Depuis ce fameux pari, cinq mois s'étaient écoulés. Le froid de Décembre 1999, avait laissé place à un magnifique soleil de Mai de l'an 2000. C'était d'ailleurs pour cette raison que Cecily, qui rêvassait dans les couloirs du collège, avait délaissé son blazer d'uniforme pour n'être qu'en chemise blanche et cravate.
- Hey, Cecily, appela Keira. L'interpelée fit volte-face et vit son amie, s'approcher d'elle une éponge à la main.
- Qu'est-ce que tu fais ? Demanda Cecily, un sourire distrait aux lèvres.
- Avec Hugo et Max, on est en train de nettoyer la salle d'Anglais. Tu n'imagines pas combien de chewing-gum séchés on a pu retrouver sous les tables ! C'est vraiment dégoûtant. Cecily esquissa une grimace.
- Bref... soupira Keira, je vais chercher du produit désinfectant au débarras, tu m'accompagnes ?
- Ça sera un plaisir ! Moi aussi je dois chercher un truc de toute façon. Bras dessus, bras dessous, les deux amies se dirigèrent vers le local situé à côté de la salle d'art, à l'autre bout de l'école. Si à cet instant, elles parcouraient les couloirs déserts du collège Saint-Paul en quête de produits ménagers, c'était pour expier leur faute, comme le ferait un détenu. Leur histoire de pari et d'altercation policière avait en effet fait le plaisir des petits journaux de Birmingham qui s'étaient vivement emparés de l'affaire et les avaient mis en première page. C'était donc une évidence que la directrice fusse tombée sur ces malheureuses informations, qui compromettaient la réputation de son établissement. À la rentrée, la directrice les avait donc tous convoqués dans son bureau. Pour la peine, ils devraient rester tous les soirs jusqu'à la fin de l'année, pour remplacer la femme de ménage qui était partie en congé maternité. Ce fut un véritable choc. Au début de leur punition, les garçons et les filles s'évitaient comme la peste. En plus des regards noirs qu'ils se jetaient à chaque détours de couloirs, une tension insoutenable régnait constamment entre eux. Tout était sujet à la discorde: de la répartition des tâches, aux balais à se partager, en passant par la corvée des poubelles, absolument rien n'allait ! Cependant, il fallait bien coopérer, s'entraider. Alors, le temps fit sa part des choses: les tons secs qu'ils employaient se transformèrent en chaleureuses discussions, des sourires réapparurent sur les visages autrefois fermés, et des rires résonnèrent dans les différents bâtiments. Mais il y'a avait encore deux exceptions à la règle: Cecily Hockwood et Lucas Mc Millan, qui persistaient dans leur rancoeur...
- On est arrivé, lança Keira en poussant la porte. Cecily s'engouffra à son tour dans le débarras, puis s'aventura au fond de l'étroite pièce, parsemée d'innombrables toiles d'araignées. La jeune fille esquissa un mince sourire en prenant son produit à vitre. Il y avait maintenant plus de trois semaines, que ses amies et ceux de Lucas les avaient enfermés d'un commun accord dans le débarras. Si les deux ennemis refusaient de faire la paix, ils resteraient enfermés jusqu'à nouvel ordre ! Au départ, aucun d'entre eux ne voulait perdre sa dignité, mais plus les heures passaient, plus ils commencèrent à revoir leur décision.
« - Pardon, avait marmonné Lucas dans la pénombre de la pièce. Je n'aurais jamais dû soudoyé nos camarades de primaire pour qu'il m'élise délégué à ta place.
- Ne t'inquiète pas, lui avait répondu Cecily, j'ai aussi mes tords...
- En plus ces Percy Pig m'ont couté une blinde, avait rajouté Lucas, pensif. Cecily s'était mise à pouffer.
- C'est pas drôle, Hockwood. J'ai perdu beaucoup d'argent après ça. C'était l'investissement d'une vie ! Le rire de la jeune fille s'était intensifié.
- Pourquoi t'as fait ça, alors ? Un lourd silence s'était soudainement abattu entre les deux adolescents.
- Parce que... Parce que j'étais jaloux...
- Quoi !? Mais... comment ? Tu n'as rien à m'envié.
- Si, justement. Cecily l'avait interrogé du regard.
- Tu étais... intelligente, aimé des profs et des gens. Tu avais aussi une meilleure amie qui te soutenais à chaque épreuve. Surtout pendant celle de la mort de ton père... Cecily avait baissé les yeux à l'évocation de ce dernier. Elle avait eu une certaine compassion envers Lucas: elle n'avait jamais réfléchi à ce qu'il pouvait ressentir.
- Mais, par dessus tout, j'étais... amoureux de toi. Cecily avait été choqué par cet aveux. Tellement qu'elle n'était plus parvenue à prononcer un seul mot.
- Eh Hockwood, avait-il bafouillé dans la précipitation. J'ai dit j'étais. Je ne suis plus amoureux de toi, maintenant ! En plus tu m'avais foutu un de ces râteaux. Cecily avait enfin repris ces esprits.
- Je... Je suis désolée, Lucas. Je ne m'en souviens pas du tout ! Je pense que j'étais trop perturbée par la mort de mon père et de tout ce qui gravitait autour. Je suis désolée si je t'ai blessé, ce n'était pas intentionnel... Un silence extrêmement gênant s'était installé. Lucas avait alors tendu la main.
- On signe une trêve ? Cecily avait regardé sa main qui lui était à présent ouverte. Elle l'avait alors saisi, l'émotion la submergeant.
- Volontiers. La guerre a assez duré... »
Ces aveux touchants et ces souhaits de paix étaient restés entre eux. Dorénavant, ils traînaient tous les deux sans aucune amertume, et s'étaient même trouvé des similarités, pour le plus grand bonheur du groupe qui avait officiellement fusionné ! Sous les regards choqués des autres collégiens et des professeurs, ils se réunissaient pour manger ensemble à midi et, parfois, sortaient le soir pour regarder un film au cinéma ou se poser dans un parc. Il arrivait parfois que Priya, Alice et Abigail les rejoignaient.
- Tu viens Cecily, lui lança Kiera depuis l'embrasure de la porte.
- Oui, j'arrive, s'excusa t'elle en sortant. Merci. Keira hocha la tête, puis claqua la porte du débarras. Cecily raccompagna son amie jusqu'à la salle d'Anglais d'où s'échappait les rires des garçons. Intriguées, elles s'avancèrent vers la pièce en question: Max dessinait une caricature parfaite de Monsieur Gardiner, le professeur de littérature anglaise, sur le tableau noir.
- J'avais tout nettoyer, vous êtes sérieux les gars !? S'écria Keira en pénétrant telle une furie dans la salle.
- Mais regarde, s'extasia Hugo, il a fait de l'art ! Notre cher Max est un artiste. Oh, salut Cecily !Hugo fit un signe de main à cette dernière qui le lui rendit chaleureusement. Cecily jeta un regard au chef d'œuvre. Les moustaches de monsieur Gardiner étaient démesurées, comme son monocle, d'ailleurs. La jeune fille retint de justesse un fou rire.
- Je crois... que... je vais vous laisser, s'éclipsa Cecily en se mordant la lèvre. L'adolescente déguerpit le plus rapidement possible, avec en sourdine les protestations de Keira. Elle grimpa alors au deuxième étage, où elle croisa June et Lynn en train de piailler.
- Oh, Cecily ! Dit June. Tu ne devineras jamais ce qu'on a fait. L'intéressée les regarda à la fois curieuse et apeurée.
- Quoi ?
- On a laissé seuls Ella et Ethan ! Crièrent June et Lynn en cœur.
- Et alors ?
- Tu... ne le sais pas... chuchota June.
- Je ne sais pas quoi ? Lynn entraina Cecily près de la fenêtre ouverte. La jeune fille vit sa meilleure amie en compagnie de Ethan, en train de balayer la cours intérieure. Cecily remarqua que leur bouche bougeaient, signe qu'ils parlaient.
- Ils s'aiment, Cecily. La jeune fille se retourna vers Lynn, ahurie. June, quant à elle fit oui de la tête.
- Et ce depuis le début, ajouta cette dernière.
- On dirait un Roméo et Juliette, mais avec une fin heureuse... rêva Lynn en s'accoudant sur la rambarde de la fenêtre. Oh, ils vont s'embrasser ! Les trois filles se penchèrent, avides de savoir ce qu'il allait se passer par la suite: Ethan avait courageusement enlacé sa bien aimée et s'était emparé de ses lèvres. Ella répondit au baiser avec la même passion. Cecily se sentit soudain mal à l'aise: elle assistait à une scène intime où elle n'avait absolument pas sa place. Elle posa alors une main sur les épaules respectives de Lynn et June, puis leur chuchota:
- Laissons les, les filles, c'est leur moment. Les trois amies délaissèrent la fenêtre, déçues mais compréhensives. Après quelques minutes de discussion, Cecily reprit son ascension vers le dernier étage. La jeune fille traversa le couloir entier avant de s'arrêter devant la salle de musique. Elle ouvrit la porte, puis tomba sur Lucas qui était en train de frotter ardemment les vitres, les manches relevées. Le soleil du soir inondait toute la salle de musique. Cecily l'observa un instant à la dérobée avant de s'avancer dans sa direction.
- Te voilà enfin, Cecily, j'ai cru que tu m'avais abandonné, lui reprocha t'il.
- Moi ? Jamais. Sache que je ne suis pas comme ça. Lucas sourit.
- Bon on s'y remet ?
- Malheureusement, oui... Tous deux se mirent à laver les fenêtres de la salle de musique en contemplant le merveilleux crépuscule qui se couchait peu à peu sur la ville de Birmingham.
Maintenant, tout le monde pouvait avancer vers un nouveau futur rempli de bonheur et d'espérance, parce que chaque hache de guerre, aussi grosse soit elle, sera forcément anéanti par un pardon et une réconciliation sincère...
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