
Quelque chose de plus fort
Noa fixait à présent la vieille dame, se sentant un peu désemparé. Elle avait reposé sa tête contre le fauteuil et refermé les yeux. Son teint était livide. Elle se tenait le poignet gauche de son autre main et un de ses bas était filé, laissant apercevoir du sang sur son genou. Un hématome s'était formé sur le côté de son front. Elle avait dû chuter en avant. Noa se remémora tant bien que mal les conseils reçus lors d'une vague formation aux premiers secours en classe de troisième.
Que faire en cas de chute déjà ? Le risque était le traumatisme cérébral, se remémora-t-il. Il fallait surveiller qu'il n'y ait pas de vomissements, de changement de comportement dans les six heures. Peut-être ferait-il mieux d'appeler les secours, même si la vieille n'y tenait pas ? Il allait commencer par lui donner à boire. En quête d'un verre, il ouvrit un à un les placards et finit par mettre la main sur un gobelet de plastique bleu usé, qu'il remplit d'eau au robinet. Il retourna vers Simone. Un peu de couleurs lui étaient revenues, ce qui rassura légèrement Noa.
Il tendit le verre à Simone, qui le fixait à présent.
― T'as pas quelque chose de plus fort petit ?
Noa laissa échapper un petit rire malgré lui, un peu décontenancé. C'était peut-être les premiers signes de traumatisme ?
― Le placard, là, sous la télévision, lui indiqua-t-elle.
Il se pencha pour ouvrir la petite porte du vieux meuble de bois cérusé, qui grinça. Plusieurs bouteilles d'alcool que Noa ne connaissait pas y étaient entreposées. Il en prit une au hasard. « Liqueur de prune », lut-il sur l'étiquette. Des petits verres côtoyaient les bouteilles, aussi en saisit-il un et y versa une bonne rasade du liquide transparent. Il le tendit à Simone qui le vida d'un trait.
― Rien de tel qu'un peu d'alcool pour endormir la douleur. Vieille recette de grand-mère, ajouta-elle voyant que Noa la fixait comme si elle avait perdu la raison.
― Vous êtes sûre que ça va ? J'veux dire, j'peux appeler un docteur s'il faut.
― Pour qu'il m'enferme à l'hôpital !? Hors de question !
Elle grimaça et massa son poignet endolori. Noa se fit la réflexion qu'il était peut être cassé. La vieille dame semblait craindre l'hôpital autant que lui les services sociaux, ça leur faisait un point commun. Tout deux tenaient à leur liberté. Noa se dit que, si Simone ne voulait pas de docteur, alors ils feraient selon sa volonté.
― Ok, promis j'les appelle pas. Mais va falloir nettoyer ça, dit-il montrant son genou ensanglanté. Puis s'occuper de votre poignet aussi.
― Prends donc des petits pois dans le congélateur. J'ai de quoi désinfecter dans l'armoire à pharmacie dans la salle de bains.
Au ton de sa voix, qui était bien plus ferme, Noa se sentit rassuré. Il suivit les directives. Il attrapa en premier lieu le sachet de légumes surgelés qu'il posa sur le poignet de Simone. Puis il partit dans le couloir à l'assaut de la salle de bains.
L'appartement de Simone était fait plus ou moins comme le sien à la différence qu'il disposait d'une chambre supplémentaire. Une étrange odeur de renfermé régnait dans toutes les pièces, Noa n'aimait pas trop cette odeur qui le mettait mal à l'aise. Il était loin d'être un maniaque de la propreté, il faisait le strict minimum pour que ce soit vivable, mais on sentait ici la négligence.
Noa se demanda si la vieille dame vivait seule, si de la famille venait voir comment elle s'en sortait parfois ? Pourtant, elle paraissait avoir encore toute sa tête, peut-être que physiquement, cela devenait compliqué de tenir sa maison ? Il poussa la porte qu'il pensait être celle de la salle d'eau et vit qu'il ne s'était pas trompé. Là encore, une drôle d'odeur régnait. Il ne s'attarda pas trop, prit ce qu'il fallait dans la petite armoire blanche fixée au mur et revint au salon.
Il comprit assez vite qu'il allait devoir enlever le bas de la vieille dame et le rouge lui monta aux joues. Dans quel pétrin s'était-il fourré encore ? Encore une fois, il lui prit l'envie de partir et d'aller chercher de l'aide ailleurs. Mais Simone comptait sur lui, il le vit dans son regard intransigeant. Pas commode la vieille, je vous le disais. Elle sembla comprendre la raison de son désarroi.
― Coupe le, foutu pour foutu ! Mets-moi le désinfectant sur le coton, je me débrouille.
Noa soupira de soulagement. Il retourna prendre la paire de ciseaux aperçue plus tôt dans l'armoire à pharmacie. Il s'agenouilla et, sans trop réfléchir, il découpa un morceau assez grand dans le bas nylon de la grand-mère, en essayant de la regarder le moins possible. Ses joues se marbraient de rouge et son niveau de gêne atteignait son paroxysme. Il dégagea son genou puis, d'une main tremblante, versa l'antiseptique sur une compresse et lui tendit. Elle l'appliqua sur la plaie, posant son sac de petit pois sur ses genoux pour un moment.
― J'aurai du savoir que ce n'était pas mon jour de chance, déjà, je me retrouve en équipe avec Gino, je perds à la belotte, puis maintenant ça !
Noa réfléchissait à comment s'éclipser sans que cela soit trop mal perçu. Mal à l'aise, il tirait sur les manches de son sweat trop grand. Mais, une petite voix au fond de lui lui intimait de rester, au moins pour s'assurer qu'elle n'avait pas de traumatisme à la tête. Simone sembla lire dans ses pensées, du moins, c'est comme cela que Noa l'interpréta.
― Je t'aurai bien dit de déguerpir, mais mes jambes tremblent encore un peu. Réchauffe moi la soupe, veux-tu ? T'auras qu'à en manger un bol puisque t'es là.
Ça n'était pas une question, Noa le sentit dans le ton. Alors, il se releva et fit comme elle le souhaitait. Il sortit la grosse casserole émaillée du vieux frigo et la posa sur la gazinière. Ce n'était pas un feu à induction, comme chez lui, et la vieille dame dû lui expliquer à plusieurs reprises comment allumer le gaz. Elle râla qu'elle allait mourir asphyxiée et Noa ne put s'empêcher de lever les yeux au ciel, oh discrètement bien sûr. Quoiqu'il en soit, elle semblait aller mieux !
De toute manière, il avait l'habitude qu'on le reprenne, qu'on lui dise qu'il fasse mal les choses. Depuis tout petit, on lui répétait qu'il était un bon à rien. En général, il faisait tout pour qu'on l'oublie, il avait appris à se faire tout petit, s'effacer. Au moins si on oubliait qu'il existait, les reproches ne pouvaient pas tomber. Depuis le temps, c'était devenu une habitude, cela faisait presque partie de lui.
C'était d'ailleurs le seul avantage à vivre seul, ne pas subir une montagne de reproches à chacun de ses faits et gestes. Il se détendait uniquement lorsqu'il était sûr d'être sans personne, sinon il était souvent sur le qui-vive, prêt à se défendre ou à se rouler en boule. Il reporta son attention sur la soupe en train de chauffer devant lui, ce n'était pas le moment de la laisser brûler ou il allait encore s'attirer des remontrances. Il trempa son petit doigt dedans et estima qu'elle était assez chaude. Il chercha une louche dans le tiroir et finit par trouver une, il servit le potage brûlant dans deux assiettes creuses.
Lorsqu'il prévint Simone que la soupe était prête, un léger ronflement s'éleva du fauteuil. La veille dame s'était endormie. Désorienté, Noa se demanda quoi faire. Mais, au fumet de la soupe devant lui, il n'hésita pas bien longtemps, il s'attabla et commença à manger. Il terminait juste son assiette lorsque Simone se réveilla dans un sursaut. Il se redressa sur sa chaise mal à l'aise.
― Tu as bien fait de manger, le rassura-t-elle.
― Comment ça va ?
― Je suis plus solide que j'en ai l'air, t'en fais pas, va.
Puis, voyant qu'il n'osait plus bouger, elle ajouta :
― Je te dis que ça va. Allez file, t'en as fait assez ! Merci de ton aide.
― Si y'a besoin, je suis juste au-dessus, crut bon rappeler Noa.
― Ca ira, j'en ai vu d'autres !
Et sans demander son reste, Noa repris son sac d'école et sortit de l'appartement. Quelle soirée !
*****
AHah écrire ce chapitre m'a beaucoup amusée, "gênance" absolue! Pauvre Noa...
Dites moi un peu vos impressions pour ceux qui me lisent ;) J'ai besoin de vos retours pour me motiver!
Bạn đang đọc truyện trên: Truyen247.Pro