Comme un chien dans un jeu de quilles - Hamilton
Hello ! Je vous présente ma troisième nouvelle ! Honnêtement je ne pensais pas en écrire autant durant le mois, mais j'ai été apparemment bien inspirée, donc tant mieux ! Je vous présente ici Hamilton, un personnage que j'ai clairement sous-exploité dans le roman de base, mais qui est vraiment sympa aussi. En fait, il a une vraie sensibilité et j'apprécie ça. On retrouve pas mal Cyril aussi même si ce n'était pas tant prévu. Pour tout vous avouer, j'ai un peu de mal avec cette nouvelle, parce que j'ai eu un peu de mal à amener la fin et je pense que ça se ressent, mais tant pis je ferais mieux avec les prochaines. J'espère que vous apprécierez quand même votre lecture !
***
Temporalité : mai 2012
Quand je pense aux nombreuses conquêtes de Cyril, et à celles de Dimitri, ou à la relation stable de Quentin, je ne peux m'empêcher de me dire que les probabilités pour que quelque chose comme ça m'arrive sont forcément très faibles. Mis à part Angéline lorsque j'étais encore au collège, il n'y avait eu que Madison. Une fois. À une soirée, certes, mais j'étais persuadé d'avoir pris toutes mes précautions. Ainsi lorsqu'elle est venue m'annoncer ce matin dans la cour du lycée, un peu à l'écart, qu'elle était enceinte, j'étais vraiment tombé des nues. Dès lors, plus rien n'avait eu d'importance. J'avais passé ma journée à hocher la tête, à faire semblant d'écouter et je n'avais été qu'un minimum soulagé lorsque j'étais rentré dans ma grande maison, vide. Sauf que mes parents débarquaient demain pour passer quelques jours ici et qu'ils ne comprenaient pas de me voir comme ça.
Depuis mon retour, j'avais été incapable de tourner et retourner dans ma tête ses paroles. « Hamilton, il faut que je te dise quelque chose. Je suis enceinte. » J'avais vu à son regard que ce n'était pas chose aisée que de m'en parler. Le problème étant que même si c'était bien qu'elle m'en parle, je n'avais pas la main sur ce genre de chose. Qu'elle avorte ou qu'elle le garde – ce que je ne souhaitais évidemment pas –, je n'avais pas un droit de regard. Qu'attendait-elle de moi ? Que je l'emmène, que je prenne soin d'elle ? Je pouvais assumer ces choses. Mais, et si elle me l'avait dit parce qu'elle avait l'intention de le garder ? Je n'étais absolument pas prêt à être père à seize ans et demi. Et je ne pouvais absolument pas assumer un enfant, lui donner de l'argent tous les mois, du moins sans l'aide de mes parents. Mais je ne voulais pas qu'ils me voient comme un adolescent irresponsable.
Pourtant c'était ce que j'étais non ? Les garçons sont autant concernés par la contraception, j'avais compris ce principe, si bien que je m'étais toujours fait un devoir de mettre un préservatif. Ce que j'avais évidemment fait. Même alcoolisé – ce que j'étais peu –, je l'avais fait. Je ne savais plus si elle m'avait dit qu'elle prenait la pilule : peut-être pas, vu que c'était sa première fois. Mais je ne me rappelais même plus que le préservatif avait craqué ou quelque chose, et de toute façon, si c'était arrivé, je lui aurais demandé de prendre la pilule du lendemain, quitte à aller la chercher moi-même. Est-ce qu'elle essayait de me manipuler et m'avait menti ? Ce n'était pas son genre, et de toute manière, il faudrait une sacrée bonne raison pour faire ça. Madison était une fille discrète et réservée, j'avais déjà trouvé ça courageux de sa part de me le dire, elle n'avait aucune raison à me mentir.
J'étais totalement perdu, et le fait qu'elle ne m'ait pas dit ce qu'elle comptait faire m'angoissait encore plus. Il fallait que j'aille la voir demain, et que je lui demande. Rien que pour avoir la conscience un peu plus tranquille. Je pouvais payer ce qui avait besoin d'être payé, prendre rendez-vous pour elle et lui tenir la main s'il y avait besoin, mais je ne pouvais pas me retrouver avec un gosse dans les bras. Clairement pas.
Je finis par m'endormir, exténué par mes pensées et sans avoir mangé, sur le canapé dans le salon. Mon sommeil fut agité par de nombreux cauchemars où je me retrouvai toujours père. Parfois d'un enfant de trois mois qui pleurait sans s'arrêter, parfois d'une adolescente de seize ans qui m'avouait elle-même être enceinte, parfois de jumeaux de six ans qui me faisaient courir dans tous les sens. Des jumeaux ! Même si je n'avais aucun poids, je n'avais pas le choix, il fallait que je la convainque d'avorter. Aujourd'hui. Il fallait que je lui parle.
Ce fut la sensation brûlante de faim qui me réveilla finalement à cinq heures du matin, et après avoir pris un sérieux petit-déjeuner composé d'un grand bol de céréales et de tranches de biscottes à la confiture, je pris la décision de ne pas me rendormir et de réfléchir à la meilleure manière de lui parler. Une heure avant d'aller au lycée, j'étais déjà prêt. Je bouillais d'impatience et j'espérais qu'elle arrive également en avance. Je n'avais même pas son numéro, et je ne voulais pas risquer de lui envoyer un message sur Facebook : il y avait peu de chance qu'elle allume son ordinateur avant d'aller au lycée.
À sept heures quarante exactement, j'étais devant la porte du lycée. Sacha vint me saluer, surpris de me trouver déjà là, mais je lui fis comprendre que ce n'était pas le moment de me parler. Dimitri fit de même, mais j'eus la même réaction. Quatre minutes avant la première sonnerie, je l'aperçus enfin qui descendait d'une voiture en compagnie d'une autre fille. J'avais espéré qu'elle serait seule, mais je n'avais pas l'intention de me dégonfler. Je pris une grande inspiration et je marchai dans sa direction.
« Maddy, soufflais-je difficilement lorsque je fus assez proche d'elle.
— Je te rejoins, dit-elle à son amie, tout en restant à ma hauteur. »
L'autre fille la regarda bizarrement, mais continua sa marche vers le lycée.
« Désolé, commençais-je. On a pas trop eu le temps de parler hier, mais j'ai besoin de savoir. Qu'est-ce que tu vas faire ? »
Elle eut un moment de recul, et je la sentis hésiter. Ça ne sentait pas bon.
« Je... Je sais pas, avoua-t-elle. »
À la vue de la tristesse qui emplit son regard, j'eus envie de la prendre dans mes bras. Mais je ne pensais pas que c'était une bonne idée.
« Comment ça ? essayai-je.
— Je n'ai pas été élevée dans l'idée de pouvoir abandonner son bébé, mais je suis encore jeune et... »
J'eus l'envie de la couper et de lui dire que c'était une raison suffisante, mais la sonnerie m'en empêcha et je me ravisai : c'était sans doute mieux comme ça.
« On en reparle ? me demanda-t-elle en déglutissant.
— Ouais, le plus vite possible, répondis-je fermement. »
Elle s'enfuit vers la porte de l'établissement pendant que je me demandai encore ce que j'allais faire. Cyril et Quentin, arrivés au même moment, me rejoignirent.
« Tu vas pas en cours ? me demanda le premier.
— Je sais pas, répondis-je, honnête.
— Tu veux en parler ? m'interrogea Quentin, toujours plus diplomate.
— Pas maintenant, je crois. »
Ils acquiescèrent tous les deux, mais me proposèrent de les suivre, ce que je fis finalement.
La journée allait être très longue et je n'étais absolument pas prêt à affronter mes parents, ce soir.
À peine avais-je passé le pas de la porte que mes parents m'accueillirent à grand fracas. Je ne sais pas si c'est parce qu'ils n'étaient pas là souvent, en tout cas, ils avaient tendance à en faire des tonnes lorsqu'ils me revoyaient. Ils m'embrassaient, me serraient dans les bras et n'arrêtaient pas de me répéter à quel point je leur avais manqué. Je ne les détestais pas, je m'accommodais plutôt bien de notre rythme de famille, mais je ne pouvais m'empêcher de penser que si je leur manquai tellement, ils auraient pu faire un effort pour être plus souvent là. Quelques jours par mois, ce n'était assurément pas suffisant.
Comme à chacune de nos retrouvailles, ils me proposèrent d'aller manger quelque chose dans un restaurant. Si, habituellement, cela me réjouissait plutôt, je n'avais plus aucun appétit depuis la veille. Mais je ne voulais pas les décevoir. Même si j'avais appris assez tôt à m'émanciper, le fait de les rendre fiers faisait toujours partie de mes motivations. Et clairement, leur annoncer que j'avais mis une fille enceinte ne les rendrait pas fiers.
Avant de partir, j'en avais profité pour envoyer rapidement un message à Madison via Facebook, mais je n'avais pas eu de réponses. De toute manière, je ne voulais pas discuter de ce sujet autrement qu'en face à face, mais je lui proposai de se retrouver lundi après le repas de midi. Comme elle était dans la classe de Sacha, je savais très bien qu'elle ne reprenait les cours qu'à quatorze heures, comme moi. Nous aurions donc tout le temps de discuter. Si elle estimait que ça en valait la peine.
Le repas se passa tranquillement, même si ma mère s'inquiéta du fait que je ne mange pas beaucoup. Je réussis à lui faire comprendre que c'était à cause des épreuves qui approchaient et m'angoissaient, et elle me laissa respirer. Je ne pouvais vraiment pas leur dire la vérité. Ils me parlèrent chacun de leurs dernières semaines et des grosses opérations commerciales qu'ils avaient pu mener à bien.
« Avec les dernières primes, je pense qu'on pourrait refaire le jacuzzi et même ajouter un sauna, lança ma mère. »
Mon père acquiesça. Je ne répondis rien, car leurs « problèmes » de riches avaient tendance à me faire grincer. Je n'allais évidemment pas me plaindre de notre confort de vie, mais je me rendais de plus en plus compte que mes parents avaient parfois des œillères sur les yeux. Et qu'ils oubliaient certains détails importants.
« Et, chéri, nous avions pensé à la Toscane pour nos vacances d'été, qu'en penses-tu ? »
Je reposai ma fourchette, surpris par la question. La Toscane, si je me fiai à ma culture générale, était située en Italie, bien plus proche que toutes les dernières vacances que nous avions faites. Il y avait un souci avec l'argent ? Non, puisqu'ils prévoyaient de rénover certaines parties de la maison...
« Vous ne voulez pas aller bronzer sur une plage de sable blanc dans un hôtel quatre étoiles ? demandai-je, ironiquement.
— Tu as grandi, maintenant. Et nous avons la nette impression que ce genre de vacances ne te correspond pas vraiment. »
Je grimaçai. Ils s'en étaient rendu compte, alors, finalement ?
« On pensait louer une maison, avec une gouvernante, et en profiter pour visiter. Mais si tu préfères une plage, il n'y a pas de soucis.
— Non, non ! m'écriai-je au milieu du restaurant. La Toscane, ça me va très bien !
— Parfait, alors je réserverai cette semaine, glissa mon père, enthousiaste. »
Au moins la discussion avait réussi à me faire oublier pour quelques minutes mon angoisse. J'avais hâte de rentrer, si bien que j'expliquai à mes parents que je me sentais vraiment fatigué, ayant eu un contrôle type bac le matin même. Ce qui était entièrement faux, mais la ruse fonctionna et ils abandonnèrent l'idée de prendre un dessert pour rentrer chez nous.
À peine nous rentrâmes que je montai m'enfermer dans ma chambre, ça avait vraiment des avantages d'avoir une salle de bain privée, je ne risquai pas de les recroiser. Mon premier réflexe fut de rallumer mon ordinateur pour checker mes messages Facebook, mais comme je m'y attendais, je n'avais aucune réponse de Madison. Incapable de faire autre chose, je me jetai sur mon lit en espérant dormir.
Je n'avais aucune réponse, cependant je fus surpris d'y voir une petite mention dans le cadre de notre conversation : cela indiquait qu'elle avait vu le message à deux heures du matin. Pourtant, elle n'y avait pas donné suite pour autant. Devais-je m'inquiéter ? Peut-être qu'elle l'avait lu rapidement, mais qu'elle était alors trop fatiguée ? Ou peut-être qu'elle l'avait ouvert par inadvertance, mais sans le lire ? J'hésitai sur ce que je devais faire : je pouvais attente toute la journée du lendemain, même si j'étais déjà une boule de stress, ou alors je pouvais lui renvoyer un message, au risque de passer pour le mec relou. Je décidai rapidement d'opter pour la deuxième solution, j'avais trop peur qu'elle oublie de me répondre. Même si la conversation n'était pas censée être de celle qu'on chasse de son esprit.
Une fois le clapet de mon ordinateur portable rabattu, je me replongeai sous mes draps avec la ferme intention de rendormir, mais j'abandonnai rapidement. Mes yeux refusaient de se fermer et le soleil de l'été qui approchait commençait à s'infiltrer lentement dans la pièce. Je décidai donc me rendre dans la salle de bain personnelle, attenante à ma chambre, pour prendre ma douche.
Lorsque je regagnai ma chambre, fraîchement lavé, peigné et rasé, je me rendis compte qu'il était encore bien trop tôt pour descendre prendre le petit-déjeuner : mon réveil indiquait six heures. Je rallumai donc l'ordinateur avec l'intention de regarder les derniers épisodes de mes séries préférées en streaming, histoire de m'occuper, non sans vérifier régulièrement ma messagerie Facebook. J'étais vraiment obnubilé, et je sentais les battements de mon cœur, angoissants. Il allait falloir que je trouve comment me calme, surtout devant mes parents, qui comptaient sans doute passer une partie de la journée avec moi.
Deux heures plus tard, je vérifiai encore une fois mes notifications, mais sans plus de résultats. Il semblait compliqué si elle était encore éveillée à deux heures, qu'elle puisse se lever aussitôt. Je n'avais qu'à prendre mon mal en patience, en allant prendre le petit-déjeuner.
Je fus presque surpris de croiser mon père dans la cuisine en train de se préparer son propre encas, plus par habitude de son absence que par l'heure matinale. L'étonnement fut partagé.
« Tu te lèves tôt ! commenta-t-il, avec un sourire.
— Ça va, répondis-je, essayant de cacher ma nervosité. À l'heure-là, habituellement, je suis déjà en cours, tu sais.
— Non, continua mon père. Je veux dire, je t'ai entendu prendre ta douche à cinq heures. »
Je me mordis la lèvre en lui tournant le dos pour récupérer la brique de lait dans le frigo. J'avais oublié que, contrairement à ma mère qui adorait faire la grasse mat, mon père se levait aux aurores pour aller courir pendant une heure, avant d'enchaîner sur un temps dans notre salle de musculation privative du sous-sol avant sa douche et son petit-déjeuner. Le voyant faire, je m'étais souvent demandé s'il arrivait – et comment dans ce cas-là – à garder ce rythme durant les déplacements.
« La nuit a été difficile ? »
Il était déjà compliqué de ne pas fondre en larmes lors de ces premières remarques, à l'entende de cette phrase, mon cœur se serra. Et, seul dans la cuisine avec mon père, il me paraissait compliqué de l'éviter. Même si je le sentais sincère dans sa démarche, si bien que je faillis tout lui révéler dans un instant de faiblesse, je savais qu'il valait mieux qu'il ne soit jamais au courant, car peu importe sa réaction – et je n'avais aucune idée de ce qu'elle pourrait être – je préférais ne pas subir un sermon de si bon matin. Au bout de quelques secondes, je grognai pour confirmer.
« J'ai fait des cauchemars, expliquai-je.
— À cause des épreuves qui approchent ? »
Je hochais la tête, c'était encore une fois l'excuse parfaite. D'ailleurs, cela serait facile de m'accorder des moments seuls les prochains temps grâce à ça. Dans les faits, je n'étais pas plus inquiété que ça. Même sans être le meilleur élève du lycée, je m'en sortais toujours honorablement en travaillant régulièrement. Mieux que d'autres en tout cas. Je savais que mes futures notes des épreuves anticipées seraient correctes si je continuai à ma cadence.
« Ne t'inquiète pas, chercha à me rassurer mon père. On est tous passés par là, et on est tous encore vivants. »
Je grimaçai en m'imaginant lui expliquer que ce n'était pas vrai, mais mes parents avaient tendance à généraliser et à ne pas penser au fait qu'il existait d'autres voies que ce fameux baccalauréat. Je continuai donc d'acquiescer sans faire de remous, cela lui faisait plaisir et c'était le principal. J'avais toujours été partisan du fait que lorsque mes parents étaient contents de moi, ils me laissaient tranquille. Cela avait bien marché jusqu'à présent, et je comptais continuer. J'hésitai un instant à demander la permission à mon père d'aller prendre le petit-déjeuner dans le salon. Lorsque j'étais seul, je pouvais évidemment me dispenser de ces manières, mais il y avait toujours ces obligations qui me retombaient dessus dès qu'ils revenaient. Je me sentais redevable de leur demander la permission pour tout : sortir, aller voir des amis ou aller au cinéma... Alors qu'en temps normal, je faisais ce que je voulais.
Il accepta et m'emboîta le pas. Si ça ne me ravit pas, je ne lui montrai pas pour autant. Il s'installa sur un des fauteuils tandis que je m'enfonçai dans notre canapé. Il se saisit directement de la télécommande pour zapper sur une chaîne de sport qui diffusait le match de football de la veille. Cela m'ennuyait. J'aimais prendre mon petit-déjeuner dans le salon pour la quiétude du lieu. Contrairement à la cuisine qui donnait sur la rue, l'énorme baie vitrée du salon donnait sur notre jardin qui se terminait par une petite forêt. On pouvait donc apercevoir nos massifs fleuris – un jardinier passait plusieurs fois par semaine pour s'en occuper –, notre pelouse ainsi que notre piscine. Je n'allumai donc jamais la télévision pour prendre mon petit-déjeuner. Le point positif étant que mon père était tellement captivé par l'écran qu'il en oublia ma présence. Je ne fis donc aucune remarque en continuant d'avaler goulûment mes tartines de confiture.
Au moins, j'arrivai à manger ce matin sans avoir la désagréable sensation que j'allais le vomir directement. Peut-être parce que mon corps avait compris que j'avais besoin de me nourrir.
Après le petit-déjeuner, je quittai mon père pour mettre assiette et couverts dans le lave-vaisselle, avant de retourner dans ma chambre. Mes parents ne m'avaient pas encore informé du programme de la journée, mais je ne doutais pas qu'ils avaient quelque chose de prévu. Mon premier réflexe fut de me jeter sur mon ordinateur, dans l'espoir d'y voir enfin une réponse. Mais ce n'était pas un message que j'y trouvai. En revanche, j'avais bien à nouveau la petite mention comme quoi Madison avait vu le mien. À neuf heures quatre, précisément, elle l'avait vu. Mon cœur rata un battement et j'eus à nouveau la sensation que j'allais vomir tout le contenu de mon estomac. C'était maintenant sûr qu'elle m'évitait. Déjà au lycée, la veille, lorsque je l'avais cherché désespérément dans les couloirs sans la trouver, mais même sur Facebook, elle ne me répondait pas. Où pourtant je ne lui proposai que d'en reparler.
Que pouvais-je faire ? Patienter jusqu'à lundi pour la confronter ? La harceler ? Je savais que ce n'était pas de bonnes solutions. Je n'avais qu'un seul choix possible et c'était d'en parler à quelqu'un.
Bien que Dimitri soit mon meilleur ami, je n'avais pas confiance en ses conseils. Je cherchai dans mon répertoire le numéro de Cyril avant de l'appeler en tapotant frénétiquement mes doigts sur le rebord de mon lit en espérant qu'il me réponde. À la quatrième sonnerie, qui me parut éternelle, il décrocha enfin.
« Ouais ? »
Sa voix me fit un électrochoc et j'eus besoin de quelques secondes pour retrouver la mienne.
« Mec ?
— Ouais, désolé. Est-ce qu'on peut se voir ?
— T'as de la chance, je travaille pas pour une fois aujourd'hui. »
Je me maudis intérieurement. Je savais pourtant que Cyril travaillait tous les samedis.
« Chez toi ? me demanda-t-il.
— Non y'a mes parents. Chez toi ?
— Mieux vaut pas. »
Je me rendais compte que je n'étais encore jamais allé chez lui. J'attendis quelques secondes supplémentaires.
« Bon, au terrain vague alors ? On verra après ?
— Ouais. Dans, une demi-heure ?
— Wouah, commenta-t-il. C'est vraiment urgent, alors. Ouais, dans une demi-heure. »
Il raccrocha sur ces paroles, et pour la première fois je me demandai si je ne l'avais pas dérangé. Je ne m'étais pas inquiété une seule seconde tant l'angoisse me submergeait.
Je descendis en quatrième vitesse pour retrouver mon père dans le salon. J'avais déjà préféré mon excuse, et je préférais mille fois un sermon sur mon irresponsabilité vis-à-vis des cours que vis-à-vis de ma méthode de contraception.
« Il faut que j'aille chez un pote aujourd'hui, j'suis désolé. On a complètement oublié, on a un exposé à faire pour lundi, et j'suis désolé.
— Ah. »
Mon père leva un sourcil en prenant une expression à mi-chemin entre la colère et déception.
« J'suis désolé, continuai-je.
— On avait prévu un truc, mais tant pis. On va pas te laisser avoir une mauvaise note. Tu seras là demain au moins ? demanda-t-il.
— Promis, lui jurai-je en sortant à toute vitesse de la maison. »
Je ne respirai à nouveau correctement que lorsque je tournai au coin de la rue.
« Je crois que je n'ai pas besoin de te demander si ça va. »
Je hochais la tête, sans oser le regarder. Je sentais qu'il me fixait en attendant que je parle, mais même à Cyril la tâche s'annonçait compliquée. Pourquoi avais-je tellement peur de ce qu'on pourrait me dire ?
Entre temps, Cyril s'alluma une cigarette et m'en proposa une. J'acceptai, au point où j'en étais.
Après la première bouffée, ragaillardi, je me lançai.
« Tu vois qui s'est Madison Rognet ?
— La meuf que tu t'es tapée à ta soirée la dernière fois ? répondit Cyril, sans gêne.
— Mec ! m'exclamai-je.
— Pardon, s'excusa-t-il mollement.
— Bon, ouais, elle. Elle est enceinte.
— De toi ? s'étouffa presque Cyril avec la fumée.
— Ouais.
— Et du coup ? »
La question m'interpella. Comment Cyril ne pouvait pas comprendre tous les enjeux de ce que je venais de lui annoncer ? Cela risquait de foutre en l'air ma vie, c'était ça « du coup ». J'essayai difficilement de reprendre mon calme, il était venu en ami, je n'allais pas le renvoyer chez lui.
« Du coup, elle m'évite. J'ai essayé de lui parler hier, mais elle m'a juste dit que même si elle ne se voyait pas garder l'enfant, elle ne se voyait pas avorter non plus. Et depuis elle m'évite, elle a pas répondu à mes messages sur Facebook. »
Il fronça les sourcils, en pleine réflexion tout en écrasant son mégot.
« Et toi tu veux qu'elle avorte ?
— Bah oui, m'écriai-je, surpris. Y'a rien entre elle et moi, comment veux-tu qu'on élève un gosse ? Et puis on a seize ans bordel.
— T'énerve pas, mec. Si elle t'évite, il n'y a qu'une seule solution. On va chez elle. »
Je ne savais pas que penser, évidemment que Cyril avait raison, mais je n'étais pas prêt à affronter Madison et sa famille. Et je ne savais même pas où elle habitait.
« T'inquiète pas pour ça, la mère de Quentin est dans le conseil des parents. Elle a les coordonnées de tout le monde, j'lui envoie un message. »
Je hochai la tête. Je n'avais pas le choix, mais j'espérai qu'avec Cyril à mes côtés ce serait plus simple.
« Ça t'est déjà arrivé ? demandai-je pour essayer de me redonner du courage.
— De ? Mettre enceinte une fille ? Non, heureusement. »
Je soupirai, il n'y avait vraiment que moi pour avoir une malchance pareille.
La réponse de Quentin à son texto ne se fit pas attendre, ce dernier ne demanda même pas pourquoi il lui demandait une telle chose et ça me soulageait. Je n'avais pas envie que ma mésaventure s'ébruite et je savais que je pouvais compter sur Cyril pour sa discrétion.
« Bon, c'est pas très loin d'ici. On y a tout de suite ?
— Attends, l'arrêtai-je en jetant un œil sur mon portable. Il est midi, on ne va peut-être pas débarquer comme ça à l'heure du repas.
— T'as raison. On s'arrête chercher un kebab en route ? »
J'acquiesçai.
Après avoir pris un peu de temps, il était passé treize heures lorsque nous remontâmes l'allée menant à sa maison. Je transpirai excessivement, la situation était tendue et j'avais déjà peur de bégayer.
Cyril prit les devants et sonna pendant que je contenais mon envie de vomir.
La porte s'ouvrit sur un jeune garçon qui devait avoir treize ans et qui ressemblait à Madison. Cyril nous présenta et expliqua que nous devions voir Madison pour un devoir scolaire. Le petit garçon hocha la tête et se dirigea à l'intérieur de la maison pour prévenir sa sœur. Cette dernière arriva quelques secondes plus tard, et la surprise fut telle qu'elle eut le réflexe de refermer la porte. Cependant, Cyril avait été plus rapide et l'avait retenu.
« Madison, Ham a juste besoin de te parler et tu ne fais que l'éviter. »
Devant son air interdit et notre mutisme, Cyril intervint encore une fois.
« Et je pense qu'on devrait en parler autre part qu'ici. »
Sur ces paroles, il tira Madison en dehors de la maison et nous entraîna vers la rue. Je ne pouvais m'empêcher de fixer la jeune fille, mais elle ne reprit véritablement conscience que lorsque nous dépassâmes le petit parc de son quartier.
« Attendez, murmura-t-elle. On pourrait peut-être aller là. »
Elle nous indiqua le coin de verdure que nous venions de distancer. Nous fîmes marche arrière et nous nous installâmes sur un des bancs. Cyril, entre nous deux, sortit une cigarette.
« Bon, commença Cyril. On va pas y passer des heures. »
De mon côté du banc, je sentis les défenses de Madison diminuer et je m'en voulais de la mettre dans cette posture. J'avais autant ma part de responsabilité qu'elle.
« Je suis désolée, sanglota-t-elle. Je t'ai... menti. »
Je retins mon souffle, ne comprenant pas de quoi elle parlait.
« Je ne prends pas la pilule, expliqua-t-elle.
— Ça ne change rien, vous vous êtes protégés non ? demanda Cyril.
— Ouais, on avait un préservatif.
— Donc c'est un accident, conclut mon ami avec sérieux. Tu comptes faire quoi Madison ? Ça reste ton choix. »
L'adolescente se mit à sangloter réellement et se blottit dans les bras du roux qui me regarda l'air perdu. Moi non plus je ne savais pas quoi faire dans cette situation.
« Maddy, essayais-je. C'est pas grave, je peux t'accompagner au planning familial et même prendre le rendez-vous.
— Je ne veux pas que mes parents le sachent, ils vont me tuer. »
Elle renifla sonorement, Cyril caressait du bout des doigts son dos.
« Ils ne sauront pas, ne t'inquiète pas, lui assurais-je. Je n'ai pas envie que mes parents soient au courant non plus.
— Tu ne comprends pas, répliqua-t-il. Ils sont anti-avortement. Ils vont vraiment me tuer.
— Les gens comme tes parents ont parfois des propos extrêmes, dit doucement Cyril pour l'apaiser. Mais lorsque ça arrive à quelqu'un de proche, comme leur fille, ils se radoucissent souvent. Ils n'ont pas envie que tu gâches ta vie. Et dans tous les cas, ils n'ont pas besoin d'être mis au courant. »
J'étais heureux d'avoir un allié tel que lui dans ce moment stressant. J'avais l'impression que c'était l'adolescent le plus diplomate que je connaissais bien que je ne l'eusse jamais vu ainsi. Il avait toujours les bons mots et je voyais que Madison se calmait.
« Maddy, je ne suis pas contre toi. Si tu préfères le garder ou le donner à l'adoption par la suite, je serais obligé de te soutenir. Mais c'est une décision qui pourrait bouleverser nos vies et je n'ai pas envie de prendre ça à la légère.
— Je ne veux pas non plus gâcher ma vie, se raidit Madison.
— Alors, je pense que vous savez ce qu'ils vous restent à faire » lâcha Cyril qui reprenait son rôle de mec soulé.
« Est-ce qu'on pourrait ne plus s'éviter maintenant ? Au moins jusqu'à la fin de cette histoire.
— Ouais, j'suis désolée. J'étais vraiment perdue.
— Est-ce que ça te va si je m'occupe du côté administratif, comme trouver le planning familial et prendre éventuellement rendez-vous.
— Oui, je te fais confiance. »
Je fus presque touché de sa déclaration tant elle n'avait pas à me faire confiance.
« Est-ce que, juste, hésita-t-elle. On peut faire en sorte que personne ne sache ?
— Ouais, confirmai-je. Je n'ai pas non plus très envie que ça s'ébruite.
— Et Cyril ? s'inquiéta-t-elle.
— Il ne dira rien. »
Elle acquiesça silencieusement. Je ne me sentais pas encore totalement serein, mais au fond de moi, je me sentais déjà plus rassuré. Je lui proposai finalement ma main afin qu'elle la serre et que nous puissions conclure définitivement le pacte qui nous liait.
***
Voilà, alors je rappelle juste un petit détail, parce que j'imagine que peu s'en souvienne, juste ceux qui l'ont vécu, mais pour la session du bac 2012, les 1ère S passaient bien le français ET l'histoire-géo en épreuves anticipées en 1ère et pouvaient prendre histoire-géo en option en Tle. Je crois que ça a été aboli très vite, donc c'est pour préciser, mais ce n'est pas une bêtise !
Concernant les prochaines nouvelles, dans un premier temps, je ne sais absolument pas sur qui ce sera ni quand je les écrirais. Il y a une forte possibilité que j'en écrive au moins 2 durant février car pour le WriYe, je participe au challenge d'écrire 10,000 mots de romance en février donc ça tombe plutôt pas mal. Mais on verra bien :)
Bạn đang đọc truyện trên: Truyen247.Pro