La Froideur des Vérités 7/8
Une silhouette se dessina à l'entrée de la grotte. Le cœur de Jaya s'emballa, et elle recula sur les fesses jusqu'à ce que son dos heurte la paroi rugueuse. Qui était-ce ? Sa peur sans nom attisait ses tremblements jusqu'à la folie. Une main s'accrocha à la roche, et son propriétaire reprit son souffle avec difficulté. Les lèvres bleues et du rouge barrant son visage témoignaient de l'effort qu'il venait de fournir pour arriver jusqu'ici.
Malgré la fatigue et le peu de lumière, Jaya reconnut immédiatement ses cheveux blonds et sa cape ornée de gallons d'or.
— Leftheris...
Leurs regards se heurtèrent. Sans un mot, tous deux pensaient être en train de rêver cette rencontre improbable, presque inespérée. Les yeux ternes et cernés du prince reprirent soudain leur éclat sublime, illuminés par l'espoir. Un sourire de soulagement naquit sur ses joues.
— Jaya...
Il fit un pas vers elle, mais la jeune femme, terrorisée, s'agita aussitôt et se jeta sur son sac où reposait son arbalète. Elle la pointa immédiatement sur lui, lui déconseillant d'approcher davantage. Le prince se décomposa et leva rapidement les mains en signe de soumission.
— Jaya ! Calme-toi, s'il te plaît.
Même s'il n'émanait aucune menace de lui, Jaya ne pouvait baisser sa garde devant l'épée qui pendait à sa ceinture. Comment avait-il fait pour la retrouver ? Où étaient ses troupes ? Elle était maintenant découverte, sans échappatoire possible. Mais, de toute évidence, il était seul et visiblement blessé. Pourtant, elle garda son arme pointée sur lui, prête à agir en cas de besoin.
— C'est moi... Tu n'as rien à craindre, je ne te veux aucun mal. Baisse cette arme.
Peu affectée par la voix douce du prince, Jaya se releva lentement sans jamais le lâcher des yeux. Il émanait de lui tant de sincérité que les mains de la jeune femme commencèrent à trembler autour de son arme. Malgré la crainte qui l'étouffait, Jaya était heureuse de voir un visage familier après des jours à errer seule dans cette infinie blancheur. Cependant, sa fragilité la rattrapa quand Leftheris s'approcha d'elle sans peur, malgré la flèche pointée droit sur son cœur.
— S'il te plaît... Tu n'as aucune raison d'avoir peur de moi, Jaya.
Sa lèvre inférieure trembla, elle céda à ses émotions qui remportèrent la bataille contre sa réticence. L'arbalète chuta au sol, un sanglot s'échappa de la brune qui ne marqua aucune rébellion quand Leftheris s'élança pour la prendre dans ses bras. Il la serra si fort qu'il lui coupa le souffle.
Enfin. Enfin il pouvait la toucher, caresser ses cheveux. Son cœur s'allégea de tous ses problèmes.
— Oh, seigneur, te voilà enfin. Je t'ai cherchée partout.
Ses mots, susurrés à son oreille, consola la jeune femme qui s'accrocha à son réconfort comme une enfant perdue. Elle se sentait en sécurité, protégée du monde extérieur. Sa simple présence lui suffisait pour l'instant. Elle était heureuse. Heureuse de le voir, malgré toutes leurs querelles passées. Il lâcha prise, mais seulement pour prendre son visage entre ses mains et la contempler.
— Regarde toi... tu as tellement maigri. Mais qu'est-ce qui t'a pris, Jaya ?
Sans un mot, la brune s'éloigna de lui en baissant les yeux.
— Comment tu as fait pour me trouver ?
Ces simples mots désarçonnèrent Leftheris. Il pensait pourtant que c'était évident.
— Je... je t'ai entendue chanter. Ta voix est venue jusqu'à moi. J'ai tout de suite pensé que... tu m'appelais.
Ses espoirs partirent en fumée ; si elle avait espéré se faire entendre, elle n'aurait pas voulu que ce soit par Leftheris. Et cette idée apposa une lourdeur dans son coeur. Mollement, elle se laissa à nouveau tomber au sol, près du feu. Le prince chercha son regard, mais ses douces perles bleues restaient inlassablement fixées sur l'ondulation des flammes.
— Qu'est-ce que tu vas faire de moi, maintenant ? Tu vas me livrer aux autorités ?
Sa voix portait l'aigreur des certitudes. Poussant un soupir, Leftheris vint la rejoindre et s'asseoir près d'elle pour quérir un peu de chaleur.
— Jamais de la vie. Si j'ai fais tout ce chemin depuis Cassandore, c'était uniquement pour te retrouver et te mettre en sûreté. C'est tout ce que je souhaite. Mais tu n'as pas cessé de courir, tu ne m'as même pas laissé le temps de m'expliquer.
— Comment aurais-je pu le savoir ? Je suis une fugitive recherchée sur toute l'île, tout le monde veut ma mort.
— Je ne la veux pas... et ton père non plus.
— Où sont tes hommes ? lui demanda-t-elle, après un court silence.
— Quelque part dans les hauteurs, avec ton père. J'ai été pris dans une coulée de neige et j'ai été séparé d'eux. Je serais peut-être mort de froid cette nuit si je n'avais pas suivie ta voix.
Jaya marqua une pause, prenant le temps de le détailler. Elle remarqua en effet une belle blessure au-dessus de son œil, probablement une conséquence de sa chute. Sans un mot, elle prit la bande de tissu plongée dans l'eau tiède de la coupelle et l'essora avant de la lui tendre. Le sang maculait tout son visage, cela devait lui faire mal. Leftheris accepta le tissu et murmura un remerciement avant de se débarbouiller. Jaya l'observait silencieusement, puis rabaissa les yeux, perdue dans ses sombres pensées.
— Tu sais... Ce que j'ai fais au temple, c'était accidentel. Je n'ai pas voulu tuer l'archevêque.
— Je le sais, ne t'en fait pas. Je te connais et je sais que tu serais incapable de faire une chose pareille de sang-froid.
Lorsqu'elle vit la bande ensanglantée posée au sol par Leftheris, la brune baissa tristement la tête et se recroquevilla sur elle-même. Un souffle de vent s'infiltra dans la grotte, elle frissonna. Jaya aurait voulu que ce ne soit que le froid, mais le souvenir terrible et barbare de la mort du père Thésélius attisa sa chair de poule. Et tout ce sang...
Les yeux perçants de Leftheris ne manquèrent pas de remarquer son malaise.
— Tu as froid ? Prend ma cape.
— Non, tu vas mourir de froid.
— Alors, on peut la partager. Juste un instant. Viens, n'aie pas peur.
Elle hésita, son regard incertain planté dans celui du prince. Finalement, elle se rapprocha de lui, cherchant un refuge sous sa cape où elle se blottit, sa tête sur son pectoral. Leftheris, soulagé de la sentir contre lui, entoura son bras autour d'elle, la maintenant doucement pour la tenir bien au chaud. Il ne pouvait supporter de voir sa reine gelée.
Les minutes s'étirèrent, sans qu'aucun d'eux ne fasse le moindre mouvement. Jaya se laissait bercer par la chaleur de son corps et les battements de son cœur, si réconfortants dans cette pénombre oppressante. Elle était sur le point de s'endormir lorsqu'il posa une pression rassurante autour d'elle, avant de déposer délicatement ses lèvres au-dessus de son crâne.
— Ça va aller, maintenant, Jaya. Je vais te ramener chez toi.
— Me ramener chez moi ? Non, je...
Il n'avait suffit que d'une phrase pour la réveiller complètement. Elle se redressa, hors de ses bras, pour appuyer sur lui un œil apeuré.
— Ne t'affole pas, lui dit-il, devant son comportement craintif. Tu ne risqueras plus rien maintenant, je vais rester avec toi et te protéger. Je voudrais aussi... je voudrais que tu m'épouses, Jaya.
Comme électrifiée, le regard de Jaya mua vers l'outrage, la stupéfaction qui s'empara d'elle alors que le blond s'insinuait au fond de ses prunelles de toute sa sincérité.
— Tu n'as donc pas abandonné cette idée ?
Il sourit légèrement.
— Non. Si tu m'épouses, plus personne ne pourra t'atteindre. Nous commencerons une toute nouvelle vie, toi et moi. Tu seras la femme de l'héritier du trône et je ferai tout ce qui est en mon pouvoir pour que le peuple t'accepte à nouveau, de gré ou de force.
Jaya se sépara enfin complètement de lui pour reculer.
— Leftheris, ce... ce n'est pas une bonne idée. Je suis recherchée dans toute l'île. Si je retourne là-bas avec toi, je serais capturée et tuée.
— Non. Je ne laisserai personne te faire du mal, tu m'entends ? Si... si tu m'épousais, tu serais lavée de toutes accusations.
— Ça ne marche pas comme ça.
— Bien sur que si ! Je plaiderai en ta faveur et prouverai que ce n'était qu'un malheureux accident. Je suis prince et futur roi de Cassandore. Mon père a réussi à étouffer l'affaire pour Vadim, autrefois. J'arriverai à étouffer la tienne. Mais tu dois m'épouser ! Épouse-moi, je t'en prie, et tout rentrera dans l'ordre !
— Leftheris... je t'en prie. On en a déjà parlé des centaines de fois. Ça ne changera rien du tout, parce que j'ai tué l'archevêque ! Je ne pourrais jamais revenir en société, même avec ton aide. Et je n'en ai pas envie, de toute façon...
— Pourquoi... ?
— Tu sais pourquoi je suis venue ici, en particulier ?
— Pour fuir ?
— Pas que... Vadim est peut-être vivant.
Un froncement de sourcils apparut sur son visage, signe manifeste de son incompréhension.
— Qu'est-ce que tu racontes ?
— On m'a dit qu'il était ici, dans cette montagne.
— Jaya... Il est mort. Nous l'avons pendu et l'avons veillé sur son lit de mort. Il ne peut pas être en vie, alors je t'en prie... Redescend un peu sur terre et oublie-le. Tout ce temps passé seule dans ces montagnes avec la faim et la fatigue a dû embrouiller ta perception des choses. C'est une quête mortelle dans laquelle tu t'engages.
— Tu ne me crois pas ?
Sa voix n'était plus qu'un fil de souffrance.
— Jaya, tu te berces d'illusions. Renonce avant qu'il ne soit trop tard.
— Il est déjà trop tard...
Elle se leva brusquement, sous le regard exorbité de crainte du blond. Il la vit prendre son sac et l'entourer à ses épaules en un geste brusque.
— Où... Où est-ce que tu vas ?
— Il faut que je continue. Je ne peux pas rester ici avec toi.
— Jaya... Tu ne peux pas encore t'en aller... ! Jaya, je t'aime à en devenir malade, ça me brûle de l'intérieur. J'ai fais tout ça, tout ce chemin rien que pour toi, pour te retrouver et te protéger ! Et tu veux encore me fuir ?
Le désespoir du prince ricocha sur elle qui, le cœur pesant le poids des abysses, soupira tristement.
— Il le faut. Je ne pourrais pas t'épouser, Leftheris. Il faut mieux que je parte... et toi aussi. Rentre à Cassandore, s'il te plaît, et oublie-moi.
La voir se retourner, dépourvue d'amour, lui brisait le cœur en millions de morceaux. Elle broyait les restes à grands coups de poings sans prendre garde à sa douleur qui le tiraillait jusqu'à la folie. La jauge de patience qu'il s'évertuait à garder intacte arrivait à son pinacle. Il réalisa avec douleur qu'il ne pourrait jamais entièrement posséder son âme sans perdre la sienne.
Et en la voyant partir de nouveau, il venait de la perdre pour de bon.
— Non... Tu n'iras nulle part...
Il bondit sur ses jambes, agrippant son poignet pour la retenir et la forcer à se retourner vers lui. Il la plaqua contre son torse ferme, la fixant de ses yeux sombres. La brune se glaça devant l'étincelle de dangerosité brûlant dans sa rétine.
— C'est la dernière fois que tu me fuis, Jaya...
La froideur de sa voix était loin de refléter la belle personnalité de l'homme qu'elle avait toujours connu. Ce soir, il avait revêtu un masque inconnu qui suscitait une peur innommable au fond de ses entrailles. Elle tenta de s'arracher à sa poigne de fer, mais la force qu'il y mettait l'immobilisa. Leftheris la surplombait de toute sa taille, la pressant encore plus fort contre lui. Il saisit ses poignets pour l'empêcher de bouger.
— Ne vois-tu pas comme je t'aime ? Ne le comprends-tu pas ? Tu m'as rendu fou à lier !
— Lâche-moi !
Elle commença à se débattre, mais leur affrontement dégénéra rapidement. Jaya se retrouva projetée au sol à plat ventre. Elle leva des yeux embués de larmes sur ce diable au visage d'ange qui haletait de folie, les cheveux tombant sur son front. Elle voulut jouer le tout pour le tout et rampa hors de sa portée. Or, elle sentit une main se resserrer à sa cheville et la tirer en arrière. Plaquée de force sur le dos, Jaya vit, terrifiée, Leftheris se mettre à califourchon sur elle. Le prédateur se délectait de voir sa si belle proie en détresse sous lui.
— Non, je t'en prie, laisse-moi partir ! Liloïa !
La voix de la jeune femme tremblotait. Leur différence physique était à l'opposée totale. S'il la contraignait, elle serait incapable de se défendre. Cela appuyait une telle frayeur dans son esprit que ses larmes augmentèrent d'intensité. Elle avait si peur de la pression, de la violation et de son incapacité à se libérer, mais elle ne voulait pas s'abandonner à cette horreur.
Être ainsi traitée, roulée au sol et humiliée, lui ramenaient en mémoire les ignobles souvenirs des geôles de Starania. Leftheris portait dans ses yeux la même lueur malsaine que Zeph.
Non... ça ne pouvait pas recommencer, elle le refusait catégoriquement ! Tout mais pas ça !
Surtout pas avec lui...
Non... Pas lui...
Elle lui avait tant fait confiance, comment pouvait-il la soumettre ainsi ?
Elle se déchaîna comme une lionne, ses mouvements désordonnés rendant la tâche difficile à Leftheris pour la contenir malgré sa petite taille et sa frêle musculature. Elle hurlait de toutes ses forces, ses cris atteignant des niveaux insupportables pour ses tympans. Leftheris, craignant que le dragon ne soit attiré par le bruit, perdit le contrôle de ses gestes et gifla Jaya dans un geste désespéré pour la faire taire.
Le crâne de la jeune furie heurta violemment la pierre, faisant exploser des éclats de lumière dans son champ de vision. Une lamentation douloureuse s'échappa de sa bouche entrouverte alors qu'un sifflement aigu se coinçait dans ses oreilles. Leftheris, figé au-dessus d'elle, devint blême. Il n'avait pas mesuré sa force et craignait de l'avoir gravement blessée dans sa folie. Ses doigts enserrèrent sa mâchoire pour ramener son délicat visage vers lui, cherchant à évaluer les dégâts causés par sa maladresse.
— Jaya... Jaya, pardonne-moi... Je t'en prie, je t'aime tellement...
La brune gémit faiblement entre ses doigts, les yeux mi-clos et la vue trouble. Elle était là, exposée, vulnérable et pourtant toute à lui. Son désir indécent grignotait sa raison jusqu'à ce qu'il n'en reste plus une seule miette, laissant place à une irrépressible envie qui enflamma l'argent de son regard. Il céda à la plus dangereuse des tentations quand ses lèvres se posèrent sur les siennes avec une passion brûlante et impérieuse.
Malgré les nuages tourbillonnants dans sa tête, Jaya sentit un petit coup de fouet sous ce geste intime qui l'incommodait. Elle voulut tourner la tête pour s'échapper de ces baisers, mais Leftheris insista, resserrant sa main autour de sa gorge sur laquelle il appuya avec une fermeté troublante. Ses lèvres glissèrent alors sur sa joue mouillée pour descendre sur la ligne ciselée de sa mâchoire qu'il dévora goulûment. Il buvait ses larmes, et elle déplora sa misérable faiblesse. Sa main s'accrocha à son torse en ultime défense, essayant de le repousser, mais sans succès.
— Non... pitié...
Son souffle fut à peine audible aux oreilles de Leftheris, qui se glissa entre les cuisses de sa muse qu'il ouvrit d'un geste vif, avant de s'attaquer à son manteau. À travers son chandail, il pouvait voir la forme arrondie et aguichante de ses seins se dessiner autour de ses tétons dressés, perçant le tissu. Il déglutit, sentant son désir grandir en même temps que sa frustration. Elle lui avait parfaitement fait comprendre qu'elle ne voudrait jamais de lui, que tous ses efforts au fil des mois s'étaient avérés vains. Il ne le digérait pas et cela ne faisait qu'ajouter à son désir, à sa soif pour cette femme qui lui résistait obstinément. Il ne pouvait plus mesurer ses actes désormais, pris dans un tourbillon de passion et de violence.
S'il ne pouvait l'avoir pour la vie, il l'aurait pour cette nuit... et dans tous les sens du terme.
Sa main glacée releva brusquement le pull, exposant cette magnifique et arrogante poitrine, puis rencontra la peau douce de son abdomen. La jeune femme en eut des frissons de dégoût. Il trouva rapidement le sein qu'il empoigna et malaxa avec délectation. Enfin, ce contact était réel, il n'était plus dans un rêve.
— Oh, ta peau est si douce... Tu aimes ce que je te fais, Jaya ?
Elle ravala un hoquet émétique, lorsqu'une pointe dure se pressa outrageusement contre elle, remontant sa cuisse tremblante dans un long et oppressant mouvement. La sensation était puissante, presque trop intense pour qu'elle puisse la supporter.
— Je sais que tu aimes. Vadim te le demandait toujours et tes gémissements... Par Ymos, j'en tremblais de plaisir rien que les entendre. Tu étais sublime, nue dans ce lit où j'aurais dû être. Tu vas gémir pour moi, Jaya... Je veux t'entendre crier mon nom.
Ses larmes coulèrent de plus belle, impuissante face à ces paroles dépourvues de bon sens, mais gorgées de perversité. Les lèvres de son beau-frère semblaient brûler sa peau, faisant naître une douleur lancinante qu'elle tenta désespérément d'apaiser. Cependant, quand elle sentit sa grande main caresser sa féminité à travers son pantalon, elle reprit du poil de la bête et se tordit dans tous les sens.
Un cri, tel l'appel du désespoir, déchira ses cordes vocales, résonnant à travers la grotte tel un écho de sa douleur :
— Vadiiiiiiiim !
Malgré ses pleurs infinis, personne ne viendrait, elle le savait.
— Il n'est plus là. Il n'y a que toi et moi, Jaya. Comme ça aurait toujours dû être, depuis le début. Tu aurais dû m'appartenir, et à moi seul ! L'enfant que tu portais aurait dû être le mien. Je l'aurais protégé, toi et lui ! Il aurait eu un père général, fort et respecté, pas un vulgaire mage démoniaque !
Sa voix ne dégageait que la saveur de la haine. Elle détourna la tête pour éviter un nouveau baiser de sa part et aperçut une belle pierre du coin de l'œil. Malheureusement, elle était bien trop faible pour utiliser la magie, c'était son ultime espoir pour se défaire de son emprise. Elle tendit son bras aussi loin que possible pour l'atteindre, au moment où Leftheris baissait les yeux sur son pantalon.
Elle sursauta en sentant ses doigts pressés faire sauter le bouton.
— Ce soir, tu es mienne, Jaya. Et personne ne m'en empêchera. Plus jamais.
Elle réitéra son geste, ses yeux pleins de larmes ne quittant pas la pierre une seule seconde. Elle y était presque. Son esprit désirait tant s'en emparer que son Risen l'écouta malgré sa faiblesse. Une étincelle crépita au bout de ses doigts et attira la roche comme un aimant jusqu'à sa main.
Sans une once de pitié, Jaya la frappa de toutes ses forces contre le crâne de Leftheris.
Un cri de douleur déchira la grotte, et l'homme vacilla avant de basculer sur le côté. Du givre apparut sur la main de Jaya qui, ignorant la brûlure de la glace, puisa dans ses dernières forces pour se redresser. Ses yeux étaient fixés sur le blond qui se tenait la tête, du sang perlant entre ses doigts, tachant le sol de gouttes écarlates.
C'était le moment de fuir !
Elle se releva, chancelante, mais retrouva rapidement son équilibre. Elle récupéra son arbalète et se mit à courir hors de la grotte, titubant sur son passage. Tant pis pour le reste de ses affaires. Sa priorité était de trouver Liloïa et de s'éloigner le plus possible de lui.
Derrière elle, Leftheris se redressa sur les genoux, les yeux noirs de haine. Il poussa un cri sauvage tout droit arraché des confins de ses poumons, résonnant à travers toute la montagne jusqu'à atteindre sa destinataire :
— Jayaaaaa !
Le sang fouetté par la rage, Leftheris bondit sur ses jambes en dégainant son épée rutilante. Son amour était si fort, si violent, que s'il ne pouvait l'avoir, alors personne ne l'aurait. Il était prêt à mettre la montagne à feu et à sang pour la retrouver et faire de sa lame la seule pointe qui la traverserait.
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