2 - Bienvenue en Suisse
C A L E B
Après quinze heures de vol, confortablement installé en première classe, l'avion s'est posé sur le tarmac de Genève sans encombre.
En arrivant dans le hall de débarquement, un panneau « Bienvenue en Suisse » m'accueille. La découverte de ce pays me réjouit, mais la température me refroidit immédiatement. Au sens propre, comme au figuré. Passer de seize degrés à zéro n'est pas des plus agréable.
Dès que j'ai récupéré mon bagage, j'ajuste mon sac en bandoulière et sors de la zone de débarquement. Mes yeux parcourent l'immense hall de l'aéroport et je finis par trouver ce que je cherche. Tout en tirant ma valise, je me dirige vers les locations de voitures. J'avance vers l'homme qui attend au guichet, en se tournant les pouces.
— Bonjour, je souhaiterais vous louer une Audi R8 Spyder, couleur égale, durée indéterminée, annoncé-je.
L'homme tourne les yeux vers moi et me dévisage, la bouche ouverte. Je lève les yeux au ciel et répète ma demande.
— Pardon, monsieur, je vérifie tout de suite si nous en avons à disposition.
Le jeune homme se précipite sur son ordinateur où il frappe sur les touches presque aussi rapidement qu'April. Mes doigts tapotent, les uns après les autres, sur l'acajou du comptoir, impatient. Le garçon me jette des regards, avant qu'un grand sourire apparaisse sur son visage. Quel âge peut-il avoir ? Il me semble soudain bien jeune.
— Nous en avons une de disponible, monsieur, dit-il fièrement.
— Parfait, réponds-je, satisfait.
Il appuie sur une touche, se lève et fonce récupérer les feuilles que la vieille imprimante a crachées. Ils louent des voitures pour des millions de francs par année et ne sont pas foutus d'avoir une imprimante moderne, c'est surprenant.
— Voici le contrat, je vous laisse signer ici et là. J'ai également besoin de votre passeport, s'il vous plaît.
Après lui avoir tendu mon laissez-passer, je vérifie rapidement l'exactitude des données, puis y appose ma signature. J'en connais une qui ne va pas être contente de la facture, mais il faut bien récompenser ses meilleurs éléments.
Je lui rends le document rempli, règle avec la carte de crédit et il me donne les clés, tout en m'indiquant le lieu où la voiture est stationnée.
— Je vous accompagne, m'annonce-t-il.
— Inutile, merci, réponds-je.
— Bien, monsieur. Bonne route !
— Merci.
Prenant place derrière le volant, j'apprécie les finitions du véhicule. Pied sur la pédale de frein, mon index appuie sur le démarreur et le moteur dévoile toute sa puissance dans un magnifique ronronnement. Du moins, pour mes oreilles. L'excitation commence à se répandre dans mes cellules à la seule pensée de la route qui m'attend au volant de ce merveilleux bolide. J'entre l'adresse dans le GPS et prends la route, musique rock à fond.
Après cinq heures et demi de route, j'arrive à destination. Les phares éclairent la cour du majestueux hôtel blanc. Je suppose qu'April a choisi le plus luxueux de la région, pour me faire plaisir. À moins que ce soit principalement pour faire enrager notre patronne. En m'arrêtant devant l'entrée, un employé vient m'accueillir en allemand. Je lui réponds aimablement, puis lui indique mon nom et le numéro de la réservation. Il sort mes bagages du coffre qu'il pose doucement sur un chariot. Je lui donne mes clés. Le jeune se met au volant avec un grand sourire. À la vitesse du pas, il s'éloigne et je m'avance vers l'entrée.
Une fois dans la chambre, je ne peux qu'apprécier la qualité du mobilier, sa décoration raffinée et son confort. Il est tard et la cuisine a fermé, par conséquent, je me contente d'un sandwich acheté un peu plus tôt et d'une bouteille d'eau venant du minibar, puis me glisse sous la douche où l'eau détend mes muscles restés immobiles pendant ces nombreuses heures de voyage.
Cette première nuit a été reposante. M'étant levé à une heure tardive, j'ai sauté le petit-déjeuner et me suis juste fait un café avec la machine mise à disposition. Dès que je suis prêt, je descends au restaurant pour déjeuner. Dans la salle à manger, je découvre que tout le personnel est très actif. Ma curiosité est piquée et j'interpelle un jeune serveur.
— Dites-moi, pourquoi tout le personnel est sur le pied de guerre ?
— Nous recevons les sept conseillers fédéraux, monsieur. Excusez-moi, je ne dois pas traîner, ma cheffe m'attend.
Je le remercie et lui fais signe qu'il est libre de partir, alors qu'un jeune homme, sûrement un apprenti, vient prendre ma commande. Je consulte un instant mon téléphone pour voir les dernières actualités du monde, puis laisse mon regard s'égarer dans la salle. Observer et analyser ce que je vois est quelque chose que mon subconscient fait automatiquement. Défaut professionnel.
Une jeune femme retient mon attention. Elle se déplace aisément entre les clients et en salut poliment plusieurs. Je suppose qu'elle doit travailler ici depuis quelques années, reconnaissant les habitués. Dès qu'elle les perd de vue, ses sourcils se froncent et indiquent sa concentration, tandis que ses épaules tendues m'informent de la présence de stress.
Sans le vouloir, ou presque, je commence à détailler sa tenue. Elle porte une jupe noire et un chemisier blanc à manches longues. Des bas sombres viennent couvrir ses jambes infinies où ses pieds finissent dans des ballerines noires. Un classique. Dommage, les talons doivent mettre ses jambes en valeur, bien qu'elle n'en ait pas besoin, vu sa taille. Mes pupilles étudient son visage, encadré par des cheveux noirs impeccablement coiffés et des yeux noisette, le tout est éclairé par un doux sourire aussi blanc que la neige tombée cette nuit.
Je continue de regarder les allées et venues de cette fille, confortablement installé dans mon fauteuil avec un verre de vin. Cette jeune femme m'intrigue dans sa manière d'être. Discrète, appliquée, avec une confiance en elle qui se sent, elle est d'une beauté naturelle. J'ai goûté aux délices féminins de différents pays, mais cette femme, qui passe à nouveau sous mon nez en sortant d'une salle fermée aux clients, n'a rien d'une beauté fatale. Pourtant, elle a du charme, ce petit truc, comme on dit.
Je la vois quitter le bar avec un plateau rempli de boissons, sûrement pour ces hommes importants de l'État. L'hôtel s'est plié en quatre pour les accueillir.
Je dépose quelques francs suisses sur la table pour régler ma consommation, puis me lève et me dirige vers les ascenseurs lorsque le bruit de plusieurs verres qui se brisent me parvient aux oreilles, ainsi qu'un petit cri. Mes yeux pivotent vers la source du vacarme et découvrent cette fille, à plat ventre, à seulement trois mètres de moi. Je me précipite vers elle pour l'aider à se relever. Les bris de verre éparpillés craquent sous mes chaussures. Une odeur d'alcool fort et de café se dégage de ses vêtements trempés, ce n'est pas le meilleur des mélanges. Elle grimace en découvrant son chemisier piqueté de sang. Des morceaux de verres ont dû se planter dans sa peau.
— Ne bougez pas, j'appelle l'ambulance, l'avertis-je.
Je saisis mon téléphone et compose le cent quarante-quatre pour faire venir les secours. Connaître par cœur les numéros d'urgences de plusieurs pays a ses avantages, pour une fois. Je me retourne et vois qu'elle est en train de me détailler. Un sourire malicieux se dessine sur mon visage, alors qu'un homme âgé et inquiet l'interpelle, coupant net notre contact. Visiblement, il s'agit de son supérieur. Je décide de m'éclipser et rejoins ma chambre.
Une fois dans le bureau, je m'installe et ouvre mon ordinateur que je connecte au réseau. Quelques e-mails se synchronisent dans la boîte de réception, mais aucun n'est important. Ne sachant pas quoi faire en attendant les informations de ma collègue, je finis par me changer, puis prends la direction de la salle de sport, au sous-sol de l'hôtel. Ce sera toujours mieux que de tourner en rond dans la chambre.
Arrivé dans le corridor, je constate que la fille n'est plus là. Elle a sûrement dû être emmenée à l'hôpital et les employés ont déjà tout nettoyé. Une équipe efficace. Je descends à la salle de musculation que je découvre extrêmement bien équipée. La variété des engins mis à disposition est impressionnante. Les grandes fenêtres du mur Est offrent une vue magnifique sur les montagnes enneigées.
Avant de de m'échauffer, j'apprécie le paysage quelques instants, bien différent de la vue de mon appartement, composée de grands grattes ciel.
Je décide de débuter par les assis barre, puis enchaîne avec plusieurs crunchs au sol, suivi de quelques squats. Ça commence à bien chauffer tout ça. Je fais quelques exercices avec des poids et termine par ce que je préfère : courir.
Quelques gorgées d'eau viennent m'hydrater, je réajuste mes écouteurs et commence par marcher, tout en réfléchissant à ce qui m'attend. Il faut vraiment qu'April me donne ces foutues informations, si je veux pouvoir attaquer. Je suis totalement bloqué sans ça. Nathan a intérêt à être à l'heure. Déjà que je dois me coltiner un bleu qui a réussi à m'avoir avec sa tête angélique. Bon, ses capacités et résultats sont également un argument que j'ai pris en compte.
J'accélère ma cadence et cours d'un bon rythme, tout en continuant à cogiter, puis essaye de m'en séparer pour me concentrer sur la musique diffusée dans mes oreilles. J'augmente de plus en plus la vitesse du tapis de course et m'arrête quand je n'arrive plus à suivre, histoire de ne pas m'étaler devant tout le monde.
Cette séance de deux heures m'a complètement défoulé et fatigué. Je retourne dans ma chambre et me douche.
Au moment où j'en sors, j'entends le son indiquant l'arrivée d'un e-mail. J'enroule en vitesse la serviette autour de mes hanches et me précipite sur l'ordinateur. Après un clic, l'e-mail d'April s'ouvre. Enfin ! Elle a enfin eu ces foutues informations. Je jubile et préviens Nathan qui m'informe qu'il arrive d'ici deux heures. Nous nous retrouverons sur place ce soir.
Il est temps de mettre les pions en place.
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