Le chant du coq
Il rêva avec le sourire, laissant sa main courir là où son esprit pervers la guidait. Et tandis qu'inconsciemment, il la glissait à l'intérieur de son jean, les soupirs de son rêve se firent de plus en intense. Ils enflaient, enflaient en même temps que son désir, jusqu'à se transformer en râle. Il gémit faiblement tandis que son corps se détendait.
Merde, se dit-il alors qu'il reprenait lentement conscience, j'espère que j'ai pas fait trop de bruit.
Mais à mesure qu'il revenait à lui, il prit conscience que quelque chose n'allait pas. Le râle gémissant de son rêve était toujours là. Croyant qu'il rêvait encore, il n'ouvrit pas les yeux tout de suite. Et puis au bout quelques secondes, une alarme se mit en route dans sa tête.
— Merde ! s'exclama-t-il en retirant la main de son pantalon et se relevant maladroitement.
Il les entendait clairement maintenant : le râle était en fait l'unisson de plusieurs gorges mutilées qui gémissaient de faim. Dehors, il semblait faire jour et il se rendit compte avec horreur qu'il y avait des créatures derrière toutes les fenêtres.
— Il fait jour ? Mais comment ça se fait que ...
Son esprit était encore englué par le sommeil et il avait du mal à se remettre à penser correctement malgré la situation d'urgence. Son premier réflexe fut de regarder l'heure : il n'était que quatre heures. Ne comprenant rien à la situation, il voulut demander à la blonde ce qu'il se passait et surtout pourquoi elle ne l'avait pas réveillé plus tôt. C'est alors que la réalité le frappa : elle n'était plus à l'intérieur. Mais alors qu'il s'apprêtait à hurler pour l'appeler, la porte grinça. Il vit alors que celle-ci n'était plus barricadée. Dans un hurlement, il se précipita pour replacer les caisses devant afin de la maintenir fermée. De l'autre côté la horde commençait à se masser devant, faisant pression pour tenter de l'ouvrir.
Putain, même morts ils savent ce que c'est qu'une porte ?
Mais pas le temps de réfléchir, il lui fallait trouver un moyen de se défendre et vite. Il retourna au matelas pour y récupérer le fusil, mais il n'était plus là.
— La garce ! hurla-t-il en comprenant qu'elle s'était fait la malle non seulement avec l'arme à feu et ses munitions, mais aussi en emportant sa hache.
Ne jamais faire confiance ! Merde, je le savais en plus !
Se maudissant pour sa stupidité, il vit également qu'à terre se trouvait l'ampoule qui éclairait l'intérieur. Il se mit alors à rire. Dehors ce n'était pas le jour, mais simplement les spots extérieurs qui étaient allumés. Le refuge était bien visible, comme un phare dans la nuit. La horde n'avait eu qu'à suivre la lumière pendant que lui pionçait tranquillement en se branlant. Son fou rire enfla et il crut qu'il ne pourrait jamais s'arrêter. Les plaintes rauques se firent plus fortes également, comme si la horde lui reprochait de rire ainsi. Il eut un mouvement en direction de l'interrupteur, mais il se figea, comprenant que cela ne servait plus à rien d'éteindre maintenant qu'ils étaient tous là. Son rire se transforma alors en cri de colère. Tout ça à cause de cette connasse de blonde et son gros cul.
Ma vieille, s'ils t'ont pas déjà bouffé, je te jure que je te retrouverait et que je te le ferai payer !
Mais d'abord, il lui fallait se tirer de ce pétrin. Cherchant désespérément autour de lui, il finit par attraper une chaise et la fracassa au sol. Armé d'un pied de chaise dans chaque main, il faillit hurler de rire en pensant à l'aspect pitoyable qu'il devait avoir.
Bon, on récapitule : la horde est dehors. Ils sont lents, stupides et ne pensent qu'à griffer et mordre. Pas d'alphas parce qu'ils peuvent pas se piffrer, donc j'ai mes chances si je me met à courir.
Il fit une grimace en comprenant tous les défauts que contenait son "plan" : le simple fait de traverser la horde sans se faire mordre serait un miracle. Heureusement que beaucoup d'entre eux perdaient leurs dents au fur et à mesure de la décomposition. Mais quand bien même il y parviendrait, au vue de l'heure il faisait encore trop sombre. Courir à l'aveuglette avec des dizaines de macchabées aux fesses et des grandes chances de croiser des alphas, en étant uniquement armé de pieds de chaises ! Il prenait toute l'ampleur du merdier dans lequel il s'était mis. Et tout ça pour quoi ?
Le toit ! lui hurla son instinct tandis qu'il se lamentait sur lui-même.
Mais oui ! Le toit ! Il avait d'ailleurs pensé dans un premier temps grimper à un arbre, mais n'en avait trouvé aucun qui soit praticable.
—Ok. Ok. Heu ...
Son esprit tournait à plein régime pour trouver une solution. Sortir afin de grimper sur quelque chose lui semblait impossible au vu du nombre de créatures massées autour du refuge. Il lui faudrait donc atteindre le toit de l'intérieur. Il calcula rapidement son coup et vit qu'heureusement il n'y avait pas beaucoup de hauteur. Il lui suffirait d'empiler quelques caisses et la chaise, rien de plus simple !
— Et merde ... dit-il simplement en reprenant conscience des morceaux de la chaise qu'il avait dans les mains.
Il les jeta rageusement en lâchant une bordée de jurons.
— Bon, ben les caisses alors !
Caisses qui servaient à consolider la porte afin d'empêcher les créatures de pénétrer à l'intérieur. Entrant dans une colère noire, il se mit à hurler en frappant contre un mur, réussissant presque à couvrir le râle de la horde. Il stoppa net lorsqu'il cru entendre en petit gloussement au-dessus de lui.
La grognasse !
Tout son esprit se tourna alors vers elle, occultant du même coup la présence des morts-vivants massés dehors. Dans un état de semi-transe, il se mit à empiler barils et caisses sans faire attention qu'à chaque fois qu'il retirait quelque chose de devant la porte, celle-ci tremblait de plus belle. Un feu froid brûlait en lui, courant dans ses veines comme une coulée d'azote liquide. Sa rage se cristallisait sur la jeune femme qui l'avait mis dans cette situation, et à ce moment précis rien n'aurait pu le détourner de son but : lui arracher sa belle petite gueule de bonasse.
La bave aux lèvres, il grimpa sur la pile d'objet en équilibre précaire, s'aidant d'une main, l'autre tenant le dernier baril nécessaire à atteindre le plafond. Entre ses dents, il tenait un des pieds de chaise, ne pouvant s'empêcher de s'imagine avec luxe de détail ce qu'il comptait lui faire avec. Il n'avait jamais été un saint, ni un parfait connard non plus. Il s'était toujours contenté de regarder ce genre de fille de loin, se disant qu'il valait mieux fantasmer dessus que de se prendre un râteau. Mais là, la frustration, la colère, le désespoir de la situation ... sa propre mère ne l'aurait pas reconnue.
— J'vais te péter tes sales petites jambes de greluche ! hurla-t-il alors qu'il atteignait le zinc du toit.
Au même moment, en bas, la dernière caisse bloquant la porte se mit à bouger. La horde se pressait contre la porte et cela suffisait à déplacer la cale qui la maintenait en place. Mais tout occupé qu'il était à s'acharner pour soulever un coin de plaque, il ne s'aperçut de rien. Petit à petit, la porte s'ouvrit dans le raclement du bois sur le sol. Un concert de gémissements et de râles envahit le refuge, par-dessus lesquels rebondissaient les insultes qu'il hurlait en bavant.
La sale petite garce ! Je vais lui montrer moi ... mais qu'est-ce que ... merde !
Il venait de prendre conscience de ce qu'il se passait autour de lui, trop tard. Une main griffue et décharnée s'était accrochée à se cheville et le tirait lentement vers le bas. Il faillit perdre l'équilibre en secouant énergiquement sa jambe, mais heureusement il réussit à se rétablir à temps. L'autre l'avait lâché, les muscles de ses mains pourrissantes lui faisant défaut. En baissant les yeux, il vit que trois créatures essayaient de grimper et elles auraient vite fait de faire s'écrouler sa tour empilée à la va vite. D'un revers de pied de chaise, il fit tomber le premier assaillant et d'un coup de pied il en éjecta un autre. Mais cela ne pourrait durer, la structure étant sur le point de s'écrouler. Il prit appuie sur ses jambes, espérant de toutes ses forces que ça tienne le coup, et poussa sur la plaque en grognant sous l'effort. Quelques rivets rouillés sautèrent et après un deuxième effort, il put en relever un coin.
— Non ! hurla-t-il en sentant sur sa cheville une pression lui indiquant qu'une des choses était en train de la mordre.
S'agrippant au rebord, il donna un violent coup de pied pour faire tomber la créature, ce qui acheva de déséquilibre la structure, qui s'écroula. Pendu dans le vide à bout de bras, il fit appel à toutes ses dernières forces pour se hisser jusqu'au toit, motivé par les cris rauques qui montaient d'en dessous. C'est en hurlant et en bavant de plus belle qu'il y parvint, manquant de glisser le long de la pente pour se retrouver en bas. Tremblant et nauséeux, il s'assit à califourchon sur le faîte et s'empressa de relever son jean.
— Putain, je l'ai échappé belle, soupira-t-il en voyant sa cheville intacte.
— Tu crois ? demanda une voix moqueuse dans son dos.
Il se souvint avec horreur qu'elle aussi était là. L'urgence de la situation lui avait momentanément fait oublier sa crise de colère et son pourquoi. Il n'eut qu'à peine le temps de tourner la tête avant de se prendre un violent coup sur l'épaule. Il bascula sans rien pouvoir faire et ne réussit même pas à s'agripper au toit. Il chuta lourdement dans les feuilles mortes et la vit, la hache à la main.
— Avec les compliments de la grognasse aux gros nichons ! lui lança-t-elle avec un grand sourire.
Il hurla de douleur en essayant de bouger. Elle l'avait sans doute frappé avec l'arrière de la hache, lui défonçant l'épaule au passage. La chute avait finit de lui achever le dos et il se retrouvait étalé au sol sans pouvoir bouger. Son cou lui faisait trop mal pour qu'il puisse relever la tête, mais après tout, pourquoi faire. Il les entendait venir vers lui. Il les sentait s'approcher. Ils n'avaient pas mis longtemps à sentir sa présence et à sortir du refuge.
— Tout ça pour une paire de nibards ... cracha-t-il au milieu d'un filet de sang.
Comme pour illustrer ses paroles, il l'a vit lui faire un doigt avant d'aller se réinstaller confortablement sur son toit. Le jour était en train de se lever et ses hurlements avaient la triste apparence du chant du coq.
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