Chapitre 16 : larmes désespérées
« - ... Mon Cocon, gémit Philios, l'air complètement désemparé.
Et pour être désemparé, il y avait de quoi. Almarica soupira tandis que derrière elle résonnait le petit rire cristallin de Svelja.
- Y'a pas de quoi rire ! protesta le petit roux.
Sûr. Comme situation, ça ne devait pas être marrant. Mais ça restait hautement hilarant, de le voir déconfit, le petit monsieur ''je-sais-tout-et-j'accuse-les-autres-sans-preuves-de-l'empoisonnement-de-la-chère-et-tendre-de-mon-meilleur-ami''. Ils avaient passé la nuit tous les trois au village voisin de la forêt pour acheter des provisions nécessaires à la prévision de la saison sèche qui approchait, tout en profitant pour vendre les plantes médicinales qu'Almarica cultivait, quand en revenant le lendemain matin ... Ils avaient découvert un drôle de spectacle. Confortablement installés dans le Cocon de Philios, qui maintenant semblait à deux doigts de craquer, se trouvaient, à ce qui ressemblait fortement à deux individus. Ils dormaient pêle-mêle, l'un collé à l'autre, voulant sans doute maximiser le peu de place qu'ils avaient.
- C'est stupide ! Pourquoi ne sont-ils pas allés dans la maison ? grogna de nouveau Philios.
- Aucune idée, mais il est temps de le savoir, répondit laconiquement Fenror en haussant les épaules.
Et avant que Philios n'ait pu protester, son frère grimpa rapidement jusqu'au niveau du Cocon ... et coupa les attaches de la couchette, la faisant brusquement tomber à terre, intrus aussi. Les deux inconnus hurlèrent comme des animaux que l'on égorge, réveillés en sursaut, et ils bondirent sur leurs pieds, le visage bouffi de fatigue. Almarica croisa les bras, surprise. Elle les avait pris pour des frères, mais mise à part leur exacte même taille, leur ressemblance physique s'arrêtait là. Si l'un possédait de drôles de cheveux caramels complètement hirsutes qui lui arrivaient à l'épaule, en étrange accord avec sa peau couleur rouille, qui faisait ressortir ses yeux argentés ; l'autre avait une peau aussi blanche que les nuages qui parcouraient paresseusement le ciel, contrastant vivement avec ses très courts cheveux auburn et ses yeux argentés, bridés, traits typique des tribus du sud-est de leur terre. Aucun des deux hommes ne venait de cette partie d'Eneria, c'était sûr. Des voyageurs ? Compte tenus leurs accoutrements, sans doute.
- Quat' Dieux d'mes yeux ! Qui qu'vous êtes ? les apostropha le caramel, le regard fou, en bondissant sur ses pieds.
- Calme Guemnir. Arrête de crier, tu me donnes mal à la tête. Et pitié, arrête de parler comme ça, grogna son confrère, en titubant.
Les forêts n'appartenaient à personne. Les espaces sauvages étaient considérés comme étant le domaine de la Déesse Aburilès. Par conséquent, les guerres de territoires n'avaient pas lieu d'être ici. Tant que personne ne tentait de détruire la forêt, il n'y avait pas d'inconvénient à y résider. De toute manière, celle-ci était assez grande pour abriter plusieurs centaines d'Elements sans problèmes de ressources. Seuls les bandits cachés dans le nord de la forêt étaient malveillants dans le coin, mais ceux-ci s'étaient calmés le jour où Philios avait tué une de leur escouade pour la sauver elle. L'époque où il ne s'était pas encore révélé sous son VRAI jour. Et dire qu'elle avait cru à l'époque qu'il était un homme bien ... Qu'elle était naïve. Se rendant compte du regard noir qu'elle lui lançait, il ouvrit la bouche, mais se ravisa au dernier moment et rentra la tête dans les épaules, penaud. Bien fait pour lui.
- Que faisiez-vous là haut ? demanda Fenror.
- On dormait, lui répondit laconiquement le dénommé Guemnir.
- Je vois ça, mais pourquoi là haut, et pas là dedans ? répéta son frère en désignant la maison.
- C'est pas à nous ça. On dort pas dans des choses qui sont pas à nous, continua l'autre étranger.
- Et ça, c'est à qui vous pensez ? rouspéta Philios, les yeux brillants de colère. J'avais passé une journée entière à la fabriquer !
Les deux voyageurs regardèrent comme un seul homme l'arbre, et la couchette.
- ... Ah. On pensait ...
- Que c'était un gros nid.
- UN NID ? s'insurgea l'archer.
Almarica ne prit pas la peine de tenter d'étouffer son rire. Svelja, amusée, désigna la maison.
- Vous voulez venir manger un morceau ?
Les deux inconnus regardèrent Svelja avec des yeux ronds, puis la maison, et enfin eux-même ... Avant de hocher la tête dans une synchronisation parfaite. Incroyable.
- Svelja, tu es sûre que c'est une bonne idée ? Inviter des inconnus à manger ... s'inquiéta Philios.
Elle lui fit un sourire éclatant.
- S'il se révèle que c'est une mauvaise idée, nous n'aurons qu'à les tuer !
... Ça avait le mérite d'être clair. Pourtant, les deux voyageurs ne semblèrent pas s'en offusquer, au contraire. Le jeune homme au cheveux caramels ramena sa tignasse sur son épaule, attrapant quelques feuilles mortes qui s'y été logées au passage, avec une expression de demeuré.
- Merci de votre hospitalité ! C'est que c'est rare de nos jou- ...
Le dénommé Guemnir s'arrêta soudainement de parler, tiré en arrière par son compagnon, en position défensive.
- Kryos ? Tout va bien ? s'inquiéta-t-il.
« Kryos » ? Pourquoi ce nom lui disait quelque chose ... Le premier à réagir fut Fenror. Il sursauta et décroisa les bras, confus. Puis, son visage s'illumina.
- Par les quatre Dieux ! Kryos Kelherr ... Je ... Je ne t'avais pas reconnu, sans tes ... Cheveux. Pourquoi les avoir coupés aussi court ?
Hein ? Kryos Kelherr ? Ce nom ... Ce nom ... Oh, non. Non, non, non, non. Lentement, Almarica recula derrière son frère, Svelja, Philios ... qui la regarda d'un air profondément interloqué.
- Almarica ? l'appela-t-il.
Mais elle continua de reculer, encore, encore, et encore. Avant de s'enfuir dans la maison sans demander son reste. Elle enjamba la fenêtre de derrière, haletante, et s'élança vers la forêt. De tous les voyageurs inconnus qui auraient pu s'endormir dans la couchette de Philios, pourquoi avait-il fallu que ce soit son ex-futur mari qui soit dans le lot ?
* * * * *
- Al ... marica ? balbutia Julian, abasourdi par l'apparition soudaine sur la table de sa cuisine.
Crìs fut le premier à réagir. Il se jeta sur l'Element des ténèbres pour la réceptionner juste à temps. Déséquilibré, il retomba en arrière et atterrit avec un couinement peu gracieux sur l'arrière train, Almarica toujours dans ses bras, inconsciente.
- Tu ne t'es pas fait mal ? s'enquit Sheena en se précipitant vers lui.
- J'ai mal au coccyx, mais ça paaaaaaaasse ... dit-il, les larmes aux yeux.
- Almarica, Almari ... balbutiait Ash, le regard hanté. Est-ce qu'elle va bien ? Et ... Et où est ...
- C'était quoi ce bor ... Almarica ! hurla Amélia, en ouvrant la porte à la volée, sans doute alarmée par le bruit de chute de Crìs.
Romy, qui était derrière elle, se précipita vers son frère, et à eux deux, ils portèrent l'Enerienne vers le canapé.
- Qu'est-ce qu'il s'est passé ? demanda Amélia, catastrophée, en venant s'agenouiller devant le canapé.
- Elle vient d'apparaître sur la table, à l'instant. Juste là, sur les serviettes Winnie l'Ourson, déclara Ciela en pointant la zone d'ombre qui recouvrait les serviettes quelques secondes auparavant, ces dernières maintenant à terre.
Si Ciela se souvenait de ce qu'Almarica lui avait dit, cette dernière avait besoin d'une zone d'ombre pour se dématérialiser et se rematérialiser du ... domaine des ombres. Il allait falloir qu'elle lui explique comment ça marchait, toute cette histoire ... Quoique. Non. Elle ne préférait pas savoir.
- Elle est blessée ?
- Non, je ne vois de blessures nulle part, pas plus que de sang, la rassura Amélia.
- C'est déjà ça, acquiesça Crìs, avec soulagement.
- Elle s'est changée, nota Sheena. Ce ne sont pas les vêtements qu'elle portait hier. Et ... Sa mallette ! Ash, ramène-nous sa mallette !
Encore sous le choc, Ash se tourna tel un automate vers la mallette, tombée avec fracas lors de son arrivée, et la ramassa fébrilement, avant de l'amener aux autres.
- Pas de doute, c'est sa boîte à potions. Ouf ... Rien ne semble cassé, soupira Sheena en ouvrant doucement la mallette, pour y inspecter son contenu.
La boite à potions, A.K.A le kit d'alchimie d'Almarica, était une grande mallette en cuir remplie de tout un tas d'instruments de chimie et de plantes médicinales. Un cadeau de Brunette, ne cessait de répéter l'Enerienne. C'est avec ça qu'elle préparait toutes ses potions. Par contre ... Pourquoi l'avait-elle ? Elle l'avait laissée sur l'île, disant que c'était trop précieux et encombrant pour un voyage ... Mais ... Si elle l'avait maintenant avec elle ... Ça ne devait vouloir qu'une chose ...
- Elle est passée par l'académie, murmura Ash d'une voix atone.
- Oh, mon dieu, souffla Crìs.
- Où est Helen ? Où est ma tante ? Pourquoi n'est-elle pas avec Almarica ? Où est ... Où est ... Où est Helen ? balbutia Ash.
- Hé, calme-toi vieux. Elle est peut-être à l'académie ? tenta Romy, d'une voix apaisante.
Il secoua vivement la tête, nerveux.
- Non, non, non. Je veux pas de suppositions ! Je veux savoir où est Helen ! Où est ma tante ? Je veux savoir si Helen va bien ! Je veux ma tante ! cria-t-il, un octave au dessus de la normal.
Il tremblait de tous ses membres, la respiration saccadée. Ciela sentit un poids de mille tonnes tomber dans son estomac. Voir Ash dans un tel état la rendait mal ... Vraiment mal. Elle se leva et s'avança de deux pas vers lui. Il recula vivement, courbé sur lui-même, l'air à deux doigts de vomir. Son cœur se serra.
- Calme-toi. Almarica est dans les vapes. Elle ne va pas s'éveiller tout de suite, lui dit Amélia, d'une voix calme, où Ciela discerna toutefois une note d'inquiétude.
Il plongea vivement la main dans la poche de son sweat et parut triturer quelque chose, le regard fixé sur le tapis, déglutissant encore et encore. Ash paraissait être à un cheveu de la crise de panique. Il fallait qu'elle fasse quelque chose !
- Ash, je ... tenta-t-elle.
- Non, Fenror, ta gueule. Ferme-la, je veux rien entendre, marmonna-t-il, ignorant complètement l'intervention de Ciela.
Puis, il attrapa une serviette, et une bouteille de shampoing, et quitta la pièce en coup de vent, claquant la porte au passage. Ciela s'apprêtait à s'élancer après lui, mais Svelja la retient au dernier moment.
« - Il vaut mieux le laisser seul. Surtout s'il est en pleine dispute avec Fenror. »
Ciela tressaillit. L'Enerienne ne venait pas lui parler très souvent. Elle préférait rester en observatrice, la plupart du temps, et n'intervenait que pour lui glisser des paroles gentilles ou encourageantes, et quelquefois des conseils, comme en ce moment là. Parfois, elle enviait Ash, qui paraissait avoir une bonne relation avec Fenror. Elle aussi aurait aimer discuter pendant des heures avec la jeune femme, mais cette dernière restait ... inaccessible. Bienveillante, toujours, mais inaccessible. Parfois, ça lui pesait ...
- ... Bon. Bon, bon, bon, bon. Bon. Hum. Je ... Oh, nom d'un petit bonhomme.
Avec un soupir proche d'un râle, Julian se laissa rudement tomber sur le fauteuil le plus proche de lui, en se frottant les yeux, complètement dépassé par la situation.
- ... Julian ? l'appela Sheena, en grimaçant.
- Je vais bien, je vais bien ... Je veux juste savoir ... Non en fait.
Ciela ne put retenir un sourire contrit. Pauvre Julian. Il paraissait totalement désemparé. Il y avait de quoi, remarque. Il poussa un nouveau soupir, et leva le regard au plafond, l'air de chercher par où commencer.
- Ash va ... Non, évidemment qu'il ne va pas bien mais ... ?
- Il va se calmer. Il panique, c'est tout. Ouais, non, c'est pas tout mais ... bref, on peut rien faire. Faut juste attendre qu'il se calme, grimaça Crìs.
Julian hocha la tête, apparemment compréhensif, et se passa la langue sur ses lèvres gercées.
- Donc, vous la connaissez ? C'est une de vos deux amies ? dit le Blood Element en regardant l'endormie.
- Oui ... Helen est la deuxième, acquiesça Amélia.
Julian se pencha vivement en avant, les yeux ronds.
- ... Oh. Al ... Almarica c'est ça ? C'est une amie d'Helen ?
- De longue date, confirma Romy en lissant doucement une des mèches emmêlées des cheveux d'Almarica.
- Helen est ... en danger ? souffla Julian, l'air soudainement très anxieux.
- On espère de tout cœur que non, ne serait-ce que pour Ash, déclara Amélia d'un ton douloureux.
- Ça le tuerait de perdre quelqu'un d'autre. D'abord ses parents, puis son frère ... Helen, ça serait de trop, marmonna Crìs.
- S-son frère ?
- Il était avec Séraphina le jour où ...
- C'est bon, c'est bon, j'ai compris, l'interrompit Julian en secouant vivement la main.
Il se prit la tête dans les mains, tendu comme une corde d'arc. Ciela pencha la tête sur le côté. Julian semblait réfléchir à toute allure ... Mais à quoi ? Pauvre homme. En plus de s'imposer chez lui, ils n'étaient que porteurs de mauvaises choses et de mauvaises nouvelles ...
- Excusez-moi, je sais que la question peut paraître idiote, mais que savez-vous du pouvoir des Blood Elements ?
Confuse, Ciela fronça les sourcils. Qu'est-ce que Julian ... Puis elle entendit Sheena hoqueter, et elle se leva d'un bond, les yeux révulsés.
- Même pas en rêve ! hurla-t-elle si fort que tout le monde sursauta, sauf Almarica, à bon entendeur.
Julian, qui ne devait absolument pas comprendre ce qui lui arrivait ce contentait de fixer Sheena de son expression confuse qui leur était devenue habituelle ... mais qui ne devait absolument pas l'être pour lui.
- Q-quoi ?
- Julian, surtout, surtout ne vous donnez pas cette peine. Nous en avons déjà quelques fioles, lui dit Sheena d'un ton apaisant en posant sa petite menotte sur le bras de l'homme.
Ciela ouvrit grand la bouche. Oh bon sang de ... Julian voulait leur donner son sang ? Mais ... Almarica. Il voulait donner du sang à Almarica.
- Des fioles ?
- Nous avons une amie Blood Element et ... bref. Elle nous a forcé à prendre quelques fioles de son sang avant notre départ pour New York, l'informa Ciela en croisant les bras.
Il redressa le dos et les fixa, immensément surpris. Enfin, plus qu'avant.
- Je ... Oh. Ce ... C'est ...
- Un cadeau inestimable, on sait, ajouta Ciela.
Il secoua de nouveau la tête, et elle eut l'impression que ses rides et ses cernes se creusèrent. Puis il baissa le regard sur le visage d'Almarica. Et cligna des yeux plusieurs fois, avant de plisser les paupières, apparemment confus.
- Almarica ... Peut-être que ... Ce ... C'est une question stupide mais ... Connaissez-vous sa mère ?
Hééééééééééééé ... Non, ça risquait pas. Elle était morte plus de six mille ans auparavant. Mais elle et ses amis se contentèrent de secouer doucement la tête à leur tour, et Crìs lui servit même son plus beau faux sourire.
- Oh ... Hum. Je ... Elle ressemble beaucoup à ... une de mes connaissances de l'époque où j'étais à l'académie.
- Ah bon ? déclara Amélia d'un ton si innocent que Romy la regarda avec un drôle d'air.
Tout prétexte était bon pour détourner l'attention de Julian d'Almarica.
- Oui ... Elle s'appelait Maria. Elle ... Elle traînait souvent avec vos parents, et Helen, parfois. Ce n'était pas une une élève de l'académie, je crois, mais elle ne quittait jamais les plates bandes du parc ...
Une fille, qui ressemblait à Almarica, qui traînait dans la forêt de l'académie, sans être une élève, et qui s'appelait Maria. Elle jeta un discret coup d'oeil à Romy, qui se tassa sur lui-même, enroulant une des mèches noires d'Almarica autour de ses doigts. Yup. Il n'y avait pas d'erreur. L'image d'un des deux clichés qu'elle avait de ses parents quand ils étaient jeune lui traversa l'esprit. Sur l'un d'entre eux, il y avait Brunette, et une autre demoiselle. Almarica, mais avec une peau plus bronzée, des cheveux plus longs, et des vêtements de la mode de l'époque. Ciela savait de part la bouche d'Almarica elle-même que l'Enerienne avait traîné avec ses parents à l'époque, sous les ordres de Brunette pour une raison dont elle ne se souvenait pas très bien, honte à elle, mais Ciela n'avait pas réfléchi au-delà. Almarica s'était toujours décrite comme très discrète. Elle s'en vantait même. C'était parfaitement étonnant que Julian ait pu la connaître à l'époque ... Quoique. Brunette avait quand même voyagé jusqu'à New York pour venir lui offrir une maison et un crédit illimité. Julian devait avoir quelque chose de spécial ... Ou être un gars chanceux dans son malheur.
- Elle lui ressemble trait pour trait ... c'est tout bonnement incroyable. Enfin ... Je suppose que c'est normal pour un enfant de ressembler à ses parents.
Il plissa de nouveau les yeux, et Ciela crut les voir briller. Un sourire triste étira ses lèvres, et l'espace d'un instant, Ciela eut l'impression de ressentir l'immense douleur de Julian. Ces épaules voûtées, ce regard baissé, ce dos courbé ... Cette expression de culpabilité intense ... Ciela avait déjà vu tout ça. Chez Philios. Chez Sheena. Chez Amélia. Chez Crìs. Chez Romy. Chez Nancy. Chez Ash. Chez elle-même. Julian était affublé d'un fardeau. Un fardeau que chaque être humain sur cette terre devait porter au moins une fois dans sa vie ... à condition qu'il la vive assez longtemps. Le fardeau du deuil. Julian était endeuillé ... Ciela sentit sa gorge se serrer. Un homme aussi doux et généreux que lui, frappé d'un deuil ... Comme quoi, la mort n'épargnait personne. Ciela se demanda quels êtres chers Julian avait perdus ... En plus de son frère, sa nièce, et sa belle sœur. Ouf. C'était hyper morbide, ce qu'elle pensait.
- J-je suis désolé. Je ... Je peux faire quelque chose ?
- Ça peut paraître un peu stupide, Julian, mais ne pas vous inquiétez pour elle ou pour nous serait déjà une bonne chose, tenta de l'apaiser Amélia. Almarica ... Je suis sûre que tout ira bien pour elle. Elle a simplement besoin de récupérer.
- Oui, c'est Al' après tout. Elle a vu pire, renchérit Romy, en jouant toujours avec les cheveux d'Almarica, y enchevêtrant cette fois-ci ses deux mains.
- Pauvre petite ... Ooooh ... Je suis désolé, mais je crois que je vais faire ... une sieste. J'ai un sacré coup de barre. Si vous avez besoin de moi ... appelez-moi.
Puis Julian se leva comme un zombie et marcha vers la porte, complètement voûté. Il la referma le plus doucement du monde, sans doute par égard pour l'endormie.
- Cette homme est une crème, madre de dios, siffla Crìs en s'appuyant sur le dossier du canapé, très impressionné.
- Il mérite son poids en chocolat, acquiesça son frère.
- Le triple ouais.
- Voire le quadruple.
- Ou le ...
- Ça suffit, les garçons ! les interrompit Amélia, en fronçant les sourcils. Il n'empêche que vous avez raison. Pauvre Julian. Même s'il est tenu par la promesse faite à l'Inexistante, il nous accueille chez lui sans broncher, et nous ramène même des ... tonnes de trucs. Il a le cœur sur la main, ce monsieur.
Sheena acquiesça avec virulence, sourire et yeux brillants à l'appui. Uh ? Ciela fut soudainement envahie d'un fort sentiment de gêne. Quelque chose ... Quelque chose l'interpellait. Mais elle n'arrivait pas à mettre le doigt dessus. C'était important, pourtant, elle en était sûre, mais elle n'arrivait décidément pas à savoir pourquoi, ou même à identifier ce sentiment de gêne. Ciela devait être vraiment fatiguée ...
- Vous pensez qu'Almarica va bientôt se réveiller ? les interrogea Romy, ses doigts tellement emmêlés à la chevelure de l'Element des ténèbres qu'on ne voyait plus ses mains, tels deux gants de cheveux, qu'il agitait comme un gosse.
- Vous vous souvenez hier ? Elle était à deux doigts de l'évanouissement après nous avoir transportés tous les six rien qu'à l'autre bout de la ville. Si en plus elle a fait nuit blanche, et qu'elle est allée à l'académie, rien d'étonnant qu'elle ait besoin de dormir. Et par pitié, Romy, laisse ses cheveux tranquilles ! rouspéta Amélia en croisant les bras.
- Quoi, jalouse ? Tu préférerais que je joue avec les tiens ? la taquina le roux en retirant ses mains des longs cheveux noir d'Almarica.
Elle haussa un sourcil et se pencha en avant, son visage à seulement quelques centimètres du sien.
- Si ça peut t'empêcher de faire des nœuds dans les cheveux de notre belle au bois dormant millénaire, alors fais-toi plaisir, la carotte.
Romy recula soudainement, comme si Amélia venait de lui donner un coup de poing, et il détourna le regard vers la cheminée éteinte, le visage crispé. Amélia ricana et se retourna vers eux, ne s'étant apparemment rendue compte de rien. Soit cette fille était complètement aveugle, et Romy était le mec le plus malchanceux du monde, soit Amélia jouait à un jeu dangereux ... et elle risquait de s'y brûler. Peut-être devraient-elles avoir une conversation un peu plus tard toutes les deux ...
- Bref. Et pour Ash ? On fait quoi ? s'enquérit Ciela.
- On attends qu'il redescende de sa douche, répondit Crìs en haussant les épaules.
Ah. Elle ne s'était pas rendue compte que l'eau coulait. Elle espérait de tout son cœur que tout irait bien pour lui ... Et que tout allait bien pour Helen.
* * * * *
Ash baissa la tête, laissant l'eau bouillante lui tambouriner le crâne avec autant de puissance qu'un marteau piqueur. Il voulait noyer ses pensées, son stress, son anxiété, sa peur monstre, les paroles de Fenror. Manque de pot, ça ne marchait pas. Et les mots du guerrier lui parvenaient aussi claires que de l'eau de roche.
« - Ash, ça ira. Calme-toi. C'est Almarica, je connais ma sœur. Elle a sauvé ta tante, à tous les coups. Elle ne serait pas revenue sinon. »
- Rien à foutre de tes suppositions ! Je veux savoir si Helen va bien ! lui répondit-il, au bord de la crise de nerfs.
« - Ce n'est pas en me hurlant dessus que tu résoudras ton problème. Au risque de me répéter, reprends toi ! Tu ne fais qu'inquiéter tout le monde ! » lui répondit Fenror d'une voix aussi dure et tranchante qu'une lame d'épée.
Il grogna sourdement, et se frotta vigoureusement le cuir chevelu, enlevant les derniers résidus de shampoing qui commençaient à lui piquer les yeux.
- T'es qu'un enfoiré ! A t'entendre, on dirait que tu te fous éperdument de ce qu'il se passe !
« - Il faut garder la tête froide, Ash. »
- Si Almarica ou Svelja était à la place d'Helen en ce moment même, garderais-tu la tête froide ?
« - J'ai perdu Svelja, et à cause de ça, j'ai ... J'ai fait des choses que je ... Je n'aurai jamais dû faire. Je ne veux simplement pas que tu commettes le même genre d'erreurs. Et ne te mets pas la pire des idées en tête. Helen va bien, j'en suis sûr. »
- Je veux pas perdre Helen. J'ai déjà trop perdu, je ne veux plus perdre à nouveau.
Malgré lui, des images pernicieuses s'insinuèrent dans son esprit. Une pierre tombale, au nom d'Helen. Des inconnus vêtus de noir, disant des mots vides de sens. Et ce sentiment de manque immense, abyssal. Non. Il n'était pas prêt. Il n'était pas prêt à vivre ça de nouveau. Un sanglot réussit à traverser la barrière de ses lèvres scellées. Et Ash senti une vague de désespoir l'envahir, ne pouvant s'empêcher d'imaginer le pire. Helen était si importante pour lui. Et il avait l'impression de ne jamais le lui avoir dit. C'est stupide. Pourquoi avait-il toujours l'impression qu'il ne se rendait compte de la valeur qu'il accordait aux choses qu'au moment où ces dernières disparaissaient ? Les regrets et la culpabilité l'avaient étouffé de la pire des manières l'été qui avait suivi la mort d'Erick. Et encore maintenant, ça lui laissait un sale goût dans la bouche. Non, non, non. Il ne voulait pas revivre ça. Plus jamais. Non, non, non, non. Pitié, tout, tout mais plus ça. D'autres sanglots suivirent le premier, et il se roula en boule sur lui-même, les larmes se mêlant à l'eau de la douche. Helen, qui les avait toujours soutenus, quoi qu'il arrive, malgré le nombre incalculable de bêtises qu'ils avaient pu faire. Helen, qui avait voyagé jusqu'en Écosse pour venir adopter des enfants dont elle ne connaissait même pas l'existence deux jours auparavant. Helen, qui avait était pour eux ni plus ni moins qu'une seconde mère. Il se souvenait encore de la première fois qu'ils étaient arrivés sur l'île avec son frère. Ils étaient effrayés. Erick ne laissait rien paraître. Mais lui pleurait à chaudes larmes, comme l'enfant terrorisé et traumatisé qu'il était. Pour tenter de l'aider, Helen lui avait alors offert une peluche. Un petit lapin noir, tout doux, que Helen avait acheté dans un magasin de peluches juste à côté d'une boutique de sucreries. Ash l'avait alors baptisé Mister Sweety, et avait ouvert son cœur à Helen, cette femme qui lui rappelait tant la présence rassurante de son père. Son père, qui n'était plus là.
« ... Ash ? »
- Quoi ? cria-t-il d'un ton bourru, la voix enroué par les sanglots.
« - Ça fait quoi ... D'avoir une mère ? Et un père ? »
La question le laissa comme deux ronds de flan, le laissant bouche bée, stoppant net les sanglots. Fenror ... merde, il lui avait vraiment posé cette question ? Fenror était sincère à cent pour cent, aucun doute là dessus, mais ... C'était tellement ... inattendu, comme question. Il renifla grossièrement, et éteignit le jet d'eau, se passant la langue sur la lèvre inférieure, recueillant les gouttes d'eau qui y avaient perlé.
- Je ... C'est assez inexplicable. J'en ai pas beaucoup de souvenirs. J'étais tout gosse. Mais ... Pour moi, Papa, c'était la personne qui m'a appris à lire. C'est Papa qui toujours au moment d'aller se coucher nous racontait mythes et légendes. C'est Papa qui venait nous arrêter quand on se bagarrait avec Erick. C'est Papa qui essuyait mes larmes parce que la maîtresse m'avait grondé, ou parce qu'Erick m'avait fait un sale coup. Papa était ... Il était ... mon modèle. Celui que j'admirais de toute mon âme. Celui que j'aspirais à devenir. Papa était la chaleur, le réconfort. Maman ... C'est Maman qui m'a appris à jouer aux jeux vidéos. C'est Maman qui m'encourageait à répondre aux piques d'Erick quand on se disputait. C'est Maman qui me faisait un chocolat chaud tous les matins avant d'aller en cours en me répétant que je ne devais pas me laisser écraser par les petites brutes de mon école primaire. C'est Maman qui me disait que je devais me faire ma place dans ce monde, que je valais autant que n'importe qui d'autre. Maman ... était le courage, la force. Papa l'appelait ma lionne. Il plaisantait en disant que Maman était une lionne qui faisait tout le travail tandis qu'il était le gros lion qui se prélassait sur un rocher. Ils étaient le jour et la nuit. Mais pourtant, ils s'aimaient. Ils s'aimaient tellement ...
Alors pourquoi ... Pourquoi est-ce que ... Pour la première fois depuis ses sept ans, Ash s'autorisa à repenser pleinement à son passé, avant son arrivée à l'académie. Le flot de souvenirs qui l'envahit lui mit les larmes aux yeux, de nouveau. Mais malgré tout, il ne put s'empêcher de revoir une image furtive qu'il avait vue. Un matin, alors qu'il se chaussait pour aller à l'école, il avait vu ses parents se parler, se regarder avec amour, sourire niais à l'appui, et s'embrasser tendrement. Sur le coup, il avait trouvé ça stupide. Beurk. Comme dans les films de princesses que Frederick regardait parfois en cachette.
Frederick. Ash frissonna. Wow. Ça faisait très, très longtemps qu'il n'avait pas repensé au nom premier de son frère. Ce dernier avait voulu en changer parce qu'il lui rappelait trop ce qu'ils avaient ... perdu ... ?
Ça frappa Ash. De plein fouet. Et il eut l'impression de se recevoir une douche froide. Ah. Rectification, il se prenait effectivement une douche froide. En parfait idiot, il avait rouvert le jet d'eau, réglé sur le plus froid. Il l'éteignit en jurant à voix basse, réfléchissant à toute allure ce sur qu'il venait de réaliser. Ce n'était pas normal. Pas logique. Il n'y avait pas repensé jusqu'à maintenant. Ça faisait trop mal. Bien trop mal. Mais en fait... C'était illogique. Ce qui s'était passé ce soir-là était illogique ... Impossible. Ash se rendit compte d'une seconde chose. Dans son inconscient, l'histoire de Philios et Almarica avait fait son petit bout de chemin. Et mine de rien, il avait fait le rapprochement entre sa propre situation, et celle des deux Eneriens, qui, peut-être, pouvait être aussi semblable que la leur ... ? Et si ... Et si ... Et si tout ce qui s'était passé ce soir-là avait été différent ? Et si tout ce qui s'était passé ce soir-là n'était pas ce qu'ils avaient cru être ? Bon sang de bonsoir. Il n'avait jamais réfléchi à cette possibilité ... Il commença à trembler de tous ses membres, devant l'énormité que représentait ce à quoi il pensait. Ce à quoi il venait de songer lançait un éclairage nouveau sur la situation ... Il poussa un long soupir et appuya son front contre la porte de la douche.
- Mais à quoi tu penses ... Le passé, c'est le passé. Arrête. Concentre-toi sur ... L'avenir. Sur Helen. Ne pense pas à ça, arrête, tenta-t-il de se persuader.
Mais il savait, au fond de lui, que même s'il l'enfermait à double tour dans un coin de sa tête, l'idée qu'il venait d'avoir eu, ne le laisserait certainement pas en paix ... Avant un bon moment. Il l'avait trouvé tout seul, ou ... ?
- Fenror, est-ce toi qui ... ?
« - ... Je n'aime pas rester bloqué sur mes premières impressions. Toi aussi, je présume. Ne te voile pas la face, Ash. Tu le sais, que tu n'y as jamais cru. Je n'ai fait que de donner un coup de pouce. »
- Ouais, bah ton coup de pouce, je m'en serais bien passé. J'ai pas besoin d'avoir la tête à l'envers, merci bien.
Mais au moins, il s'était calmé. L'idée de Fenror venait d'éclipser totalement son anxiété et son stress. Il aurait dû être dans un état pas possible, mais au contraire, il était stoïque, calme ... sceptique. Cette idée, bien que profondément plaisante, lui paraissait ... bien trop belle pour être vraie.
« - Réfléchis Ash. Ce qu'il s'est passé ce soir là est bien trop insensé pour qu'il n'y ait pas de question à se poser. »
Ash éclata d'un rire sans joie.
- Dans tous les cas, j'aurai jamais les réponses à ces questions. Alors autant ne JAMAIS me les poser. Je ne ferai que m'empoisonner l'esprit.
« - Comme tu voudras. »
Il soupira de nouveau. Fenror était un véritable emm ... empêcheur de tourner en rond, parfois, mais il agissait toujours pour son bien. Ou pour leur bien commun. D'ailleurs en parlant de bien. Ash renifla de nouveau. Penser à ... ses parents ne lui avait pas fait aussi bien depuis ... Depuis ses sept ans en fait. Wow. Quand à Helen ... il s'était calmé. Il avait peur, certes, mais ... Il était plus calme. Plus serein. L'idée de Fenror avait littéralement atomisé ses mauvaises pensées. Ou bien alors Fenror avait décidé de jouer avec ses sentiments. Il l'avait déjà fait une fois ou deux par le passé ...
« - Ah non. J'y suis pour rien là. »
- Merci, quand même.
« - Mais je t'en prie. Pleurnichard. »
- La ferme bouffeur de plante.
Ash ne put retenir un sourire, et sorti de la douche, attrapant sa serviette Winnie l'ourson avant de s'y draper, se séchant avec efficacité, pressé de retourner en bas.
Mais cette idée, cette espèce d'idée saugrenue, avait planté sa graine, et commençait à germer, bien malgré lui, parasitant ses pensées, ses souvenirs ... faisant malgré tout, naître en lui un petit espoir. Un minuscule, tout petit espoir. Elle était simple cette idée. Bête de simplicité. Mais qu'elle foutoir elle mettait dans sa tête, cette idée : « et si ce que nous avions vu ce soir là n'était pas ce qu'il s'était réellement passé ? »
* * * * *
Julian se tourna. Puis se retourna. Et se retourna encore une fois, avant de capituler. Il n'arrivait décidément pas à fermer l'œil. Pourtant, il la sentait la fatigue. Elle était là, lourde et pesante. Mais il ne pouvait simplement pas s'endormir. Julian savait pourquoi. Il avait trop de choses en tête. Ces enfants ... ils avaient remué tant de choses. Tant de choses qu'il n'aurait jamais dû ... Il se redressa en tailleur, son visage mal rasé dans ses grandes paluches craquelées, les yeux piquants de larmes mal contenues. Helen, Maria ... Des connaissances ... En l'espace de deux jours, le monde paisible dans lequel il avait vécu pendant plus d'une décennie venait d'être atomisé. Son frère était mort, sa nièce, sa belle sœur ... Il avait retrouvé les enfants de quatre amis de longue date, apprenait qu'Helen était en danger ... Et lui, il était là. Impuissant. Comme il l'avait été durant sa vie entière. Comme il l'avait été à chaque putain de secondes de sa vie. Il n'avait pas pu aider Henry, Céleste, Gloria ou Aïdan ... Il n'avait pas pu aider Chiara, Jonathan ou Séraphina ... Il ne servait à rien, n'était qu'une gêne.
Il n'avait même pas été capable d'aider sa femme et sa fille. Dans un sanglot étouffé, il sortit son porte feuille, contemplant pour la troisième fois en deux jours le précieux cliché jauni de l'époque où il croyait avoir enfin trouvé sa place dans ce monde ...
- Hannah, Shana ... Je suis désolé ... Je suis si désolé d'avoir été un mauvais père, un mauvais mari ... je suis désolé, si désolé ... pleurait-il à grosses larmes, le cœur ravagé par des souvenirs doux amers qui ne faisait que le hanter.
Il repensa à la petite Sheena, en bas. Et ne put s'empêcher de penser que Shana lui aurait ressemblé si elle avait pu grandir. Après tout, elle aussi, était une Reine des Glaces, comme sa femme.
Si seulement il n'était pas parti, quatorze ans auparavant. Si seulement il était resté ... Si seulement ... Si seulement ... Si seulement il avait pu voir sa fille grandir.
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Non, j'ai pas honte. Et bravo à celles qui avaient senti le coup venir, vous aviez raison à cent pour cent ! (je sais qu'elles se reconnaîtront ... )
Ce chapitre, j'ai pris GRAND plaisir à l'écrire. Il va de mindfuck en mindfuck, j'espère. (AH, C'EST L'BUT BANDE DE BERLINGOTS AU LAIT DE POULE !)
C'est un peu (BEAUCOUP) sentimental aussi, et il traîne en longueur ... En fait, il était censé être BEAUCOUP plus long, avec plus d'action et de trucs du style, mais j'ai pensé à ma pauvre correctrice qui m'aurait envoyé me faire voir avec mes vingt-huit pages bourrées de fautes et j'ai eu pitié d'elle :D
Je tiens sincèrement à m'excuser parce que j'avais promis du Romélia dans ce chapitre mais ... bah toute ptite scène. Héhé. Le plus gros est dans la partie que j'ai coupé. En fait. Du coup, prochain chapitre, z'allez en vomir, du Romélia. Genre, vraiment.
Au fait, le coup de Kryos et Almarica, vous vous y attendez pas hein ?
J'vous aime les patates.
A la prochaine bande de pommes anti-gravitationnelles !
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