Trois
A quatorze heures piles, Gaïus poussa les lourdes portes du conservatoire.
Cependant, exactement au même moment, Aliénor, grande, bavarde et confiante, en sortait accompagnée de son frère jumeau, Oscar.
Cela provoqua une collision inévitable.
– Salut, lâcha-t-elle comme s'il n'y avait rien de plus naturel que de se croiser de cette façon. Tu permets ?
Il s'apprêtait à se décaler pour la laisser passer mais au lieu de ça, elle s'approcha et posa sa main sur le dessus de la tête du garçon avant d'ébouriffer frénétiquement ses cheveux. Elle semblait aux anges.
– J'ai toujours voulu faire ça.
Elle tirait avec amusement sur chacune de ses boucles noires, ses pupilles se dilatant dès que ses doigts s'aventurait plus sur son crâne. Gaïus l'observait, un petit sourire mélange d'inquiétude et de bienveillance plaqué sur le visage. De sa vie toute entière, sa génétique ne lui avait pas value une attention si folle, non pas qu'il ne soit pas regardé mais tout de même. Le côté tactile de cette connaissance vague le surprît grandement. Le plus ironique dans tout ça, était certainement que son frère, qui lui était plus opposé qu'une oxymore, n'adressait pas la parole au jeune homme et attendait, blasé par la situation.
– On m'a toujours dit que t'étais bizarre, indiscrète et assez drôle. Maintenant que je peux le confirmer, je suis enchanté de te rencontrer vraiment, répliqua-t-il en lui tendant la main.
Elle parut ravie de sa réaction et s'empressa de serrer cette dernière. Elle tourna ensuite les talons non sans lui accorder un énième sourire satisfait. Avant que la porte ne se referme sur elle, il l'entendit crier:
– Validé !
Et, suite à ces mots, des pas rapides résonnèrent dans le couloir puis la jolie rousse qu'il s'était impatientée de venir rejoindre hurla à travers la fenêtre ouverte de l'entrée :
– On avait dit quoi sur la discrétion... bordel !
GaÏus explosa de rire et Alexis se retourna un peu gênée par celle qui était visiblement son amie. Elle reprit cependant rapidement ses esprits et il supposa que le fait qu'il soit déjà quatorze heure neuf l'obligeait à se dépêcher.
– Suis-moi, souffla-t-elle avant qu'il n'ait l'occasion de se moquer.
Il obtempéra trop curieux pour oser protester.
Cinq portes plus loin, une cacophonie sans nom faisait trembler les murs et Alexis pénétra dans la petite salle où l'ensemble de l'orchestre le détailla de haut en bas, interrompant ce récital fou. Pour la première fois, le garçon semblait hésitant devant des inconnus, en plus de ça, qui avaient l'air d'être assez passionnants pour piquer son intérêt. Il se sentait presque mal à l'aise, pas à sa place. Il ne connaissait il faut dire rien à la musique. Fallait-il qu'il se présente ou y avait-il une autre espèce de convention pour entrer dans leur cercle artistique et étrange ? Il ne savait où se mettre et grimaçait de son attitude digne d'une boutonneux timide.
Ce qui lui arracha définitivement les mots de la bouche fut une douce mélodie provenant de la plus remarquable des filles de la pièce. Le son de sa trompette n'était ni brutal, ni nasillard, et loin d'être désagréable, voilà ce qu'il pensa en premier lieu. Gaïus fixa alors ses yeux noirs qui traquaient la partition, il adorait lorsque les gens vivaient leur passion. Quoi de plus beau qu'un être animé par ses envies les plus profondes ?
Quelque chose d'indéfinissable se produisit alors. Si ses battements de cœurs restaient jusque là réglés comme un parfait métronome, ils se mirent soudainement à frapper une cadence effrénée. Il était amoureux, amoureux de ce morceau et il n'arrivait pas à décider s'il était juste magnifique ou si le fait que ce soit elle qui l'interprétait changeait la donne.
Elle s'épuisa intensément, les joues rougies, les sourcils froncés jusqu'à la dernière note. Celle-ci laissa une ambiance fragile. Il fut déçu que ça se termine, il avait le sentiment de ne pas être le seul. Mais la vision de son expression essoufflée et superbe le réconforta. Elle pointa ses prunelles sur lui et il se promit que ce qu'il vivait là valait beaucoup plus qu'il n'aurait pû l'imaginer.
Je crois que c'est l'effet que la réalité a quand elle dépasse nos attentes.
Bạn đang đọc truyện trên: Truyen247.Pro