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Flash-Back ❄️ La Verité des Souvenirs Oubliés

C H R Y S I R I D I A
~

— Mère !

Dans le tumulte glacé qui déchire le ciel, une voix fluette, aussi fragile qu'une brindille sous la neige, traverse le chaos pour atteindre mon cœur de mère : Jaya, ma petite fille, ma beauté... elle m'appelle.

J'étais là, mon épée dans une main, face à cette abomination de glace et de rage. Ce squelette que je ne connais que trop bien et qui, pour moi, révèle encore l'image d'une jeune fille maigrelette aux grands yeux indigo et aux couettes basses. Cette fille un peu peureuse et pourtant si torturée au fond d'elle...

Rahya...

Comment en est-on arrivées ici ?

Mes sens me hurlent de foncer dans la bataille, au milieu de tout ce sang versé, à déchaîner sur ce monstre qui est ma sœur la tempête de ma magie interdite. Ce secret me brûle les doigts. Mais mes yeux ne peuvent s'arracher de cette petite silhouette s'éloignant entre les bras d'un soldat, ma chair et mon sang m'appelant à pleins poumons.

Mon instinct de reine me commande de combattre, mon amour de mère me crie de fuir avec ma fille. Chaque battement de mon cœur est une épreuve, chaque souffle un choix entre le devoir et l'amour. Et dans cette lutte acharnée, je sais qu'en choisissant mon enfant, je décide peut-être de la chute de mon royaume.

— Mère ! Mèèère ! Noooon ! Ahhhhh !

Soudain, fissurant la nuit, un éclat inespéré, un halo de puissance jaillit de ma petite Jaya et fend l'air avec la brutalité d'une vérité longtemps tue.

Non... c'est impossible...

La magie, ce feu ardent que je croyais être mon fardeau seule à porter, explose autour de ma fille, et je vis le soldat, ce brave homme, tomber, transpercé par l'inconcevable. Sa tête rencontre une roche et il ne bouge plus. Du sang coule.

Le chaos se fait silence en moi, dévoilant un destin que je ne peux plus feindre d'ignorer.

Non... pas elle... pas maintenant... !

La géante, cette montagne de désolation, ma sœur... a déjà scellé notre sort par sa simple présence. Alors, je n'ai plus le choix. Tout ce termine ici.

Avec une résolution amère, je brandis mon épée et prend appui sur un tronc pour me propulser et sauter vers Rahya en libérant mon Risen ; ce souffle ardent et interdit qui recouvre ma lame et l'enflamme.

Je la heurte en plein cœur. L'organe, rouge par le sang absorbé, redevient bleu et redoublé de battements.

Elle hurle et je la conjure de partir, d'abandonner le combat qu'elle ne gagnera pas ce jour. Rahya, sentant le poids de ma volonté, se redresse en grondant, avant de se calmer.

Nos regards se croisent, s'affrontent. Elle sait que je ne la laisserai pas faire et qu'elle n'aurait jamais dû venir me trouver. Jamais elle n'aurait dû quitter Thorimay et la protection que je lui avais offert...

Je suis désolée, ma sœur... pardonne-moi...

Puis elle fait volte-face et s'évanouit dans le blizzard qu'elle avait engendré.

Elle s'éloigne vers la montagne, seul le sol tremble encore sous ses pas.

Malheureusement. les dés sont jetés, et des yeux ont assistés à la scène. Les yeux de mes propres soldats, écarquillés non seulement par la peur, mais aussi par la trahison.

— C'est... l'art interdit !

— Hérétique ! La reine est hérétique ! La princesse aussi !

Ils m'ont vue, ils ont vue Jaya, et en elle, la même malédiction hérétique que la mienne. La décision est aussi tranchante qu'une lame de givre : pour protéger l'innocence de ma fille, pour préserver l'étincelle d'un futur qu'elle mérite, je dois faire ce que la reine en moi rechigne à concevoir.

Ma magie, une fois de plus, danse mortellement dans l'air. D'un mouvement ferme de bras, un vent magique les frappe et les réduis au silence éternel en leur tranchant la gorge. Je le fais à contrecœur, mais résolue. Car dans le grand livre des règnes et des chutes, la page de la survie est souvent écrite avec l'encre des lourds sacrifices.

Lorsque les corps tombent au sol, je me précipite enfin vers ma fille. Mon cœur se déchire à la vue de son minuscule corps secoué par les sanglots, enveloppé dans une aura vibrante de Risen brute. Mes mains, trempées dans la culpabilité, cherchèrent à effleurer sa peau, à lui offrir du réconfort...

— Jaya, je suis là, ça v...

Mais elle se dérobe en reculant dans la neige, effrayée. Les larmes de ma fille sont des poignards, me rappelant le monstre que je suis devenue à ses yeux innocents. Ma propre chair me craint, un abîme béant s'est ouvert entre nous.

La nécessité d'agir me frappe aussi sûrement que la douleur de son rejet. Des bruits de bottes crissant dans la neige se rapprochent, annonciateurs d'autres témoins. D'un geste vif, je presse ma main contre le front de Jaya, murmurant une incantation qui la plonge dans le voile du sommeil. Son corps se détend dans mes bras, et je prends la fuite, la portant à travers les ombres vers le tunnel secret qui s'entortille sous notre forteresse.

La voix de mon époux, le roi Frost, résonne dans mon sillage, un phare dans l'obscurité de mon désespoir. Cachée à la limite de l'entrée du tunnel, je l'observe : il est couvert de sang, son propre sang et celui de ses hommes morts au combat. La bataille contre Rahya a été dure...

Il doit me voir, me ressentir... J'ai besoin de lui ici...

J'envoie une luciole de Risen du bout de mon doigt, elle s'envole à travers les flocons, virevolte, presque invisible, pour venir se poser sur la joue de mon époux.

Il la sent, il tourne la tête vers moi, l'œil soucieux. Il m'a enfin remarquée. Un simple geste, un regard échangé dans l'urgence de notre cause commune, et il devient mon complice, détournant ses hommes d'un élan de voix grave :

— Faites le tour de la forêt, suivez ce géant, tout de suite ! On ne doit pas le laisser s'enfuir ! Je vais vérifier s'il y a des survivants ici.

— Bien, mon roi !

Et ils s'en vont dans leur quête vaine. Frost vient alors me rejoindre et me saute aux lèvres immédiatement. La douceur de ses baisers sont presque un réconfort pour moi dans cette situation. Ses grandes mains prennent mon visage en coupe.

— Chrysiridia, tu vas bien ? Ymos soit loué. Où est Jaya ?

L'interrogation dans ses yeux est insoutenable. Mon hésitation est un précipice, mes pensées un tumulte : révéler notre fille, c'est l'exposer à plus que son jugement, c'est risquer que nos secrets deviennent des chaînes pour nous emprisonner.

Pourtant, en dépit de la tempête qui gronde en moi, je lui montre la petite masse au sol, derrière moi, un paquet de fourrure où la lumière bleue, timide mais indomptable, s'échappe du linge.

Frost avance et s'agenouille avec toute la tendresse d'un père et la gravité d'un roi. Ses mains écartèrent la cape de fourrure qui est la mienne. Là, dans le cocon que j'ai créé, Jaya repose, entourée d'un océan de lumière bleutée. Son doux visage est celui de la pureté assoupie, mais son aura... son aura est celle d'un destin dangereux.

— Qu'est-ce... qu'est-ce qui lui arrive ? me demande mon époux, la voix tremblante.

— Elle a éveillé son Risen.

Il relève des yeux exorbités sur moi.

— Quoi ?!

— Elle a eut un très grand choc, je pense que ça l'a aidée à le réveiller. Frost... ces soldats morts, dehors... c'est moi qui les aient tués.

Dans son regard, j'ai vu l'impensable se dessiner. La vérité cruelle que c'est ma main qui a fauché la vie de ses braves, s'est abattue sur lui comme la foudre.

— Qu'est-ce que tu as dit ?

— Je n'ai pas eu le choix. Ils avaient vus Jaya... et moi aussi, par la même occasion. Je l'ai fait pour protéger notre fille. Ils n'auraient pas hésité à la dénoncer à la branche religieuse !

Frost semble réfléchir profondément à mes mots. Je ne lui laisse pas ce temps, car le notre est compté.

— Frost, nous devons l'emmener en sécurité, tout de suite. Je sais quoi faire pour elle.

— Il n'y a rien à faire. Si elle a éveillé la magie, elle devra vivre avec, en priant pour ne pas être découverte. Comme toi. Nous... nous allons devoir la cacher, ou bien... lui apprendre à la contrôler pour que jamais elle ne soit vue à utiliser la magie. Ce qui arrive n'est pas de sa faute, ce n'est qu'une enfant, mais l'église ne pourrait le comprendre. Seigneur, je...

Il baisse la tête, caressant prudemment les cheveux noirs de l'enfant endormie.

— Je ne veux pas qu'elle soit tuée... ma chère petite...

— Non, elle ne le sera pas ! Il y a un moyen de la sceller.

Ses yeux s'engorgent d'espoir, soudain braqués sur moi.

— Emmenons-la dans le château, dans les geôles. Personne ne nous y verra. Est-ce que tu me fais confiance ?

Je sais qu'il le fera ; Frost m'a toujours accordé sa confiance sans faille. Et je le comprends lorsqu'il enveloppe Jaya de ses bras protecteurs et me fait face.

— J'ai confiance en toi, ma reine. Allons-y.

La lourdeur de la décision nous oppresse alors que nous prenons la direction des geôles du château. Ce dédale de pierres froides sera le refuge provisoire de notre chère Jaya, loin des yeux et des jugements. Frost court à mes côtés, portant notre fille à bout de bras.

Autour de nous, le château porte les cicatrices de la bataille. Des murs éventrés laissent pénétrer la morsure de l'air glacial, des éclats de roche jonchent les couloirs autrefois majestueux. La grandeur d'antan n'est plus qu'un murmure, et la désolation s'étend comme une lèpre sur le visage de notre demeure royale.

Enfin, nous atteignons les geôles, dans les sous-sols du château. Vides, sans lumière et humides. L'odeur de la moisissure se mêle à celle du métal rouillé et de la terre. Le vent qui s'engouffre dans notre passage fait chanter les chaînes qui pendent au mur. C'est un endroit que je déteste habituellement. Un endroit où l'espoir se réfugie pour mourir, et pourtant, c'est notre seul sanctuaire.

— Pose-la ici.

Brisé par l'urgence, Frost dépose précautionneusement le corps endormi de Jaya sur le sol. Entre mes mains, je forme une sphère de magie bleue qui projette une lumière vacillante autour de nous. Mon mari sursaute ; il ne s'habituera jamais.

Je m'agenouille à côté d'elle, fixée sur ce visage paisible ; ma fille, mon héritière, mon épreuve.

— Qu'est-ce que tu vas faire, maintenant ?

— Je vais sceller cette magie qui menace de déborder. C'est extrêmement dangereux de la laisser ainsi, autant pour sa sécurité que celle des autres.

— Elle ne sera peut-être pas comme toi, Chrysiridia...

— Si ! Elle le sera !

Ma voix se brise dans le silence insondable. J'aurais tant aimé qu'elle ne soit pas comme moi, ou Rahya... mais je sais que c'est impossible. J'en suis pleinement consciente malheureusement...

— Notre lignée est maudite. Je... je refuse qu'elle vive dans la peur d'être traitée comme un monstre si jamais ses dons sont découverts. Je connais un sortilège ancien qui peut refermer les grilles.

— Les grilles ?

— Celles qui tenaient son Risen captif. Je peux le forcer à y retourner et refermer ces grilles. Mais il faut agir vite. Quand le Risen prend ses aises dans le corps de son hôte, il grandit très vite et s'épanouit. Jusqu'au point où il est impossible de le mater pour quelqu'un d'extérieur, comme moi... Il faut l'attaquer pendant qu'il est encore jeune et faible.

Je me mets en place rapidement, après avoir retroussé les manches de ma robe.

— Je dois le faire... pour elle...

Frost m'observe, ses yeux ne reflétant pas seulement la lumière de la sphère magique, mais aussi la flamme de l'inquiétude. Le temps semble suspendu alors que je pose mes mains sur Jaya, fermant les yeux pour me concentrer, pour entrer en communion avec l'essence même de sa magie. Alors que je m'enfonce plus profondément dans la transe, mon esprit se projette dans un autre lieu, un espace hors du temps et de la réalité matérielle.

Dans cet espace vide et sombre, les lucioles de lumière bleue tourbillonnent autour de moi. Elles sont le reflet visible de la magie brute qui s'agite en Jaya. Mon cœur bat en rythme avec ce spectacle magnifique, consciente que chaque battement me rapproche de la graine de Risen.

Ces lucioles, guidées par un instinct que je ne peux ni comprendre ni contester, m'entraînent à leur suite. Elles m'amènent vers la graine enflammée, un cœur de lumière pulsant d'une énergie sauvage. Sa couleur est celle du ciel, un bleu intense et profond, et elle vibre d'une colère presque tangible. Elle est l'incarnation de la force qui bouillonne en Jaya, une géante endormie, menaçante dans sa splendeur.

Je m'approche de la sphère de flammes. La rage de la graine m'assaille, mais je sais ce que je dois faire. De toute mon âme, je souhaite protéger non seulement ma fille, mais aussi Alhora qui n'est pas prête à recevoir un tel déchaînement de force.

Avec détermination, je tends la main vers la boule de feu, prête à l'asservir et préserver l'équilibre fragile de notre existence.

Infinitia-kavarovia...

Des filaments bleus commencent à s'enrouler autour de mon poignet.

Mazsün-riseniü !

D'un geste, j'invoque les cordes de ma propre essence, les laissant s'échapper de mes poignets pour qu'elles se précipitent vers la graine de Risen. Les serpents se transforment en chaînes de magie azure, enserrant fermement cette source d'énergie primordiale. Je fais un pas en avant, m'efforçant de repousser la sphère rebelle qui lutte contre son emprisonnement.

La graine pulse d'une rage folle, envoyant des ondes de chaleur ardente contre mon visage. Ma longue chevelure volent violemment derrière moi. Je résiste de toute ma force, les muscles des jambes tendus et les pieds bien ancrés dans ce sol immatériel. Je ne dois pas lâcher. Jamais. Dans les éclats lumineux, j'aperçois une vision terrifiante : le visage squelettique d'une géante se dessine dans les flammes de la graine, le symbole maudit de notre legs.

Avec une poussée d'énergie et un cri de rage, je réussis à la repousser suffisamment, la coinçant derrière les grilles ouvertes de l'esprit de ma fille. D'un mouvement large de mon bras, je referme ces portes dans un claquement.

Enfin, je fais glisser la chaîne magique encore attachée à mon bras autour des poignets de la grille, les enlaçant pour sceller la fermeture. Les chaînes s'entortillèrent avec une telle force que le verrou lui-même se volatilise dans une explosion éblouissante, libérant une onde de choc qui me repousse brutalement en arrière.

Je roule, roule et m'arrête.

Lorsque j'ouvre à nouveau les yeux, le silence qui enveloppe l'espace est brusquement brisé par des sanglots étouffés, des pleurs d'enfant qui résonnent avec une telle détresse qu'ils me tirent de ma léthargie.

— Maman... maman... ?

Je me redresse lentement, mes sens encore embrouillés. Mes yeux s'ajustent à la pénombre et je vis là, devant les barreaux où le bulbe fou est prisonnier, le corps minuscule de Jaya recroquevillé sur le sol.

Elle est là, si petite et vulnérable, sa tête cachée entre ses genoux comme pour se protéger de la réalité qui l'entoure. Sa ridicule silhouette grelotte, et je peux presque sentir la douleur de ses sanglots coincés dans sa poitrine.

Ma pauvre enfant...

Je me presse, avide d'être auprès d'elle. Je pose ma main sur son épaule avec une infinie tendresse, et elle lève vers moi des yeux inondés de larmes, ses prunelles reflétant la peur et la confusion.

— Où est-ce qu'on est, mère ? me demande-t-elle d'une voix tremblante, son regard cherchant le mien pour y trouver un refuge, une réponse. J'ai peur...

— Tu n'as plus à avoir peur, ma petite, lui dis-je avec douceur. Tout ceci est terminé. Tu es en sécurité maintenant.

Mes mots sont un baume, une tentative de la rassurer et de l'envelopper dans une étreinte protectrice. Je lui caresse la joue, essuyant ses larmes du bout des doigts, avant de la serrer fort contre mon cœur. Elle s'accroche à mon buste, se niche en moi et je lui murmure :

— Je t'aime plus que tout au monde, ma beauté.

Je veux qu'elle sente la vérité de mes mots, qu'elle comprenne qu'elle est la chose la plus précieuse et importante pour moi. Et que je ferais tout pour assurer sa survie.

Soudain, un grand flash blanc nous enveloppe, m'aveuglant, et je sais que nous sommes sur le point de quitter cet endroit. N'aie crainte, mon enfant... Tout est fini...

Tout va s'arranger...

Mon esprit dérive du monde intérieur de ma fille, me ramenant à la réalité glaciale des geôles. J'ouvre les yeux et vois Frost à mes côtés, son visage marqué par la tension de l'instant. Jaya n'est plus dans mes bras. Elle est endormie, là, par terre, sur ma cape de fourrure.

Malgré le choc, je sais que j'ai réussi.

— Chrysiridia... tes cheveux ?

Mes cheveux ? Lorsque je regarde mes longues mèches de plus près, tombantes sur mes épaules, je remarque qu'elles ont changé de couleur.

— Ils sont devenus blancs pendant que tu étais en transe.

Je soupire. Le sortilège de scellement m'a demandé tellement d'énergie que je n'ai pu conserver le camouflage brun sur ma maudite chevelure neigeuse... C'est la première fois que Frost me voit ainsi, je peux comprendre sa surprise.

— Ah... ce n'est pas grave. Le plus important, c'est que Jaya est sauvée.

Mes mots lui font ouvrir de grands yeux.

— Tu as réussi ?

— Oui... son Risen est scellé.

Il n'a pas besoin de mots pour exprimer ce qu'il ressent ; tout est écrit dans l'éclat de ses yeux et dans la manière dont il me sourit. L'ombre de l'inquiétude qui ourlait ses traits s'estompe, comme s'il se permettait enfin de respirer après avoir retenu son souffle.

Sa main caresse la tête de notre petite princesse assoupie.

— Oh, Chrysiridia, tu es fantastique...

Je ne lui réponds pas, mes yeux braqués sur Jaya et mon esprit penché sur la suite que je redoute tant. Il remarque ma réflexion.

— Chrysiridia ?

— Ça ne peut pas rester uniquement comme ça.

— Qu'est-ce que tu veux dire ?

— Jaya m'a vue utiliser la magie, derrière le château. Elle était si... terrifiée. Terrifiée par moi. Ce jour devait arriver... Ça... ça me tue de devoir te dire cela, mais je vais devoir partir.

Frost semble perdre pied à cette nouvelle, comme si le sol sous lui se dérobait. Son visage, d'ordinaire si serein et maîtrisé, s'est décomposé.

— Partir ? Partir où ? Qu'est-ce que tu racontes ?

— Si la géante est partie, je dois la suivre pour qu'elle ne revienne jamais. Tu comprends ?

— Quoi, mais... non ! Chrysiridia, il est hors de question que tu partes ! Mes hommes se chargeront de cette géante...

— Ils ne pourront rien faire contre Rahya !

Frost fronce les sourcils, interloqué.

— Rahya ?

— Oui... C'est... c'est ma petite sœur. Elle vient de Thorimay. Je l'ai cachée pour qu'elle soit épargnée par la guerre, mais... sa géante s'est visiblement éveillée. Vois-tu la malédiction qui pèse sur les femmes de la famille De Myre, Frost ? Vois-tu le potentiel de destruction ? Ces cheveux blancs sont le signe de la géante qui vit en nous ! Je ne voulais pas ça pour Jaya ! Jamais ! Et si je dois partir pour la protéger, mais aussi protéger mon royaume, je le ferais. Si une seule personne est capable d'arrêter Rahya... c'est moi.

— Chrysiridia, je t'en prie... Tu ne peux pas partir, nous avons un enfant et Jaya a besoin de toi. J'ai besoin de toi. Mais je ne pourrais continuer de te protéger sous mon nom si tu continues de provoquer nos croyances ainsi ! Tu as montré tes pouvoirs derrière le château... Tu as dépassé les bornes, et si quelqu'un d'autre t'avais vue ou avait vu Jaya ?

Frost, ce pilier de force, se laisse aller à un moment de vulnérabilité humaine. Je refuse de le voir ainsi. Alors, j'accroche mes deux mains à ses épaules.

— Personne ne nous a vues, je te le promets... et ceux qui l'ont fait ne sont plus là pour le dire. Frost...

Ma main frôle inconsciemment sa joue recouverte d'une belle barbe noire et douce où j'aime tant faire courir mes doigts.

— Mon amour... je te suis tellement reconnaissante pour tout que tu fais pour notre famille. Mais je dois m'en aller, pour Jaya... ce sera mieux pour elle. Je pense à son futur, si elle sait que sa mère est mage, que sera sa vie ? Je sais qu'il y aura des conséquences autant pour moi que pour elle et je ne veux pas prendre ce risque. Même si ça veut dire... l'abandonner.

— Chrysiridia...

— Frost... Si ce pouvoir a été offert à ma lignée, ce n'est pas pour rien. Moi et ma sœur sommes les dernières géantes et je suis la seule à savoir me contrôler. Rahya risque de revenir et je refuse qu'elle détruise à nouveau Alhora et mette mon foyer et mon peuple en danger. Je suis la seule à pouvoir l'en empêcher. Et Jaya... je... je ne veux pas qu'elle grandisse avec le souvenir d'avoir une mère mage et meurtrière, ni même qu'elle soit mage elle-même. Je veux qu'elle grandisse comme tous les enfants de notre noble société. Qu'elle soit heureuse et épanouie, sans jamais toucher à la magie. Je veux qu'elle soit une reine exemplaire, belle et forte, respectée et aimée... sans cette magie...

Mon cœur pèse le poids de la montagne. Je sais que les événements de cette soirée laisseront des cicatrices profondes dans l'esprit de Jaya, des souvenirs terrifiants qui pourraient la hanter pour toujours. Ma décision est d'une cruauté inimaginable, mais en tant que mère, je pense qu'il est de mon devoir d'assurer l'avenir de ma fille, même si cela signifie effacer une partie de son histoire.

Les yeux embués par les larmes que je refuse de laisser couler, je pose délicatement mes doigts tremblants sur le front de ma petite fille. Mes lèvres murmurent une incantation ancienne, un sort d'amnésie que seules les plus puissantes mages peuvent manipuler.

Oublya-natem...

Une fumée bleue commence à émaner de ma paume, un brouillard magique qui voyage dans la mémoire de Jaya, cherchant les souvenirs à effacer.

— Qu'est-ce que tu fais ?

J'ignore la question inquiète de Frost, ma concentration ne me le permet pas.

La fumée s'épaissit et se condense, formant une perle scintillante gorgée d'images : le souvenir de Jaya me voyant utiliser la magie derrière le château, le souvenir d'elle-même invoquant des forces qu'elle ne comprenait pas, la mort des soldats et la conclusion tumultueuse de cette nuit. La géante resterait, les bons moments aussi, mais les mauvais sont désormais piégés dans la perle de brume, prêts à être emportés à tout jamais.

Mon âme battant de douleur et de résignation, je ferme les yeux et serre la perle dans ma main. Il y eut un léger éclat avant que les images ne s'évanouissent, absorbés par la magie qui les avait créés. La petite boule a disparu, et avec elle, les souvenirs qui auraient pu briser mon enfant.

Je m'effondre, le fardeau de mon choix pesant trop lourd sur mes épaules. Penchée vers ma fille, mon front s'échoue sur le sien et une larme esseulée vient y tomber.

— Ainsi, Jaya vivra mieux... Sans ce terrible souvenir...

Même si, brisée, je réalise que chaque mot résonne comme un adieu silencieux à une partie de nos ultimes instants ensemble. J'écrase un doux baiser sur son front, sachant qu'il était le dernier que pourrais lui donner.

— Frost... je voudrais que tu prennes soin de Jaya. Que tu veilles à ce que jamais elle n'approche le Risen, pour que jamais le sortilège de scellement ne se rompt. Protège-la du monde extérieur et des dangers qu'elle pourrait rencontrer. Elle est si précieuse. Tu me promets de le faire ?

— Je te le promets.

Mon roi, mon amour... La tristesse qui pèse sur ton cœur transparaît dans tes yeux. Tes yeux si beaux qui m'ont toujours charmée. Pourtant, même dans tes moments de doute, tu restes le pilier inébranlable qui soutient notre royaume. Mais ici, loin des regards et des attentes, tu es simplement l'homme que j'aime.

Je lève ma main, doucement, et la pose sur ta joue avec la tendresse d'une plume. Un geste d'amour qui te rappelle que derrière le roi, il y a l'homme, l'époux, le père.

Et parfois, même un roi a le droit de se reposer dans l'ombre de sa reine.

— Mais promets-moi en retour que tu reviendras.

Sa main emprisonne la mienne contre son visage. Il me fixe intensément. Pourrais-je lui promettre une telle chose ?

— Je reviendrais, on se reverra. Mais si jamais je ne reviens pas d'ici quelques jours, c'est que le combat m'a emportée. Alors... je veux que tu annonces ma mort au peuple... et à Jaya. Dit une partie de la vérité, dit que la géante a eut raison de moi et qu'elle m'a tuée. Tu es fort, Frost, tellement plus que tu ne le crois. Protège notre fille pour moi. D'accord ?

Ses yeux étincellent, voilés de larmes, la tête baissée sous le poids de la souffrance. D'une main ferme mais tendre, je lui relève le menton, nos yeux se liant dans un silence chargé. Un roi doit rester digne, même dans l'adversité.

— Ça ira, mon amour... Tu t'en sortiras.

— J'ai peur, Chrysiridia. J'ai peur de ces éclats du futur. Que vais-je faire sans toi ?

— Tu es un roi valeureux et un père merveilleux... Tu sauras quoi faire. Je n'ai jamais douté de toi et je ne douterais jamais.

Dans l'air glacé de ces geôles, nos lèvres se sont rencontrées une dernière fois, un adieu muet mais empreint d'une passion qui défie les âges.

Adieu, mon roi, mon cœur restera à jamais tien...

Et je suis partie, cette nuit-là.

J'ai dérobé mon ombre aux murs du château, m'évanouissant dans l'étreinte gelée des Montagnes Boréales, sans que personne ne me voit. Depuis les hauteurs des collines nappées de neige, j'ai observé les flammes orangées dévorer Alhora, mon royaume autrefois resplendissant. J'ai tout abandonné derrière moi pour poursuivre Rahya : ma couronne, mon peuple, mon mari... et l'enfant de notre amour, ma précieuse fille.

C'est le fardeau d'une souveraine, de braver l'abîme pour la sauvegarde de ceux qu'elle chérit. Et si cela exige l'inimaginable –affronter ma propre sœur dans un combat mortel– alors que ce soit le témoignage de mon amour immuable, le prix d'une paix à reconquérir.

Et je ne suis jamais revenue.

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