5 - PLUS QUE DES AMIS.
Vêtue de la robe rouge qu'Alec m'a offerte pour mon anniversaire, je me tiens près de la cheminée. Depuis le début de la soirée, nous nous évitons, et cela n'a échappé à personne, surtout pas à ma mère. Elle est dans un coin de la pièce, les sourcils froncés, à nous observer tour à tour.
— Tu peux arrêter de gigoter comme ça ? C'est quoi ton problème ? T'as envie de pisser ou quoi ?
Comme à son habitude, Jessalyn ne mâche pas ses mots, mais sa présence me rassure, du moins c'est ce que j'essaie de croire.
— J'ai chaud, je ne me sens pas très bien, murmuré-je.
— Meuf, t'as passé plus de temps devant le feu que la dinde dans le four.
Je roule des yeux et vide ma coupe d'une traite.
— Et si tu allais lui parler, ajoute-t-elle.
— Non ! m'écrié-je.
Tous les regards se tournent vers moi, accentuant mon malaise. Tous, sauf celui d'Alec. Immobile, un verre à la main, il est debout devant la fenêtre, observant la neige tomber. Même mon chien, à ses côtés, semble déterminé à m'ignorer.
— Il est minuit, c'est l'heure d'ouvrir les cadeaux, annonce ma mère.
— Donne-moi ton verre !
Sans laisser à Jessalyn le temps de réagir, je m'empare de son verre et le vide.
— Bah merde, tu veux ma culotte aussi ?
— Pour m'étrangler, peut-être !
— Arrête ton cirque. Maintenant, avance jusqu'au salon, sinon ta mère va encore nous faire une scène.
Agacée, elle me pousse vers le salon. Quand j'y entre, tout le monde est installé sur les canapés. Alec reste en retrait, près du sapin. Les lumières clignotantes à côté de lui le rendent encore plus séduisant, et je ne peux m'empêcher de lorgner sur sa chemise légèrement déboutonnée, offrant un aperçu de son torse musclé.
Les cadeaux circulent, la joie éclate autour de moi, mais je reste dans un coin, le fixant. Mon regard remonte le long de son cou, s'attarde sur son visage. Alec, mon rayon de soleil depuis tant d'années, n'est aujourd'hui qu'une ombre de lui-même. Il n'a ni son sourire ni ce regard lumineux qui font battre mon cœur. Savoir que j'en suis la cause me donne envie de pleurer, mais avant que la moindre larme ne coule, il bouge.
Mon cœur s'emballe en le voyant ramasser un cadeau sous le sapin. Il se redresse, fixe un instant la boîte dans ses mains. Puis, lorsqu'il se tourne vers moi, ma respiration se coupe. C'est la première fois que nos regards se croisent depuis notre arrivée.
Doucement, il s'approche. Le monde autour de nous s'efface, je ne vois que lui, jusqu'à ce qu'il soit juste devant moi.
— Joyeux Noël.
Il dépose le paquet dans mes mains puis quitte la pièce sans un mot. Ma vue se brouille, et mon cœur s'emballe. Tremblante, j'ouvre la boîte, découvrant un solitaire en or blanc qui me fait vaciller.
— Zoey, qu'est-ce qui se passe ?
— Rien du tout, maman, répliqué-je en refermant la boîte. Je vais prendre l'air, je reviens.
— Mais il fait un froid de canard...
Ignorant ses paroles, je file vers la porte. Dehors, je m'appuie contre le garde-corps du perron et inspire l'air glacial, tentant de calmer le tourbillon d'émotions en moi.
— Pourquoi tu pleures ?
La voix d'Alec me fait sursauter, et mes larmes redoublent. Incapable de répondre, je me tourne vers lui, chaque mouvement me coûtant un effort surhumain. Face à moi, son visage reste impassible, ce qui me brise encore plus.
— Désolée, je pensais être seule. Je ne voulais pas te déranger.
Il place son bras sur la poutre, me bloquant. Son corps est si proche du mien que le froid semble s'évaporer.
— Pourquoi tu me fuis, Zoey ? Qu'est-ce que je t'ai fait pour que tu me rejettes à ce point ? Je t'en supplie, pour une fois, donne-moi une réponse.
— Tu m'as brisé le cœur il y a onze ans. J'étais folle amoureuse de toi quand tu m'as présenté ta copine à la fac, et je refuse de revivre ça.
Lui avouer cela me fait autant de mal que de bien, et fuir est la seule solution qui me vient à l'esprit. Je pousse son bras et commence à m'éloigner.
— C'est à ce moment-là que j'ai compris que je t'aimais, moi aussi.
— Alec, s'il te plaît...
Il fait les quelques pas qui nous séparent. Mon dos heurte le mur en bois, et je place mes mains entre nous, empêchant tout contact. Respectueux, il s'immobilise, ses mains s'appuyant au-dessus de ma tête.
— Ce jour-là, quand tu es partie, tu as emporté une partie de mon cœur avec toi. C'est pour ça que j'ai quitté la fac et que je suis revenu à Talkeetna. La seule chose dont j'ai besoin dans ma vie, c'est toi, avoue-t-il.
— Pourquoi t'as rien dit avant ?
— Parce que tu me bloquais. Tu voulais qu'on reste amis, et chaque fois que je tentais de parler de nous, tu changeais de sujet.
Nos regards se croisent intensément, et mes mains n'ont plus la force de le repousser. Son corps se colle au mien, sa joue frôle ma mâchoire, et ses lèvres effleurent mon oreille :
— Tu ne m'aimes plus ?
— Je n'ai jamais cessé de t'aimer, Alec.
— Alors, épouse-moi.
L'odeur de son parfum s'infiltre dans mes narines, et mon cœur chavire. Doucement, il tourne la tête, jusqu'à ce que nos lèvres se caressent.
— J'accepte cette bague, mais à condition qu'on se marie plus tard.
— C'est la même chose, non ?
— Non. Je veux une vraie demande, sans que ça sorte d'une dispute.
— D'accord, mais à une condition.
Il presse davantage son corps contre le mien, rendant la température presque insupportable.
— Sors-nous de cette dispute en m'embrassant.
— Uniquement si après ça, on est plus que des amis.
— Tu deviendras la meilleure et l'unique femme de ma vie !
Soulagée, je souris et doucement, je m'empare de ses lèvres. Notre baiser devient rapidement fougueux, laissant éclater nos désirs longtemps refoulés. Tout l'amour que je ressens pour lui explose, et même si j'ai encore besoin de temps, l'idée de devenir sa femme me comble déjà.
Après un long moment passé ensemble, main dans la main, nous nous apprêtons à entrer. J'ouvre la porte, mais nous nous retrouvons face à un obstacle. Sawyer, Jessalyn, et Butcher s'écroulent à nos pieds.
— Bah quoi ? Pour rien au monde j'aurais raté ça ! déclare Sawyer.
— J'espère que le caribou est pas jaloux, ajoute Jessalyn avec un sourire malicieux.
— Le caribou ? s'interroge Alec.
— C'est une longue histoire, je t'expliquerai plus tard.
Je réprime un sourire en voyant son sourcil arqué, puis l'embrasse de nouveau. Finalement, ce Noël s'annonce comme le plus beau de ma vie.
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