Red.
Chan ne savait pas quoi faire. Cela faisait des jours qu'il croisait à peine son cadet. Ce dernier semblait travailler toutes les nuits pour ne dormir qu'une poignée d'heures en journée. L'ainé n'était même pas sur qu'Hyunjin travaillait réellement, il ne savait rien de ce qui se passait pour lui, hormis sa colère et sa détresse et cela ne faisait que le rendre encore plus anxieux.
Chan le croisait toujours habillé d'un costume parfaitement aligné et jamais il ne l'avait revu démaquillé. Il se sentait minable, c'était les seules pensées qui lui revenaient toujours à l'esprit. Comment allait-il lui annoncer maintenant que le logement n'a jamais eu de problème et qu'il voulait juste le garder prêt de lui ? Il avait creusé un trou dans lequel il s'était lui même poussé et enterré. A cet instant, lui qui semblait toujours fort et intègre se sentait totalement démunis et abattu. Il avait trahis la seule personne qui avait réussi à avoir de l'importance pour lui.
Tel les lapins qu'il chassait, l'ermite se sentait pris au piège, prit dans un piège dont il avait lui même crée les aspérités et qui lui semblait s'insérer par tous les pores de sa peau.
Le silence que lui imposait son cadet était terrifiant, assourdissant et quand on couplait cela au fait que ce dernier ne le regardait jamais, alors Chan avait le sentiment de perdre la tête, d'avoir renoncé à une partie de sa sanité.
Depuis quatre jours, depuis quatre longues journées et quatre silencieuses nuits, le propriétaire n'avait plus jamais croisé ses pupilles. Pas même par mégarde ou par fierté. Hyunjin portée une attention extrême à ne jamais lui offrir la moindre possibilité, la moindre faille, c'est en tous cas comme ça que Chan percevait son attitude. Quand Chan essayait de capter son regard, ce dernier était toujours fermé et inaccessible. Le pire était qu'il ne regardait pas le sol, loin de là, Hyunjin avait une attitude fière et froide, tel qu'il devait être chez lui. Ses yeux regardaient toujours bien droit devant lui et jamais plus Chan n'avait perçu la moindre émotion teindre son visage. Pour qui savait observer, ses traits étaient pourtant tirés, ses joues étaient creusées et de temps en temps Chan percevait ses paupières gonflées d'avoir probablement trop pleuré, mais jamais Hyunjin ne s'était montré naturel ou vulnérable de nouveau, pas même le temps d'un battement de cils.
Il lui semblait qu'il était de nouveau revenu à l'homme qu'il avait croisé dans l'auberge. Il était l'homme que Chan l'avait forcé à être devant lui.
L'ainé était désespéré, il ne dormait plus depuis des jours et se dépenser dans la journée en forêt n'y pouvait plus rien. Ses cernes étaient visibles et il lui semblait même manger trop, trop souvent, en de trop grosse quantité. Il cherchait le sucre, comme un réconfort liquoreux qui pourrait le tenir éloigner de ses propres pensées et le bercer là ou Hyunjin ne le faisait plus. C'était drôle, car Chan n'avait jamais aimé les sucreries et pourtant...
Tous les jours, il laissait des assiettes à Hyunjin qu'il avait cuisiné pour lui, parfois, il lui coupait même des fruits qu'il disposait dans des bols, mais invariablement rien ne bougeait dans le réfrigérateur. Les aliments restaient statiques durant des jours jusqu'à ce que Chan finissent par les manger ou les jeter, lui qui détestait gaspiller. Chan ne s'était jamais senti aussi rejeté de sa vie et sur ce coup là, il ne pouvait s'en prendre qu'à lui-même, il le savait.
Lors d'une longue nuit de réflexion, Chan se demanda finalement si ce n'était pas ce qu'Hyunjin lui même ressentait, ce sentiment extrême de rejet. Est-ce qu'à force d'être ainsi exposé il n'avait pas fini par être obligé de s'isoler ? Est-ce que cette notoriété ne le rejetait pas de toute forme de contact social, comme un paradoxe ? Dans l'énervement, Hyunjin lui avait même soufflé avoir vécu ainsi toute sa vie, même son enfance. S'était-il construit dans la solitude, dans le rejet ?
Les deux premiers jours avaient été les plus difficiles, il se torturait l'esprit à longueur de journées et son ventre se tordait douloureusement d'appréhension à chaque bruit émit depuis le grenier. Puis, les deux suivants, Chan se surprit à mettre en place quelques rituels et encore d'autres méthodes d'évitement.
Il observait la mezzanine durant des heures la nuit. Il l'a voyait s'allumer quand le soleil se couchait et il tentait, comme seul un fou d'amour l'aurait fait, d'apercevoir des bribes d'Hyunjin au travers de la vitre opaque qui donnait sur le salon. Il regardait des films jusque tard dans la nuit afin de rester dans le salon, à la vue d'Hyunjin, comme jamais il ne l'avait fait auparavant. Il avait appris à maitrisé l'outil qu'était Netflix et il avait rattrapé tout ce qu'il avait manqué durant toutes ses années de purgatoire. Un soir, il se surprit même à regarder les films qu'Hyunjin avait déjà visionné. Par tous les moyens il tentait de se rapprocher de lui et même s'il avait le sentiment d'encore violer son intimité, c'était actuellement tout ce qu'il lui restait et il s'y accrochait désespérément.
Quand Chan se regardait dans le miroir, il ne se reconnaissait plus, ou alors il se reconnaissait trop. Ses propres comportements lui faisaient peur et face à ses derniers, il ne pouvait plus se mentir, il était amoureux.
Bahng Chan était éperdument amoureux.
Le bûcheron finissait par se lever bien plus tard que d'habitude. Il détestait cela, mais de cette manière, en se couchant si tard lui aussi, il espérait avoir la chance de, peut être, croiser Hyunjin dans la nuit car même s'il ne le regardait pas, c'était mieux que de ne pas le voir du tout. Et parfois ça marchait. Parfois Hyunjin descendait, après des heures sans manger il finissait par descendre les marches comme un automate, les traits tirés à quatre épingles même au plus profond de la nuit. Il ignorait toujours son ainé et allait se faire chauffer un sachet de nouilles instantanées dans un silence quasi fantomatique. Une fois Chan lui avait déposé une assiette sur le comptoir pendant qu'ils étaient dans le même espace, avec uniquement des choses qu'il aimait manger. Hyunjin n'avait même pas sourcillé, après ça, plus jamais il n'avait réessayé.
Alors aujourd'hui, après presque une semaine sans un mot, confronté à son propre désespoir, Chan s'était décidé à acter quelque chose d'encore plus désespéré que ce que ses pensées l'étaient. Cependant, il devait agir, peu importe le prix qu'il devait payer pour cela, il ne pouvait pas rester ainsi, ni lui, ni Hyunjin. Il se torturait littéralement et il n'était plus en capacité de supporter sa propre impuissance.
Alors, prit par un courage qu'il ignorait avoir, Chan grimpa timidement les marches qui menaient aux quartiers d'Hyunjin. La nuit était déjà tombée depuis un moment et ce dernier avait veillé à voir les lumières de la chambre s'allumer avant de monter. Ainsi, il savait qu'Hyunjin ne dormait pas et pourtant, alors qu'il s'apprêtait à toquer à la porte, il entendit la lumière s'éteindre. Peut être que le styliste espérait lui faire croire qu'il dormait. Après tout c'était la première fois depuis leur dispute que ce dernier monté le voir et les marches étaient bruyantes alors c'était à envisager et probablement à prévoir.
- Hyunjin, je sais que tu ne dors pas, ouvres moi s'il te plait. Je te promets qu'après cette discussion, je te laisserais tranquille. Je... je sais que ma parole n'a plus aucune valeur, c'est une évidence, mais je te l'a donne quand même, s'il te plait, laisse moi une seule chance de te parler. J'ai respecté ton intimité au mieux et j'ai subi ton silence, mais là, je ne peux plus...
Surpris, Chan entendit une lumière timide s'allumer, probablement celle de la table de chevet puis, quelques secondes plus tard, il entendit un verrou se défaire. C'était un premier pas.
Hyunjin lui ouvrit et la lumière du couloir éclaira avec douceur son visage nu de tous artifices. Sa mine était épouvantable et Chan se détestait de lui avoir infligé cela, avant cette déclaration Hyunjin semblait plus vivant qu'il n'avait jamais été. Il avait des joues pleines, un sourire constant et il lui semblait même qu'il avait prit quelques kilos. Là, à cet instant, il lui apparaissait amaigris, fatigué, abattu.
Le bout de ses doigts étaient grisonnant d'un crayon qu'il avait du user jusque tard dans la nuit et ses cernes semblaient en être les douloureuses témoins. Ses cheveux était attachés en un chignon presque totalement défait et le créateur semblait avoir perdu la force d'arborer son regard suffisant. Hyunjin ne devait pas s'attendre à ce que Chan arrive, c'était évident.
- Je t'écoutes.
- Tu me laisse entrer dans ta chambre ?
- C'est pas vraiment ma chambre donc évidemment.
- Si tu n'as pas envie que je le fasse, je n'entre pas Hyunjin.
- Entres, c'est bon, sois pas si dramatique.
La porte s'ouvrir plus franchement et Chan fut fasciné par le spectacle qui s'offrait à lui. D'immenses feuilles blanches et millimétrées s'étendaient sur le sol. Elles étaient colossales, immenses et recouvraient une partie non négligeables du parquet. Plus loin, proche d'un des pieds du lit, des crayons, des gommes, puis une espèce de camaïeu de tissus, une bonne dizaines d'ailleurs quand il regardait bien, avaient été négligemment posés. Les bandes de tissus arboraient différentes couleurs, différentes textures, Chan était séduit, tout cela lui semblait si étranger qu'il en était curieux. Ce n'était pas le moment ni même le but de sa venue, mais il voulait invariablement s'y pencher et comprendre le fonctionnement de tout ce qu'il apercevait, de comment Hyunjin s'en saisissait et de comment on passait de feuilles à fabrique. Comment un simple parquet recouvert pouvait donner lieu à de tels défilés.
Hyunjin avait bien fait l'effort et avait même prit plaisir dans sa confection d'une planche à découper et de manches de couteaux... Quand il y réfléchissait, il avait tout fait pour évoluer dans son monde, pour le comprendre et s'y adapter. Pourquoi ne pouvait-il pas s'y essayer lui aussi ? A cet instant, en regardant ce qu'il espérait être son amant, il aurait même pu le suivre jusqu'à Séoul tant sa voix, sa présence et sa prestance lui manquait.
- Donc ?
Le ton d'Hyunjin le ramena à la réalité, celle qui l'avait conduit jusqu'ici et bien qu'il fut outrageusement soulagé d'entendre sa voix de nouveau il avait eu l'infime espoir qu'elle soit moins sévère que quelques jours auparavant et pourtant, il n'en était rien.
Chan déposa sur le lit tiré à quatre épingles le carton qu'il portait jusque là tout en se retournant vers Hyunjin qui enfin, le regarda. Le simple poids de son regard fini par le faire vaciller et Chan se mordit l'intérieur des joues pour ne pas lui sauter au cou. Que ses pupilles lui avaient manqué... Elles étaient si belles, si intenses, il aurait pu s'y perdre pendant des heures. Il le souhaitait même. Chan voulait désespérément se perdre en lui car à présent, sans lui, il avait le sentiment de ne plus exister, il ne se sentait même plus humain. Alors qu'Hyunjin cherchait à se trouver, Chan avait connu là quelqu'un qui l'eut enfin remarquer. Comment se défaire d'une telle attention quand elle était portée par un homme comme Hyunjin ?
Tel qu'il se l'était toujours dit, au delà de ses apparences de loup affamé et peu alléchant, Chan était un homme fragile et vulnérable, bien plus qu'Hyunjin ne le serait jamais et le voir ainsi face à lui, en capacité de se montrer tel qu'il était, lui éclaboussa cette vérité au visage. Cependant, pour la première fois, elle n'était pas amère, elle avait un gout de douceur, de délivrance. Elle était réelle et il devait l'accepter. Chan n'était pas l'homme dur et froid qu'il semblait être et Hyunjin n'était pas l'homme inaccessible et dédaigneux qu'il faisait semblant d'être. Ensemble ils pouvaient être plus, ils pouvaient être mieux. Ensemble il pouvait faire de l'ordinaire quelque chose d'extraordinaire, il en était convaincu.
- Tu me regardes enfin...
- J'ai ressenti la même chose quand j'ai compris que tu ne connaissait même pas mon prénom. C'est douloureux n'est-ce pas ?
- Beaucoup plus que je ne l'imaginais...
Hyunjin cilla un instant, il ne s'attendait pas à ce que Chan soit aussi honnête, aussi franc et qu'il se mette dans cette posture. C'était nouveau. Il lui semblait sensible, presque fragile. Pourtant, il lui avait toujours semblé si fort, si robuste, presque dur. L'image qui s'offrait à lui était bien différente et honnêtement il en était ravi. Il lui semblait que Chan se présentait à lui, responsable et conscient de ses actes. Tel qu'il avait tenté lui aussi de l'être.
- J'ai menti sur autre chose, je suis venu pour te le dire, j'essaie... j'essaie d'assumer Hyunjin... Est-ce que... est-ce que tu te rappel de l'histoire du tuyau et du coup de fil d'Eunji ?
Hyunjin acquiesça du regard. Il semblait craintif. Il n'était pas sur de pouvoir en supporter davantage. Durant ses jours de silence, qu'il s'infligeait également à lui même, Hyunjin s'était senti si vide qu'il s'était plongé corps et âmes dans le travail. Il avait besoin à tous prix de se remplir, d'une manière ou d'une autre il devait combler l'espace que Chan avait crée puis laissé à l'abandon. Il devait combler le vide.
Hyunjin ne prenait plus de pilules en journée. D'ailleurs, il les avait déjà diminué sans même sans rendre compte depuis ces derniers jours. Parfois il oubliait de les prendre, d'autre fois il en avait diminuer la dose sans vraiment que cette dernière lui manque. Alors il avait décidé de profiter de ce constat pour avancer sur lui-même. Il avait décidé de conserver seulement celles pour dormir, c'était la première fois depuis des années, c'était risqué, probablement stupide sans avis médical, mais il devait s'en détacher, il le savait, cela faisait un moment qu'il le savait et il s'était saisi de cette occasion pour s'y confronter. Parfois cela le rendait totalement insomniaque, d'autres fois, il tremblait légèrement ou se sentait fiévreux, dans ces cas là, il en prenait juste une et les symptômes s'adoucissait jusqu'à ce qu'il puisse s'en désintoxiquer. Il était prêt.
Quand il sentait de nouveau l'angoisse et l'oppression monter en lui, alors Hyunjin tentait les grandes respirations que lui avait appris Julian. Parfois ça marchait, d'autres fois non. Dans les moments ou ça ne fonctionnait pas, le styliste se sentait engloutie au plus profond de la terre, comme aspiré dans son vide. Il paniquait, haletait en des respirations saccadées et diffusent qui lui broyaient les côtes et les poumons, il ne savait même pas pourquoi il se sentait si anxieux, c'était incontrôlable. Cela faisait des années qu'il avait arrêté de se questionner à se sujet.
Dans les pires instants qu'il eut vécu ces derniers jours, il finissait toujours par passer de longues minutes sous une eau bouillante assis dans le bac de douche, espérant pouvoir laver toutes ses inquiétudes et ses pensées les plus acerbes à son sujet. Quand il se laissait trop aller dans ses tréfonds, les mots qu'il lisait à son sujet lui revenaient en cascade, ils s'infiltraient dans chaque pore de sa peau sans qu'il puisse les extraire, comme un venin. Ils les entendaient avec sa propre voix dans son esprit, parfois celle de Chan. C'était nouveau, c'était douloureux, encore plus qu'avec sa propre voix.
Il imaginait le visage de déception que son ainé avait du arborer en lisant tous ces articles à son sujet, il imaginait ses sourcils se froncer et sa bouche se tordre de dégout. Dans ces moments là, Hyunjin aurait pu mourir tant cela lui faisait mal. Jamais il ne s'était senti si humilié. Même après ce qu'il prenait pour l'effondrement de son nom, de sa réputation en tant que créateur et de tous ses efforts pour s'individualiser et être différent. Même quand il avait lu que sa mère avait confirmé à demi-mots dans une interview que son talent n'était plus aussi étincelant qu'avant... jamais il ne s'était senti si fragile, si souillé. La vérité, c'est qu'il aurait préféré décevoir la terre entière que de décevoir Chan. Cette pensée le déchirait tout entier.
Et pourtant, et c'était le pire..., certaines de ses rumeurs étaient vraies et Hyunjin devait se rendre à l'évidence et assumer cette partie là de lui-même. Ses crises de colères, sa fureur, son arrogance, la manière détestable qu'il avait de parler aux autres, de s'en protéger, à n'importe quel prix... Tout cela était réel.
- C'est moi qui l'ai appelé, je lui ai demandé de ne pas te donner le logement, je voulais que tu restes ici, que tu restes avec moi. Je me sentais vraiment minable de faire ça, mais en toute honnêteté... autant je regrette d'avoir ouvert internet pour en savoir plus sur toi autant je ne regrette pas d'avoir fait ça. J'aurais simplement pu te demander de rester c'est vrai, mais je prenais le risque que tu dises non. Je prenais le risque de me rendre compte que je tiens à toi d'une manière différente que ce que tu tiens à moi... et je suis pas prêt à l'entendre, pas maintenant, se serait trop dur pour moi et oui je sais, je parle encore de moi...
- Chan...
- Non, s'il te plait... Je... s'il te plait Hyunjin, laisse moi une chance de m'expliquer, juste une seule.
Hyunjin rabattu quelques mèches fugaces qui passait devant son visage tout en passant au delà de ses croquis pour aller s'asseoir sur son lit, à quelques centimètres du carton qui se tenait derrière lui. Il indiqua d'un signe de tête à Chan la place disponible à son côté et ce dernier n'hésita pas un instant, laissant tout de même un espace respectable entre eux.
Il inspira profondément et continua son laïus tant qu'Hyunjin le laissait encore faire. Il ne voulait pas laissé passer sa chance.
- Derrière toi il y a mon carton, celui dont tu me parlais. Il détient tous mes effets personnels. Si je devais garder une seule chose dans ma vie, excepté toi..., entre l'argent, ma santé, ma maison, mon terrain... se serait ce carton.
Chan ne pouvait plus regarder Hyunjin, pas après ce qu'il s'apprêtait à lui dire. Ses propres mots lui brulaient les lèvres et il savait qu'ils les regretteraient pour toujours si jamais Hyunjin décidait de s'en saisir. Mais à cet instant, c'était ce qui lui semblait juste, c'était ce qu'il pensait juste pour Hyunjin.
- J'ai appelé Eunji.
Chan, de son regard fermé, peureux et de ses mâchoires tendues comme pour se contenir, déposa un set de clefs dans une des mains d'Hyunjin. Ce dernier les attrapa avec douleur et inquiétude. Chan ne le remarqua pas, mais les pupilles de son cadet se dilatèrent de surprise, de mauvaise surprise. Est-ce que Chan voulait qu'il parte ? Le mettait-il dehors ? Après tout ce qu'il avait appris sur lui, c'était peut-être la suite logique, mais au fond de lui, il refusait d'y croire et pourtant ses yeux lui piquèrent d'inconfort et il renifla un chagrin qui s'échoua dans sa gorge, l'empêchant de prononcer un mot sans se déverser sur le sol chaud de leur intimité.
Hyunjin se sentait si sensible auprès de Chan, à fleur de peau... peut être était-ce là une part de son vrai lui ? Peut être qu'il se sentait suffisamment en sécurité et en confiance auprès de cet homme pour osé s'aventurer à exprimer sans hésitations quelques émotions ?
Le silence se fit dans la pièce et Hyunjin se concentra du mieux qu'il le pu pour ne pas fondre en larmes. Il s'y refusait, il ne devait pas, il pouvait le faire, il devait tenir encore un peu.
- Si tu veux partir là-bas, dans la maison des Kim, tu peux. Tout est prêt, je suis allé vérifié. C'est une maison pleine de charme, beaucoup plus confortable que celle-ci, je pense que ça peut te plaire.
De son côté, Chan retourna à la contemplation du sol tout en triturant son pantalon de coton, il n'avait jamais été autant dans l'appréhension d'une réponse. Les deux hommes semblaient blessés, tous deux pour des raisons différentes, tous d'eux d'une manière opposée et pourtant, si l'on regardait bien, à la rencontre des chemins, ils semblaient plus que jamais semblables. Dans leur manière de se cacher, de se déguiser. Dans leur manière de vouloir être sans éprouver, d'avoir peur, de se mentir ou de mentir. Ils étaient aussi comparables que complémentaires. Et à cet instant, malgré tous leurs stratagèmes, ils apparaissaient tels qu'ils étaient, des êtres humains. Des hommes d'ôté d'émotions, de regrets, de craintes, mais surtout, d'espoir.
- Je suis pas en train de te dire de choisir entre le carton ou partir, tu peux l'ouvrir, découvrir son contenu puis choisir de partir après, c'est à toi de voir. Je veux juste que tu ai le choix, le choix de faire ce qui te sembles être le mieux pour toi et uniquement pour toi. Je veux que tu te choisisses. Ne pense pas à moi, ni à ta fierté, à la mienne ou à ce que quiconque voudrait que tu fasses, que tu dises, que tu penses... Demandes toi juste ce que tu veux Hyunjin et je l'accepterais. Je l'accepterais et je t'aiderais à l'obtenir, quoi que tu décides.
Hyunjin se déversa dans la pièce comme un vase brisé se disperse sur le sol lorsqu'on le fait chuter. Des milliers d'éclats, brillants, tranchants et douloureux se rependirent dans la pièce et Chan ne pu que l'observer se fissurer, où bien se libérer, devant ses yeux. Hyunjin tenta au mieux de se retenir, de se cacher, mais c'était impossible.
Il recouvra son visage de ses mains froides et il couvra sa peine de ses longs doigts encore bagués. Ses sanglots furent sonores et Chan entreprit de poser sa main contre son genou. Hyunjin ne sourcilla pas alors Chan y effectua de petits cercles, comme pour le soulager, le calmer. Il attendit patiemment dans un silence confortable que son cadet prenne le temps qui lui était nécéssaire et quand ses sanglots semblèrent se tarirent, Chan le regarda d'un air qui ne transmettait que la dévotion qu'il ressentait à son égard.
- Je ne veux pas être comme les autres Hyunjin, même si je l'ai déjà un peu été... Je t'ai trahis, je le sais et je te promets de ne plus jamais le faire... J'ai compris ou étaient mes erreurs et pourquoi mon comportement t'as blessé. Tu n'es pas obligé d'accepter mes excuses..., je suis un ours, je le sais, on me l'a déjà souvent reproché. Je suis bourru, difficile, froid, mais je sais aussi que je peux être plus que ça. Je sais que pour toi, je veux être plus que ça.
- Je ne veux pas ouvrir ton carton Chan, pas comme ça.
- Alors s'il te plait, ouvrons-le ensemble, moi je veux qu'on l'ouvre, je veux que tu me découvre toi aussi.
Dans la surprise, Chan s'empara du carton et, non sans douleur, il l'ouvrit. Le scotch argenté plusieurs fois arraché ne collait déjà plus et le contenu du carton fut directement accessible, à la vu de tous. Chan se sentait mis à nu. Tout de lui se tenait là, dans ce trente cm carré de contenant. Rien de plus, rien de moins. Tous ses secrets, toutes ses craintes, tous ses regrets, toutes ses hontes.
Hyunjin glissa sa main contre le matériel poreux et au lieu de s'emparer du premier objet tel que Chan s'y attendait, il glissa sa main contre celle de son ainé. Il l'attrapa de toute sa douceur et croisa ses doigts fins à ceux plus larges et abimés par la vie de l'homme qui lui faisait face. L'intensité de leurs regards était tels que les bruits environnants semblaient être restés suspendus dans l'air. Plus rien ne semblait pouvoir les atteindre.
Ils acceptèrent le contact de l'autre avec délivrance et la matière qui fut créée de leurs peaux combinées semblait irréelle.
Chan aurait pu en pleurer de soulagement, surtout lorsqu'il constata que pour la première fois, les yeux bruns et puissants qui l'avaient tant éprouvés n'apparaissaient pas. Pourtant, il s'attendait à cette culpabilité sourde et envahissante, à ce sentiment de trahison et de tromperie qui l'accablait toujours avec force lorsqu'il pensait à Hyunjin et pourtant, à cet instant, pour la première fois depuis le plus loin qu'il pouvait s'en souvenir, il n'avait que ce grain de beauté aux yeux. Il n'avait que cette bouche maltraitée en vision et cette odeur enivrante de vétiver, celle qui le rendait si faible, si homme, si humain.
Chan se sentit libéré. Les deux hommes de sa vie semblaient vouloir se rencontrer, s'accepter et pour la première fois depuis des années, dans son esprit et dans son coeur, Seungmin laissa une partie de sa place à Hyunjin.
Avec plaisir, soulagement et bonheur, de là ou il était, Seungmin observa l'homme qu'il avait aimé à en mourir, éprouver de nouveau. Ce spectacle lui apparaissait magnifique et jamais il n'avait contemplé son Chan aussi vulnérable, même à son côté. L'ange déchu se dit qu'il était temps, qu'il devait le laisser vivre de même que Chan devait accepter de le laisser partir. Chan devait se laisser la chance d'être heureux, tel qu'il méritait de l'être.
Et comme prit lui aussi par une réalité qui semblait maintenant évidente, Chan expira un souffle qu'il savait salvateur et dans un murmure, il admit ce qui ne pouvait plus être tut ;
- Hyunjin, je suis tombé amoureux de toi.
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J'ai le sentiment que ça va plus vite que dans mes autres fictions, j'espère que le rythme vous plait quand même.
Des baisers,
M.
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