
07. ~ Le monstre du sous-sol
Chapitre Septième : "Le Monstre du sous-sol"
Aaron avait un mal fou à se concentrer sur sa tâche. Il avait beau essayer de s'en empêcher, son regard revenait irrémédiablement vers l'autre côté de l'étagère derrière laquelle il se trouvait, c'est-à-dire vers l'endroit où se trouvaient les filles. Son regard était encore et toujours fixé sur la même personne : Chris.
Aaron se sentait comme captivé par l'adolescente. Il n'avait aucune idée de la personne qu'elle était vraiment et pourtant, quelque chose chez elle l'attirait. Comme une aura imperceptible, qui émanait d'elle. Une aura de mystère.
Tout absorbé par sa contemplation de la jeune fille, Aaron leva la main afin d'attraper les derniers livres qui traînaient un peu plus haut sur l'étagère. Ce fut à tâtons qu'il les trouva et, distrait, tira un peu plus fort que nécessaire sur un ouvrage.
La seconde suivante, une pile de vieux livres poussiéreux lui dégringolait sur la tête, le ramenant brutalement à la réalité. Il poussa un juron silencieux, et se mordit violement la langue pour s'empêcher de crier lorsqu'un livre s'écrasa sur son petit orteil.
Il se baissait pour ramasser les livres tout en maudissant l'univers entier, lorsque des bruits de pas retentirent derrière lui. Il eut à peine le temps de se redresser, que des pieds apparurent dans son champ de vision.
Tu m'as l'air bien distrait, mon pote, souffla la voix de Léo d'un ton moqueur.
– C'est étonnant ? renchérit Daniel en s'appuyant contre une des étagères. Il est en totale admiration devant notre nouvelle amie.
Léo hocha la tête en signe d'accord, ce qui provoqua un énorme soupir de la part d'Aaron. Le jeune homme acheva rapidement de rassembler les livres qui étaient étalés par terre, puis se redressa et fusilla ses soi-disant amis du regard :
– Vous avez fini ? demanda-t-il sèchement.
– Regarde, Léo, il se transforme en larve, ricana Daniel.
Aaron fit un pas en direction de Daniel, mais fut arrêté par Léo qui le repoussa du plat de la main. Derrière lui, Daniel exhibait un immense sourire, tandis que Léo essayait de dissimuler le sourire amusé qui pointait sur ses lèvres, sans grand succès.
– Allez, avoue quand même que tu te comportes bizarrement, déclara Léo sans se départir de son sourire. Tu n'as pas quitté Chris des yeux depuis que vous êtes arrivés, tu ne nieras quand même pas ça.
– Et tout à l'heure sur le terrain, il était complètement à l'ouest, ajouta Daniel en roulant des yeux. Je me demandais ce qui n'allait pas chez toi mais maintenant, je comprends nettement mieux ce qu'il se passe.
– Arrêtez de dire n'importe quoi, répliqua Aaron, la voix emplie d'une colère mal contenue. C'est juste que... J'ai l'impression qu'il y a quelque chose d'étrange chez cette fille. J'ai une drôle d'impression en sa présence, pas vous ?
Devant le regard ahuri que lui lancèrent ses deux amis, Aaron regretta l'espace d'un instant d'en avoir dit autant sur la sensation inhabituelle qui l'habitait depuis l'instant où il avait croisé le regard de Chris.
Pendant quelques secondes, Léo et Daniel le fixèrent comme si une seconde tête venait de lui pousser, puis leurs regards se tournèrent vers l'endroit où se trouvait les filles. Ils restèrent ainsi pendant quelques secondes, jusqu'à ce que Léo finisse par prendre la parole, haussant un sourcil dubitatif :
– Elle m'a l'air tout à fait normale, cette fille, lâcha-t-il finalement.
– Je vois rien de bizarre, moi, grommela Daniel.
Lorsque ses deux amis lui firent de nouveau face, se fut à présent pour le regarder d'un air préoccupé. Daniel croisa les bras sur sa poitrine et se mit à le reluquer de haut en bas :
– En fait, c'est plus grave qu'on ne le pensait, soupira-t-il comme s'il venait subitement d'apprendre qu'Aaron souffrait de la peste.
– Tu penses qu'il croit sérieusement qu'elle est possédée par une entité satanique, ou il nous mène en bateau pour détourner notre attention ? demanda Léo en se penchant vers Daniel.
– OK, j'abandonne, siffla Aaron en levant les yeux au ciel. Croyez ce que vous voulez, je m'en fous.
À ses mots, d'immenses sourires étirèrent les lèvres de ses amis, ce qui acheva d'agacer Aaron. Alors qu'il faisait mine de tourner les talons, Léo s'avança vers lui en levant les mains en signe de paix, talonné par Daniel.
C'est bon, on arrête. De toute façon, on a fini ici, dit-il en désignant les étagères vides du menton. On n'a qu'à rejoindre les filles.
– Tu feras quand même attention Aaron, ajouta Daniel avec un sourire mauvais. Tu baves.
– Tais-toi, grogna le brun alors que Daniel éclatait de rire.
Aussitôt, l'adolescent allongea le bras et asséna une immense claque sur le crâne de Daniel, qui lâcha un glapissement de surprise entre deux éclats de rire.
Léo, quant à lui, se retourna juste à temps pour dissimuler son sourire grandissant et commença à s'éloigner en ricanant sous cape, laissant ses deux amis à leurs chamailleries.
Vraiment, cette heure de colle promettait d'être intéressante.
***
– Il s'agit du club des « Jeunes lecteurs en herbe », affirma Willow pour la centième fois au moins.
Cela faisait dix bonnes minutes qu'Aaron, Daniel et Léo les avait quittés pour se perdre dans les profondeurs de la bibliothèque, laissant Chris seule en compagnie de l'apparente bonté incarnée et la folie personnifiée... soit Willow et Madelyne.
Et, jusque-là, Chris devait admettre que tout se passait mieux que ce à quoi elle s'était attendue.
Alors que Willow lui expliquait ce pourquoi ils se trouvaient tous là, Madelyne se prélassait sur sa chaise, les jambes croisées sur la table et la tête renversée en arrière. Depuis le départ des garçons l'asiatique n'avait pas pipé mot, préférant jouer avec un thermos vide et une tasse de thé ébréchée qu'elle avait sorti de nulle part, tout en fredonnant encore et encore la même chanson incompréhensible. Le carnet violet était toujours posé sur la table, dont la devinette « POURQUOI UN CORBEAU RESSEMBLE-T-IL À UN BUREAU ? » semblait prendre un malin plaisir à perturber Chris.
Cela était vraiment, vraiment dérangeant.
Chris reporta son attention sur Willow, dont la tête disparaissait à moitié derrière les demi-douzaines de piles de livres empilées sur la table. La pauvre essayait tant bien que mal d'expliquer à Chris ce qu'elle devait faire, mais la brune éprouvait le plus grand mal à se concentrer avec le cahier de Madelyne qui se baladait deux centimètres plus loin.
Le club des « Jeunes lecteurs en herbe », répéta bêtement Chris. Pardon, mais en quoi sommes-nous concernés ?
Toute personne normale aurait pété un câble et jeté l'éponge depuis longtemps. Cependant, Willow avait admirablement pris son mal en patience et n'avait pas haussé le ton à un seul moment, ni montrer le moindre signe qui pourrait traduire son agacement... si cette fille pouvait même se sentir agacée.
– Le fait est que la création de ce club implique un nouvel espace dont pourrait bénéficier les membres du club lors de leur réunion, répondit patiemment Willow. Et, comme toutes les salles réservées aux clubs sont déjà occupées, le Conseil des Elèves a voté pour l'établissement d'un espace réservé aux « Jeunes lecteurs en herbe » dans un coin de la bibliothèque.
Chris cligna des yeux, abasourdie.
– Donc si je comprends bien, nous sommes les pigeons qui ont été choisi pour réaménager la bibliothèque, c'est ça ?
Devant la mine outrée de Chris, Willow eut un petit sourire crispé.
– En gros, oui. Le proviseur est passé tout à l'heure, et nous a laissé pour consigne de débarrasser certains coins de la bibliothèque de ses livres. Le but est d'aider ce nouveau club à s'installer pendant cette heure de colle en enlevant un maximum de livres, qu'on stockera ensuite dans la cave du lycée. Les membres du club s'occuperont eux-mêmes d'emménager l'espace disponible et de déplacer les étagères vides. Ça te va ?
Oh, Chris aurait tant aimé mettre la main sur ces foutus lecteurs à deux balles...
– Est-ce que j'ai vraiment le choix ? soupira-t-elle.
– Non, répliqua Willow en souriant. Daniel, Léo, Madelyne et moi avons déjà fait le plus gros du travail. Il ne vous restera plus qu'une seule étagère à vider.
Soudain, Chris eut un mauvais pressentiment.
– « Vous » ? répéta-t-elle en fronçant les sourcils.
Willow ne tarda pas à l'imiter.
– Aaron et toi, répondit lentement la blonde. Pourquoi ?
Evidemment. Tu pensais à quelqu'un d'autre, idiote ?
Chris s'empressa de chasser la petite voix irritable dans sa tête – qui, par le plus grand des hasards, avait la même voix que Jane – et secoua la tête devant le regard perplexe de Willow :
– Euh, comme ça.
Madelyne se mit aussitôt à ricaner, s'attirant le regard noir de Chris et un rapide coup d'œil de Willow. L'asiatique posa sa tasse de thé et son thermos aux côtés de son carnet puis se pencha vers Chris, un sourire étrange plaqué sur le visage.
– La demoiselle charmante a l'air louche, dit tranquillement la jeune fille en s'appuyant sur ses mains jointes, les coudes posés sur la table.
Sérieusement, qu'était-elle sensée répondre à ça ?
Chris envoya à l'asiatique son regard le plus troublé, tandis que Willow poussait un léger soupir.
– Maddy, laisse-la tranquille, souffla la blonde.
– Tant pis ! De toute façon, ses chakras parlent pour elle, répliqua Madelyne sans que son sourire ne quitte une seconde ses lèvres.
– Mes... quoi ? demanda Chris d'un ton méfiant.
Elle n'était pas sûre de vouloir savoir de quoi il s'agissait, surtout si elle devait prendre en compte la façon dont Madelyne avait dit ça et le sourire effrayant qu'affichait l'asiatique.
Puis, en une fraction de seconde, le sourire de l'adolescente s'effaça et fit place à un visage devenu brusquement sérieux, beaucoup trop sérieux pour la personne extravagante qu'était Madelyne. Chris, quant à elle, fut soufflée par les brutaux changements d'attitude dont pouvaient être victime Madelyne.
Temps mort. Parce qu'en plus d'être folle, cette fille était peut-être bipolaire ?
– Tu sais que tu ressembles à son miroir ? lâcha soudain Madelyne en se penchant un peu plus vers Chris.
– Je ressemble à ... ? répéta Chris.
– La même entité, marmonna l'asiatique en faisant totale abstraction des questions de Chris. Les mêmes chakras. La même aura. Le même visage. La même... tout. Vous êtes pareilles.
À présent, Chris était presque sûre que des points d'interrogations devaient s'agiter au-dessus de sa tête. Plus que le fait que Madelyne s'était pour la première exprimée sans utiliser de mots bizarres, Chris était avant tout troublé par l'expression qu'affichait Madelyne. La jeune fille était trop sérieuse. Ce sérieux l'effrayait, car Chris sentait que, derrière ces phrases, se cachaient bien plus de choses qu'elle ne pouvait le deviner.
Mais, plus que tout, une question dominait parmi tous les questionnements qui se bousculaient dans la tête de Chris.
Bien qu'elle fût quasi-certaine de déjà connaître la réponse.
– Madelyne, de qui parles-tu ? souffla Chris.
Madelyne roula des yeux.
– Bah, de la Alice, réglisse ! s'exclama-t-elle comme s'il s'agissait de la chose la plus évidente au monde. Je te l'ai dit, tu es son doppelgangster !
– Ça suffit, intervint Willow.
Chris tourna la tête vers la blonde, alarmé par son ton devenu soudainement sec. Les sourcils froncés et le front barré par un pli, la jeune fille semblait littéralement tuer Madelyne du regard, l'air furieuse. Sous l'intensité d'un tel regard, Madelyne rentra la tête dans les épaules et eut soudain l'air d'éprouver le besoin de disparaître dans son siège. Le regard de Chris allait et venait de Willow à Madelyne, sans que la jeune fille ne comprenne quoi que ce soit.
– Certaines plaisanteries ne sont pas drôles, Madelyne, ajouta Willow avec un regard entendu.
Puis la blonde se tourna vers Chris, qui les regardait toujours d'un air perdu :
– Excuse-là, dit-elle poliment. Parfois, elle n'a pas vraiment conscience de ce qu'elle dit.
– Heu... pas de problème, dit lentement Chris.
Madelyne marmonna quelque chose d'inintelligible, puis se renfonça un peu plus dans son siège en boudant. Willow lui lança de nouveau un regard furieux, que Madelyne ignora superbement. Au lieu de répliquer, l'asiatique se contenta de se saisir de sa tasse de thé et de son thermos. Puis, d'un geste expert, elle le fit tournoyer avant de le dévisser et de le pencher vers la tasse de thé. Aussitôt, un liquide fumant s'en écoula et ne tarda pas à remplir la petite tasse, sous les yeux éberlués de Chris.
– Du thé fumant et odorant ? proposa galamment Madelyne, l'air le plus naturel au monde.
Chris secoua la tête en signe de refus, toujours stupéfaite. Elle aurait pourtant juré que ce thermos était vide il y a encore cinq minutes !
Madelyne haussa les épaules, puis porta délicatement la tasse à ses lèvres et se mit à siroter sa boisson d'un air ravi. De son côté, Willow repoussa sa chaise et se leva, quittant ainsi la table afin de se positionner derrière Madelyne.
– Bien, on a perdu assez de temps comme ça, reprit Willow un peu plus brusquement que prévu. On devrait allez chercher les garçons pour se remettre au travail. Daniel, Léo, Madelyne et moi allons descendre maintenant pour descendre les livres. Avec Aaron, vous n'aurez qu'à nous rejoindre tout à l'heure. Tu viens, Madelyne ?
– La reine de Tea Town n'a pas encore fini son thé, protesta Madelyne.
Willow lui balança un coup de pied sous la table, ce qui fit sursauter Madelyne et manqua de lui faire renverser son thé. Avec un air grognon, l'asiatique déposa sa tasse sur la table et se leva brusquement, attrapa une pile de livre et commença à se dirigea vers la sortie en hurlant quelque chose à propos d'une feuille de menthe poivrée qui aurait été arrachée à son arbuste.
Au même moment, des éclats de voix se firent entendre. Aussi Chris ne fut pas étonnée de voir Aaron, Daniel et Léo débouler soudainement de derrière une étagère, Léo et Daniel en tête et arborant des sourires jusqu'aux oreilles tandis qu'Aaron tirait quant à lui une tronche de trois pieds de long.
– Woah ! s'exclama Léo alors que Madelyne passait avec la légèreté d'une tornade devant lui, manquant de peu de le renverser. On a manqué quelque chose ?
– Rien d'important, rassure-toi, répondit Willow.
Cependant, Chris eut juste le temps d'intercepter le regard que Willow lança à Léo. C'était les regards qu'avaient les personnages dans les films, un regard genre « On doit parler toi et moi. Seuls ».
Chris vit Léo hocher la tête de façon presque imperceptible, si bien qu'elle pensa un instant avoir halluciné.
– Les derniers livres à débarrasser se trouve dans le rayon des livres de conte, les informa Willow en se tournant vers Chris. À partir d'ici, prenez le premier rayon à gauche, puis continuez tout droit jusqu'à la prochaine zone d'étude. Ensuite, vous prenez deux fois à droite, puis c'est le premier sur la gauche. Vous n'aurez qu'à nous rejoindre ensuite à la cave, puis je pense qu'on aura fini avec cette heure de colle.
Génial.
On ne faisait pas plus précis, comme indications...
Willow se pencha pour ramasser quelques livres, très vite imitée par Léo et Daniel. Puis elle leur adressa un dernier franc sourire, avant de partir à la suite de Madelyne, qui avait déjà quitté la bibliothèque.
– On se voit tout à l'heure, claironna Léo en emboîtant le pas à sa petite amie.
Il fit un clin d'œil en direction d'Aaron, avant de disparaître entre les rayonnages. Daniel, quant à lui, n'eut même pas un regard pour Chris, adressant seulement un dernier sourire narquois à l'intention d'Aaron.
Très vite, la porte de la bibliothèque claqua, ce qui signifiait que les trois autres étaient partis, laissant Chris et Aaron plantés comme des idiots au milieu de la bibliothèque.
Aussitôt, Chris sentit le rouge lui monter aux joues et se découvrit soudain un incroyable intérêt dans la contemplation de ses chaussures.
Eh bien, on dirait que nous sommes seuls tous les deux, dit la voix d'Aaron, perçant le silence qui s'était installé autour d'eux.
Hésitante, Chris tourna lentement la tête vers le brun. Celui-ci évitait soigneusement le regard de l'adolescente, et semblait lui aussi terriblement mal à l'aise.
Chris ne put s'empêcher de repenser à la sensation qui avait grandit en elle lorsqu'elle avait senti son contact sur sa peau quelques minutes plus tôt, et sentit soudain sa gorge s'assécher. Elle resta là, à le fixer bêtement, jusqu'à ce qu'Aaron se décide à redresser la tête.
Leurs regards se croisèrent et, pour la seconde fois en une heure, Chris sentit son corps s'envahir d'une intense chaleur. Elle resta quelques instants pétrifiée sur place, les yeux plongés dans les iris brunes et chatoyantes du jeune homme.
Puis le corps de Chris fut parcouru d'un frisson et, réalisant tout d'un coup ce qu'elle était en train de faire, la brune rompit le contact visuel avec l'adolescent.
– On devrait... on devrait allez chercher ces livres, bégaya la jeune fille.
– Excellente idée, répondit Aaron.
Le pauvre garçon avait l'air complètement perdu. Il fixa Chris pendant encore quelques secondes, puis lui tourna les talons et commença à s'éloigner d'un pas rapide.
Chris s'empressa de lui emboiter le pas, le nez tourné vers ses pieds et la tête pleine de confusion. Que venait-il de se passer ? Mince, mais qu'est-ce qui n'allait pas chez elle ?
Elle releva la tête, et son regard se posa sur le dos de l'adolescent qui marchait devant elle.
Elle le connaissait à peine.
Et elle ne savait pas encore vraiment ce que cela signifiait, mais elle n'avait aucun doute sur le fait que ce garçon lui laissait déjà une très forte... impression.
Décidemment, Chris était dans le pétrin.
***
– C'est ici.
Aaron s'arrêta à l'entrée du rayon, et lança un coup d'œil vers les étagères qui l'entouraient.
Les indications à première vue ambigües de Willow s'étaient révélées étonnamment précises, si bien que Chris et Aaron n'eurent finalement aucun mal à trouver le rayon des contes.
Chris avança à son tour dans le rayon, dépassant Aaron qui n'avait toujours pas bougé. La jeune fille longea lentement les étagères, laissant son regard traîner sur le peu de livre demeurant sur les étagères. La plupart d'entre elles étaient complètement vides ; seuls restaient une vingtaine de livres, tous d'apparence défraîchis et semblant dater d'au moins plusieurs siècles.
Chris en attrapa un au hasard. Elle chassa la poussière qui y avait élu domicile, caressa la reliure de cuir noir, puis retourna l'ouvrage entre ses mains et constata avec surprise qu'aucun titre ne figurait sur la couverture. Même chose lorsqu'elle entreprit de tourner les pages ; elles étaient toutes vierges.
La brune ferma le livre et fit face à la couverture une seconde fois. Il ne s'agissait que d'un simple livre de cuir noir, tout ce qu'il y avait de plus banal. Seule, au centre de la couverture, une minuscule pierre de couleur violette, de la taille d'une phalange, était incrustée dans le cuir.
Chris arqua les sourcils.
– On dirait que personne n'a posé les pieds ici depuis des siècles, lâcha Aaron en toussant, la poussière chatouillant son nez. Cet endroit est complètement à l'abandon.
Sur ce point, Chris était entièrement d'accord avec lui.
Je ne connaissais pas cette partie de la bibliothèque, reprit l'adolescent alors que Chris ne répondait pas.
Comprenant qu'il essayait d'une manière plus ou moins subtile d'attirer son attention, Chris reposa le bouquin sur l'étagère puis haussa un sourcil en se tournant vers le brun :
Tu n'as pas vraiment l'air d'être le genre de personne à y passer son temps libre, en même temps.
Eh bien, parfois les apparences sont trompeuses, répliqua l'adolescent avec un sourire.
Imperceptiblement, Chris se raidit : il lui avait semblé déceler une pointe de reproche dans la voix du brun, comme ci celui-ci lui adressait personnellement cette dernière remarque.
Chris se baffa mentalement, puis secoua la tête. Il était impossible qu'Aaron puisse la suspecter de quoi que se soit. Ils ne se connaissaient que depuis à peine une journée et, de toute façon, il ne s'était rien passé d'étrange depuis qu'elle était tombée sur lui. Décidemment, elle était complètement parano !
– Tu as raison, admit Chris en lui retournant son sourire.
Aaron hocha la tête, puis rafla les derniers livres qui trainaient sur les étagères avant de se tourner une nouvelle fois la tête vers Chris :
– Alors, on les débarrasse, ces livres ?
Bạn đang đọc truyện trên: Truyen247.Pro