Chào các bạn! Vì nhiều lý do từ nay Truyen2U chính thức đổi tên là Truyen247.Pro. Mong các bạn tiếp tục ủng hộ truy cập tên miền mới này nhé! Mãi yêu... ♥

XXVI - Coup de foudre



Les visites d'Adrien chez les Dupain-Cheng se déroulaient en deux parties. Au début, Adrien restait dans le salon et parlait avec les parents de Marinette. Cela lui faisait du bien de fréquenter des adultes qui s'inquiétaient pour lui. Ils lui demandaient aussi de parler de lui, s'intéressaient à ses rêves et de ce qu'il prévoyait de faire plus tard. Ils lui permettaient de se projeter dans l'avenir et ne pas rester coincé dans un présent oppressant. Il appréciait leur écoute de qualité, leur bienveillance, mais aussi les cadres qu'ils posaient.

Ensuite, il montait dans la chambre avec Marinette. C'était le moment des câlins, des baisers et des mots doux. Parfois, c'était un peu davantage. Leurs mains se glissaient sous leurs habits, les baisers devenaient osés et, si la douceur et la tendresse étaient toujours là, ils se laissaient aller à d'autres sensations. D'un commun accord, cependant, ils s'arrêtaient toujours avant que leurs élans deviennent incontrôlables.

La première fois qu'ils s'étaient laissés aller à des étreintes moins innocentes, Adrien avait eu des scrupules :

— Je ne pense pas que tes parents seraient d'accord pour qu'on fasse ce genre de choses, avait-il exprimé. Je ne veux pas trahir leur confiance.

— Ils pensent qu'on a seize ans et qu'on a le droit de faire ce qu'on veut, l'avait contredit Marinette.

— Tu en es sûre ? Ils te l'ont dit ? s'était-il étonné.

— C'est venu sur le tapis quand la vidéo sur nous est sortie. Si tu veux tout savoir, ma mère a dit qu'elle préférait que ce soit ici, avec ce qu'il faut sous la main, plutôt qu'à la va-vite dans un local à balai.

Adrien en était resté ébahi.

— Elle... Tu... Et toi, tu en penses quoi ? avait-il demandé avec précaution.

— Que, sur le principe, je n'ai rien contre, mais qu'on n'est pas obligés de le faire tout de suite pour autant. Pour ton information, j'ai ce qu'il faut à côté de mon lit. Mais je ne sais pas encore si cela va nous servir dans un an, six mois, ou dans dix minutes.

Cette déclaration avait fait beaucoup d'effet à Adrien, d'autant que Marinette s'était empourprée, ce qui la rendait encore plus désirable. Il avait cependant entendu ses réserves et en avait conclu que ce ne serait pas pour ce soir-là.

Plus tard, il s'était demandé ce dont il avait envie. Était-ce le bon moment pour faire évoluer leur relation de cette manière ? Même s'il savait que certains camarades de son âge avaient déjà passé ce cap, il était conscient qu'il lui avait été plus facile de se sentir à l'aise vis-à-vis des allégations des réseaux sociaux, sachant qu'il ne s'était rien passé entre Marinette et lui. La remarque de son père sur ses hormones l'avait vexé et il était heureux de pouvoir assurer de la pureté de ses sentiments à l'égard de celle qu'il aimait.

Il ne pensait pas qu'une fille devait être méprisée parce qu'elle couchait avec un garçon. Par contre, il savait que tout le monde n'avait pas cette ouverture d'esprit et que la réputation de Marinette souffrirait si elle devait admettre qu'ils avaient eu des relations sexuelles. Céder à leurs pulsions pourrait lui causer du tort et il estimait qu'il lui avait apporté assez d'ennuis. De plus, il n'était pas certain de vouloir associer leur première fois à la période pénible qu'il traversait. Il préférait réserver ce moment à des circonstances plus favorables.

Toutefois, la conversation qu'ils avaient eue lui avait ouvert de nouveaux horizons. Ce qui n'était qu'une vague possibilité était devenu un projet qu'il partageait avec Marinette et qu'elle avait estimé assez souhaitable pour matériellement prendre des dispositions. Cela avait déculpabilisé les songeries érotiques auxquelles il l'associait parfois. Il n'avait plus l'impression de lui manquer de respect. Elle avait donné son accord pour ajouter ce registre à leur relation. Il se demandait parfois si elle pensait à lui de cette façon, mais il n'avait pas osé demander.

Cela avait également changé la manière dont il la touchait durant leurs épisodes sensuels. Il avait compris que, même si elle ne voulait pas qu'ils brûlent les étapes, elle ressentait les mêmes envies que lui. Il se sentait plus légitime quand il promenait ses mains ou sa bouche sur sa peau, moins embarrassé par les réactions de son corps, plus attentif à ce qu'elle exprimait implicitement durant ces moments-là.

Le lendemain de sa séance de pose avec Lila, Adrien ne se sentait pas du tout d'humeur voluptueuse. Il avait envie d'être réconforté. Il raconta ce qu'il avait dû faire la veille et conclut :

— Ça me rend malade de penser que je vais être associé à elle sur ces affiches. J'ai l'impression que je te suis infidèle.

— Tu viens de me dire que vous ne semblerez pas être amoureux sur la photo.

— Quand même. Je ne veux pas. Hier en rentrant du studio, j'ai pris deux douches, tellement je me sentais sale.

— Mon chou à la crème, je comprends. Mais tu ne verras pas les affiches, puisque tu ne sors plus dans la rue.

— Mais les autres le verront et elle va se pavaner. Depuis que je suis obligé de rester avec elle, je vois bien qu'elle se sert de ma notoriété pour se faire bien voir de tout le monde.

— Elle est juste pitoyable. Tu vois à quoi elle doit se résoudre, juste pour exister un peu ? Elle se vend à ton père. Elle fait un boulot méprisable. Elle ne mérite pas qu'on pense à elle, mon fondant au chocolat.

— Je sais, tu as raison, mon petit sucre d'orge.

— Je vois bien que tu as du mal, dit Marinette d'un ton soucieux. La situation te pèse, je comprends. Peut-être que tu aurais besoin de faire un peu d'exercice pour te permettre d'évacuer la pression. Tu crois que ton père accepterait de te laisser faire du sport de nouveau ? Reprendre l'escrime, par exemple.

Adrien eut un rire amer :

— Décidément, c'est la mode. Oui, il y réfléchit. Nathalie croit que j'ai des pensées suicidaires et je sens que je vais me retrouver avec un coach sportif. Évidemment, l'idée de permettre de mener une vie normale pour me redonner le moral n'a effleuré personne.

— Adrien...

— Non, Marinette, ne t'inquiète pas. Tant que je peux encore venir te voir, j'ai bien l'intention de tenir. Mes dix-huit ans ne sont pas si loin.

Marinette le regarda les yeux assombris par l'inquiétude.

— Adrien, promets-moi que, si tu as des pensées trop négatives ou si tu as l'impression que c'est trop dur, tu viens me voir tout de suite. Rien pour moi ne pourrait être pire que de te perdre.

— Ne t'en fais pas.

— Adrien, bien sûr que je m'en fais pour toi. Ce que tu vis n'est pas normal. Tu ne devrais pas avoir à subir ça. Tu as le droit de craquer et de baisser les bras. Mais tu n'es pas seul. Si tu ne tiens pas le coup, on trouvera des solutions. Jure-moi que si tu te sens vraiment mal, tu viens me voir, quelles qu'en soient les conséquences.

Il ne voulait pas qu'elle se fasse de souci pour lui. Il la serra contre lui et lui dit posément :

— Je n'ai pas l'intention de renoncer. Mon père pense que je suis faible parce que je montre mes sentiments. Il ne se rend pas compte que ce que je ressens pour toi et pour mes amis me donne un but. Je ne lâcherai rien. Je ne renoncerai ni à toi, ni aux autres, ni à mes rêves. Je tiendrai le temps qu'il faudra pour construire ma vie à ma manière. Je te le promets, mon calisson.

oOo

Quelques jours plus tard, Marinette découvrit en sortant de chez elle les affiches du nouveau parfum Agreste, elle éclata de rire. Adrien et Lila s'y trouvaient, se tournant le dos, l'air furieux. Un éclair les séparait. Le nom du produit, « Coup de foudre », était délicieusement ironique.

Elle arriva en classe de très bonne humeur.

— C'est les pubs qui te rendent si joyeuse, Marinette ? demanda Alya.

— Lila doit être folle de rage, se réjouit la jeune fille. Je suis certaine que ce n'était pas ce qu'elle attendait. J'espère qu'Adrien l'a vue par la vitre de sa voiture. Ça lui remonterait le moral.

Alya vérifia que personne ne les écoutait avant de demander :

— Il ne va pas bien ?

Marinette fit de la main le signe « couci-couça ».

— La situation commence à lui peser, soupira-t-elle. La séance avec Lila a été compliquée pour lui. Heureusement, le photographe a pris ses sentiments en compte et il a abandonné l'idée d'en faire un couple amoureux.

Adrien ne l'exprimait pas clairement, mais Marinette savait que ce qui était le plus douloureux pour son petit ami était de voir son père s'acharner sur lui, semaine après semaine. Soit Gabriel Agreste aimait faire souffrir son fils, soit il ne se rendait même pas compte de ce qu'il lui infligeait. Les deux possibilités étaient aussi déchirantes l'une que l'autre. Elle garda ces pensées pour elle.

— Indépendamment des circonstances, je trouve l'affiche excellente, analysa Alya. Elle attire l'attention en prenant l'expression à contrepied. C'est bien plus percutant que si les deux modèles s'étaient regardés dans le blanc des yeux.

— Je doute que Lila prenne les choses ainsi et j'avoue que cela va faire ma journée, confia Marinette avec délectation.

— Profite, profite, l'encouragea Alya. Ce n'est pas tous les jours que cette pourriture répand le bonheur autour d'elle.

oOo

Adrien n'avait pas été prévenu que les affiches seraient mises en place ce matin-là. Il avait pris de plein fouet le cliché qui s'étalait sur un panneau grand format, juste en face du lycée. Il avait éclaté de rire. En posant, il n'avait pas réalisé à quel point la haine qu'il ressentait pour Lila transparaissait. Elle devait détester. Cela lui mit du baume au cœur.

C'est donc tout ragaillardi qu'il la rejoignit sur le perron de l'établissement devant lequel elle l'attendait. Pour la première fois depuis le début de l'année, il lui sourit. Il n'alla pas jusqu'à lui parler, cependant. Depuis qu'elle était devenue sa geôlière, il ne lui avait pas adressé un mot. Alors qu'ils montaient dans les étages, il apprécia les hommages des autres élèves. Cette fois-ci, il était vraiment fier de son travail.

— Vous vous parlez encore ? On croirait que vous êtes fâchés à mort, leur lança un élève de leur classe quand ils entrèrent dans leur salle de cours.

— Oh, tu sais, répondit Adrien, au bout de deux heures de travail, on a souvent envie de s'étrangler. Ce n'est pas compliqué de donner l'impression qu'on ne se supporte plus.

— Ce n'est pas joué, alors ?

— Non, non, ça vient du fond du cœur, affirma Adrien.

L'autre se mit à rire, pensant à une boutade. Adrien vit Lila en faire autant pour donner le change, mais ses yeux lançaient des éclairs. Il lui fit un clin d'œil.

Tous les amis d'Adrien commentèrent l'affiche sur le même ton, permettant au mannequin, sous couvert de plaisanterie, d'exprimer ses sentiments négatifs envers Lila. Celle-ci faisait bonne figure, mais il la côtoyait depuis assez longtemps pour bien la connaître. Il sentait combien elle était en rage. Il ne lésinait pas non plus sur les sourires moqueurs quand personne ne le regardait. Il prenait sa revanche.

À la fin de la journée, alors qu'ils se séparaient devant la voiture qui était venue chercher Adrien, Lila siffla entre ses dents :

— J'espère que tu t'es bien amusé aujourd'hui, parce que tu vas le payer très cher.

Adrien lui lança son regard le plus méprisant et se glissa dans la voiture sans répondre.

oOo

Deux jours plus tard, Alya eut une drôle de sensation. Il y avait quelque chose de bizarre dans l'atmosphère des couloirs quand elle avait changé de salle en compagnie de Marinette. Des regards un peu lourds. Elle était en train de regarder sur son téléphone pour vérifier qu'il n'y avait pas de nouvelle campagne de dénigrement en cours, quand une élève d'une autre classe vint vers elles et demanda à son amie :

— J'espère que tu es contente de toi. Qu'est-ce que tu cherchais, à la fin ?

— De quoi parles-tu ? s'enquit Marinette.

— Comme si tu ne le savais pas ! J'espère que les avocats des Agreste vont te laminer.

— Attends, c'est quoi, cette histoire ? intervint Alya. Qu'est-ce que Marinette est supposée avoir fait ?

— Elle le sait très bien !

— Mais pas moi, insista Alya, de plus en plus inquiète.

— C'est elle qui est à l'origine de la vidéo concernant Adrien Agreste. Elle a voulu passer pour sa petite amie.

— Quoi ? s'exclama Marinette.

— Quelle est ta source ? interrogea Alya.

— C'est Adrien.

— C'est impossible ! réfuta Alya. Il te l'a dit personnellement ?

— Il l'a confié à Lila.

Alya et Marinette se regardèrent. La jeune styliste eut un rire amer :

— Ça faisait longtemps, aussi.

— Lila Rossi ment comme elle respire ! martela Alya à leur informatrice. Elle t'a raconté n'importe quoi.

— C'est Marinette qui est mytho, soutint l'autre. La preuve, Adrien ne parle plus à Marinette, alors qu'il est tout le temps avec Lila. Laquelle a sa confiance, d'après toi ?

Alya ne sut quoi répondre et la fille repartit avec un petit sourire supérieur.

— Marinette, on va trouver une solution, dit Alya essayant de ne pas paniquer.

— Je me fiche de ma réputation, fit Marinette d'une voix sèche. C'est la réaction d'Adrien qui m'inquiète.

— On ne peut pas laisser passer ça, la contredit Alya. Tu imagines l'image qui va te suivre, plus tard, dans ton milieu professionnel ? Déjà que tu as la vidéo...

Marinette ne parut pas l'entendre :

— Alya, Adrien semble tenir le coup mais, en vrai, c'est une cocotte-minute, expliqua-t-elle d'une voix pressante. Il faut le prévenir en douceur. Va le voir avec Nino. Prenez-le à part et apprenez-lui la nouvelle. Dites-lui qu'on trouvera bien une solution et de ne pas s'en faire pour moi. Vite, la pause va bientôt se terminer.

Alya partit en courant en appelant Nino sur ton téléphone :

— Adrien est en sciences ? demanda-t-elle.

— Oui...

— Viens me rejoindre là-bas. C'est urgent.

La sonnerie commençait à retentir quand Alya franchit le seuil de la classe d'Adrien. Heureusement, le professeur n'était pas là. Alya fonça sur son ami et le prit par la main :

— Faut qu'on parle, dit-elle en chuchotant. Tout de suite.

— Qu'est-ce qui se passe ? s'inquiéta Adrien en se levant.

Alya l'entraîna dans le couloir et poussa dans le renfoncement de la porte de la classe contiguë.

— Fais gaffe à ce que tu fais, prévint Lila, qui les avait suivis.

— Lila fait courir le bruit que c'est Marinette qui a posté la vidéo, expliqua Alya à Adrien. Elle prétend que c'est toi qui le lui as confié. Je pense que tu peux facilement démentir et...

Mais Adrien ne l'écoutait plus. Des plaques rouges étaient apparues sur ses pommettes et, d'un geste brusque, il avait agrippé Lila pour la plaquer contre le mur.

— Mais que faut-il faire pour que tu boucles enfin ton clapet à merde ? demanda-t-il les dents serrées.

Nino, qui arrivait, saisit le bras d'Adrien.

— Lâche-là, mon vieux, dit-il d'une voix apaisante. Elle ne mérite pas que tu te fasses punir.

Adrien ne lui prêta pas la moindre attention. D'une voix de plus en plus forte, il continua :

— Tu n'es qu'une petite pourriture ! Un débris ! J'en ai marre de tes conneries. J'en ai marre de toi ! Je ne te supporte plus ! Espèce de garce toxique !

Adrien tenait Lila à la gorge, obstruant sa trachée. Elle avait la bouche ouverte, tentant désespérément de respirer. Alya et Nino essayèrent de les séparer, mais Adrien était désormais déchaîné. Heureusement, Sundar arriva et joignit ses forces aux deux autres. Ils parviennent enfin à arracher Lila à la poigne d'Adrien.

Un attroupement commençait à se former autour d'eux. Alya, Chloé et Sabrina firent de leur mieux pour écarter les curieux et boucher la vue entre Adrien et les autres élèves. Lila, la main sur sa gorge, reprenait son souffle, tandis que Nino et Sundar contenaient Adrien, qui continuait à injurier Lila.

— Espèce de raclure ! Ne m'approche plus jamais. Et si tu baves encore sur Marinette, je te jure que je te le ferai regretter. Tous les réseaux parleront de toi, comme d'une dingue mytho et folle à lier !

— C'est moi qui t'écraserai, rétorqua Lila d'une voix rauque. Quand je vais raconter à ton père ce qui vient de se passer...

— Je m'en fous ! De toute manière, je n'en peux plus. Il n'est pas question que je reste une minute de plus à respirer le même air que toi.

Sundar et Nino échangèrent un regard puis, de concert, lâchèrent Adrien pour attraper Lila et la jeter hors du cercle protecteur que la petite bande formait autour du mannequin.

— Tu l'as entendu, fit Nino d'une voix dure et suffisamment forte pour que tous ceux qui se pressaient autour d'eux puissent l'entendre. Dégage de là et arrête de raconter des conneries.

— Que se passe-t-il ? demanda le professeur de sciences qui venait d'arriver. Allez, tout le monde en classe !

Les rangs commencèrent à s'éclaircir. Le professeur remarqua Lila, visiblement secouée, puis Adrien qui, la pression retombée, était en train de s'affaisser lentement le long du mur.

— Eh bien ? insista l'enseignant.

— Adrien est malade, on va l'emmener à l'infirmerie, fit Alya, inquiète de voir le teint désormais livide de son ami.

— Il m'a agressée ! accusa Lila. Tout le monde l'a vu.

— Il ne t'a rien fait, il t'a juste crié dessus, la contredit vivement Alya. Et ça t'apprendra à lancer de fausses rumeurs le concernant.

Le professeur jeta un regard vers Adrien, qui était désormais replié sur lui-même, agité de mouvements convulsifs.

— Sabrina, allez chercher l'infirmière, ordonna-t-il. Un seul d'entre vous reste avec lui. Tous les autres en classe. Y compris, vous, Lila. Vous semblez aller très bien. Je vais faire un signalement, vous serez entendue, ne craignez rien.

Sabrina fila vers l'infirmerie et Lila s'éloigna, s'appuyant sur deux camarades compatissants.

— Vous êtes des témoins ? demanda l'enseignant aux amis d'Adrien qui étaient restés.

— Qu'est-ce qu'elle a encore fait ? demanda Chloé sans en tenir compte.

— Lila fait courir la rumeur que Marinette est celle qui a posté la vidéo sur les réseaux, expliqua Alya.

— Quoi !? s'exclamèrent simultanément Chloé, Sundar et Nino.

— Adrien sait que c'est faux, alors il s'est énervé, mais on l'a retenu. Il n'a rien fait à cette imbécile, mentit Alya, pour le bénéfice du professeur. Mais comme d'habitude, elle fait son intéressante et tente de se faire passer pour la victime.

— D'accord, dit l'enseignant. Comme je l'ai dit, un seul d'entre vous reste ici et les autres retournent en cours.

— Je reste, dit Chloé. Si quelqu'un doit expliquer la situation au père d'Adrien, je suis la mieux placée.

Les amis d'Adrien se regardèrent et convinrent silencieusement qu'elle avait raison. Alya, Sundar et Nino repartirent chacun vers leur classe, après un mot de réconfort pour Adrien, toujours prostré.

oOo

Trois quarts d'heure plus tard, Nathalie, prévenue par le lycée, pénétrait dans l'infirmerie. L'infirmière parla de surmenage, demanda s'il y avait des soucis familiaux, avant de confirmer qu'il valait mieux qu'Adrien rentre chez lui et qu'il se repose. Alors que la praticienne partait s'occuper d'une cheville foulée, Nathalie retrouva Adrien assis sur un lit, Chloé à ses côtés. Les deux adolescents se tenaient la main.

Nathalie ignora la jeune fille et dit :

— Je vous ramène au manoir, Adrien.

— Je viens avec vous, dit Chloé.

— Je ne pense pas, dit sèchement Nathalie.

— Dois-je en référer à mon père ? interrogea Chloé. Désirez-vous vraiment qu'il se mêle de la manière dont Adrien est traité ?

Adrien précisa :

— Je vais me faire virer du lycée. Il ne me reste plus grand-chose à perdre. Aujourd'hui, je demande que Chloé reste avec moi. Allez-vous appeler mon père pendant qu'elle appelle le sien ?

Nathalie évalua la situation. Monsieur Agreste était en déplacement professionnel à l'étranger. Adrien avait sans doute déjà transmis à Chloé toutes les informations qu'il voulait. Qu'elle reste avec lui ou non ne changerait rien. Par contre...

— Pourquoi pensez-vous que vous allez être renvoyé du lycée ? demanda-t-elle.

— J'ai étranglé la Rosse, répondit Adrien. Je vais sans doute passer en conseil de discipline.

— Vous avez quoi ? s'affola Nathalie.

— Elle est allée trop loin, dit Adrien d'une voix détachée. Je lui ai donné son congé. Oh, elle a survécu, si c'est ce qui vous inquiète.

Nathalie regarda Chloé, qui hocha la tête pour confirmer.

— Tous les deux dans la voiture, ordonna Nathalie.

oOo

Il était largement l'heure pour Nathalie d'aller se coucher. Minuit était passé et la journée avait été chargée. Quand le lycée l'avait appelée pour dire qu'Adrien avait eu un malaise, elle n'avait pas paniqué. Elle s'était dit qu'il souffrait de fatigue morale, ce qui se comprenait bien. Le trouver avec Chloé était une contrariété mineure. Gabriel n'allait pas être content, mais elle était certaine que, d'une manière ou d'une autre, les amis d'Adrien en savaient déjà davantage que le souhaitait son père. À ce moment-là, elle avait encore l'illusion de contrôler la situation.

Apprendre qu'il avait commis des violences envers Lila avait balayé toute tranquillité. Non seulement c'était révélateur de l'état mental dégradé d'Adrien, mais cela entraînait toute une série de conséquences potentiellement problématiques : mesures disciplinaires du lycée, le retour d'Adrien vers une scolarité à la maison qu'il allait fort mal supporter, sans compter ce qui pouvait transpirer sur les réseaux sociaux.

Nathalie avait fait raconter aux adolescents ce qui s'était passé. L'air détaché d'Adrien, quand il avait expliqué avoir réellement eu envie de tuer Lila parce qu'il ne la supportait plus, l'avait glacée. Heureusement, ses amis s'étaient interposés et la fille qui tenait le Ladyblog avait donné une version édulcorée de la scène au professeur. Pour le moment, le lycée ne l'avait pas contactée. Elle avait envoyé un message à Lila lui faisant savoir que si elle s'exprimait d'une manière ou d'une autre, par quelque moyen que ce soit, sur Adrien ou son entourage, Monsieur Agreste s'occuperait personnellement de le lui faire regretter. Elle avait demandé à la cellule communication de la marque Agreste de veiller particulièrement à toute information sur internet liée à Adrien, mais aussi à Marinette et Lila. Une personne était de veille cette nuit. Cette fois-ci, elle ne se ferait pas prendre de court.

Nathalie se demanda si Gabriel se rendait compte que, s'il gardait Adrien chez lui, il perdait toute prise sur son fils. Comme avait exprimé Adrien à plusieurs reprises, on lui avait pratiquement tout arraché. De là à ce qu'il en conclue qu'il n'avait plus rien à perdre et qu'il devienne totalement incontrôlable, il n'y avait qu'un pas. Les prochains jours allaient être lourds à gérer.

Nathalie avait envoyé un rapport circonstancié à son patron, le plus neutre possible, car il avait tendance à la trouver trop sentimentale avec Adrien. Il avait répondu un simple « Qu'il reste à la maison jusqu'à mon retour ». Elle ne s'en était pas étonnée.

Sentimentalité ou non, Nathalie s'inquiétait pour Adrien. Elle avait lu les messages qu'il avait échangés avec Marinette. Il lui était profondément attaché et devait souffrir de leur séparation. Il semblait avoir deviné que la rupture avait été imposée. Il devait donc leur en vouloir terriblement pour cela.

Elle savait aussi combien les amis avaient pris de la place dans la vie d'Adrien. Il était très apprécié, si elle en jugeait par les messages de soutien qu'il avait reçus. Ceux-ci s'étaient rapidement taris, mais Nathalie ne pensait pas que c'était de l'indifférence. D'une manière ou d'une autre, le cercle social d'Adrien avait été prévenu ou avait deviné qu'Adrien n'avait plus accès à ses messages. Tant les venues de Kagami et Chloé que les comptes-rendus de Lila prouvaient qu'Adrien restait au centre d'une attention soutenue.

Nathalie espéra que Gabriel n'allait pas restreindre les rares visites qu'Adrien recevait. S'il ne fréquentait pas le lycée, il fallait lui laisser un minimum d'interactions avec ses amis. Monsieur Agreste s'était forgé un caractère inflexible et indépendant. Il pensait qu'il devait modeler Adrien pour qu'il en soit de même. Nathalie estimait qu'Adrien n'était pas du même bois que son père et que l'éducation qu'il subissait avait davantage de chances de le briser que de l'endurcir. Elle avait fait son possible pour adoucir la rigidité des exigences de Gabriel, mais elle voyait bien que cela ne suffisait plus. Adrien était à deux doigts de craquer.

Non, il avait déjà craqué, corrigea Nathalie. Il ne fallait pas prendre l'épisode du jour comme un accès passager, mais au contraire comme le signe précurseur d'une crise grave et profonde qui était sur le point d'éclater. Il fallait absolument renverser la vapeur, redonner espoir à Adrien.

Le problème était que si Adrien retrouvait une partie de sa liberté d'action, la première chose qu'il ferait serait de prendre contact avec Marinette. Gabriel y était tout à fait opposé. Il allait être compliqué de trouver un compromis à la fois accepté par le père et supporté par le fils. Nathalie se demanda si elle ne pouvait pas utiliser Chloé pour amener Gabriel à reculer. Elle était certaine que l'adolescente pouvait amener son père – qui ne lui refusait rien – à intervenir pour Adrien. Elle pouvait aussi avoir la langue trop longue et faire savoir publiquement la manière dont Gabriel contraignait son fils.

Cela ferait un très mauvais effet sur l'opinion publique. Adrien était très populaire. La Maison Agreste ne pouvait se permettre une telle image. Elle en parlerait au plus tôt avec Gabriel. Il rentrerait d'Allemagne le lendemain soir. Elle aurait le temps d'affûter ses arguments d'ici là.

Avant de se retirer dans la chambre qui lui était réservée dans l'aile des domestiques, Nathalie passa dans le couloir où se trouvait Adrien. Elle entra sans bruit dans la chambre. Il dormait. Elle avait pris sur elle de mettre un léger somnifère dans sa soupe. Elle voulait qu'il se repose.

Elle viendrait le voir le lendemain matin et veillerait à ce qu'il ne reste pas trop seul dans la journée. Elle avait encore en tête le jour où elle l'avait surpris le corps à moitié hors de la fenêtre. S'il n'avait pas paru aussi étonné de la voir inquiète, elle aurait vraiment cru qu'il avait des idées suicidaires. Elle avait été momentanément rassurée, mais elle avait manifestement été trop optimiste.

Il fallait vraiment qu'elle convainque Gabriel de laisser reprendre une vie normale.

oOo

Il était cinq heures trente du matin quand Adrien se réveilla. Il s'était effondré comme une masse la veille, en remontant de son dîner. Il ne s'était même pas mis en pyjama. Il avait retiré son pantalon et s'était glissé dans son lit. Constatant l'heure matinale, il pensa se rendormir, mais ce fut impossible. Il avait déjà dormi dix heures pleines.

Il se leva, prit une douche puis s'habilla. Il était morose. Il n'allait plus sortir officiellement, désormais. Il avait espéré la veille aller voir Marinette. Malheureusement, il s'était endormi trop vite. Il avait besoin d'elle, là, maintenant. Il pensa partir tout de suite, mais elle devait être en train de dormir. Tom devait être dans son fournil. Personne ne l'entendrait sonner à la porte. Il n'allait quand même pas arriver par la terrasse !

Il décida d'attendre 7 heures du matin. Tom serait dans la boulangerie et lui ouvrirait. Il veillerait à être de retour avant que Nathalie ne vienne aux nouvelles. Il se demanda ce qu'il allait faire en attendant. Il vit Plagg, qu'il avait laissé dans le lit, s'étirer et ouvrir les yeux.

— Tu dors encore, paresseux ? lui lança ironiquement Adrien.

— Il est quelle heure ?

— Six heures moins le quart.

— Qu'est-ce que tu fais debout ? protesta le kwami. Éteins cette lumière !

— Pas sommeil.

— Mais moi, si.

— Eh, bien dors. Je vais faire un tour !

— Sans moi ? s'étonna Plagg.

Adrien avait lancé son intention comme une boutade, mais il réalisa qu'il avait besoin de bouger.

— Je vais juste me balader dans le manoir. On ira voir Marinette ensuite. Elle doit dormir, à cette heure-ci.

— Comme tous les gens normaux, remarqua Plagg en bâillant.

— Je ne dois pas être normal, alors, soupira Adrien. Bon, j'y vais.

— Mais attends, je viens avec toi !

— Tu as peur que je fasse des bêtises ?

— Non, mais j'espère que tu passeras par la cuisine.

— Je me disais aussi !

Plagg vint planer près d'Adrien, qui ouvrit sa porte et longea le couloir. Il descendit ensuite le monumental escalier, avant d'atteindre le hall. Adrien pensait faire un tour aux cuisines ‒ épuisé comme il l'était la veille, il avait à peine touché au dessert et puis ça ferait plaisir à son kwami ‒ mais il changea d'idée. Il fit un détour et ouvrit la porte du bureau de son père.

— Qu'est-ce que tu fais ? demanda Plagg en le suivant.

— J'ai envie de voir le portrait de Maman.

Le kwami ne répondit pas. Il savait que c'était un sujet sensible. Adrien s'avança et regarda la toile. Sa mère était tellement belle ! Adrien se souvint de la fois où il s'était aperçu que son père cachait un coffre-fort derrière la peinture. Il avait fait une découverte étonnante. Il se demanda si le livre des Miraculous que son père avait trouvé au Tibet était toujours dedans. Ce livre... c'était une drôle de coïncidence, quand même, qu'il soit en possession du père de Chat Noir.

Il savait qu'il pouvait demander à Plagg d'ouvrir le coffre. Le problème était qu'il était filmé par les caméras de surveillance. Que dirait son père si... Mais que lui importait ce que son père allait dire ? songea-t-il. Après ce qu'il avait fait au lycée, cela ne changerait pas grand-chose. Il savait qu'une fois son père revenu, sa vie deviendrait un enfer. Alors, un peu plus, un peu moins... Et puis, tant mieux si son père s'agaçait de le voir fouiller dans ses affaires. Adrien savait que Nathalie avait étudié le contenu de son téléphone et il n'avait pas la moindre envie de se montrer respectueux envers son père.

Il écarta le tableau et se plaça devant le coffre, tournant le dos à la caméra.

— Plagg, souffla-t-il. Ouvre-moi ça.

— Mais qu'est-ce qui te prend ?

— Fais-le, c'est tout.

— Comme tu veux. Mais tu sais que ton père le saura.

— Tant mieux, ça lui fera les pieds.

— Comme si c'était fait.

Le battant s'écarta et Adrien regarda avec curiosité ce que Gabriel considérait comme assez précieux pour mettre sous clé dans une maison déjà fortement sécurisée. Il vit une photo de sa mère, adossée au manuel qu'il avait autrefois volé, des disques durs, des liasses de papiers, et...

À côté du cadre photo, il vit une broche qui lui était étrangement familière. Intrigué, il la prit entre ses doigts et l'examina, se tournant pour mieux la voir. C'est dingue comme cela ressemblait à...

Adrien se figea. Il tenait dans ses mains un Miraculous. Celui du Paon. Qui avait été perdu. Perdu avec le livre qui était là. Mais alors, cela voulait dire que le Miraculous du Papillon...

— Adrien, fit la voix de Plagg. Qu'est-ce que tu tiens entre tes mains ?

Mais comment était-ce possible ? Certes, son père était inflexible et sévère, mais le Papillon était... cruel et implacable...

— Adrien, mets la broche, fais sortir Dusuu, le pressa son kwami.

Adrien leva la tête pour parler à Plagg, qui tournait comme un fou autour de lui :

— Pas ici, dit-il d'une voix calme. Je suis filmé. On remonte.

Adrien mit le Miraculous dans sa poche et se saisit du livre. Pas question qu'il le laisse sur place. Sa main hésita avant de rafler également le portrait de sa mère. Il savait qu'il devait quitter cette maison et qu'il n'y reviendrait pas tant que le Papillon ne serait pas vaincu.

— On y va, Plagg, dit-il entre ses dents avant de reculer.

Il tendit la main pour refermer le coffre, mais décida finalement de le laisser tel quel. Son forfait serait découvert dès le matin, quand le Gorille vérifierait que tout s'était bien passé durant la nuit. Inutile de tenter de le cacher.

Soudain, il se sentit en danger. Il devait sortir de là. Il s'élança hors du bureau, grimpa les escaliers aussi vite que possible, et se précipita dans sa chambre.

— Il faut aller voir Marinette, conseilla son kwami dès qu'ils y furent en sûreté.

— Ce n'est pas prudent de la mêler à ça.

— Tu ne peux pas rester tout le temps en Chat Noir. Elle t'aidera à assurer tes arrières quand tu ne seras pas avec Ladybug, insista Plagg.

Adrien n'était pas persuadé par l'aspect tactique de ce choix. Cependant, ce qu'il avait découvert avait déclenché une tempête dans son crâne. Instinctivement, il ressentait le besoin de se confier à sa petite amie pour prendre du recul et décider ce qu'il devait faire.

— Plagg, transforme-moi, ordonna-t-il.

Deux minutes plus tard, Chat Noir ouvrait la fenêtre, déployait son bâton et disparaissait dans la nuit.

-------------

J'espère que vous avez aimé lire ce chapitre autant que j'ai aimé l'écrire.

Comme vous le constatez, je n'ai pas anticipé que Nathalie serait alitée et que Gabriel porterait sur lui le Miraculous du Paon (J'ai tout écrit avant le début de la diffusion de la saison 5, excepté les scènes de combats, qui étaient prévues mais non rédigées).

On se retrouve dans une semaine pour le prochain chapitre qui s'appellera "Mineur disparu".

Bạn đang đọc truyện trên: Truyen247.Pro