Chào các bạn! Vì nhiều lý do từ nay Truyen2U chính thức đổi tên là Truyen247.Pro. Mong các bạn tiếp tục ủng hộ truy cập tên miền mới này nhé! Mãi yêu... ♥

43.

S'il y avait une chose que j'avais compris sur Elizabeth, c'était qu'il ne fallait pas la contrarier. Or, j'avais fait exactement ça. Maintenant, elle me faisait payer au centuple. En l'espace de quelques jours, elle avait fait naître un nouvel enfer.

Elle ne cessait de parler, de se moquer, de chanter et de hurler, sa voix braillarde résonnant dans ma tête à longueur de journée. J'étais incapable de tenir une conversation avec quiconque puisque, la plupart du temps, je ne parvenais pas à dissocier ce que la personne me disait des vagissements de la sorcière dans ma tête.

Le sommeil était devenu une denrée rare pour moi. J'avais dû supplier Louis de me donner les somnifères de Lila. Ils mettaient Elizabeth hors service pendant quelques heures et c'était le seul moyen pour moi de trouver un minimum de repos.

Carter s'inquiétait et cherchait un moyen de se débarrasser d'Elizabeth mais je savais qu'il n'en trouverait pas. C'était à moi de réussir à me souvenir de la façon de rompre la malédiction. Sans ça, je ne me débarrasserais pas d'Elizabeth. Elle faisait partie du lien.

La sorcière le savait aussi bien que moi et ça posait un autre problème. Elle formait un mur opaque et infranchissable entre moi et mes vies passées. Si je tentais d'effleurer le plus insignifiant des souvenirs de Lily, elle se mettait à hurler comme une sirène de pompiers, m'assourdissant, me donnant si mal à la tête que j'en avais les yeux qui pleuraient.

Elle avait même réussi à me faire m'évanouir, une fois. J'avais dévalé les escaliers dans un grand fracas et les ouvriers qui terminaient les finitions des rénovations avaient appelé une ambulance en catastrophe.

La sorcière avait trouvé cela des plus divertissants.

Me réveiller à l'hôpital avait soulevé de très mauvais souvenirs.

En dépit de l'agressivité d'Elizabeth, ce petit écrin de bonheur que j'avais ressenti dans les bras de Carter ne s'effilochait pas. Cela mettait la sorcière dans un état de rage incroyable. Les moments où j'étais avec Carter, j'étais capable de transformer les hurlements et les invectives d'Elizabeth en bruit de fond.

L'automne était arrivé et, avec lui, la pluie diluvienne sans fin que seul l'Oregon peut supporter. La forêt était épaisse et touffue comme jamais, verdoyante. Lorsque je sortais, le vent portait son parfum de sève et de mousse jusqu'à moi. Jamais encore elle ne m'avait parue aussi imposante et belle. J'avais envie d'aller m'y promener. Le froid et l'humidité permanents m'en empêchaient. Je savais que si je m'avisais d'aller faire une randonnée, ne serait-ce qu'une heure, je reviendrais avec une grippe ou une pneumonie.

Mes parents prirent l'habitude de passer tous les week-ends. Ils arrivaient le samedi matin, repartaient le dimanche en fin d'après-midi. Elizabeth avait été furieuse une semaine entière lorsque j'avais officiellement présenté Carter à mes parents. Je n'avais pas eu à le dire, ils avaient très bien compris que c'était mon petit ami.

Je ne savais toujours pas trop ce que j'en pensais. Rendre notre relation si officielle... J'étais encore assez mal à l'aise. Surtout avec ce que le futur nous réservait. Sûrement rien de bon.

J'avais imaginé tous les scénarios possibles. Si je parvenais à rompre la malédiction, Carter mourait-il directement ? Tomberait-il en poussière dès que son siècle et demi passé le rattraperait ? Vieillirait-il avant de mourir, comme n'importe quel être humain ?

J'en avais d'autres en tête mais ils paraissaient bien moins crédibles que ceux-là. J'espérais que Carter aurait le droit de terminer sa vie comme n'importe qui avant de mourir. Au demeurant, je me doutais que la malédiction aurait ses conséquences sur lui, même une fois brisée. J'ignorais juste lesquelles.

J'entendis la porte d'entrée s'ouvrir. Il n'y avait que deux personnes pour faire ça : Carter et Louis. Je savais déjà que c'était le premier qui venait me chercher pour aller en ville dîner. Je n'étais toujours pas très enthousiaste à l'idée de dîner dans le seul restaurant de Bloomingdale sous les yeux scrutateurs du reste de la ville.

Cependant, ce n'était pas un dîner que je pouvais refuser. Le directeur de l'école de St John's invitait tous les instituteurs et moi pour un dîner en l'honneur d'Holly et, par extension spéciale, de Lila.

Je n'avais pas envie un seul instant d'y participer. Déjà, à cause d'Elizabeth. Elle allait se faire une joie de crier les pires choses possibles toute la soirée. Une vraie sorcière.

Je m'observai une dernière fois dans le miroir. J'avais oublié ce que ça faisait de faire des efforts vestimentaires. Je ne reconnaissais plus. Mon reflet me paraissait étranger. La jeune femme blonde, pâle comme la mort, aux yeux noisette soulignés d'épais cernes ne pouvait pas être moi. Elle avait perdu des kilos, ses traits s'en étaient accentués. La jolie robe bleu saphir qu'elle portait n'était plus aussi serrée qu'elle l'était dans mon souvenir. Elle avait même tendance à flotter un peu trop.

Malgré tout, la fille dans le miroir demeurait plutôt jolie. Elle avait des cils de biche, un petit nez pointu de lutin, une petite bouche toute en courbes. La robe flattait juste ce qu'il fallait. Assortie de collants noirs et perchée dans des chaussures à talons, je soupirai. Mon reflet ne me convainquait pas du tout. Je ne me ressemblais plus.

- Yvana ?

Je tressaillis. J'avais oublié que Carter était déjà arrivé. Le léger trémolo inquiet dans sa voix me porta un coup au cœur. Je détestais ça.

- J'arrive ! répondis-je.

Je soupirai, jetai un dernier coup d'œil peu convaincu vers mon reflet avant de sortir de la salle de bains. Je faillis me tordre la cheville en remontant le couloir. J'avais perdu l'habitude de porter des chaussures à hauts talons. Malheureusement, je ne pouvais pas aller au restaurant en jean et baskets. J'aurais eu honte en sachant que les autres allaient se mettre sur leur trente-et-un.

La bouche de Carter s'ouvrit légèrement lorsque je descendis l'escalier. Je fis de mon mieux pour l'ignorer mais je me sentis rougir.

- Tu es magnifique, souffla-t-il.

- M-Merci.

Il m'offrit un sourire et me tendit mon manteau. Il m'aida à l'enfiler, glissa mon bras sous le sien pour m'accompagner jusqu'à sa voiture. Le trajet fut calme, à peine perturbé par les rares phrases que nous énonçâmes. Ni lui ni moi n'avions envie d'aller à ce dîner mais nous n'avions pas le choix. Nous ne pouvions pas faire cet affront au directeur.

Lorsque nous arrivâmes au restaurant, je repérai la voiture du directeur, celle de Ginny et celle des deux sœurs. Il manquait encore Andrew. À moins qu'il soit venu avec quelqu'un.

Mona nous accueillit avec un immense sourire. Je serrai la main de Carter, luttant contre les moqueries d'Elizabeth qui résonnaient dans mon crâne.

Elle n'est même pas vraiment blonde ! Aucune blonde naturelle ne peut avoir des yeux verts pareils. En plus, on voit ses racines. Elle ferait mieux faire un tour chez le coiffeur, celle-là.

Je me forçai à sourire alors que Mona nous menait à la table où nos collègues étaient déjà tous réunis.

Tu vas t'éclater, dis donc ! Un dîner avec des idiotes et des vieux ! Quelle fiesta !

Elle se mit à chanter – faux – et je parvins à peine à répondre aux salutations de Ginny. Je frémis lorsque Mona glissa des menus pour moi et Carter entre nous. Je ne l'avais pas vue approcher. J'étais trop tendue. Il fallait que je me calme et que je cesse d'écouter les braiments bovins d'Elizabeth qui tentait de chanter une chanson de son époque.

Je me cachai derrière mon menu, tentant de me recomposer une façade ouverte et joyeuse. Je ne tenais pas à ce que les autres se doutent de quelques chose. Qu'ils posent des questions.

Vas-y, cache-toi, mauviette !

Je m'entendis grincer des dents. Carter me jeta un rapide regard, surpris. Je lui avais fait croire que je parvenais à supporter Elizabeth désormais, que je m'étais habituée à elle. C'était un demi-mensonge. Par moments, je pouvais l'ignorer. À d'autres, elle était purement insupportable.

Je n'eus pas à passer commande. Mona m'avait donné le menu uniquement pour la forme. Elle comme moi savions parfaitement que le chef n'avait qu'un plat végétarien qu'il avait confectionné exprès pour moi à mon arrivée. Les autres ne se privèrent pas pour piocher dans les plats du menu, chacun dévoilant des goûts culinaires plus ou moins inattendus.

Je ne suivis pas vraiment les conversations. Carter non plus. Nous sentions que les autres étaient embarrassés, qu'ils hésitaient face à certains sujets. Ils ne savaient pas comment gérer ce qui était arrivé. Nous avions tour à tour été suspects, assassins et victimes. Ils étaient déboussolés.

Et ils ignoraient les trois quarts de ce qu'il s'était passé.

Depuis que j'étais retournée travailler, je n'avais pas manqué de voir les regards empreints de pitié et d'inquiétude. Judith se méfiait, Ginny pensait que j'allais m'effondrer d'un instant à l'autre. J'avais l'impression d'être un monstre.

Nos plats finirent par arriver et je fus grandement déçue de ce que je reçus. Une salade avec quelques tomates, du maïs, un peu de fromage et des croûtons de pain si durs que je faillis me casser une dent dessus. Elle n'était pour ainsi dire pas assaisonnée à part pour un filet de jus de citron acide qui me rogna la gorge.

Je repoussai mon assiette après quelques bouchées que je me suis forcée à avaler. Je jetai un œil vers Carter qui considérait son assiette avec un air si abasourdi que j'eus un léger sourire. On aurait dit un enfant qui s'attendait à avoir un gâteau et qui finissait avec une carotte.

Et c'était à peu près ce qu'il avait eu. Au lieu du filet mignon qu'il avait demandé, il avait un bout de viande minuscule, trop cuit, baignant dans une sauce grumeleuse, ses légumes jetés au milieu de la purée avec un je-m'en-foutisme latent.

Il leva ses beaux yeux bleus vers moi, une tristesse immense dans l'éclat de ses prunelles. Je saisis sa main après qu'il eut reposé ses couverts et repoussé son assiette. Je sentais sa déception et sa colère comme un parfum dont il aurait abusé. Je voulais partir. J'avais fait des efforts, j'avais accepté de venir avec lui alors que j'aurais préféré rester seule chez moi. Et nous recevions le pire des traitements. Je n'avais même pas l'envie ni la force de me mettre en colère.

- Wouah, vos plats ont l'air absolument dégoûtants ! s'exclama Andrew en voyant que nous ne mangions pas.

Michelle regarda sa propre assiette, si différente de celle de Carter alors qu'elles auraient dû être les mêmes. Elle leva le bras, attirant l'attention de Mona.

- Oui ?

- Je peux savoir ce qui arrive à George pour servir un tel tas d'immondices ? tonna-t-elle, plus outrée que nous. Renvoie ça en cuisine et dis-lui de les refaire correctement ou je vais aller lui botter les fesses si fort qu'il ne saura plus s'asseoir pendant deux mois !

J'ouvris la bouche pour dire à Mona que je n'avais plus fin mais Carter secoua légèrement la tête, m'intimant l'ordre de me taire. Pour lui, je ne dis rien. Il devait encore avoir faim et il ne voulait pas faire d'histoires. Soit. Je doutais toutefois de manger quoi que ce fut.

Je m'excusai et me levai pour me réfugier dans les toilettes.

Monstre, monstre, monstre de foire ! Regarde-toi, tu vas voir ! chantonnait joyeusement Elizabeth. Monstre, monstre, monstre de foire ! Dis à ta vie au revoir !

Je me mis à tousser violemment. Tout mon corps fut secoué de puissantes quintes de toux. Ma trachée s'enflamma alors que de la bile remontait. Je la crachai dans l'évier.

Ce n'était pas de la bile.

C'était du sang.



Bạn đang đọc truyện trên: Truyen247.Pro