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Chapitre 42 - Sans conséquence

L'après-midi était bien avancée, et Lizzie luttait contre la douleur qui tenaillait son dos depuis plusieurs heures. Elle avait l'impression que sa colonne vertébrale allait se rompre d'un instant à l'autre, et que seul son corset l'empêchait de se disloquer. Elle avait froid, et la chaleur de l'âtre ne parvenait pas à la réchauffer.

Voilà un mois que Lizzie s'était détournée du navire qui devait la ramener en Ardrasie. Il ne s'était pas écoulé un jour sans qu'une souffrance ne tiraille son omoplate, parfois douce, parfois cruelle. Jan et elle ne se parlait plus. Le jeune homme attendait qu'elle se décide enfin à le tuer, elle le savait. Et ce funeste destin planait entre eux, comme une ombre gigantesque, se dressait entre eux tel un précipice sans fond. Elle voyait les cernes qui mangeait ses yeux ; et il voyait les siens. Il ne parvenait pas à s'endormir, hanté par l'idée de sa mort prochaine, tremblant de la peur qui le rongeait. Tout comme Lizzie.

Lorsque la veille Clervie avait émit le souhait de les inviter chez elle, Jan avait accepté avec empressement. Il fallait donner le change ; et elle ne se risquerait pas à l'abattre en public. Mais Lizzie était aussi dans l'incertitude que lui. Et elle ne pouvait le lui avouer. Elle ne pouvait prétendre connaître Jan, mais elle savait qu'il n'accepterait pas ce qu'elle faisait s'il l'apprenait. S'il apprenait qu'elle supportait les foudres de Mercyng pour lui.

— La situation semble plus calme, désormais. Plus de ces meurtres affreux. J'avoue avoir eu tellement peur pour Brenn. Et pour vous aussi, Jan.

Lizzie tressaillit. Sa marque la brûlait et elle luttait pour conserver un visage neutre.

Mais Jan, lui, afficha un sourire poli. Seul la crispation de sa main sur la tasse de thé qu'il tenait le trahit – si infime que Lizzie fut la seule à le remarquer.

— Pour moi, vraiment ?

— Eh bien, il y a eu ce commerçant, au début. J'ai eu peur que le responsable ne s'attaque à d'autres hommes de la profession.

— Le responsable ? Pour vous, il n'y aurait donc qu'un seul coupable ?

— Si plus d'un seul individu commettait ces atrocités, il y aurait lieu de s'inquiéter pour Fort-Rijkdom. Je ne pense pas que ce pauvre valet ait réellement été responsable. Mais il fallait un coupable.

Lizzie sentit la nausée l'envahir. Son esprit avait fabriqué ses propres images de ce jour affreux où le jeune homme avait fini au bout d'une corde. Elle imaginait son visage bleui. Et ces images jouaient dans sa tête, encore, et encore.

— Et qui, selon vous, serait responsable ? s'enquit Jan. Un royaume ?

Lizzie serra les dents. Il jouait avec elle.

— Eh bien, poursuivit Clervie, je ne me risquerais pas à formuler une hypothèse, mais... Qu'as-tu, Lizzie ?

— Je... je ne me sens pas très bien.

Son dos était en feu, désormais.

Un vertige s'empara d'elle, et elle crut que le sol venait de s'ouvrir sous elle. Elle poussa un gémissement. Tout tournait, tout vacillait, tout se délitait. Elle se mit à haleter.

— Lizzie ! s'exclama Clervie.

La souffrance qui irradiait de son dos était insupportable, comme un magma en fusion qui se répandait dans ses veines. Elle plaqua sa main sur son visage pour étouffer un cri.

Jan s'approcha d'elle. Il lui avait à peine adressé la parole au cours des derniers jours, et elle vit une certain méfiance briller dans ses yeux. Se demandait-il s'il s'agissait d'un piège ? Lizzie n'eut pas le temps de s'étendre sur cette possibilité. Une nouvelle vague de douleur la tétanisa, et elle éclata en sanglots en se recroquevillant sur elle-même.

Clervie s'était agenouillée devant elle, Jan à ses côtés. La jeune femme posa une main, fraîche et douce, dans la sienne. Son visage exprimait une inquiétude si vive que Lizzie sentit son propre cœur rater un battement. Elle devait faire plus attention, elle devait... Mais ses traits, lorsqu'elle tenta de se recomposer un visage neutre, se déformèrent en une nouvelle grimace.

— Lizzie, que se passe-t-il ? Où avez-vous mal ?

Jan. À travers ses jupons, Lizzie serra la main sur la lame qu'elle gardait toujours sur elle. Il aurait été si simple, si simple, d'extirper le poignard, et de le planter dans la poitrine de Jan. De mettre fin à toute cette douleur. Pourquoi s'obstinait-elle ? Le jeune homme baissa les yeux sur ses doigts et fronça les sourcils. Il savait pour le poignard, se rappela-t-elle. Alors elle se força à relâcher son étreinte.

— Où avez-vous mal ?

Elle secoua la tête. Partout. Jan plaça sa main sur sa joue, tâchant de croiser son regard. Mais elle ferma les yeux à la faveur d'un spasme qui la secouait. Elle ne devait pas le regarder ; elle ne voulait pas qu'il voit sa douleur. Les doigts de Jan quittèrent son visage, et, un froissement d'étoffes plus tard, sa voix résonnait à nouveau.

— Restez avec elle. Je vais chercher un ami, un médecin. Il ne vit guère loin d'ici. Il saura quoi faire.

Lizzie rouvrit les yeux. Mais le monde n'était qu'un assemblage de tâches noirâtres.

La dernière chose qu'elle vit fût le dos de Jan qui franchissait les portes du salon.

Puis elle sombra.

Rien de cela n'arriverait si vous respectiez les ordres, Lizzie, aboya la voix d'Ambroise.

Ce n'était qu'une hallucination, mais son cœur se serra.

Vous me faites honte, poursuivit-il. Ne vous ai-je donc rien appris ?

Répondez, Élisabeth.

Ne vous ai-je donc rien appris ?

Le voile noir qui recouvrait le monde se déchira. D'abord lentement, des lueurs vagues bruissant derrière ses cils. Puis tout à coup, lorsqu'une brûlante décharge parcouru son dos.

Une main se posa sur son épaule.

Ce n'était ni la main de Jan, ni celle d'Ambroise.

— Élisabeth, fit une voix.

Ce n'étais ni la voix de Jan, ni celle d'Ambroise.

Lizzie tourna légèrement la tête.

Hammond Trygve se tenait agenouillé près du sofa. Ses yeux d'ambre étaient attentifs et bienveillants, chaleureux comme un rayon de soleil en plein hiver.

— Élisabeth ? M'entendez-vous ?

Elle acquiesça faiblement.

— Vous vous êtes évanouie. Avant cela, vous disiez avoir mal.

Elle savait qu'il attendait des précisions. Mais elle ne pouvait lui en donner.

— Me permettez-vous de vous ausculter ?

— Ce n'est rien, souffla-t-elle d'une voix rauque. Ce n'est pas nécessaire, je vais mieux.

— Cela, c'est à moi d'en juger. Me permettez-vous ?

— Je vais bien, vraiment. Je vous remercie, mais ce n'était qu'un malaise passager. J'aimerais... rentrer chez...

Moi. Nous. Elle ne savait pas, et le mot, quel qu'il fut, mourut sur ses lèvres.

Le médecin poussa un soupir et parut sur le point de se lever, mais la voix de Jan claqua dans son dos.

— Nous ne vous laissons pas le choix, Lizzie.

— Puisque je vous dis que je vais bien !

— Non, vous n'allez pas bien ! Cela fait des semaines que vous souffrez sans rien dire !

Elle frémit.

Par Mercyng, il avait remarqué.

Il avait remarqué, et s'il sollicitait Hammond Trygve, c'était qu'il n'avait pas fait le lien entre les douleurs de Lizzie et la tâche qui lui incombait. Dieux merci.

— Ce n'est rien, je...

— Taisez-vous. Vous allez laisser Hammond vous ausculter.

Il y eut un silence. La jeune femme serra les poings, et regarda droit devant elle. Ses joues la brûlaient, et elle ne trouva pas le courage de lancer la remarque cinglante qui lui venait aux lèvres. Il n'avait pas le droit de lui parler sur ce ton. Il n'avait pas le droit de la réprimander ainsi, en public, comme si elle n'était qu'une enfant. Il n'avait pas le droit de lui commander quoi que ce fût. Il n'était rien pour elle, elle n'était rien pour lui.

Mais ce n'était pas ainsi que les choses fonctionnaient. Clervie et Brenn Ryder se retiraient déjà : aux yeux de tous, elle était sa femme, et sa parole était souveraine. S'il désirait que Hammond l'ausculte, elle devait s'y plier.

Il n'avait pas le droit.

Mais, de toute façon, elle était trop faible pour rétorquer. Pour bouger.

Un instant, elle perçut la respiration, lourde, de Jan.

— Quoique cela soit, Hammond, tu m'en référeras.

— Bien sûr.

Le ventre de la jeune femme se noua. Puis les pas de Jan firent craquer le parquet et la porte se referma.

Lizzie tâcha de juguler la colère qui bouillonnait dans ses veines. Elle ne lui pardonnerait pas ce qu'il venait de faire.

Le médecin pinça les lèvres, et il se pencha vers Lizzie.

— Je ne suis pas censé dévoiler des informations sur l'état de mes patients sans leur accord, chuchota-t-il avec un clin d'œil. Je suis ici pour vous aider, si je le peux.

Lizzie esquissa un sourire poli. La situation la prenait au dépourvu, et son esprit tournait dans le vide. Quel mensonge serait assez crédible ?

— Alors ? l'encouragea-t-il.

— Je... je ne sais pas quoi vous dire.

— Parlez-moi de vos symptômes.

— J'ai des douleurs au dos, depuis quelques semaines.

— Auriez-vous une idée de ce qui a pu les causer ?

Son cœur battait à toute volée dans sa poitrine. Elle pouvait mentir. Elle pouvait inventer n'importe quoi. Mais quelque chose dans le regard pur et franc de l'homme en face d'elle l'en dissuada. Après tout, peut-être avait-il raison ; peut-être pouvait-il l'aider.

— Vous n'en parlerez pas à Jan ?

— À personne.

— À vraiment personne ? Même si...

Hammond tapota doucement la main de Lizzie.

— À personne. Je vous le jure par Krafjana.

Il délaissa sa main pour refermer son poing sur son cœur, et ce geste rasséréna la jeune femme.

— Bien. Alors je suppose que les choses iront plus vite ainsi.

Sous le regard médusé d'Hammond, elle entreprit de délacer sa robe puis d'ôter ses manches, faisant tomber l'étoffe damassée sur ses reins. Elle se démena pour enlever son corset, et le médecin, la mine interloquée, l'aida à se dépêtrer de la gangue qui enserrait son buste. Seule sa chemise de mousseline protégeait désormais le haut de son corps.

Elle fut prise d'un léger sentiment de malaise. Elle ferma les yeux, et se tourna dos à Hammond. Là, elle fit doucement tomber le tissu blanc de la chemise qui couvrait le haut de son dos. Dévoilant la marque de Mercyng. Aucun homme, hormis Ambroise, ne l'avait vue aussi peu vêtue. Pas même Jan, songea-t-elle avec ironie. Et surtout, personne, hormis Ambroise, n'avait vu sa marque.

Le médecin n'émit aucun commentaire, aucun râle de stupéfaction, aucun juron outré. Mais Lizzie perçut le son de son cœur qui accélérait légèrement. Ses efforts pour garder une respiration mesurée. Elle pouvait presque entendre les pensées qui hurlaient dans son esprit.

— Savez-vous ce dont il s'agit, monsieur ?

— Oui. Et je comprends le mal qui vous ronge.

Sa voix était un peu tremblante, mais ne couvait aucun reproche.

Un élan de gratitude empli les yeux de Lizzie de larmes.

Personne n'ignorait l'existence des marques divines. De toutes, celle du dieu sombre avait la plus mauvaise réputation. Wiccecræft. Mais rares étaient ceux qui connaissaient les symptômes qui frappaient les serviteurs de Mercyng qui rompaient leur serment.

— Alors, vous voyez. Vous ne pouvez pas m'aider. Je ne peux accomplir mon serment, et Mercyng réclamera son dû.

Sa voix se brisa. Elle essuya rapidement la perle salée qui roulait sur sa joue.

— Je peux vous aider.

Elle secoua la tête.

— Il n'y a aucun moyen de rompre le Pacte.

— Non. Il n'y en a pas, admit-il. Mais je peux atténuer la douleur.

La jeune femme se retint d'éclater en sanglots amers. Atténuer la douleur. Elle ne voulait pas avoir moins mal ; elle ne voulait simplement pas mourir.

— Avez-vous mal, à présent ?

Elle renifla peu élégamment et acquiesça. Ce n'était plus la vive douleur qui l'avait terrassée quelques instants plus tôt, mais la légère brûlure qui tiraillait sans cesse sa peau. Elle entendit le médecin s'avancer, et ses doigts frôler sa peau.

— Puis-je ?

Il lui fallut plusieurs secondes pour comprendre qu'il lui demandait s'il pouvait toucher la marque. Elle sentit un flot de terreur couler dans ses veines ; personne ne l'avait jamais ne serait-ce qu'effleurée à cet endroit. Même Ambroise se gardait bien d'approcher sa main. Cependant, elle hocha une nouvelle fois la tête, la gorge trop nouée pour parler.

Il apposa sa paume sur son omoplate, à l'endroit exact où s'étendait l'encre noire. Elle sentit l'énergie du cræft pulser entre leurs chairs, et répandre une sensation de fraicheur qui la fit haleter. Il lui semblait que le feu qui courait dans son organisme s'éteignait, comme mouché par un vent glacial.

Hammond ôta sa main.

— Cela vous a soulagé ?

— Oui.

— Bien. Je vais vous prescrire un remède, de la krafjane, à prendre lorsque la douleur se fera trop forte.

— Merci.

Il y eut un silence, durant lequel Lizzie entreprit de se rhabiller de ses doigts tremblants, et d'arranger ses cheveux défaits par l'agitation qui l'avait saisie.

— Cela ne m'empêchera pas de mourir, n'est-ce pas ?

Le médecin détourna le regard un instant.

— Non, avoua-t-il. Cela ne fait que prolonger un peu votre vie. Vous l'avez dit. Mercyng finira par réclamer son dû, et plus vous prendrez de remède, plus votre corps s'y habituera. C'est la douleur qui terrasse ceux qui sont punis par le dieu sombre.

— Combien de temps...

Elle ne parvint pas à achever sa phrase.

— Sans la poudre, vous ne tiendrez pas deux semaines. Jusqu'à la fête de Werran. Avec... C'est un remède puissant. Nous pouvons espérer des mois supplémentaires.

C'était davantage de temps qu'elle n'en espérait.

Assez pour se résoudre à tuer Jan.

Assez, dans le cas contraire, pour traverser l'Entre-Mer et rejoindre Ambroise. Peut-être son mentor — son ami — pourrait-il la sauver.

— Savez-vous comment fonctionnent les marques divines, Élisabeth ?

— Pas en détail.

Tout ce qu'elle savait, c'est qu'elles propageaient une intense souffrance si le serment venait à être rompu. Tout ce qu'elle savait, c'était ce contre quoi Ambroise l'avait mise en garde.

— Le dessin vous lie à Mercyng par la force du cræft, la marque est gravée sur votre peau à l'aide d'une encre qui mêle votre propre sang.

Cela, elle le savait également. Une encre de sang. Comme l'était l'encre à partir de laquelle était rédigée le nom de ses victimes.

— Ce que vous ignorez peut-être, c'est qu'il s'agit, en fait, un système de balancier, comme Krafjana et son époux Mercyng se complètent, à l'origine de toute chose. Plus le dieu s'impatiente, plus vous souffrez. Plus votre victime survit longtemps, plus vous vous affaiblissez, sa propre force vitale liée à la vôtre. La krafjane est hautement concentrée en cræft, aussi compense-t-elle de façon efficace l'énergie qui vous échappe. Mais elle doit être prise avec précaution. Des doses trop régulières ou trop fortes, et elle devient...

— Un poison mortel, je sais.

Hammond eut un rictus.

— Évidemment.

Lizzie sentit son cœur battre à tout rompre dans sa poitrine.

Elle s'était trahie. Elle s'était lamentablement trahie.

— Je ne vous livrerai pas à la garde de Fort-Rijkdom, rassurez-vous. Même si je suis peiné d'apprendre que c'est vous qui avez assassiné Aksel. C'était un très bon ami.

— Je ne l'ai pas tué.

Pas lui, ajouta-t-elle en son for intérieur.

Il la sonda un instant du regard, puis hocha la tête.

— Vous allez rentrer chez vous. Je passerai demain vous apporter le remède. En attendant, si une nouvelle crise devait se déclencher... (Il fouilla dans sa sacoche, et en sortit un minuscule récipient de la taille d'un dé à coudre.) Prenez ceci. Je gage que vous saurez vous montrer prudente concernant les dosages.

Lizzie acquiesça.

— Vous ne direz rien à Jan, implora-t-elle encore. Au sujet de la marque.

— Je vous l'ai promis.

Il désigna la porte.

— Si l'on vous pose des questions, vous avez contracté une maladie, probablement lors de votre traversée. Vous subissez des crises régulières qui vous font souffrir. Ces choses-là arrivent.

Elle n'avait aucun moyen de savoir s'il disait vrai, mais son ton était suffisamment convainquant pour qu'elle ait la confirmation qu'il ne la trahirait pas.

— D'accord.

— Vous êtes prête ?

Elle fixa les battants. Le médecin s'était levé, et elle hocha la tête. Il alla ouvrir, pendant que Lizzie se composait un visage avenant.

— Madame, lança le médecin à Clervie qui patientait dans le couloir, raccompagnez Élisabeth à son fiacre, voulez-vous ? Elle va mieux, mais je pense qu'il est plus sage pour elle de rentrer se reposer.

Lizzie se mit péniblement debout, secourue par le bras de Clervie qui la soutint, pas après pas, pendant qu'elle traversait le salon. Jan darda sur elle son regard sombre, les sourcils froncés. Il lui demanderait une explication sitôt qu'ils seraient seuls, elle le savait.

Elle devrait se montrer assurée. Ambroise le lui avait appris. Mais après tout ce qu'il s'était passé, elle ignorait si elle serait encore capable de mentir à Jan van Stoker. Elle ignorait même si elle le souhaitait. L'idée de tout lui révéler caressa son esprit. Il savait déjà ce qu'elle était, il savait qu'elle avait essayé de le tuer. Mais il fallait dissimuler, pourtant. Il ne supporterait pas l'idée qu'elle souffre par sa faute ; elle ne supporterait pas l'idée de souffrir devant lui alors qu'il savait qu'il était la raison de ses maux. Car si leurs places avaient été échangées, elle ne l'aurait pas supporté.

Lizzie parvint à forcer un sourire, et se laissa conduire par son amie dans le couloir.

Un valet ouvrit la porte d'entrée, et l'air vif de l'hiver la frigorifia. Sur la petite place oblongue qui jouxtait la demeure, des arbres nus tendaient leurs branches vers le ciel, et une fontaine aux flots gelés se dressait dans le silence. C'était un lieu paisible ; une seule route y menait, et, à droite de l'impasse, se dressait la demeure de Brenn Ryder. Il n'y avait pas un bruit à l'extérieur, et, dans cette immobilité de marbre, Lizzie se sentit frissonner. Cela lui faisait penser aux jardins de Caelian, lorsque l'hiver paraissait figer le temps même.

Lorsqu'elle fut arrivée à la diligence, Lizzie se laissa choir sur la banquette, pendant que son amie serrait sa main.

— Comment vas-tu ?

— Bien. Bien mieux.

— Hammond Trygve sait ce que tu as ?

— Oui, ce n'est rien. Une maladie sans conséquence.

— Sans conséquence ? Tu hurlais de douleur !

— Je serai bientôt rétablie. J'ai un remède.

Elle montra la petite fiole qu'elle tenait serrée dans sa main.

— Tant mieux. Lizzie...

Elle parut hésiter un instant, sa main se crispant sur la sienne.

— Ce n'est peut-être pas le meilleur moment pour t'annoncer cela, mais... Je suis enceinte.

Lizzie pâlit. Le visage blême de Magdalene s'imposa à son esprit et elle se sentit trembler.

— Lizzie ?

Devant elle, les traits de Clervie rayonnaient. Ses pommettes avaient rosies et un sourire éclatant fleurissait sur ses lèvres.

— Je suis si heureuse pour toi, balbutia-t-elle. Pour vous.

Mais Lizzie ne verrait jamais cet enfant à naître.

Elle serait loin, alors ; de l'autre côté de la mer, ou au creux du royaume sombre.

Clervie pressa sa main.

— Prend soin de toi. Je passerai te voir. (Elle passa une main sur son ventre encore plat et sourit.) Tant que je le peux encore !

Lizzie parvint à forcer un petit rire, et son amie s'en fut, regagnant l'intérieur de la maison.

Elle reporta son attention sur le perron. Jan avait arrêté Hammond dans les degrés.

Malgré l'épuisement qui s'était emparée d'elle, la jeune femme tendit l'oreille, tâchant d'ignorer la douleur qui se répercutait dans ses tympans.

— Alors ? Qu'a-t-elle ? demandait Jan.

Elle crut voir Jan l'observer un instant mais elle était bien trop concentrée sur son ouïe pour trouver la force de tourner son regard vers lui.

— Il ne lui reste plus longtemps à vivre, murmura Hammond.

Elle l'entendit : le cœur de Jan qui accélérait. Celui de Lizzie manqua une pulsation. Non. Non, Hammond avait promis...

— Pourquoi cela ? Qu'a-t-elle, Hammond ?

Le ton s'était fait empressé, tremblant.

— Une maladie. Je ne suis pas certain de ce dont il s'agit, mais elle a dû l'attraper sur le navire qui l'a conduite à Fort-Rijkdom.

Lizzie poussa un soupir de soulagement.

— Combien de temps ?

— Elle ne passera pas l'été. Je suis désolé.

Lizzie fut saisie d'un vertige.

Elle ne passerait pas l'été.

Des larmes brûlèrent ses yeux.

N'avait-elle pas des épines ? Ne pouvait-elle pas se rebeller contre son sort ? Ne pouvait-elle pas planter sa dague dans le cœur de l'homme qui prenait sa vie ?

La silhouette de Jan descendait les marches, son manteau claquant dans le vent glacial de l'hiver, ses poings crispés sur ses gants de cuir noir. Une cible si facile.

Il ouvrit la portière et s'installa face à la jeune femme. Il planait dans son regard une compassion sincère, et elle détourna les yeux. Elle l'entendit qui se penchait vers elle, et ses doigts frôlèrent le dos de ses mains, posées sur ses genoux.

— Vous allez vous en sortir. Je ferai venir les meilleurs médecins du Pays d'en Haut, et des Bas-Royaumes s'il le faut.

Elle secoua la tête.

— Ils ne pourraient rien pour moi.

— Vous ne méritez pas de mourir.

Lizzie fronça les sourcils.

— En dépit de tout ce que vous avez fait, vous ne méritez pas de mourir. Si vous pensez que cela rachètera les crimes que vous avez pu commettre, vous ne...

— Je ne pense rien de la sorte, rétorqua-t-elle sèchement.

Il faisait fausse route. Il se méprenait sur son silence, sur son refus de guérir. Mais comment en aurait-il pu être autrement ?

Elle prit ses doigts dans les siens.

— Jan...

Elle se figea. Elle n'était pas certaine de l'avoir déjà appelé par son prénom — de s'être adressée à lui directement de cette façon.

— Vous... vous savez qui je suis, et pourquoi je vous ai épousé. Bientôt, je partirai de votre vie, et même si je ne l'avais pas prévu ainsi, je... je partirai également de ce monde. N'essayez pas de me retenir, ni de l'une ni de l'autre.

— Lizzie...

— Il n'y a rien entre nous. Il n'y a rien.

Jan la regarda longuement.

— Non. Il n'y a rien. Mais vous êtes... vous êtes chère à mon cœur.

Le jeune homme serra plus fort sa main, et Lizzie sentit son propre cœur se fendiller.

— Et je ne vous laisserai pas mourir sans essayer de vous sauver, souffla-t-il.

— N'essayez pas. Je vous en prie, n'essayez pas. Je n'ai pas besoin de vous pour me sauver. Et je sais comment je veux mourir.

— Rongée par la souffrance ?

— Oui.

Elle se mordit la lèvre, incapable de soutenir le poids de son regard. Les mots sortirent sans qu'elle ne puisse les retenir.

— Je porte le sceau de Mercyng dans mon dos. Vous ne le savez pas, évidemment.

Elle eut un pauvre sourire, et elle essuya la larme qui roulait sur sa joue.

— Si un médecin venait à le voir, l'on me réserverait un sort pire que la douleur que vous m'avez vue éprouver tout à l'heure.

L'on disait qu'il y a bien longtemps, ceux qui étaient sous la coupe de Mercyng étaient protégés, au nom du lien sacré qui les unissaient au dieu sombre. Les meurtres commis l'étaient en toute impunité. Plus maintenant. L'émergence des royaumes avaient révoqué le chaos pour instaurer l'ordre, et la justice était chargée de faire payer les assassins pour leurs crimes. Elle serait torturée, humiliée, et serait prononcé une sentence qui la vouerait aux pires châtiments que pouvaient inventer les hommes. Si elle ne tuait pas Jan, Mercyng aurait peut-être pitié d'elle et l'emporterait avant le bûcher. Sans krafjane pour apaiser ses maux, cela serait rapide. Mais c'était un pari qu'elle n'était pas prête à risquer.

— Mais Hammond...

— J'ai confiance en lui. Et j'ai confiance en vous.

Jan cilla.

— Vous le pouvez. Votre secret est en sécurité avec moi.

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