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Leçon de Magie 2/7

Plus les jours passaient, plus Jaya aiguisait son autorité face au Risen. Amaros était extrêmement satisfait de la voir s'acharner avec autant de ferveur. En une semaine seulement, elle avait appris à canaliser ses flux de magie et a allumer les torches. Même si parfois, elle relâchait un trop grand pourcentage de pouvoir au point de tout griller autour d'elle, son apprentissage était plus que concluant. Bientôt, elle pourrait apprendre des sorts basiques. Mais ça, c'était une autre paire de manches.

Par un beau crépuscule, Jaya poussa un souffle afin de se plonger dans la plénitude. Entourée des trois torches brûlées mais éteintes, elle canalisa toute sa volonté dans sa poitrine. Au cours de cette semaine d'entraînement, elle avait appris que le Risen ressentait lorsque l'esprit avait une baisse de confiance et en jouait pour prendre le dessus. Ce genre d'affrontement viscéral résultait souvent à un souffle magique repoussant toute âme autour du réceptacle.

Elle le sentait bouillir en elle, à cet instant, furieux qu'elle veuille encore le provoquer pour mieux le contrôler. La brune leva un bras en avant et un autre en arrière, elle plia légèrement un genou et s'apprêta à tournoyer pour laisser échapper le feu.

— Jaya ?

Quand une voix la retint.

Portant un œil distrait vers les fourrées, elle y vit la silhouette de Tiordan. Le jeune homme la gratifia un sourire timide, un petit peu embarrassé de la déranger durant son entraînement.

— Tu viens manger ? Symphorore a fait cuire le dîner.

Sans bouger, Jaya lui sourit en retour.

— Oui, j'arrive. Laisse-moi juste les rallumer encore une fois...

Repassant son regard sur la première torche, la princesse prit une longue inspiration. Tiordan s'adossa à un arbre pour admirer le spectacle. Régulant sa respiration, Jaya garda les yeux ouverts. Elle n'avait plus besoin de les fermer, ni même de voir son Risen s'agiter pour le dompter. Tout ce faisait par la pensée. Ce fut avec autorité et détermination qu'elle lui ordonna, dans un cri intérieur :

« Fait jaillir les flammes ! »

Le Risen vibra et secoua ses veines quand elle tourna sur elle-même pour décrire un arc de cercle d'où une vive lueur bleue s'échappa. Le halo s'élargit et partit en éclat pour frapper les torches qui s'allumèrent à leur bout. À nouveau immobile, Jaya étira ses lèvres, satisfaite de sa réussite.

Elle entendit rapidement des applaudissements sur son flanc.

— Waouh, tu t'es drôlement améliorée. En si peu de temps, c'est impressionnant.

Elle se redressa enfin et gratifia Tiordan d'un rire doux et mélodieux.

— Merci, mon Risen a quand même parfois du mal à m'obéir.

— Tu vas finir par le mater, ne t'en fait pas. Je sais que tu en es capable. Quand tu as un truc dans la tête, tu le lâches pas, quitte à gravir des montagnes.

Le rire de la jeune femme devint plus fort encore.

— Je ne sais pas si je pourrais gravir des montagnes.

— Je suis sûr que oui.

Elle émit un claquement de langue désapprobateur, tout en se rapprochant de lui.

— Vadim me pensait assez forte pour apprendre l'art du combat, c'est pas pour autant que j'ai réussi.

Le sourire de Tiordan se fana légèrement, ce qu'elle remarqua presque aussitôt.

— Il doit te manquer, parfois. Pas vrai ?

Cette question figea la jeune femme. Pour lui manquer, il lui manquait plus que tout. Mais aurait-elle le courage de lui en parler ? De lui confier ce manque ? À lui ? Vadim n'avait jamais essayé de parler avec elle de Tiordan, n'avait jamais pris la peine d'essayer de comprendre comme son absence dans leurs débuts avait pu l'affecter. C'était sa jalousie qui guidait ses gestes avant tout, elle ne lui en voulait plus depuis bien longtemps.

Mais Tiordan... Sa demande était si sincère. Tombant assise sur une vieille bûche au sol, aux pieds du garçon, elle posa ses coudes sur ses genoux et son menton s'échoua dans ses paumes.

— Tu n'imagines même pas...

Lentement, il vint s'assoir à côté d'elle, analysant son gracieux profil noyé dans la lumière orangée du coucher de soleil. Elle fixait longuement le sol, comme perdue dans un passé qu'il n'arrivait pas à déchiffrer.

— Tu... Tu peux me parler de lui, si tu veux...

Ses mots eurent l'effet qu'il attendait ; Jaya souleva un regard chagriné et surpris sur lui. S'ils devaient en discuter pour que plus jamais elle ne revête cet air malheureux, il pourrait rester ici des heures durant à l'écouter parler.

Il étira un sourire pour la mettre à l'aise, puis l'imita en posant ses avant-bras sur ses genoux.

— Comment il était avec toi ?

— Très... Jaloux.

Il plissa le nez.

— Je m'attendais pas à ça pour une première qualité.

Elle gloussa.

— Ce n'était pas une qualité. Il avait beaucoup de défauts, mais autant de qualités, c'était... Un homme incompris et très doux malgré son apparence qui pouvait facilement intimider.

En effet, Tiordan se rappelait sans mal la première fois qu'il l'avait vu, dans les geôles de Starania. Ces cicatrices, ce regard... Il en avait encore des frissons dans le dos.

— Il savait pour toi et moi, et... ça ne lui a pas tellement plu.

Tiordan perdit son petit sourire et mua vers une grimace.

— Il... il le savait ?

— Oui, je lui en avais parlé. Si tu veux tout savoir, il était assez jaloux de toi et de ce qu'on vécu ensemble, il ne supportait pas m'entendre prononcer ton nom.

— Eh bien... Moi ? Jalousé par un prince, qui l'aurait cru ? sourit-il, encore emmêlé dans son étonnement. Et... il n'a pas été... violent avec toi ? Je veux dire... avec ce que nous a appris la religion, une princesse ne doit connaître que son mari...

Elle baissa à nouveau la tête, tristement.

— Pour ça, oui, il a été parfois un peu cruel... dans ses paroles. Mais... il a su l'accepter. Tu sais, malgré nos débuts difficiles, il a été un bon mari avec moi. Il m'a appris beaucoup de choses, il m'a protégée, m'a montré le monde. Il m'a offert le soleil, la mer, la certitude de ne pas être une princesse inutile. Il s'est battu pour moi. Il a été présent pour me soutenir quand nous avons perdu notre fils. Il m'a aimée et... je l'ai aimé.

Tiordan déglutit sans pouvoir la quitter des yeux. Pouvait-elle l'avoir aimé plus qu'elle ne l'avait aimé lui ? Malheureusement, il en était convaincu. La mélancolie de sa voix résonnait comme une mélopée dans l'écrin de verdure. Jaya... La voir souffrir de cette manière lui donnait envie de tout gommer pour tout recommencer. Effacer le passé pour que plus jamais, elle n'ait à vivre ou même à repenser à ces pertes et ces douleurs qui l'avaient tant ternie.

— Je me dis que... même si c'est douloureux, c'est en parlant que je cultiverai sa mémoire. Pour que jamais il ne tombe dans l'oubli. Il ne mérite pas ça. Il ne méritait pas tout le mal qu'on a lui fait. Quand j'y pense, parfois, je... tout remonte. Autant les bons souvenirs que les mauvais. J'essaye de me persuader que j'arriverai à tourner la page, mais... Malgré tout, je ne suis pas assez forte. Et... je réalise ensuite, quand je suis seule... à quel point il me manque...

La lèvre inférieure de la princesse se mit à trembler.

— Ça fait mal, Tiordan. Ça fait tellement mal....

Une larme lui échappa. Elle glissa sur sa joue pour s'écraser sur les brins d'herbes. Tiordan grappilla les quelques centimètres la séparant de lui pour l'entourer d'un bras bienveillant. Elle vint d'elle-même poser sa tête sur son épaule si rassurante où elle sécha ses joues. Le sentir là, auprès d'elle, lui faisait un bien fou.

— Tu vas devoir te montrer encore un petit peu courageuse, Jaya. Un jour, ça passera... et on sera là pour toi. On t'abandonnera plus jamais, je te le promets. Je serais là pour toi, comme je l'ai toujours été.

Elle le couva d'un œil tendre et humide. Leurs visages étaient si proches, l'un de l'autre qu'il aurait pu lui voler un baiser à tout moment.

— Je le sais que tu l'as toujours été...

Il abandonna une caresse sur ses omoplates. Ce serait suffisant... Autant mettre au cachot son effusion d'envie et de sentiments. Se séparant enfin d'elle, il lui offrit une moue rayonnante.

— Allez viens, Symphorore nous a fait un ragoût avec le lapin que j'ai ramené ce matin. Ce soir, c'est repas royal, votre altesse.

Prenant sa main, il y déposa un baiser bien trop distingué pour être vrai, ce qui força Jaya à rire dans ses larmes. Il avait toujours su la faire rire, même dans les moments les moins appropriés.

Elle s'était brûlée vive durant cette année, mais lorsque son esprit s'y penchait, ce départ était comme renaître de ses cendres. Plus que jamais dans les yeux de Tiordan, elle le réalisait.


Autour du feu, le quatuor prenait un repas bien mérité. Ce matin, Symphorore et Tiordan avaient été chasser pendent que Amaros et Jaya dormaient encore. La princesse était épuisée de ses cours de la veille et ils avaient décidé ensemble de la laisser se reposer un peu.

Symphorore avait mitonné toute la journée ce ragoût de lapin avec quelques herbes aromatiques, des pommes de terre et des carottes de ferme. Les parfums étaient si délicats sur le palais que Jaya avait soupiré de bien-être. C'était un plat réconfortant que son amie cuisinait à merveille. Ça lui réchauffait le cœur et lui faisait oublier tous ces jours à manger froid.

Allongée à ses côtés, se léchant les babines, Liloïa apprécia les quelques morceaux de viandes et de légumes que lui lançait Jaya. La nourriture humaine était presque aussi bonne que les poissons frais.

La conversation tourna rapidement autour des entraînements de Jaya. Amaros était très satisfait de voir à quel point elle s'était améliorée en si peu de temps. Bientôt, à cette allure, son Risen lui obéirait au doigt et à l'œil et elle pourrait assimiler ses premiers sorts basiques. Jaya pétillait à cette idée.

— Quel genre de sorts basiques tu vas m'apprendre en premier ?

— Je ne sais pas trop, marmonna l'adolescent, en avalant sa bouchée. Le premier que j'ai appris, sans doute, et qui était la lévitation.

— La lévitation ? Du genre... faire léviter des choses ? le questionna Symphorore.

— Tu n'es pas si idiote que tu en as l'air, couette-couette.

Grognant dans son col, la chasseresse lui envoya un majeur pour toute réponse. Tiordan gloussa, amusé par la moue boudeuse de sa sœur.

— C'est exactement ça. Faire léviter des choses, c'est un exercice de débutant et je pense que ce sera parfait pour toi, princesse.

— Dans ce cas, je te fais confiance, sourit-elle.

— Ça ne t'ai jamais arrivé d'éveiller un sort par accident ?

Jaya fronça les sourcils.

— Comment ça ?

— Eh bien, moi par exemple, j'ai éveillé la lévitation durant mon entraînement primaire, donc la maîtrise de mon Risen. Je me souviens encore la tête de Vadim quand il a vu cette énorme bûche de bois que j'ai ensorcelée foncer droit sur sa face. Il s'est baissé juste à temps pour l'éviter.

Amaros riait de bon cœur face à ce souvenir que Jaya imagina sans peine, un éclat de nostalgie piqué dans le cœur. Vadim avait dû gronder tellement fort Amaros d'avoir failli le blesser, ou alors, il avait pris la chose à la légère, comme il avait fait avec elle dans la caverne.

Un instant, elle osa imaginer comment aurait été son apprentissage si Vadim avait été toujours vivant...

— Donc, il aurait été possible que toi aussi, tu éveilles un sort par accident. Ça arrive.

Posant son bol à moitié plein sur ses genoux, Jaya réfléchit un instant avant qu'une scène ne lui revienne en mémoire avec amertume. D'autres images glissèrent devant ses yeux et la ramenèrent des jours en arrière, à Alhora...

— Eh bien... J'ignore si c'est un sort, mais... Plusieurs fois, avant qu'on se retrouve, j'ai poussé des cris qui ont tout balayé sur leur passage. Ça en a brisé des fenêtres, de la vaisselle et... percé des tympans.

Elle pensa à sa tante Malista. Celle-ci avait été admise à l'hôpital, suite à ceci, selon ce qu'elle avait appris après son départ du manoir. Elle se demandait si elle avait pu se rétablir ; probablement, ce genre de carne était bien trop dure pour rester clouée au lit.

Amaros arqua un sourcil en enfournant une nouvelle cuillerée dans son gosier.

— Che ne vois pas trop quel chenre de sort cha peut être... (il avala) Mais j'avais entendu une histoire concernant des mages qui poussaient des cris ainsi.

— Ah oui ?

— Oui. As-tu entendu parler des Banshees ?

Des Banshees ? Ce nom était totalement inconnu pour Jaya et son expression faciale marqua sa perplexité face à l'adolescent qui émit un claquement de langue.

— Je m'en doutais... Tu sais, parfois, les mages reçoivent des facultés que d'autres n'ont pas. On appelle ces mages spéciaux des « Keyrisans » sur le continent. C'est mon cas, avec mes visions. Je suis ce qu'on appelle, dans le jargon risenien, un Oracle. Je peux voir l'avenir dans des flashs soudains ou dans mon sommeil. Je suis donc un Keyrisan. Et les Banshees sont toutes aussi rares que les Oracles et entrent dans cette catégorie de mages spéciaux. La plupart du temps, sur le continent, ces Keyrisans sont traités comme des célébrités ou, au contraire, comme des abominations. Malheureusement, c'est un peu le cas des Banshees.

— Pourquoi ?

— Leurs cris... annonceraient la mort.

Un frisson inexpliqué parcourut l'échine de Jaya. Tous les yeux se plaquèrent sur Amaros qui revêtait l'air grave d'un soir d'hiver. La princesse déglutit, mais trouva la force d'ouvrir à nouveau la bouche dans sa curiosité.

— Comment ça ?

— Eh bien, on dit que leurs cris glacent le sang et pourraient réveiller n'importe qui, même ceux plongés dans le coma. On les surnomment même les Messagères de la Mort. Durant les temps de guerre, elles annoncent les morts tombés au combat. Dans les temps paisibles, ce sont les morts dans les foyers. Les gens qui sont victimes de leurs hurlements trouveront la mort d'ici peu, selon ce que je sais. Parfois ça provoque une maladie que nulle médecine ne peut guérir, le chemin reste le même et mène au décès. Rassure-moi... Personne n'est mort quand tu as crié ?

Le père Thésélius... Il était le seul à être mort après l'avoir entendue. Son crâne avait littéralement explosé sous sa rage. Les évêques, Aube, même son père, sa tante et Evanora avaient survécu. Les Banshees seraient-elles réellement capables de tuer d'un simple cri ? Si c'était vrai, si... elle en était une... Ce serait horrible, terrifiant au point qu'elle en eut des frissons rien que d'y penser.

Elle sentait les regards lourds de Tiordan et Symphorore sondant l'arrivée de sa réponse avec une légère appréhension. Elle ravala une salive acide.

— Non...

Amaros haussa les épaules, comme si cette réponse lui convenait parfaitement.

— Dans ce cas, je fais peut-être erreur. Tu n'es peut-être pas une Banshee. Ces cris sont peut-être simplement un sort dont j'ignorais l'existence. C'est pas bien grave !

Il replongea dans son bol avant de le tendre sous le nez de Symphorore.

— Il reste du ragoût ?


Le blizzard fort soufflait sur Alhora.

Un blizzard coupant et glacial qui chantait une mélopée sur la ville et tranchait le ciel devenu sombre. Ce temps affreux n'effrayait pas Frost. Enfin, il venait de terminer la préparation de son armée. Dès l'aube, il repartirait vers le sud, afin de ratisser chaque morceau de terre à la recherche de sa chère fille. Qu'importait le climat ou les conflits, il braverait la tempête pour redescendre la montagne.

Pendu à sa fenêtre, les yeux par delà la noirceur, il ne trouvait le sommeil depuis des jours. Des cernes noirs coloraient sa peau pâle, faisant ressortir la tristesse de ses yeux si bleus. Le château était extrêmement silencieux depuis que Jaya n'y était plus, les domestiques marchaient la tête basse quand ils croisaient leur roi, comme s'ils s'adonnaient à une veillée funèbre. La rumeur s'était rapidement répandu et il savait pertinemment que tous savaient ce que Jaya avait fait. L'hérésie montait tellement vite aux lèvres quand il était question de magie et de religion. Se montrer exemplaire et masquer ses sentiments devant le peuple était le devoir d'un roi et il se devait de le respecter, afin de mettre ses hommes en confiance quant à cette quête.

Mais jamais il ne pourrait honorer les paroles dites à Byron.

Jamais il ne pourrait enfermer Jaya et encore moins la tuer. Il avait juré de la protéger au péril de sa vie.

Ses épaules s'affaissèrent, sa silhouette se voûta dans la pénombre de son bureau. Il ressemblait à un fantôme de désarroi.

Il tourna un regard vers le mur derrière la surface de bois ciré enseveli sous un tas de documents et parchemins pour poser ses yeux sur un renfoncement creusé dans la pierres grises. Deux socles y étaient posés, accueillant chacun une couronne. Celui de gauche portait la sienne, le divin halo du roi, serti de saphirs rutilants.

La seconde en portait une plus petite, plus fine, comme un diadème brillant de mille feux.

Il s'en approcha, comme aspiré par l'aura de grâce émanant de ce bijou somptueux considéré comme étant la plus belle pièce du royaume. En or blanc de la plus haute pureté, il était orné d'un saphir plus gros et scintillant que les autres l'entourant dans une ronde quasi sectaire. Des pierres précieuses plus petites décoraient le cercle et apportaient une série de foliations superbes se reflétant autrefois sur la chevelure de Chrysiridia.

La couronne de la reine. Celle que Jaya aurait dû porter, plus tard.

Une fine pellicule de poussières la recouvrait et entachait sa brillance jadis exceptionnelle. Tout ce qui se passait actuellement le dépassait. Si autrefois, Frost aurait demandé conseil à son dieu pour s'extirper de son angoisse, cette fois, les yeux braqués sur cet halo de royauté, il pensa à une tout autre personne.

— Qu'est-ce que j'ai pu rater, Chrysiridia ? J'ai tout fait comme tu m'as dit... Je l'ai élevée, aimée, protégée, la préparant au mieux à prendre ma relève, mais... Tous mes efforts se sont montrés vains, aujourd'hui. Je n'ai pas réussi, chérie. J'ai été faible et si peu attentif sur les signes. Comment contenir une telle force ?

Il baissa la tête, piteusement, pour fuir le contact avec cette couronne qui semblait le juger de tout son orgueil.

— Pourquoi a-t-il fallu qu'il en soit ainsi ? À ma place, tu aurais su la protéger et gérer cette situation bien mieux que moi... Je ne sais plus quoi faire... Je refuse qu'on la tue. Pas ma chère petite fille. Pas après tous ces efforts...

Soudain, des coups résonnèrent à la porte du bureau. Frost sursauta et se redressa pour faire face à une servante qui entra sans y être invitée. La pauvre femme, échevelée, multipliait les souffles dans sa panique. Elle s'inclina rapidement.

— Mon roi, je suis désolée d'arriver d'une façon si cavalière.

— Que se passe-t-il ?

— C'est votre sœur...

Frost se pétrifia.

— Elle ne va pas bien du tout. Les médecins réclament votre présence.

Malista... Son sang se glaça et ne fit qu'un tour. Au pas de course, Frost quitta son bureau pour rejoindre l'extérieur où un carrosse avait été préparé. Il le guida jusqu'au manoir de sa sœur à travers les chutes de neige. Même si le chemin avait été rude, ils étaient arrivés à destination sans encombres.

Aussitôt, le roi fut accueilli par les domestiques qui l'emmenèrent jusqu'à la chambre de Malista, où elle avait été mise au repos, des jours avant, après avoir quitté l'hôpital. Or, dernièrement, son état qui n'était, au départ, qu'un simple mélange de douleur et de surdité, avait rapidement mué vers quelque chose de plus grave.

De bien plus grave, au point où les médecins royaux ne pouvaient expliquer ce qui lui arrivait.

Devant la porte de la chambre, des nobles de la famille attendaient, l'air inquiets. Ils se décalèrent face au roi qui, la boule au ventre, entra dans la pièce. Plongée dans la pénombre d'une seule bougie posée sur la table de chevet, la chambre véhiculait une ambiance lugubre. Des pleurs secouaient sa nièce, Evanora, assise au chevet de sa mère. Son père lui flattait doucement le dos afin de la consoler, lui-même les yeux rougis de chagrin.

Malista était couchée dans ce lit froid.

Les yeux ouverts sur le plafond, la sœur du roi était plus livide que jamais. Son visage inexpressif, presque bleuâtre, était entouré de bandages épais. Elle tremblait, comme transie de froid. De l'autre côté du lit, un médecin vérifiait l'étendu des dégâts. Il écarta un morceau du pansement et découvrit une substance poisseuse, suppurante, sortir de oreille de la noble dame. Ça ne s'arrêtait jamais et dégageait une odeur épouvantable.

Désabusé, le médecin replaça le pansement et se tourna vers la famille.

— Il faut rester présent pour elle. Sa température ne remonte pas et l'écoulement ne s'arrête pas non plus. Je reviendrais tout à l'heure.

Evanora sanglota plus fort à ces mots. Elle sentait la main glacée de sa mère trembler dans la sienne. À moins qu'il s'agissait de ses propres tremblements ? Dans son immense tristesse et sa peur inouïe, la jeune femme ne savait plus faire la différence.

Quand le praticien vit le roi debout à l'autre bout de la chambre, il se leva et vint le rejoindre en s'inclinant.

— Comment va-t-elle ?

— Très mal, sire, murmura l'homme. L'infection dans ses oreilles continue de monter dans sa tête même avec nos soins constants. Nous avons tout essayé, c'est hors de toute logique. Personne ne sait ce qui lui est arrivé, ni pourquoi ça s'est autant aggravé. Nous lui avons administré de quoi soulager ses douleurs.

Frost ne pouvait lâcher sa sœur des yeux, là, étendue dans ce lit, pâle comme la mort. Son cœur se serra. Cela lui rappelait sans conteste la mort de son père. Des jours à attendre, à le voir souffrir, puis mourir d'une satanée maladie. Jamais Frost n'avait voulu revivre ça, mais... il réalisa qu'aujourd'hui, ce malheur allait se répéter.

Le médecin osa poser une main sur l'épaule de son souverain.

— Vous devriez aller la voir, mon roi. Je ne sais pas combien de temps il lui reste. Elle doit être entourée de sa famille.

Sans un mot, Frost le remercia d'un regard. Le docteur quitta alors la chambre, laissant le roi avancer vers le lit. Le duc Snovar leva un regard triste sur son beau-frère. Aucun mot ne s'échangea, peut-être par respect ou pour ne pas troubler le silence larmoyant. Frost vint s'assoir sur la chaise autrefois occupée par le médecin. D'ici, il pouvait clairement voir les signes de maladie sur le visage de sa pauvre sœur autrefois si belle et synonyme même de l'élégance. La pâleur de ses lèvres, le blanc de ses yeux plus jaunâtre, des taches bleues sur sa peau. Mais le pire était cette odeur se dégageant d'elle.

L'odeur putride de la mort.

Frost ravala sa fierté et se pencha sur sa sœur. Sa lèvre inférieure trembla et disparut dans sa barbe. Sa main caressa le sommet de son crâne enroulé de bandages. Sa voix ne fut qu'un murmure emprunt d'une inépuisable peine.

— Malista ? Est-ce que tu m'entends ?

Aucune réponse. Seuls ses prunelles bougèrent et se posèrent sur lui. Son regard se révélait hagard, presque éteint. Il voyait à peine sa poitrine se soulever dessous le drap blanc. Le duc renifla et lui souffla alors :

— Elle n'entends rien, mon roi. Nous avons tenté de lui parler durant des heures, mais elle ne réagit plus. Nous ne comprenons pas... qu'est-ce qui a bien pu lui arriver ?

Tristement, Frost reposa ses yeux sur sa sœur. Elle ne l'avait pas quitté une seconde, bloquée sur lui. Il lui prit doucement la main, au bord des larmes, et la sentit resserrer faiblement ses doigts gelés autour des siens. Il espérait tant que, même si elle ne l'entendait pas, que la présence de ses proches la rassure tout comme la main qu'ils lui donnaient. Elle ne souffrait pas, heureusement.

Une première larme coula sur la joue du roi.

Un mouvement spasmodique dans sa paume lui fit redresser la tête. Malista poussait des respirations courtes et lourdes. Ses lèvres s'entrouvrir sur un mot muet à l'intention de son frère. Elle ouvrait et fermait la bouche, se mit à trembler de plus en plus. Frost se redressa avec inquiétude.

— Malista ?

Un dernier souffle ronfla dans ses poumons faibles.

Son expression se figea. La paume de la noble dame glissa de celle de son frère, avant de finir sa course sur le matelas. Sa lueur de vie périt doucement jusqu'à s'éteindre complètement.

Son cœur s'arrêta.

— Non, non, mère... Oh mon dieu, mère... !

Evanora éclata en sanglots, inconsolable. Le duc caressa le dos de sa fille qui s'échoua contre l'épaule de sa mère chérie. La mélodie déchirante du chagrin envahit la chambre.

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