Chapitre 3
Juste pour vous faire plaisir, voici un deuxième chapitre pour aujourd'hui...
Je suis abattue. L'homme, Awen, me remercie en me prenant dans ses bras. Mais je suis prise d'un sentiment affreux de désespoir. Le nouveau-né n'a pas survécu. Il n'a même pas poussé son premier cri. À peine était-il dans notre monde qu'il était déjà reparti dans l'haut-delà. Je regarde ce jeune couple qui ne fait pas attention au corps inerte aux pieds du lit. Ne supportant cette vue, je prends le drap du lit de la dame et recouvre le corps du bébé décédé.
Suis-je là seule à être peinée ?
J'ai l'impression d'avoir failli à mon métier, même si je ne l'exerce pas de la même manière, le final reste le même. Je prends peur en me demandant comment je vais faire pour mon accouchement. Je ne suis pas chez moi. Rien autour de moi n'est normal.
– Pourquoi n'êtes-vous pas triste ? Je ne comprends pas... Tenté-je de leur dire.
Ils stoppent leurs mouvements et dirigent leur attention sur ma personne. Encore ce même regard. Est-ce que c'est moi qui ne suis pas normal ?
– Vous avez sauvé ma femme, et l'avez enlevé des bras de la mort qui l'attendait, commence Awen. Elle ne serait plus là sans vous. Et je vous en serais éternellement reconnaissant.
– Mais... Et le bébé ? Complété-je, toujours dans l'incompréhension de cette situation qui se déroule devant mes yeux.
Awen tourne, suite à ma réplique, son regard vers sa femme qui reprend des couleurs. J'ai le sentiment qu'il se comprend, qu'ils savent tous deux la réponse à ma question.
– Nous le savions, ils ont tous le même destin, argumente la femme, prenant la parole pour la première fois.
J'ai déjà entendu cette phrase, mais je ne me souviens plus quand. Tellement d'évènements sont arrivés en même temps, que je perds mes repères. J'ai besoin d'air, de reprendre mes émotions en mains.
Tout dérape. Même les choses que je pense contrôlées m'échappent des mains. Je me dirige tel un robot vers la sortie de leur maison, me retrouvant dans la petite ruelle du début. Je marche, où je ne sais pas. Après tout je ne connais rien de cet endroit, de cette ville ou même de ce pays si c'en est un !
Je traine les pieds, fixant le sol et divagant dans mes pensées. Je n'ai envie que d'une seule chose : m'écrouler et pleurer mes peines. Je deviens folle. C'est la seule solution. Je perds complètement la boule.
Je suis désolé mon bébé, tu n'es pas encore là que déjà je suis nulle.
Sans m'en rendre compte, mes pas m'ont mené face à cette fontaine. Pour moi elle est maintenant plus la fontaine maudite que celle du coup de foudre. J'aimerais tellement revenir en arrière et ne pas venir devant elle. Ni dans la ville. Ni dans le pays. Pourquoi faire ça ? Malgré moi je connais la réponse. Pour retrouver une partie de ma grand-mère. Mais la seule chose que je garderai d'elle sera mes souvenirs. Tout plein de petites choses qui resteront dans ma mémoire. Par exemple le fait qu'elle me faisait tout le temps un bisou sur le front pour me souhaiter bonne nuit plus jeune. Je me souviens aussi qu'elle adorait aller faire des promenades en automne. Que des petits détails qui me redonnent le sourire dans ce moment d'angoisse.
Si cette fontaine réalise vraiment les vœux, alors je vous en supplie : aidez-moi.
– Eh vous ! hurle un homme un peu plus loin.
Des bruits de sabots claquant sur le sol retentissent. Oubliant que je suis recherchée, je me retourne pour voir ce qu'il se passe. Stupide oui je sais. En apercevant ces yeux gris étincelants de colère, je me pétrifie.
C'est ça ton aide fontaine idiote ?
Puis, mes yeux sortent de mes orbites, horrifiés par ce que je crois voir. Cet homme. Je l'ai déjà vu. Et je sais exactement où. À la clinique. C'est l'homme que j'ai choisi pour avoir mon bébé.
Je titube de quelque pas vers l'arrière, désorientée. Le rebord de la fontaine me percute et je perds l'équilibre. L'homme me rattrape avant que mon derrière ne touche l'eau à une vitesse hallucinante. Me serrant fort le bras, il me tire vers son cheval sans un mot de plus. Ne voulant absolument pas le suivre, j'essaie de me dégager de son emprise. Je suis peut-être folle, mais j'ai encore une infime partie de mon cerveau qui est lucide et qui m'envoie des messages d'alerte.
– Mais qui êtes-vous à la fin ? Et lâchez-moi ! Crié-je en m'agitant de plus en plus.
Mon comportement et surtout ma voix attirent l'attention de la population présente sur la place de plus en plus. L'homme ne prend pas en compte ma demande et m'entraine de plus en plus vers son cheval. Je regarde les passants à tour de rôle espérant que quelqu'un m'aide en vain. Jusqu'à que j'aperçoive au loin le fameux Awen de tout à l'heure. Je le supplie du regard de me venir en aide. Ce dernier accourt vers moi sans perdre une seconde, arrivant dans le dos de l'homme mystérieux que me broie le bras.
– Que lui voulez-vous ? Commence Awen en tirant le bras de l'homme.
Il le retire instantanément lorsqu'il aperçoit le regard furieux qui lui fait maintenant face.
– Oh... Excusez-moi mon Seigneur, s'efface Awen.
Seigneur ? C'est quoi ce délire encore ?
– La connaissez-vous ? crache-t-il, ouvrant enfin la bouche pour répondre à la question, qui n'est bien évidemment pas la mienne.
Je vois dans les yeux d'Awen, lorsqu'il tourne son attention sur moi, qu'il hésite sur sa réponse. Et je le comprends, personne ne voudrait affronter l'homme qui me menace.
– E-Elle a aidé ma femme... dit-il d'une petite voix. Elle était en train d'accoucher, mais... Elle l'a sauvée mon Seigneur.
Les yeux de l'inconnu montrent son étonnement. Dans la seconde d'après, il me fusille du regard. Redoublant de force, il me tourne dos à lui et attrape mon deuxième bras, l'attachant avec je ne sais quoi avec le premier. En quelques secondes, je me retrouve assise sur son cheval, lui se plaçant juste derrière moi.
Il grogne un son en direction de son cheval pour qu'il revienne à l'endroit initial. J'aurai bien sauté tout de même de cet animal, mais je sais que je risque de me faire plus de mal inutilement qu'autre chose. Et puis étant enceinte, je ne suis pas folle au point de mettre la vie de mon futur bout de chou en danger. De toute manière, on me tient tellement fort les mains que je ne pourrai rien faire pour m'en débarrasser.
Au bout de deux-trois minutes de marche à dos de cheval, l'inconnu relâche un peu sa prise avant de l'enlever complètement. Tout ça pour pouvoir, à mon plus grand malheur, me bander les yeux.
– Il serait fâcheux que vous vous souveniez du chemin pour de nouveau vous enfuir, chuchote-t-il non loin de mon oreille.
La peur m'envahit encore quand je reconnais enfin cette voix. Celle de l'homme lorsque j'étais enfermée injustement. Et si j'ai bien tout compris, il est le Seigneur de cette terre.
– Si vous croyez que c'est ce qui va m'arrêter, vous vous trompez fortement, craché-je avec une voix que je veux remplie de dégout afin de cacher ma peur.
En réalité, je ne sais même pas comment j'ai atterri dans le village. La chance surement, même si je ne disais pas que je suis chanceuse pour le moment.
Pour toute réponse, il resserre sa prise sur mes mains derrière mon dos, pour appuyer l'emprise qu'il a sur moi et ma vulnérabilité. Et franchement, je pense pareil, mais je ne vais pas le lui montrer. Autant garder la fierté qu'il me reste.
Le chemin me semble interminable. La partie à cheval autant que la suite à pied dans le – je suppose – château de ce Seigneur de pacotille. Le chemin se termine lorsque l'homme me retient le bras, pour stopper ma marche. Il m'enlève le bandeau qui obstruait ma vue, puis détache le lien trop serré de mes poignets. À mon grand étonnement, je suis dans la chambre du début, celle où j'ai trouvé mes habits.
– J'ai cru comprendre que vous aviez jeté votre dévolu sur cette chambre.
Pourquoi est-ce que je ne suis plus dans la cellule du sous-sol ? Pas que je souhaite y retourner, mais je ne sais pas le but de ce revirement de situation.
– Vous êtes au courant de tout à ce que je vois... murmuré-je plus pour moi-même que pour lui.
– Je suis le maître de ces lieux. Tout fini par venir à mes oreilles, sachez-le, insiste-t-il d'un ton sévère.
Sans me laisser le temps de rétorquer quoi que ce soit, ou bien même de me retourner pour lui lancer une réplique sanglante, je l'entends partir, ouvrir la porte avant de la claquer fortement et de la verrouiller. À double tour. S'il croit que je pense à passer seulement par les portes, il se fourre le doigt dans l'œil le petit. D'un pas déterminé, je tente d'ouvrir les immenses fenêtres qu'arborent la chambre et les autres pièces jointes à celle-ci. Il a surement prévu le coup et anticipé mes gestes : elles sont fermées elles aussi. J'ai peut-être changé d'endroit, mais le résultat est le exactement le même. Je suis enfermée dans une cage, dorée et possiblement confortable certes, mais une cage tout de même.
Une fois l'adrénaline de la journée retombée, je suis assaillie par la fatigue. Il fait encore jour dehors, mais les rayons de soleil ne sont plus aussi puissants et aveuglants qu'en pleine journée. Il faut que je me repose, et par la même occasion, que je reprenne des forces. Je ne vais pas tenir longtemps si je continue sur cette voie là. Il va falloir que je me batte pour survivre à cette situation. Pour moi et pour mon bébé. L'épuisement coupe court à mes réflexions et m'emmène là où ce cauchemar maudit n'existe pas...
En ouvrant l'œil, je me sens revigorée. Mais mon ventre me rappelle que je n'ai rien avalé depuis un bon moment déjà, lorsque je l'entends gronder pendant quelques secondes interminables. Et ne parlons pas de la sécheresse de ma gorge. J'ai l'impression que même le Sahara est plus humide à cet instant. Je prends le temps de m'étirer et de lâcher un souffle de plénitude, contrastant avec la journée désastreuse d'hier. Le lit est vraiment douillet...
– Allez debout ! me dis-je à moi-même.
Jetant un regard dans toute la pièce pour vérifier qu'il n'y a aucun danger, je vois un plateau rempli de nourriture posé sur la table basse présente entre les deux fauteuils, non loin de la porte d'entrée. Mes narines me confirment, avec la délicieuse odeur que je sens, le festin qui m'attend. En m'approchant du plateau, j'hésite un court instant. Pourquoi – après le calvaire que l'on m'a fait subir hier – m'offre-t-on ces plats appétissants ? Essaye-t-il de m'empoisonner ?
Je suis mon instinct qui me dit que si les hommes présents ici voulaient ma mort, elles seraient allées droit au but. Et puis je ne suis personne. Avec une légère boule au ventre, j'attrape le premier plat en face de moi et m'installe sur l'un des deux fauteuils. Ce met à la forme d'une brioche ronde, mais lorsque mes dents croquent dedans, je suis agréablement surprise. Au centre de cette boule de brioche se trouve un mélange d'épices qui ravit mes papilles et mon estomac. J'ai envie de pousser un son d'extase tellement cela fait du bien de manger quelque chose, mais me retient, in extremis. Tous les autres mets présents devant mes yeux y passent. Repu, je me relève, mais je suis vite stoppé par une nausée qui menace de tomber sur le sol propre de la chambre. Dans la précipitation, je prends un vase contenant des fleurs violettes. Je les jette au sol et y déverse tout le délicieux repas que je viens d'ingurgiter. Quel gâchis.
Je tente de trouver une salle de bain ou autre endroit présentant de l'eau pour me rincer un peu. Je tombe sur une pièce ouverte, encore une fois – tout n'est qu'une grande pièce sans fermeture pour l'intimité ici – qui je présume correspond à ce que je cherche.
La pièce est grande. En son centre se trouve une sorte de bassin rempli d'un liquide blanc. Un bain géant ? Possible, plus rien ne m'étonne. M'enlevant la robe sale de ma journée d'hier et avec laquelle j'ai dormi, je me dirige vers l'eau. Avant d'y arriver, je remarque le grand miroir qui prend la majeure partie du mur à droite du bain. Et une joie immense s'empare de moi lorsque je remarque la bosse divulguant ma grossesse. Cela va être de plus en plus dur de cacher ma grossesse. J'ai la sensation que c'est un danger de dire que je porte la vie. Je rentre enfin dans ce bain. Etonner, je lâche un soupir de béatitude quand je sens que l'eau est pile à la bonne température. Comment cela est possible ? Ne pensant plus aux milliers de questions que je me pose, je patauge et me détends. Tous ces évènements m'ont fait perdre l'idée que j'étais enceinte et qu'étant seulement au tout début de ma grossesse, je dois faire attention à mes actions. J'espère que d'avoir été sur le cheval hier ne sera pas un danger avec des conséquences. Ou même le fait que je n'ai pas mangé avant maintenant. Bon même s'il ne me reste plus grand-chose dans le ventre à l'heure qu'il est...
Une jeune fille arrive devant mes yeux et me fait plonger jusqu'à mon coup mon corps sous cette eau blanche opaque. Sa tenue est différente des femmes à l'extérieure que j'ai pu apercevoir. Elle porte une robe simple blanc cassé lui arrivant aux chevilles et recouvrant la majeure partie de ces bras. Je tente en vain de cacher mon corps. Elle semble d'ailleurs amusée de ma réaction.
– Je viens vous préparer ma Dame.
– Me préparer ? Répété-je, contente d'avoir une possibilité de sortir de cette cage dorée.
– Oui, ma Dame, pour le repas du milieu de journée.
Elle doit parler du déjeuner. Rien qu'a l'idée de manger, mon estomac refait des bons dans mon ventre, prêt à avaler de nouveau des plats aussi succulents les uns que les autres. Regardant autour de moi à la recherche d'une quelconque serviette pour m'essuyer, la jeune fille me devance et m'attendent dans un coin du bassin les bras ouverts pour que je m'enroule dans le géant et doux drap de bain qu'elle a pris.
Pudique, mais tout de même affamée, je sors doucement de l'eau en cachant mes parties intimes au mieux. De plus, je ne sais pas comment masquer le ventre rond qui commence à se former. Voyant mes troubles, la jeune fille à la gentillesse de tourner la tête dans une autre direction. Un faible « merci » suffit avant que je sois emmitouflée sous cette énorme serviette extrêmement soyeuse.
Lorsqu'elle essaie de me coiffer les cheveux, après avoir enfilé une nouvelle robe, de couleur bleu nuit, je l'arrête :
– J'aimerais laisser mes cheveux libres, Mademoiselle.
– Mais mon Seigneur Bryden aime quand ils sont relevés. Et appeler moi Line s'il vous plait ma Dame.
– Je me fiche de ce que ce Bryden pense, moi je n'aime pas. Je ne choisis plus rien, laissez- moi au moins cela Line, la supplié-je en me mettant face à elle pour que mes paroles est plus de poids.
Celle-ci finit par céder et me demande de la suivre à travers divers couloirs. L'envie de lui faire faux bond me passe à l'esprit. Je suis vite ralenti dans mon idée lorsque je constate que deux gardes habillés de noir nous suivent à la trace à seulement cinq pas derrière nous. Ce cher Bryden a pris des précautions à ce que je constate.
Avant d'ouvrir la porte, j'arrête Line en lui attrapant le bras. M'approchant de son oreille pour que personne ne nous entende, je suis chuchote quelques mots :
– Ce que vous avez vu tout à l'heure, vous savez... dis-je en baissant mon regard sur mon ventre. Je sais que vous l'avez vu, mais j'aimerais que cela reste entre nous, s'il vous plait.
– Tout ce que vous voudrez, ma Dame, réplique Line en ajoutant une courbette et en baissant la tête.
C'est sans enthousiasme et étonnement, que je rentre dans une grande salle ou trône une immense table en son centre, avec a son extrémité Bryden assis sagement. Sans un regard, je m'assois là où une place est mise avec des couverts, à sa gauche. Malheureusement. Attrapant ce qui me plait sur la table, j'ignore l'homme à côté de moi.
– Manquez-vous à ce point d'éducation ?
Je sens son regard braqué sur ma personne, mais m'efforce de ne pas y prêter attention et de croquer dans une patate pour toute réponse. Au vu de mon éducation, pourquoi répondre ?
Une voix féminine résonne en fond et manque de me faire recracher mon légume dans mon assiette lorsque je la reconnais.
– Je vois que vous ne m'avez pas attendu mon enfant !
Je n'ai pas besoin de me retourner pour savoir que la vieille dame qui m'a intimé de faire un vœu devant la fontaine est ici, dans cette pièce. Une rage folle s'empare de moi. Tout est de sa faute.
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