Chapitre 15
Paris, 4 janvier 1848
Cathie fut réveillée par les premières gouttes de pluies.
- Oh zut ! Il va pleuvoir ! pesta-t-elle.
Les trois jeunes filles avaient marché toute la soirée et toute la nuit en cherchant la Galerie de Gabrielle Muguet. En vain.
Épuisées, elles avaient fini par s'endormir sur un banc.
Lora et Lizzie se réveillèrent, quelques minutes après Cathie.
- J'ai passé la plus mauvaise nuit de ma vie ! Grogna Lora.
- Le fils du comte d'Ausette, Charles d'Ausette, a été retrouvé noyé dans la Seine ! Demandez le journal de La Petite France ! Demandez, demandez !
Les jeunes filles reconnaissaient l'homme qui leur avait donné le journal la veille. Elles l'interpellèrent.
- Ah ! Vous... ! s'exclama le vendeur. On ne peut vous louper grâce à vot' drôle d'accoutrement... Quand j'étais p'tit...
- Heu, en fait, nous voulions savoir si vous savez où se trouve la galerie de Gabrielle Muguet, coupa Cathie.
- Si j'la connais ! Bien sûr ! C'est là où j'vais justement !
Les jeunes filles emboitèrent le pas à l'homme.
- Y paraît qu'l'ancienne amie de Gabrielle Muguet, Henriette, est accusée du meurtre du p'tit Charles...
Cathie et Lora n'écoutèrent que d'une oreille le récit de l'homme. Mais, contrairement à ses amies, Lizzie s'y intéressa.
- Qui est Henriette ? demanda-t-elle.
- Comment ! Vous ne savez pas ? C'est la fiancée de M. du Beau Lac !
Cathie et Lora s'immobilisèrent.
- Vous avez dit M. du Beau Lac ?
- Oui ! Ne me dites pas que vous ne le connaissez pas ; même celui qui habite au fin fond de la campagne le connaît ; il a hérité d'une grosse fortune et a racheté plusieurs magasins et restaurants de luxe. Enfin, pour revenir à Henriette, entre nous je mettrais ma main à couper que cette femme est la meurtrière de ce pau've p'tit Charles... Ça ne m'étonnerait pas, en tout cas... Elle est tout sauf commode... Arrogante, égoïste, dédaigneuse... Pire qu'l'oncle Jacques... Ah ! Lui ! Que le Seigneur me pardonne de dire ça mais, je préfère qu'il reste dans sa tombe ! Il est plus tranquille comme ça ! Qu'est-ce qu'il nous terrorisait, moi et mes frères... J'en ai de très mauvais souvenirs ! J'me rappelle qu'un jour, on était en train de travailler dur aux champs et là, soudain...
- Mais, pour revenir à M. du Beau Lac, coupa Cathie qui n'avaient guère envie d'écouter le récit de l'homme. Il n'est pas fiancé avec une certaine Anna ?
- Mmmmh... Non, d'après la presse... Tenez c'est là, ajouta le vendeur en désignant un bâtiment.
Les jeunes filles n'eurent pas le temps de le remercier ; une dizaine de personnes s'étaient réunies autour de l'homme pour acheter un journal.
- Je ne comprends pas, la mère de Camille ne s'appelle pas Anna ? interrogea Lizzie.
- Je ne sais pas... Je ne comprends rien à ces histoires de famille..., fit Lora.
Les trois amies entrèrent.
- Je ne vous conseille pas d'entrer ! lança une dame qui se trouvait près d'elle.
- Pourquoi ? demanda Lizzie.
- Vous n'êtes pas d'ici, n'est-ce pas ?... Pour entrer, il faut attendre demain... Aujourd'hui, il n'y a qu'les riches qui ont le droit d'entrer...
- Pourquoi que les riches ?
- C'est comme ça... On ne mélange pas les pauvres et les riches... Quand Gabrielle Muguet aura un franc succès chez les bourgeois, nous, les gens modestes, on n'aura plus le droit d'entrer... Vous verrez...
- Eh bien, tant pis, on rentre quand même... dit Lora.
- Si vous voulez vous ridiculiser... C'est vous qui voyez... marmonna la dame avant de partir.
Lora entra dans la galerie suivie de Cathie et de Lizzie.
- Heu, vous croyez que c'est une bonne idée ? demanda Lizzie. Je ne veux pas me taper la honte devant tous ces riches...
- « Le ridicule ne tue pas », comme on dit, répondit Cathie.
- Et moi, je n'ai pas envie de passer une nouvelle nuit dehors... Et puis, on n'est pas habillées en pauvre mais en gens du XXIème siècle... ajouta Lora.
- Tu parles ! grogna Lizzie. On est trempées de la tête aux pieds... !
Cathie poussa une exclamation de surprise. Elle désigna les nombreux tableaux qui étaient accrochés aux murs.
- Regardez, ce sont tous les tableaux qu'on a vu chez Camille ! Je vous l'avais bien dis qu'ils appartenaient à Gabrielle Muguet !
La jeune fille allait d'un tableau à un autre. Lora et Lizzie la suivait tant bien que mal.
Une fois qu'elles euent fini de faire le tour de la galerie, Cathie se demanda où était Gabrielle Muguet.
- Je ne sais pas..., répondit Lora. Elle n'est pas là... Bon, tu viens ? Tu vois bien que cette Gabrielle n'a aucun rapport avec Camille et qu'on perd notre temps...
- Attends, il y a une porte, là-bas, au fond, dit Cathie.
- Oui, et alors ? fit Lizzie.
- Eh bien, il y a peut-être d'autres tableaux ! Allons voir !
- Ah, non ! Cette fois, on rentre chez nous ! s'écria Lora.
Mais Cathie s'était déjà déplacée vers la porte.
Ses amies la suivirent malgré elles.
La porte s'ouvrait sur un long couloir sombre.
- Heu, ce n'est pas vraiment la suite de la visite... bredouilla Lizzie.
Cathie ignora la remarque de Lizzie et s'avança dans le couloir sombre.
- Cathie ? Tu fais quoi ? Reviens ! On n'a pas le droit ! cria Lora dans le dos de Cathie.
Mais celle-ci s'avançais dans le couloir sombre. Cathie ne savait pas ce qu'il lui prenait mais une petite voix dans sa tête lui disait d'y aller...
Soudain, Cathie vit une porte. Elle l'ouvrit. La jeune fille découvrit une grande pièce. Un désordre y régnait. Des vêtements colorés couvraient le sol. Il y avait des chapeaux, des robes, des gants...
Une voix de femme chantonnait derrière un paravent.
- Waouh !! C'est pire que dans la chambre de mes frères ! s'écria Lizzie en voyant la pièce en désordre.
Lora et elle avaient malgré elles suivit Cathie.
Celle-ci, en entendant la voix de Lizzie, sursauta et poussa une exclamation de surprise.
La femme cessa de chanter et demanda :
- Qui va là ?
Les trois jeunes filles ne répondirent pas.
La femme jeta un coup d'œil par-dessus le paravent.
Lora, Lizzie et Cathie furent prise de stupeur quand elles virent que la femme semblait être... Mme du Beau Lac ?
- Mais... Qu'est-ce que vous faites là ? demanda Lizzie qui fut la première à être revenue de sa stupeur.
- Pardon ? C'est à vous que je devrais poser la question ! Cet endroit est strictement interdit au public !
La supposée Mme du Beau Lac était maintenant paniquée.
Elle disparut derrière le paravent et demanda :
- Et que cherchez-vous ?
- Gabrielle Muguet, répondit Cathie.
- Eh bien, c'est moi !
- Mais vous n'êtes pas Mme du Beau Lac ? fit Lizzie. La mère de Camille ?
La dame jeta un regard curieux sur les trois jeunes filles et déclara :
- Vous faites erreur ! Mme du Beau Lac, ce n'est pas moi ! Je ne connais pas de Camille et je n'ai pas d'enfants !
- Pourtant..., commença Cathie.
- Puisque vous êtes là, donnez-moi mon chapeau, coupa Gabrielle Muguet sèchement.
- Heu... Lequel ? interrogea Lizzie.
- Le bleu qui se trouve à vos pieds, répondit-elle.
Lizzie le ramassa et le donna à l'artiste qui l'enfonça sur sa tête. Il recouvrait la moitié de son visage.
- Pourquoi cachez-vous votre visage ? lui questionna Cathie.
- Cela ne vous regarde pas, ma chère, répondit Gabrielle Muguet.
Elle sortit de la pièce.
- Eh bien ! Vous venez ? demanda-t-elle sur le seuil de la porte. Heu... Vous n'avez pas d'autres vêtements ? ajouta-t-elle en toisant leur jeans et leur pull.
Cathie répondit que non.
- Mais nous sommes très à l'aise comme ça, ajouta Lora qui n'avais pas envie de se mettre en robe.
- Pas question que vous vous présentiez devant du monde en tenue d'homme ! s'écria l'artiste. Cela ne se fait pas, voyons ! Bon, fouillez là-dedans vous trouverez bien quelque chose à vous mettre, dit-elle en désignant les tas de vêtements entreposés par terre.
Gabrielle Muguet sortit.
- Je me demande bien où elle a trouvé tous ces vêtements... fit Lizzie.
- Et moi je me demande pourquoi elle cache sa vraie identité, murmura Cathie.
- Comment ça ? demandèrent en cœur Lizzie et Lora.
- Je mettrai ma main à couper que cette Gabrielle Muguet est en fait, la mère de Camille, Anna du Beau Lac !
- C'est peut-être son sosie ? plaisanta Lizzie.
Cathie leva les yeux au ciel.
- Je ne pense pas...
Une fois que les trois filles furent habillées, elles rejoignirent Gabrielle Muguet qui les attendait patiemment.
- J'entre en premier, dit-elle, et vous, pour ne pas éveiller les soupçons, vous entrerez discrètement quand tout le monde sera absorbé par mes explications sur les tableaux...
Cathie, Lora et Lizzie approuvèrent d'un hochement de tête.
Gabrielle allait ouvrir la porte, mais se ravisa. Elle se tourna vers les trois jeunes filles et ajouta :
- Ah ! Et une dernière chose ; que je ne vous surprenne plus ici, est-ce compris ?
Lora et Lizzie acquiescèrent mais Cathie resta silencieuse. Elles ne lâcheraient pas Gabrielle Muguet, tant qu'elles n'auraient pas eu plus d'informations sur elle.
La jeune peintre entra donc dans la galerie. Les conversations cessèrent dès son entrée. Elle arriva au centre de la pièce et commença à faire un discours de bienvenue. Puis, elle se déplaça vers un tableau qui représentait un paysage de la campagne. Gabrielle se mit à raconter plus de détails sur ce tableau. Tout le public était suspendu à ses lèvres.
- Vite ! C'est le moment ! Sortons de là ! chuchota Lora à ses amies.
- Attendez, je reviens ! dit Cathie.
Elle fila vers la salle dans laquelle elles s'étaient changées. Cathie se précipita vers la table où Gabrielle Muguet rangeait son maquillage... Enfin, il y avait plus de tubes de peintures que de produits de beauté...
« Ah ! Ce n'est pas vrai ! Il est où ? » Se demanda-t-elle en fouillant dans les tiroirs.
Sa petite sœur, Olympe, lui aurait fait la morale en lui disant que ce n'était pas bien de fouiller dans les affaires des autres et qu'elle risquerait de se faire sévèrement punir... Mais Olympe n'était pas là, et Cathie voulait vraiment savoir...
- Cathie ! Tu fais quoi ? demanda Lora qui l'avait suivie.
- Tu m'as fait peur ! sursauta Cathie. J'ai cru que c'était Gabrielle Muguet ou je-ne-sais qui ! Pourquoi tu n'es pas restée là où tu étais... ? Bon, ce n'est pas grave, il faut juste que je chercher un truc...
- Que tu cherches quoi ?
Cathie continua de fouiller dans les tiroirs.
- Bon, tu me réponds ? Dépêche-toi, on n'est pas censées être là et ce que tu es en train de faire est complétement malpoli ! Fouiller dans les affaires des autres ! Je n'y crois pas... Imagine que Gabrielle débarque, on lui dit quoi ? « Heu, oui, nous sommes en train de fouiller dans vos affaires, ça ne vous dérange pas au moins... Non parce qu'on doit chercher je-ne-sais quoi, mais, qui, d'après Cathie à l'air super important... Voilà, voilà... Mais ne vous inquiétez pas, tout va bien, c'est tout à fait normal que trois lycéennes qui n'ont rien demandé à personne se retrouvent au XIXème siècle à pourchasser une vieille folle qui veut tuer des gens et qui vont finalement encore plus loin dans le temps pour aller chez une peintre qui n'a rien à voir avec l'histoire ! Ben oui ! C'est tout à fait banal comme situation ! Tout à fait courant ! Ça arrive tous les jours ! »...
- C'est bon, je l'ai trouvé ! s'écria Cathie en ignorant la remarque de Lora.
Elle brandissait un carnet rouge.
- Tu peux m'expliquer... ?
- Plus tard, dit Cathie. Allons vite retrouver Lizzie !
Les deux jeunes filles rejoignirent leur amie. Celles-ci commençaient à s'impatienter.
Elles regagnèrent donc discrètement la sortie.
- On t'avait bien dis que ça ne servirais à rien de venir ici, bougonna Lora à Cathie.
Soudain, une femme entra. Elle ignora royalement les jeunes filles en les bousculant.
- Aïe ! Non mais ça ne va pas ! s'écria Lora.
La dame ne se retourna pas.
- Veuillez la pardonner, dit un homme qui venait d'entrer.
- Hé ! On dirait qu'il ressemble à M. du Beau Lac ! murmura Lizzie à ses amies. Sans doute un peu trop fort car il leur répondit :
- Oui, c'est moi-même... Et qui êtes-vous ?
Lizzie commença à se présenter mais Cathie l'arrêta d'un coup de coude et poursuivit :
- Je suis Hortense et voici mes deux amies Hélène, (elle désigna Lora), et Giselle (elle désigna Lizzie).
- Enchanté, mesdemoiselles...
Soudain, Gabrielle Muguet rejoignit le petit groupe.
Elle salua M. du Beau Lac.
- Vous avez de fort charmantes amies, dit ce dernier après avoir fait un baisemain à la jeune peintre.
- Ah, oui, se rappela Gabrielle. Je n'ai pas eu le temps de vous demander comment vous vous appelez...
- Vous ne connaissez pas le nom de vos amies ? interrogea M. du Beau Lac.
Soudain, une dame apparut près de M. du Beau Lac. Elle était habillée d'une robe à froufrou et aux couleurs vives
Elle paraissait ridicule aux côtés de Gabrielle Muguet et de M. du Beau Lac, qui, eux, abordaient des tenues plus discrètes.
Cathie, Lizzie et Lora la reconnurent tout de suite : c'était la femme qui les avait bousculées, quelques minutes plus tôt.
La femme prit le bras de M. du Beau Lac et ajouta sans gêne à Gabrielle Muguet :
- Enfin, si vous avez des amis ! Ce ne doit pas être facile d'avoir une vie sociale lorsqu'on porte de grands chapeaux qui couvrent la moitié du visage et qu'on passe ses journées à peindre...
- Disons que moi, je ne me m'empiffre pas de gâteaux tout en me moquant des gens et en dépensant des fortunes pour des robes tout aussi ridicules les unes que les autres ! rétorqua sèchement la jeune artiste.
- Bon, mesdames, calmez-vous ! intervint M. du Beau Lac.
- Oui, vous avez raison, très cher ! répondit la dame. Rentrons avant que cette enfant des rues nous saute dessus !
- Permettez donc que j'aille regarder les magnifiques œuvres de « cette enfant des rues » comme vous le dites !
Il tourna les talons et alla admirer les tableaux.
La dame et Gabrielle Muguet se dévisagèrent froidement. Elles ne s'apercevaient même plus que Lora, Lizzie et Cathie était près d'elles.
- Tiens donc, tu es jalouse, ma chère ! lui dit la dame, ironique. Eh oui ! C'est comme ça ! George m'a choisi, moi ! Enfin, il faut dire que tu n'as pas fait les bons choix pour avoir la belle vie ; tu es restée avec ce vieux fou qui n'a jamais cessé de te dire que tu étais douée et que tu avais un talent extraordinaire ! Et toi, nigaude que tu es ; tu l'as crue et tu es restée avec lui pour qu'il t'apprenne à gribouiller une fleur ou un soleil... Et depuis sa mort, tu peine à gagner ton pain en vendant des toiles qui sont plus laides les unes que les autres...
- C'est toi qui es jalouse de moi, Henriette ; tu m'as toujours enviée ; tu as toujours voulu savoir dessiner... Mais tu n'as jamais eu confiance en notre professeur qui nous a gentiment recueillies alors qu'on était des clochardes qui vivaient dans la rue. Tu n'es jamais arrivée à dessiner et tu étais tellement jalouse de moi que tu as tout abandonné et tu es partie séduire M. du Beau Lac... Enfin, tu lui as forcé la main et il a cédé...
- Peu importe ! s'écria la dénommée Henriette. Tout ça, c'est du passé ! Le plus important, c'est que je me fiance avec un homme riche pour vivre une vie heureuse dans le luxe ! Maintenant, tu permets, mais je sors de cet endroit immonde ! Une femme de mon rang n'a rien à faire ici !
Elle toisa Gabrielle Muguet du regard et tourna les talons.
Avant de franchir le seuil de la galerie, elle lui lâcha :
- Je suis bien trop gentille... Je pourrais bien me mettre à crier et à dévoiler ta véritable identité... Que dirais donc George, en apprenant que son premier amour s'est convertie en peintre qui a du mal à gagner sa croûte ? Enfin, je dis « premier amour », mais, ce n'était qu'une amourette, n'est-ce pas ? Le premier amour de George du Beau Lac, c'est moi, évidemment ! N'est-ce pas, Anna de Vertil ? dit-elle en appuyant sur ces derniers mots.
Elle sortit.
Gabrielle Muguet se précipita dans sa loge en bousculant plusieurs personnes.
- Trop d'informations en si peu de temps... ! On ferait une bonne équipe de journaliste, remarqua Lizzie.
- Moi je n'ai rien pigé ! commenta Lora.
- Et pourquoi tu as inventé des prénoms quand tu nous as présentées à M. du Beau Lac ? interrogea Lizzie.
Cathie répondit :
- Je n'ai pas dévoilé nos vrais prénoms car sinon, quand on reviendra en 1865, M. du Beau Lac risque de se rappeler subitement de nous et trouverait ça louche de trouver les filles, qu'il a rencontrées quelques années plus tôt, chez lui en ayant pas pris la moindre ride.
- Oui mais... Hortense, Giselle, Hélène... Franchement, il y a mieux pour des filles de notre âge..., fit Lizzie.
- En tout cas, ça me confirme bien ce que je pensais... murmura Cathie.
- Ce que tu pensais de quoi ? questionna Lora.
Cathie sortit le carnet rouge.
- Pendant que Gabrielle Muguet et la fiancée de M. du Beau Lac parlaient, j'en ai profité pour feuilleter le cahier de Gabrielle Muguet...
- Tu as lu son journal intime !? s'écria Lizzie, horrifié. Mais t'es pas bien ? On ne t'as jamais dit que c'est très malpoli de fouiller dans les affaires des autres ?
- OK, c'est vrai, c'est pas très cool ce que j'ai fait, mais, il le faut bien, si on veut sauver Camille ! protesta Cathie. Et puis, ce n'est pas un vraiment un journal intime, mais, plutôt, un journal de bord !
- C'est la même chose !
- En tout cas, on a trouvé, les filles ! On a réussi !
- Quoi ?
- Je connais toute l'histoire de Gabrielle Muguet et je sais aussi comment empêcher Mme de Lamanche de tuer !
- Excusez-moi, n'auriez-vous pas vu Gabrielle ? demanda M. du Beau Lac qui s'était approché des jeunes filles.
- Je crois qu'elle s'est retirée, répondit Cathie.
- Ah, bon, dit-il déçu. Je pense que je vais faire de même, adieu mesdemoiselles...
Il se dirigea vers la sortie.
- Houlà ! Il n'a pas la pêche, lui ! commenta Lora.
- Je suis sûre qu'il y a un truc entre lui et..., dit Lizzie.
Cette dernière fut interrompue par Cathie qui avait lâché un cri de surprise.
Plusieurs personnes la regardèrent. Certaines froncèrent les sourcils, d'autres lui imposèrent le silence
- Qu'est-ce qui te prend ? demanda Lizzie.
- Tu es toute pâle ! observa Lora.
- Ma sœur... ! balbutia Cathie.
- Hein ? s'écrièrent en cœur Lizzie et Lora.
Cathie tomba par terre mais Lora la rattrapa avant que la jeune fille ne s'effondre sur le sol.
- Viens, on sort, on étouffe ici ! dit Lora en aidant Cathie à se relever.
Les jeunes filles sortirent et s'assirent sur un banc.
- Qu'est-ce qu'il s'est passé ? Tu es fatiguée ? Tu veux de l'eau ? demanda Lizzie.
- Non, merci, ça va mieux... Je... j'ai cru voir Jeanne...
- Ta grande sœur ?
- Oui ! Et ce n'est pas la première fois que ça se produit... Vous vous rappelez la fois où on se promenait avec Camille ? J'avais vu monter Jeanne dans une calèche...
- Peut-être que tu confonds avec d'autres personnes qui lui ressemblent ? fit Lora.
- Non, je ne pense pas... Cette fois, je suis sûre que c'est elle !
- Jeanne serait donc au courant de l'existence du voyage dans le temps ? Mais comment ? Et puis, pourquoi tu réagis comme ça ? Tu devrais être contente, non ? dit Lizzie.
- Pas forcément, Lizzie, lui dit Lora. Si j'avais eu une sœur, ça me ferait moi-même bizarre de la croiser au XIXème siècle alors qu'elle n'est même pas au courant de l'existence du voyage dans le temps.
- Mais là, ce n'est pas pareil..., reprit Cathie. Quand j'ai vu Jeanne, j'ai eu un mauvais pressentiment... Comme si... Elle nous voulait du mal !
- Ben voyons ! dit Lora en levant les yeux au ciel. Moi je pense surtout que tu as besoin de te reposer... Comme Lizzie et moi, d'ailleurs ! Ce truc de voyage dans le temps est super fatigant et je pense que nous en avons toutes marre... On ferait mieux de rentrer chez nous et de se blottir dans notre lit à regarder des séries sur Internet...
A peine eût-elle le temps de terminer sa phrase qu'elle sentit une main froide s'abattre sur sa bouche.
Avant que ses deux amies aient le temps de réagir, Lora vit Lizzie recevoir un coup sur la tête et deux mains agrippèrent le coup de Cathie.
Lora ne vit pas le visage de leurs agresseurs. Elle ne savait même pas combien ils étaient. La jeune fille essaya de se débattre de ces mains qui agrippaient sa bouche mais elle sentit qu'ont les ligotaient.
Elle sentit la panique lui gagner. Lora se souvient de ces faits divers qu'elle écoutait à la radio ou qu'elle lisait sur Internet ; quatre adolescents qui revenaient de soirée avaient été kidnappés puis tués... Et un petit garçon de sept ans, disparu à un mariage. Son corps sans vie avait été retrouvé quelques mois après, dans une forêt.
Heureusement, le tueur avait été retrouvé et emprisonné.
Mais, là, est-ce que ses amies et elle étaient destinées à vivre le même sort que ces malheureux enfants ?
Surtout que si elles mourraient, le futur serait à jamais modifié.
« Inspire, expire... Calmes-toi et réfléchis ; trouve une solution ! » se dit Lora.
Dans les films, les héros qui sont à deux doigts de la mort trouvent toujours une solution pour s'en sortir ; soit ils ont un couteau ou un pistolet à portée de main pour se débarrasser de leur agresseur, soit ils sortent une bouteille en verre de leur poche et l'écrase sur la tête de l'assassin.
Le problème, c'est que là, Lora n'avait ni pistolet, ni couteau et ne trouvait pas de bouteille de verre. Et puis, elle n'était pas dans un roman ou un film. C'était la vraie vie.
Mais, elle ne comptait pas se laisser faire !
Lora essaya de donner des coups de pieds à son agresseur. Elle eut à peine le temps d'apercevoir Gabrielle Muguet surgir de nulle part qu'elle reçut un coup sur la tête et s'évanouit.
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