
Chapitre V : Le pavillon
Le lendemain, dès les premières lueurs, Anne et Edward chargèrent le Jackdaw de provisions et d'armes pour le trajet.
Ah Tabai, lui, avait réuni les Assassins sur les quais. Il répartissait les différents groupes : ceux qui partaient avec lui et Adewalé, ceux qui restaient à Great Inagua et ceux qui iraient à La Havane avec Anne et Edward.
Quatre Assassins se dirigèrent alors vers eux. Ils avaient tous un physique d'athlète, une musculature semblable à celle du capitaine, puissante et carrée. En guise de salut, ils tapèrent un coup sur leur torse, le poing fermé, près du cœur.
Le premier s'appelait Kayen, il était brun environ trente ans, le visage fin, dépourvu de barbe mais avec des yeux verts sombres, envoûtants.
Les deux suivants étaient des frères ayant probablement, eux aussi, la trentaine. Ils répondaient aux noms de Azco et William. Ils avaient tous les deux la même peau sombre et les mêmes petits yeux pétillants. En revanche Azco était plus petit, d'une tête, que son frère.
Le quatrième, un dénommé Ricardo, ne daigna même pas regarder Edward quand il monta à bord du Jackdaw. C'était le plus petit des quatre et il était châtain à l'inverse de ses camarades. C'était visiblement le plus vieux d'entre-eux. Edward lui estima une quarantaine d'années. Malgré son âge plus avancé, il semblait tout de même près à se débarrasser de toute une troupe de soldats en un clin d'œil.
Anne sourit à la vue de tant de dédain de la part de l'homme. Edward leva les yeux au ciel puis s'avança jusqu'Adewalé et Ah Tabai.
- Ce sont des hommes robustes et loyaux qui sont avec toi, l'informa ce dernier. Mais attention avec Ricardo, il est un peu impulsif.
- Je pense que je m'en serais vite rendu compte, fit remarquer Edward avec une pointe d'ironie.
Il souhaita bonne chance à ses deux amis puis embarqua dans son navire à la suite d'Anne.
- Tu ferais mieux de changer ton pavillon Edward, lui conseilla la rouquine.
- Pourquoi il ne te plaît pas, ironisa-t-il.
- Les pirates ne sont plus vraiment les bienvenus dans les Caraïbes. J'ai pas envie de te voir au bout d'une corde, alors, tu vas me retirer ce pavillon tout de suite.
- Mais je suis un pirate, protesta Edward.
- Eh bien tu devrais peut-être songer à te reconvertir dans autre chose.
- Je te rappelle qu'il y a encore un mois, tu naviguais avec moi en tant que second d'un navire pirate.
- Eh bien les événements ont fait que je préfère me faire oublier de ce milieu.
Edward ne répondit pas. Il était de son avis, mais quitter la piraterie était plus compliqué que cela, et, il était hors de question qu'il aille implorer le Pardon royal aux britanniques. Ça serait se soumettre à Rogers.
Il emmena avec lui une dizaine de marins, habitués aux longs trajets. Suivant les conseils de son amie, il laissa les pirates sur l'île et détacha son pavillon.
Avant de partir, il fit son petit tour habituel du navire.
Il monta à bord et alla dans sa cabine pour étaler la carte des Caraïbes sur le bureau. Au fond de celle-ci trouvait un magnifique modèle réduit du Jackdaw. De vieux livres de navigation ornaient les murs. Ces derniers tombaient régulièrement à cause des remous et Edward en remis d'ailleurs un en place.
On toqua à la porte de la cabine.
Le capitaine ouvrit et trouva Kayen qui l'attendait.
- L'équipage est prêt à prendre la mer capitaine Kenway, annonça-t-il.
Edward opina et sortit se poster à la barre. Anne était encore sur le pont discutant avec William. Les deux Assassins finirent par se séparer et la jeune femme pu le rejoindre.
- On met les voiles, cria-t-il à l'intention de son équipage.
Les marins s'activèrent, s'occupant des cordages, des voiles et des canons.
- La Havane n'est pas la porte à côté, on devrait arriver demain dans la matinée si tous ce passe bien, observa Anne.
Tandis qu'ils discutaient, Azco s'approcha d'eux tranquillement leur annonçant qu'il devait leur parler.
Il déclara avoir déjà eu affaire à Botchelluti par le passé. Il leur expliqua comment il l'avait rencontré, il y a cinq ans de cela. À cette époque le gaillard et son frère ne faisaient pas partie de la Confrérie. Et pour cause, ils se trouvaient à ce moment dans un négrier en direction de Principe. L'italien, au service de l'Espagne, en était le capitaine.
À la manière d'Adewalé et Edward lors du vol du Jackdaw, ils s'étaient échappés, assommant près de la moitié du navire, avant de jeter une chaloupe à la mer et de s'enfuir.
Botchelluti avaient eu vent de la présence de deux hommes à la peau noire débarquant à Tortuga sur un canot. Il avait tenté de les retrouver sur le chemin du retour, sans vraiment insister. Fort heureusement pour les deux frères.
- Je n'oublierai jamais le visage de cet homme, informa Azco. Et mon frère non plus. Si c'est lui qu'on cherche, alors on pourra facilement t'indiquer de qui il s'agit.
- Je te remercie mon frère, dit Edward en lui donnant une tape sur l'épaule. Votre aide nous sera précieuse.
L'homme acquiesça avant de redescendre sur le pont avec Kayen et William. Le capitaine chercha Ricardo du regard. Il l'aperçu sur le bout-dehors, accroupi au dessus des vagues. Il observait les flots, à l'affût d'un éventuel danger. Edward ne s'inquiéta pas du fait qu'il puisse basculer dans le vide et être emporté par les eaux.
L'Assassin savait ce qu'il faisait. Un équilibre hors norme et une agilité remarquable, c'est ce qui qualifiait n'importe quel membre de la Confrérie.
Ricardo du sentir le regard d'Edward dans son dos puisqu'il revînt sur le pont, activement, mais posant prudemment ses pieds à chacun de ses pas. Il leva les yeux vers son capitaine et les détourna aussi rapidement, avec le même dédain qu'à leur première rencontre.
Anne le remarqua, et murmura :
- Il ne m'a pas l'air très sympathique mais je suis contente qu'il soit avec nous.
Edward la regarda, étonné.
- Je l'ai vu à l'œuvre, il s'est déjà débarrassé d'une vingtaine de soldats espagnols comme s'ils n'avaient été que de vulgaires marionnettes.
Le blond sourit en s'imaginant la scène.
- Ah Tabai m'a tout de même conseiller de le surveiller, il paraît qu'il est assez sanguin.
- Je ne te le fais pas dire, il vaut mieux éviter de s'y confronter sans raison.
Au fur et à mesure que le soleil avançait dans le ciel, Edward se sentait un petit peu plus fatigué. Anne lui proposa de faire une pause et de s'arrêter sur une plage de sable pour se reposer. Il refusa, prétextant qu'il fallait avancer.
Les eaux étaient calmes, ce qui était rare. Ils ne rencontrèrent qu'une frégate britannique et quelques navires marchands.
L'absence de son pavillon permettait au Jackdaw de passer pour un simple brick, naviguant à travers les Caraïbes.
La nuit tomba lentement et Edward fini par arrêter le navire au milieu des eaux pour que tout l'équipage puisse dormir. Kayen et Ricardo voulurent rester sur le pont. L'Assassin fut un peu étonné mais ne broncha pas.
Minuit passé, il décida tout de même d'aller voir ses compagnons. Il les trouva là où il les avait laissés. Accoudés à la pavois du navire (barrière sur le bateau).
Les planches de bois grincèrent à son passage et Kayen l'entendit arriver. Il se retourna vers lui tandis que Ricardo restait de dos, face à la mer. Les eaux, obscurcit par la noirceur de la nuit, étaient étrangement paisibles.
La lune, seule lumière dans cette inquiétante pénombre, jetait sur la surface, son reflet scintillant, agité par les vagues.
- Un peu trop calme à mon goût, ironisa Kayen à l'intention du nouveau venu.
- C'est plutôt une bonne chose, constata ce dernier. Pas besoin de se battre contre l'imbattable au moins.
L'Assassin haussa les épaules, il avait déjà traverser plusieurs tempêtes et le Jackdaw avait toujours triomphé. Bravant les courants les plus fort et fendant les vagues les plus hautes avec une aisance dont même son capitaine s'étonnait. Alors pour lui, une de plus ou une de moins ....
- Vous savez ce qu'on dit, s'exclama enfin Ricardo. C'est le calme avant la tempête.
C'était les premiers mots qu'Edward l'entendait prononcer. Il ne s'en réjouit pas pour autant. En d'autres termes, il ne sût pas si l'homme faisait allusion à la météo ou si ses paroles étaient un écho à leur proche combat contre les Templiers. Dans tous les cas, cela lui déplaisait fortement.
Ricardo dû le remarquer puisqu'il ajouta :
- Tu sais j'en ai vu passer des Templiers dans ma vie, et, crois en mon expérience, cette lutte ne sera pas qu'un simple obstacle à franchir.
Il reposa ses yeux sur les flots.
- Certains d'entre nous ne le franchiront peut-être même pas. Je ne veux pas te faire peur Kenway, mais ta méfiance devra être de mise et tu ne devra jamais baisser ta garde, si tu veux éviter le pire.
- Ton expérience et ta sagesse sont honorables, déclara solennellement Edward. J'entendrais tes paroles et ta mise en garde.
Ricardo hocha la tête avant de retourner silencieusement à sa contemplation de l'horizon.
Kayen regarda son capitaine avant de le conduire un peu plus loin sur le pont.
- Ricardo est très sage, il en connaît plus sur les Templiers que nous tous réunis, l'informa-t-il comme s'il avait lu le doute dans ses pensées.
- Je n'en doute pas, mais je le préfère prendre du recul sur son opinion. Ah Tabai m'a conseillé de faire attention avec lui et j'ai peur qu'il fasse l'inverse de ce qu'il dit une fois sur le terrain.
- On posera bientôt pied à terre, tu auras vite l'occasion de vérifier ton hypothèse.
Et il s'éloigna sans attendre de réponse. Edward regagna ses appartements, les pensées lourdes de questions.
Bạn đang đọc truyện trên: Truyen247.Pro