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Chapitre 12 - La force du destin

Quelques heures avant l'aube, quand les tables de la grande salle avaient finalement été démontée et les paillasses des uns et des autres étalées en petits groupes, selon que l'on voulait plus ou moins d'intimité, plus ou moins de proximité avec les autres, un homme passa en silence le long du mur. L'alcool avait eu raison de tous les caractères les plus vifs, qui ronflaient sereinement dans un coin, mais près des cheminées, l'homme percevait des mouvements, les femmes qui donnaient le sein à leur enfant, les chiens qui cherchaient sur le sol de terre battue des reliefs de repas, quelqu'un qui mettait une nouvelle bûche dans l'âtre, quelques toux rauques dans le sommeil des pauvres âmes.

Il passa ensuite devant les cuisines, où l'odeur du levain et le bruit organique du boulanger à son pétrin annonçaient déjà le point du jour.

Mais le jour n'était pas encore là. Bien que les nuits eussent déjà raccourci depuis le cœur de l'hiver, elles demeuraient plus longues que les jours. L'obscurité était indispensable aux desseins de cet homme.

Il grimpa les étages de la tour, dans l'épaisseur du mur. Il passa devant deux portes closes où aucun bruit ne laissait supposer des âmes éveillées. Des marches encore, et une nouvelle porte. Il tendit l'oreille.

« ... seigneur se redressa, éperdu. 'Sobeyrane !', s'écria-t-il, car son épouse portait ce nom. Fors la tente, il courut à elle et l'étreignit d'un invincible amour. Toute la journée, il goûta les délices qu'il croyait n'appartenir qu'à la jeunesse. Toute la nuit, il huma ses cheveux, baisa son ventre et ses petits pieds frais.

–Oh, comme tu racontes bien, Viana !

–Je pense qu'il y a bien d'autres mots pour décrire la journée du seigneur et de sa dame, mais ces mots n'appartiennent pas aux contes, répondit la voix fatiguée de Viana.

–Ah bon ? demanda Marta.

–Un jour tu comprendras, répondit la voix également ensommeillée de Clarmonde. Reprends, Viana, on n'en est qu'au cinquième pot...

Le récit de chaque pot, dans le conte du marchand de senteur, était une petite histoire à lui seule. L'homme sut que son heure était venue. Il frappa fort, deux coups, à l'huis de chêne.

–Oh, Viana ! minauda Marta.

Viana s'approcha de la porte.

–Qui va là, à l'heure où dorment béliers et brebis ?

–Celui qu'on vous refuse et qui vous veut, ma mie, répondit Salès, et Viana ouvrit la porte.

Clarmonde était déjà en train de mettre sur les épaules de la jeune liseuse de rêves une cape en laine bouillie et une peau de loup.

–Tu as bien ton mouchoir ? lui demanda la servante.

Viana saisit les mains de Salès et, pour la première fois depuis le début de la soirée, elle vit tout ce qu'il faisait pour elle. Quand elle plongea ses yeux clairs dans ceux noirs et sans fond du capitaine, elle sut que tout se passerait bien.

La suite se passa comme dans un rêve : la descente des escaliers dans l'épaisseur du mur, le chemin inverse vers la porte de la grande salle, puis la cour sous le ciel scintillant d'étoiles et les portes de la forteresse, enfin. Là, les quelques gardes rescapés des agapes regardaient tous vers l'extérieur par crainte de qui voudrait rentrer, et évitaient scrupuleusement de voir ceux qui cherchaient à sortir. À la petite porte de la barbacane, Astorg du Tournel attendait avec les clefs de la forteresse et un char auquel une mule était attelée.

–Nous ne pouvons partir ni à pied ni à cheval dans ton état, expliqua Salès à Viana. J'ai garni le chariot de sacs de paille, tu y seras le moins mal qu'on puisse souhaiter. »

Viana hocha la tête et s'installa. Alors Salès et Astorg échangèrent de silencieux adieux. Le Baron donna à son capitaine une torche, referma derrière eux la porte puis héla les gardes pour leur proposer une partie de dés. Sans être dupes, ils jouèrent le jeu ; ainsi purent s'enfuir le seigneur de Capio et sa jeune fiancée.

Quand au matin, la fuite de Viana et Salès fut découverte, Flore exigea qu'on partît à leur recherche ; et Astorg du Tournel suggéra de chercher du côté de Capio, puisque c'était là la forteresse du capitaine. On espérait les attraper en route, parce que Capio était fort loin à l'ouest, en direction de Mimata, et on imaginait qu'ils cheminaient lentement. On imaginait beaucoup de choses en vérité, et tandis que Flore et le Baron se concertaient, personne ne partait à leur train. De même quand les ordres furent donnés, les gardes prirent tout leur temps pour préparer leur paquetage, graisser leurs chaussures et seller leurs montures.

La coutume était de chercher les amants en fuite, mais la coutume était aussi de ne les point trouver endéans trois jours complets. Le présage serait mauvais si on les trouvait avant ce jour, et la noce pourrait être annulée. Les soldats y voyaient donc une promenade plus qu'une réelle mission ; ce serait l'occasion pour eux de conter fleurette aux gueuses sur leur route, car ils commençaient à se lasser des donzelles du Tournel.

Pendant ce temps, la vie au château continuait ; les nobles avaient pour la plupart ajourné leur départ, pour être témoins de l'échange de vœux du prime vassal du Tournel et de sa mystérieuse épouse. Leurs gens étaient ainsi recrutés pour aider aux cuisines, aux écuries, aérer les paillasses et faire des miracles avec les dernières réserves du garde-manger du Tournel ; car personne n'avait anticipé cette noce et le banquet qui devait l'accompagner. Le précédent, celui de l'annonce des fiançailles du Baron et d'Odile de Grèzes, devait être le dernier avant la période de jeûne de la fin de l'hiver. Bien sûr, il n'y avait pas famine ; mais tous les mets les plus nobles étaient désormais rares : viande, fromage, miel, épices, poires séchées et les derniers choux de l'hiver. La meilleure farine avait déjà donné son pain ; les poules gardaient leurs œufs pour le printemps, le lait des brebis était moins abondant et on le réservait aux jeunes enfants.

« Applique le jeûne pendant trois jours, commanda Astorg à la maîtresse des cuisines.

Si le mot suffisait à lui seul, il préféra préciser la dureté de sa consigne :

–Ne cuisine que des pois et ne sers de seconde portion à personne. Un bol le matin, une tranche de pain le soir. Du bouillon sans gras pour ceux qui ont froid. Ainsi le veut le souffle. Salès ne voudrait pas que nous rompissions nos pratiques pour lui. Et pour leur retour, la viande qui nous reste pour la table haute, et pour les autres...

–J'vais bien trouver, mon sieur, des petites choses pour égayer tout ça. D'la purée de souris d'terre, des cardons, du brouet de cèpes au lard, des tiges de livèche confite, de la saugée... Mais ça vaudra pas un bon peu d'cochon rôti, si vous voulez mon avis.

–Merci, Fanì, mais je pense que ça ne plaira ni à Salès ni à Flore.

–Mais, eh sieur ! Et nous autres qu'on n'est pas du souffle-esprit, et vous-même...

Certains servants des cuisines tournaient la tête vers Fanì, et Astorg prit la maîtresse par l'épaule pour l'entraîner sur le pas de la porte.

–Il n'y a qu'une religion au Tournel et tu veilleras à l'appliquer pendant ces trois jours, ou je trouverai un autre pour occuper ta place. Tu nourriras à l'envi les enfants et les femmes grosses. Tu veilleras à ce que tous les autres, jeunes et vieux, hommes et femmes appliquent le jeûne. Pas d'exceptions.

–Et si l'sieur Arturus me mande un bon peu d'lard dans son gruau ?

–Pas avant le banquet, ni de lard, ni de châtaignes au miel, rien de plus que les autres. Après le banquet, chacun sera libre de continuer le jeûne jusqu'au printemps ou non.

Au Tournel, le Baron laissait à la maîtresse des cuisines la gestion des réserves de nourriture de la forteresse. C'était elle qui servait avec discernement les petites gens et les soldats, les nobles de passage et les enfants gourmands, jugeant qui méritait de manger quoi, fonction de son rang, de son métier et de sa santé. Astorg savait que Fanì ne servait pas du lard et des œufs à tout le monde tous les jours, même hors des temps de jeûne. Mais il aimait rappeler que chacun ne mangeait à sa faim ici que selon son bon vouloir à lui, qui possédait tout ce que les greniers et celliers de la Tour Nelle contenaient.

–Et votre dame qui aime ses eaux ? demanda la grosse femme.

–Sers-lui des tisanes et du bouillon. Ma mère elle-même respectait le jeûne de la fin de l'hiver, parce que ce n'est pas seulement un commandement du souffle-esprit, c'est aussi une pratique de bon sens. Regarde tes réserves et dis que je me trompe.

C'était son premier hiver en tant que seigneur des lieux, et la première fois qu'il devait imposer à ses gens de telles rigueurs ; d'ordinaire, seuls les dévots sincères du souffle-esprit pratiquaient le jeûne aussi sérieusement – une portion d'orge ou de pois et une tranche de pain, une fois par jour. Si le bout de l'hiver était marqué par un amaigrissement de la chère, elle restait d'ordinaire abondante pour toutes les faims. Tous ne mangeaient que des pois et du gruau, mais au moins en mangeaient-ils tant qu'ils voulaient ou presque. Mais avec tous les nobles et leurs suites de gardes et de servants qui s'établissaient durablement dans la forteresse, le Baron préférait être trop précautionneux que trop peu. Si par un improbable retournement de situation, la guerre se portait sous leurs murs, il faudrait avoir gardé de quoi tenir un siège ; si des routiers précoces ravageaient le bourg du Tournel en cette aube de printemps, pillant greniers et celliers, il faudrait également pourvoir à tous les corps et toutes les âmes qui trouveraient refuge dans la forteresse ; depuis dix ans qu'il faisait la guerre, Astorg du Tournel avait déjà été témoin d'événements bien pires. Non : il ne regrettait pas sa décision, seulement la vague de protestations qu'elle allait soulever.

La maîtresse des cuisines haussa les épaules et hocha la tête.

–Bien, mon sieur. Mais vous savez mon idée sur l'affaire.

–Je la sais, Fanì, et puisque tu en parles : tu es libre de dire à qui tu veux que tu pratiques une religion interdite, et cela m'est bien égal. Mais le jour où les Pictes te brûleront, tu regretteras peut-être de n'avoir pas gardé ta langue. Et si ce jour vient, je ne veux pas être à tes côtés sur le bûcher. Alors ne t'avise plus de me dire terreflammes en public.

Comme la maîtresse des cuisines ne disait rien et se contentait de croiser les bras devant lui en soutenant, muette, son regard, il ajouta :

–C'est tout ce que j'ai à dire. Retourne à tes fourneaux. »

Après trois jours complets à chercher Salès et Viana sur la route de Capio, le Baron suggéra de fouiller plutôt le Tournel du Val. De bon gré, les bourgeois de la ville ouvrirent leurs portes aux gardes ; on trouva les fugitifs chez le tisserand. Les gardes de Capio présentèrent à leur capitaine un destrier robuste. Il aida Viana à s'installer à l'avant, près du garrot, puis monta en selle. Ils retournèrent ainsi, en procession, à la forteresse du Tournel, sous un ciel gris de plomb.

La liesse qui les accueillit était redoublée de la faim qui tiraillait certains estomacs ; la promesse d'un banquet faisait piaffer les jeunes gens. Au seuil de la forteresse, Flore attendait, hiératique dans son surcot en bleu d'arroche. Le froid ne semblait pas l'atteindre.

Sans descendre de cheval, Salès dit :

« Voyez que l'amour triomphe et consentez au bonheur de vos enfants !

–Je regrette mon refus, répondit Flore d'une voix sonore. Je vois que l'amour triomphe et que mon enfant ne quittera pas vos bras. Aussi, prenez-la et puissiez-vous être Rois ! »

Alors on apporta des couronnes végétales, qui, en cette saison, n'étaient que feuillages robustes et branches nues, et les deux époux en furent couronnés. Ils descendirent de cheval et entrèrent ensemble dans l'aula magna, où ils ôtèrent leurs peaux de loup et leurs gants fourrés. Alors on vit se déployer la chevelure volumineuse de Viana sous sa couronne et son touret tout blanc ; et sa mentonnière blanche se confondait avec la pâleur de sa complexion. Sur une cotte blanche et neuve, elle portait une ceinture à banquelets d'argent et un surcot à profondes emmanchures, par lesquelles se voyait la ceinture. Ce surcot était d'un bleu de pastèl, bordé de galons rouges où des quintefeuilles de fils d'argent paraissaient paillettes d'or dans la lueur des braseros et des torches. Qui qu'elle eût été avant le rapt, Viana était désormais la dame de Capio, et il n'était plus question de douter de sa légitimité. À ses côtés, Salès lui-même semblait rajeuni. Sa calvitie disparaissait sous le feuillage de sa couronne. La saie rejetée sur son épaule était fourrée d'écureuil gris. Il portait une tunique assortie aux vêtements de son épouse, du même bleu bordé de rouge, et à sa ceinture de cuir pendait l'épée des sires de Capio. Son visage était confiant et digne.

Ils prirent place à la haute table, où ils furent rejoints par Astorg du Tournel, Odile de Grèzes, Flore, Elisa Montejoie, Arturus du Tournel et toute la suite des vassaux. Viana croisa le regard de la douairière dame Audrèa et lui adressa un signe de tête reconnaissant. Alors débutèrent les agapes et les chants.

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