux translucides qui la jugeaient de son acte. Aurait-elle le courage d'appuyer davantage si jamais il persistait ? Elle n'avait même pas senti que des larmes perlaient sur ses joues. Ses doigts tremblotaient autour de l'arme improvisée, incertains et troublés face à la bête qui la fixait sans bouger.
— Vas-y, fait le...
Sans la quitter des yeux, il se redressa doucement, pressant la lame du pic contre la peau de son cou. Jaya sentit le craquement de la chair qui pénétra son esprit ; la première goutte de sang la poussa à reculer d'une miette, réduite en poussière sous l'œil de son époux.
— Fait le. Assume...
— Tu ne le mérites même pas...
Elle jeta l'arme d'un geste impétueux avant de se lever, gonflée de sanglots. Vadim ne la retint plus, ses larmes étaient trop difficiles à endurer. Pivotant vers l'entrée du camp, il la vit disparaître, noyé sous un flot de regrets.
Qu'est-ce que tu as fait, Vadim...
Il n'avait fait qu'aggraver les choses. Au lieu de parler calmement avec elle, il s'était encore laissé manipuler par son propre animal intérieur. Il n'avait pu retenir sa colère à l'idée qu'on puisse lui inventer une vie. Qu'est-ce que Jaya allait penser de lui, désormais ? Tout ça...
C'était la faute de Aube.
À peine relevé, les premiers soldats revenaient de leur pause, franchissant l'arche du camp, inconscients de l'escarmouche récente. Un volcan ardent s'éveillait en lui, et Vadim ne prêtait plus attention à la douleur qui étreignait son cou, ni à celle qui pulsait à l'arrière de sa tête suite à la chute.
Il ne voyait plus qu'elle...
Cette vipère sournoise...
Elle arrivait auprès des autres, semblant si loin de tout soupçon. Si loin de savoir la haine qu'il lui portait. Quand il croisa son regard, il ne pointa qu'un doigt dans sa direction. Une cible dans sa ligne de mire.
— Toi...
Aube s'immobilisa, à l'arrêt devant le danger imminent. Son cœur s'était soudain mit à tambouriner pour propulser le sang dans son organisme. Elle fit abstraction des désagréments récents sur son chemin et étendit un sourire, prêtant l'oreille aux complaintes de son cher instructeur.
Or, elle se glaça quand il avança à toute vitesse jusqu'à elle. Un mètre quatre vingt quinze de folie meurtrière se dressait face à elle.
— Toi... Qu'est-ce que tu as raconté à ma femme ?
Aube ricana sous les yeux curieux des soldats du camp. La petite catin était donc venue se plaindre...
— Oh, Vadim... Tu m'harponnes avec tant de haine parce que ta petite princesse t'a probablement fait une scène. Tu es tombé bien bas, je ne te reconnais plus.
Vivement, d'une main volcanique, Vadim attrapa Aube par le col de son gilet de combat. À cet instant, une étincelle de crainte naquit dans l'or de ses prunelles.
— Écoute-moi bien, je ne tolérais plus le manque de respect que ce soit envers moi ou envers mon épouse. Tu as enfreint les règles en t'approchant d'elle et ça ne me plait pas du tout.
— Qu'est-ce que tu vas faire, hein ? Tu sais, il y a les raisons que l'on se donne et les excuses que l'on se trouve. Tu agis ainsi parce qu'elle est une princesse et que ton père dépend de l'apport d'Alhora. Mais ton père dépend aussi de nous, les soldats, pour assurer son armée qui va entrer en guerre. Alors dis-moi... Qu'est-ce que tu comptes faire ?
Son arrogance lui donnait envie de redéfinir le paysage complet sous sa rage. Elle le provoquait ? Elle n'aurait jamais dû...
— Je t'expulse de l'armée.
Un bain de glace, un arrêt dans le cœur. Avait-il réellement prononcé ces mots ? Non, elle ne pouvait y croire. Quand il la relâcha brusquement, la faisant légèrement valser en arrière, elle comprit qu'il était très sérieux. Un silence de mort s'était installé sur le camp. Les oiseaux en avaient même cessé de chanter.
— Retourne d'où tu viens, tu ne fais plus partie des soldats cassandoriens.
— Vadim... tu... Tu ne peux pas me virer comme ça. C'est une plaisanterie ?
— Je suis on ne peut plus sérieux.
— Mais... C'est ma vie, ici. Je n'ai plus rien hormis ça. Tu m'as formée pour être dans l'armée, je t'ai donnée tout mon temps et mon énergie... et tu me jettes... À cause d'elle ! Tu as tout fichu en l'air à cause de cette sale petite putain qui n'est bonne qu'a écarter les cuisses !
Son cri résonna dans la totalité du camp d'entraînement, poussant l'enseignant à se plaquer férocement devant son adversaire. Il lui aurait claqué la bouche au sol.
— J'ai dit part ! C'est un ordre du prince et de ton instructeur. Tu n'as plus rien à faire ici... Et je ne veux plus entendre un seul mot de ta part concernant Jaya. Moi je sais laquelle des deux écarte les cuisses pour l'attention et l'intérêt.
Des larmes commençaient à fondre dans les yeux de la bouclée, dépassée par tous ces événements désastreux. Elle peinait à croire où Vadim et elle, autrefois des amants si passionnés, en étaient arrivés.
— Tu ne peux pas me faire ça ! Pas juste avant la sélection !
— Qui va m'en empêcher ? C'est moi l'autorité, c'est moi qui décide. Alors va-t-en...
Aube ne contrôlait plus rien, ni ses larmes, ni les tremblements de son corps. Sous ces yeux transperçants, elle n'arrivait pas à reculer. Si elle le faisait, ce serait terminé. Elle devait en être sûre...
— Vadim ! Regarde-moi au fond des yeux et dis-moi que tu l'aimes.
Il la gratifia d'un œil lourd de sens.
— Moi je t'aime. Je t'aime et tu le sais. Je ne t'ai jamais repoussé, je t'ai toujours considéré à ta juste valeur... mais pas elle. Alors dis-le moi une bonne fois pour toute... Je veux être fixée.
Enfin face à elle, il la surplomba de son air menaçant, insensible. Sa voix n'était plus qu'un souffle, afin que cette dernière confrontation reste uniquement entre eux. L'or et le turquoise se mélangèrent dans une explosion de sentiments divergents. Si durs et douloureux.
— Je ne t'ai jamais aimée, Aube. Tu n'étais qu'une aventure qui s'est éternisée. J'ai peut-être ressenti de l'amitié à un moment, beaucoup de désir, mais rien de plus. Qu'est-ce que tu espérais ? Jaya est ma femme, elle m'a repoussé dans les débuts, certes, mais elle m'a offert des choses que jamais tu ne pourras m'offrir. Et je l'aime. Je suis fou d'elle, si c'est ce que tu veux entendre... et si par ta faute, elle venait à me quitter ou même me détester alors que j'ai eu tant de mal à obtenir sa confiance, je te jure que tu le regretteras. Maintenant part... Tu as eu ta réponse. Je ne veux plus te revoir sur le camp.
Sur ces mots, Vadim l'abandonna dans le mal.
Le mal de lui. La désillusion et l'amertume. Un boulet glissa dans sa gorge, élargissant la souffrance tiraillant son être meurtri par ce combat. Il ne lui accordait plus aucun regard, marchait sans prendre cas qu'il l'avait blessée.
Oui... si profondément blessée.
— Qu'est-ce que vous regardez ? En place, messieurs, on reprend !
Les soldats sursautèrent sous le rugissement de leur supérieur, jetant des œillades compatissantes ou dédaigneuses à la pauvre rejetée.
Oui, désormais, c'était elle qu'on rejetait, qu'on jugeait... Comme elle l'avait toujours été. Or, de la part de Vadim, c'était la pire torture. Il avait tant changé, elle ne le reconnaissait plus. Des larmes dégringolant le long de son désespoir, Aube s'en alla en courant, se ruinant les tendons d'Achille à travers les rues de Cassandore. Peu importait la destination, elle devait étouffer le cri de martyr en elle.
Tous ses rêves étaient brisés, réduits à néant à cause de cette princesse... Des sentiments que Vadim lui portaient. Elle en était sûre désormais... Elle l'avait bel et bien perdu. Tout perdu.
Tout ça... À cause d'elle...
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