
XV - Faire son choix
Adrien et Nino étaient arrivés devant le manoir Agreste. Adrien dit au revoir à Nino d'un ton distrait et sonna au portail. Plongé dans ses pensées, il remonta l'allée, salua de la tête le Gorille qui lui avait ouvert, puis monta dans sa chambre.
Il se sentait profondément ébranlé par la conversation qu'il venait d'avoir avec Nino. Il avait, jusque-là, jugé satisfaisante sa relation avec Kagami. Il savait que tout n'était pas parfait, mais s'était toujours dit qu'il ne devait pas se montrer trop exigeant. Il savait que Kagami préférait largement quand ils restaient entre eux, mais elle n'avait jamais refusé de rejoindre leurs amis – non, ses amis, réalisa-t-il. Il avait espéré qu'elle s'intégrerait à son groupe, mais force était de constater qu'elle ne s'était liée à personne, si ce n'est Marinette (non, ne pas penser à Marinette maintenant, c'était déjà assez compliqué comme ça).
Avait-il été égoïste en imposant ces sorties à Kagami ? Il avait réellement eu l'impression qu'elle les appréciait malgré tout. Il reconnaissait qu'il avait autant besoin de passer du temps avec son groupe que rester seul avec elle en toute intimité. Pour cette raison, il avait équitablement partagé leur temps commun entre ces deux activités. Le fait qu'il n'ait pas une nette préférence pour leurs moments réservés était-il le signe qu'il ne l'aimait pas autant qu'il voulait le croire ?
Kagami était certaine qu'ils étaient faits l'un pour l'autre. Il était vrai qu'ils se comprenaient très bien, ayant à gérer les mêmes contraintes. Kagami ne s'étonnait pas de la taille de sa chambre et ne trouvait pas étrange que son père ne lui consacre qu'une heure par semaine. Il y avait néanmoins une grande différence entre eux : lui-même tentait de profiter de chaque opportunité pour s'échapper et s'ouvrir aux autres. Ce n'était pas le cas de Kagami qui prétendait apprécier sa vie retirée, même si elle tentait parfois de s'y soustraire.
Dans un certain sens, elle le restreignait. Certes, elle ne manquait ni de courage ni d'esprit de décision. S'ils se mettaient d'accord pour mentir à leurs parents et faire quelque chose d'interdit, elle savait prendre des initiatives et en assumer les conséquences. Malheureusement, elle jugeait souvent sans intérêt ce que sa bande à lui proposait. Il ne pouvait pas lui demander trop souvent de risquer des ennuis avec sa mère pour une sortie qu'elle n'allait pas apprécier.
Ce qui amenait Adrien à la même conclusion que Nino : Kagami et lui avaient des envies et des préférences légitimes, qu'ils devaient tous deux respecter, mais qui les amenaient trop souvent à se contraindre. Leurs envies ne coïncidaient pas assez pour que les moments de mutuelle satisfaction compensent ceux où ils se pliaient aux besoins de l'autre.
Tout n'était pas négatif pour autant. Adrien aimait embrasser et tenir Kagami dans ses bras. Il aimait discuter avec elle. Il aimait les messages tendres qu'ils échangeaient le soir. Il aimait qu'elle voie en lui la personne, et non le mannequin (même si elle continuait à être très réservée sur son côté Chat Noir). Et il aimait avoir une petite amie, une personne pour qui il était quelqu'un de spécial.
— Adrien ?
— Hein ? sursauta-t-il.
C'était Plagg qui flottait devant son nez.
— Quoi ? Tu n'as plus de camembert ?
— Je vérifiais juste si tu étais encore vivant.
— Qu'est-ce que tu racontes ?
— Cela fait cinq minutes que tu es totalement immobile. T'avais même oublié de respirer.
— Arrête de dire des bêtises.
— Qui est-ce qui te rend catatonique ? Kagami ou Marinette ?
— Oh, fiche-moi la paix, s'agaça Adrien. Tu ne vas pas t'y mettre aussi.
Bien sûr, son kwami avait entendu toute sa conversation avec Nino. Adrien fut tenté de lui demander ce qu'il en pensait, avant de décider de ne pas poser la question : il voulait arriver au bout de ses propres réflexions avant d'avoir l'avis de la déité chaotique qui partageait sa vie.
Adrien – qui effectivement s'était immobilisé juste après avoir franchi la porte de sa chambre – s'assit à son bureau et se connecta à l'interface de son lycée, pour regarder les devoirs qu'il devait terminer. L'écran se brouilla sous ses yeux alors que ses pensées allaient vers celle que Nino lui avait désignée comme lui convenant mieux.
Serait-il vraiment plus heureux avec quelqu'un comme Marinette ? Une personne gaie, empathique, créative, qui n'avait pas été élevée dans les principes stricts qui étaient communs à Adrien et Kagami ? Une personne qui avait une vraie famille et prenait les autres dans ses bras de manière naturelle ? Une personne qui aimait ses blagues, même quand elles n'étaient pas très drôles, qui donnait envie de sourire, par sa simple présence. Une personne qui était également imprévisible, qu'il ne comprenait pas toujours et qui, par ses réactions, l'amenait à se demander s'il n'avait pas dit ou fait quelque chose de blessant ou de maladroit.
C'est ce que semblait penser son meilleur ami. Ce dernier avait bien précisé qu'il parlait de manière générale, et pas d'une personne en particulier, mais des personnes comme Marinette ne couraient pas les rues. Il n'en connaissait qu'une. Et c'était Marinette. Qu'en déduire ? Que c'était elle qu'il lui fallait ? Que c'était avec elle qu'il devrait sortir ? Mais pour ça, encore fallait-il qu'il soit amoureux d'elle. Or, il n'avait jamais songé à elle de cette manière. Cela pourrait-il changer ?
Il lui était très attaché, il le savait. C'était une amie à laquelle il tenait particulièrement. Tout comme Nino, son super copain et Chloé, qu'il considérait pratiquement comme sa sœur. Il ne considérait pas Marinette comme sa sœur, c'était certain. Était-elle davantage qu'une super copine ? Ce n'est pas parce qu'elle comptait énormément pour lui que c'était de l'amour.
Il n'avait jamais eu à se questionner sur ses sentiments pour Ladybug. Il avait immédiatement compris qu'il était amoureux d'elle et qu'il souhaitait davantage que son amitié. Sa relation amicale avec Marinette, jusqu'à maintenant, lui avait toujours paru suffisante. N'était-ce pas le signe qu'il devait en rester là ?
Renonçant à faire semblant de travailler, Adrien se leva et se posta devant sa fenêtre. Il regarda le soir tomber sur les arbres qui masquaient fort opportunément ses sorties illicites. Alors que la masse de feuilles devenait sombre, il tenta d'analyser ce qui existait entre lui et Marinette.
Les premiers échanges catastrophiques, à cause de Chloé, puis leur réconciliation le lendemain. Elle avait été la seconde personne à devenir son amie, après Nino. Durant leur année de collège, il l'appréciait déjà beaucoup, mais il n'arrivait pas toujours à bien la cerner. Elle pouvait un jour être une amie formidable et, le lendemain, le fuir. Il avait été important pour lui d'être considéré comme son ami, mais il n'aurait pu, en aucun cas, tomber amoureux d'une fille aussi lunatique. Il en était certain. Aucune idée romantique n'aurait pu lui venir à l'esprit à cette époque. Sans compter qu'il était totalement sous le charme de Ladybug qui, elle, au moins, avait à son égard une ligne de conduite claire et nette – malheureusement pas dans le sens qu'il aurait voulu.
Marinette avait beaucoup changé après leur séjour à New York, un an auparavant, se souvint-il. Cela avait été plus facile d'échanger avec elle. Ils s'étaient vus plus souvent et la désagréable impression de ne pas savoir ce qu'elle attendait de lui avait disparu. Leurs relations s'étaient fluidifiées, ils avaient pu avoir des discussions bien plus riches et satisfaisantes. Cependant, dans le même temps, il essayait de construire une relation avec Kagami. L'aurait-il fait s'il avait été attiré par Marinette ? Non, il ne le pensait pas. Il n'avait jamais été tenté de l'embrasser, par exemple. Alors qu'il y pensait beaucoup avec Ladybug et que c'était quelque chose qu'il aimait énormément faire avec Kagami.
Et aujourd'hui, que ressentait-il à l'idée de l'embrasser ? Hum. Bon, d'accord. Cependant, cela ne pouvait n'être qu'une simple attirance pour une fille très mignonne. Pas forcément de l'amour.
L'alarme qu'il avait programmée pour l'informer qu'il devait descendre dîner retentit. Il s'arracha à ses pensées embarrassantes et passa dans la salle de bains pour se laver les mains. Ce faisant, il examina son image dans le miroir. Il se demanda ce que Kagami et Marinette voyaient de lui. Il était certain qu'elles savaient voir au-delà de sa gueule d'ange et de ses yeux verts. Le garçon lisse, sans caractère, souriant stupidement ou faisant du charme à l'objectif, ce n'était pas lui. Il avait détesté, l'année précédente, la manière dont il avait recouvert les murs de Paris. Il s'était trouvé tellement tarte dessus ! Il ne l'avait bien entendu jamais formulé, par loyauté envers la marque de son père, mais était bien décidé à ne pas recommencer l'expérience. Il avait trouvé cela exaltant plus jeune. Ce n'était plus le cas.
Il s'essuya les mains et se dirigea vers le couloir.
— Sois sage, Plagg ! lança-t-il comme à son habitude.
— Je le suis toujours, prétendit le kwami.
C'était un mensonge éhonté. Le mois précédent, Adrien avait dû hausser le ton, après avoir entendu le chef cuisinier se plaindre auprès de Nathalie de la disparition de fromage dans le garde-manger.
Alors qu'il descendait l'escalier, Adrien songea à appliquer la méthode préconisée par Nino. Il se demanda dans quelle mesure Marinette lui manquerait s'ils ne pouvaient plus se voir durant un long moment.
Il devait reconnaître qu'il avait été très heureux de la retrouver à la rentrée, après trois semaines de séparation. Tout comme il l'avait été pour Kagami. En allant par là, il pouvait dire que Nino aussi lui avait manqué. Cela ne répondait pas à sa question.
Il tenta alors d'imaginer des journées en classe, sans Marinette. Sans leurs rencontres quotidiennes, leurs plaisanteries, les petites attentions qu'elle avait pour lui quand il avait le moral à plat ou qu'il était fatigué – il se sentait parfois gêné de ne pas réussir à le lui dissimuler alors qu'il arrivait à donner le change au reste de son entourage. Plus de cookies, plus de discussions passionnées sur la mode. Fini les petits bijoux, broderies, écharpes qu'il reconnaissait sur ses amis et sur les affaires des camarades de classe de Marinette. Plus personne pour le combattre férocement quand il jouait aux jeux vidéo, pour l'étonner par son utilisation du jeu. Plus de bredouillements ou de maladresse aux moments les plus incongrus. Plus de sergent-chef dirigeant d'une main de fer leur campagne de dénigrement de Lila. Plus de défense enflammée des élèves victimes de punitions injustes ou de la malveillance de leurs camarades. Plus de regard bleu complice, plus de rire perlé, plus de main légère posée brièvement sur son bras, plus de présence chaude et réconfortante. Non, ce ne serait pas possible. Ce serait trop triste.
Il sentit sa bouche s'ouvrir de stupéfaction alors qu'il s'immobilisait sur le seuil de la salle à manger. Depuis quand Marinette avait-elle pris autant de place dans sa vie ? Depuis quand comptait-il à ce point sur elle pour avoir des moments doux et joyeux dans son existence ?
— Monsieur Adrien ?
Le jeune homme émergea de ses pensées et vit la femme d'une quarantaine d'années qui faisait le service entre la cuisine et sa table.
— Bonsoir, Maria, dit-il poliment. Excusez-moi, je suis un peu fatigué ce soir.
Il s'assit à sa place. Il n'y avait qu'un seul couvert. Pour une fois, il se réjouit que son père ne le rejoigne pas. En dépliant sa serviette, il se demanda comment il en était venu à avoir des sentiments aussi tendres pour Marinette. Il n'avait vraiment rien soupçonné. C'était venu petit à petit, au cours des mois précédents. Mais depuis combien de temps sortait-il avec une fille en en aimant une autre ? Était-il amoureux des deux en même temps ? Était-ce de l'infidélité ?
Alors que l'employée lui servait une assiette de potage, il s'interrogea : est-ce qu'on pouvait être infidèle sans en avoir conscience ? Il se dit ensuite que la question était désormais dépassée. Il était pleinement conscient de ressentir pour Marinette une attirance qui allait au-delà de la simple amitié. Il se devait donc faire un choix, par honnêteté envers les deux jeunes filles.
Adrien avala le contenu de son assiette, sans en sentir le goût. Le consommé fut remplacé par une viande accompagnée de haricots verts et tomates poêlées. Adrien avait l'appétit coupé, mais il se força à manger. Des personnes s'étaient donné la peine de lui préparer ce repas, il ne voulait pas leur donner l'impression de travailler pour rien.
Pouvait-il choisir Marinette ? se demanda-t-il en mâchonnant ses légumes. Ses sentiments avaient évolué. Qu'en était-il des siens ? Que ressentait-elle à son égard ?
Que lui disait son attitude envers lui ? Elle était tellement passionnée et généreuse qu'elle pouvait être attentive et affectueuse envers lui, simplement parce qu'elle savait que sa vie était difficile et frustrante. Elle en était capable.
Il réalisa qu'il n'avait jamais vu Marinette amoureuse. Il n'avait pas la moindre idée de la manière dont elle exprimait ses tendres sentiments. Il lui était difficile de déterminer si les attentions qu'elle avait à son égard étaient de la pure gentillesse ou si elles traduisaient davantage. Serait-il capable de le remarquer si elle était amoureuse de lui ? S'il était aveugle à ses propres sentiments, il n'était vraisemblablement pas très doué pour remarquer ceux des autres.
Il avait terminé son plat. Le dessert arriva : mandarine et orange sur fromage blanc battu.
Si Marinette avait des sentiments pour lui, elle le cachait bien, estima-t-il après y avoir réfléchi. Elle s'était toujours montrée très positive au sujet de sa relation avec Kagami, respectant les moments où ils préféraient rester à deux. L'amitié entre ses deux amies semblait être au beau fixe. Nino n'avait-il pas précisé qu'il ne savait pas ce que Marinette ressentait à son égard ? S'intéressait-elle à lui de cette manière ? Rien n'était moins sûr ! C'était bien la peine d'être un sex-symbol, tiens !
Son repas était terminé. Il remercia Maria et remonta dans sa chambre.
— C'était bon ? demanda Plagg. Tu as eu du fromage ?
— Pas celui que tu aimes.
— J'ai rien raté, alors, fit le kwami. Et toi, tu en es où ?
Adrien soupira profondément.
— Je vois, dit Plagg. Tu ne vas pas être rigolo, ce soir.
Le kwami continua à jouer avec la boulette de papier qui l'avait occupé durant l'absence d'Adrien. Son porteur ne lui reprocha pas sa fuite. Il préférait même que Plagg ne soit pas en train de tournicoter autour de lui, d'un air sardonique. Il se jeta sur son lit et regarda le plafond.
Il avait tenté – en vain – de déterminer si Marinette pouvait répondre à ses nouveaux sentiments. Mais était-ce vraiment la bonne question ? Adrien ne devait pas décider s'il restait avec Kagami en fonction des sentiments de Marinette. Qu'elle l'aime ou non, il n'était pas correct de continuer à sortir avec sa petite amie actuelle, s'il pensait qu'elle ne lui convenait pas ou qu'il lorgnait vers une autre. C'était ses propres sentiments qu'il devait sonder et non ceux de sa meilleure amie qui-était-finalement-un-peu-plus-que-ça.
Il roula sur lui-même et se mit sur le ventre.
Était-il heureux avec Kagami ? Il pensait être amoureux d'elle. Pas comme il l'avait été de Ladybug, mais elle représentait pour lui davantage qu'une simple amie.
Elle lui apportait une stabilité sentimentale dont il avait besoin. Elle l'aimait, sincèrement. Elle arrivait de mieux en mieux à l'exprimer, répondant à son besoin de câlins. Il était cependant clair qu'elle était nettement moins tactile que lui. D'un autre côté, elle appréciait leurs baisers sans la moindre réserve. Quand il avait timidement laissé ses mains errer sur son corps, elle l'avait volontiers laissé faire. Ils n'étaient pas allés bien loin et cela leur avait suffi. Adrien sentait qu'ils étaient plutôt en phase de ce côté-là.
Il appréciait aussi la liberté que lui donnait cette relation. La mère de Kagami et son propre père acceptaient l'idée qu'ils se promènent ensemble. Il était évident pour Adrien qu'il n'aurait pas cette licence avec une autre petite amie (sauf avec Chloé, mais il était hors de question qu'il sorte avec elle ou qu'il lui demande de lui servir d'alibi pour sa vie sentimentale). Cela n'était néanmoins pas un argument suffisant pour rester avec Kagami.
À quel point Kagami lui manquerait-elle s'ils ne pouvaient plus se rencontrer durant un moment ? Clairement moins que Marinette, qu'il avait pris l'habitude de voir pratiquement tous les jours. Rencontrer Kagami uniquement le week-end et durant leur cours d'escrime lui suffisait. Ne plus voir chaque jour le sourire de Marinette lui coûterait davantage.
Il y avait un autre élément à prendre en compte. Ses sentiments pour Kagami n'avaient pas évolué depuis le début de leur relation. Il s'était contenté de cet amour tiède, parce qu'il fallait bien qu'il tourne la page et qu'il oublie l'élan puissant qui l'avait poussé vers Ladybug. Kagami avait été un baume pour son cœur blessé.
A contrario, il était en train de s'attacher davantage chaque jour à Marinette. Elle était pétillante, gaie, affectueuse. Elle correspondait à la vie qu'il aurait voulu avoir et qu'il était bien décidé à se construire dans le futur. Elle allait le pousser vers l'avant et non le freiner, comme le faisait Kagami.
De plus, les incontestables qualités de Kagami emportaient son respect, mais pas son admiration. Il ne pourrait jamais l'aimer comme il avait aimé Ladybug. Marinette, au contraire, lui réservait des surprises. Elle avait des dons, sortait de tous les cadres. Elle ressemblait davantage à Ladybug que Kagami, résuma-t-il. D'ailleurs, s'il n'avait pas déjà vu Ladybug et Marinette côte à côte, il aurait de sérieux soupçons sur l'identité de sa partenaire.
Il se leva et se rendit dans la salle de bains pour se laver les dents. Alors qu'il les brossait, il accepta de regarder les choses en face : son cœur avait choisi.
Que devait-il faire, désormais ? Rompre avec Kagami ? Demander à Marinette si elle voulait sortir avec lui ? Que penseraient les deux jeunes filles de le voir passer de l'une à l'autre ? Il ne voulait blesser personne.
Il n'était d'ailleurs pas certain que Marinette accepterait sa proposition. Ne serait-il pas plus avisé de vérifier qu'il l'intéressait, avant de rompre avec Kagami ? Il se reprocha aussitôt cette pensée. Quel manque de respect pour son actuelle petite amie ! N'avait-il pas convenu qu'il devait choisir entre les deux et assumer son choix ? De toute manière, Marinette n'accepterait jamais de sortir avec lui tant qu'il n'était pas libre. Elle le mépriserait d'oser lui faire des avances, alors que sa parole était encore engagée auprès d'une autre.
Cependant, l'idée de mettre fin à la confortable relation qu'il avait avec sa camarade d'escrime l'angoissait. Et si Marinette ne voulait pas de lui et qu'il se retrouvait seul, ensuite, n'aurait-il pas tout perdu ? Il secoua la tête. C'était, là encore, un calcul indigne. Comment osait-il penser à son petit confort, alors qu'il projetait de briser le cœur de Kagami ?
D'abord mettre la situation au clair avec Kagami. Attendre un peu pour être certain que les choses étaient bien nettes. Voir ce qu'il en était du côté de Marinette. Et si elle n'était pas intéressée, eh bien... au moins il aurait été honnête avec Kagami et lui-même.
-o-
Adrien se sentit mal à l'aise toute la semaine. Il avait prévu de parler à Kagami le week-end suivant. Chloé fut la première à se rendre compte que quelque chose n'allait pas.
— Tu en fais une tête ! Tu as un problème ?
— Tu trouves que, Kagami et moi, on est bien accordés ? lui demanda Adrien.
Chloé ne s'attendait manifestement pas à cette question.
— C'est ça qui te tracasse ? Soit tu t'ennuies avec elle et tu la laisses tomber, soit elle te fait du bien et tu te fous d'être accordé ou non.
— Ouais, vu comme ça, ce n'est pas compliqué.
— Si tu te poses la question, ce n'est pas bon signe.
— Je suppose que non.
— Eh bien, dis-lui que c'est terminé, voilà tout.
— Tu sais, Chloé, il y a des gens qui prennent en compte les sentiments des autres.
— La plupart s'en fichent, rétorqua Chloé en jetant un regard rapide vers Sabrina et Sundar, qui discutaient, très près l'un de l'autre. Si tu crois qu'on prendra des gants avec toi !
-o-
Le lendemain, alors qu'il était seul avec Nino, qui l'accompagnait jusqu'à sa voiture, Adrien fit savoir :
— Je crois que je vais rompre avec Kagami.
— J'espère que tu es sûr de toi, fit remarquer Nino. Je ne veux pas que ce soit uniquement à cause de ce que je t'ai dit.
— J'y ai réfléchi et je suis certain que tu as vu juste. Dis, concernant Marinette, tu ne sais vraiment pas si elle serait intéressée ?
— Bin, dis donc, tu ne perds pas de temps, toi ! estima son ami.
— Je crois que je ne suis pas très doué dans ce domaine, dit Adrien d'un ton piteux. Ce que tu m'as dit m'a fait comprendre des choses que je ressentais déjà depuis un moment. Ça peut paraître rapide, mais, moi, j'ai l'impression, au contraire, d'être à la ramasse.
— Ah, dit Nino.
— Ça veut dire quoi, ça ?
— Rien, rien.
— Allez, accouche !
Nino retira sa casquette, se gratta la tête et la remit.
— Mince ! dit Adrien.
— Quoi ?
— La dernière fois que tu as fait ça, tu m'as ensuite dit un truc qui m'a donné une claque. Je crains le pire, là !
— Possible que ça t'en mette une seconde, convint Nino.
— C'est bon, soupira Adrien. Autant tout faire d'un coup, hein ! Je m'accroche, dis-moi.
— Si tu avais regardé du côté de Marinette quand on était en troisième, tu aurais eu ta chance. Maintenant, je ne sais pas. Elle est beaucoup plus à l'aise avec toi depuis qu'elle a décidé que l'amitié était ce qui convenait entre vous. Je ne suis pas certain qu'elle veuille revenir en arrière.
Adrien s'était arrêté sur le trottoir, la bouche grande ouverte.
— Tu plaisantes ! dit-il, profondément choqué.
— Pas vraiment, non.
— Mais pourquoi tu ne me l'as pas dit plus tôt ?
— Tu aurais été intéressé il y a deux ans ?
Adrien secoua la tête. Non, pas à cette époque.
— Tu n'avais pas besoin de savoir, alors, en conclut Nino.
— Et elle a changé d'avis depuis ? s'inquiéta Adrien.
— T'es sortie avec Kagami, faut la comprendre ! Elle semble beaucoup apprécier votre mode de fonctionnement actuel. Mais, comme je t'ai dit l'autre jour, on ne peut pas savoir avant d'avoir demandé.
Adrien se remit en marche.
— Ça ne change rien pour Kagami, fit-il remarquer. Je ne peux pas continuer à sortir avec elle, maintenant que j'ai Marinette dans la tête.
— Ce serait compliqué, convint Nino.
Ils étaient arrivés au carrefour où se trouvait le chauffeur qui devait ramener Adrien chez lui.
— Mec, fit Adrien.
— Ouais.
— Sois sympa, arrête de retirer ta casquette pour te gratter la tête. J'ai eu mon compte, là.
-o-
Adrien avait proposé à Kagami de venir le voir chez lui. Il préférait lui donner la possibilité de partir quand elle le voudrait, une fois qu'il aurait délivré son message. Comme toujours, il descendit l'accueillir dans le hall quand elle arriva. Ils montèrent dans sa chambre, sagement l'un à côté de l'autre. Kagami n'avait jamais apprécié les effusions publiques et préférait attendre qu'ils soient dans la chambre pour qu'ils s'embrassent.
Une fois la porte refermée derrière eux, elle se tourna vers lui, mais il avança vers son canapé en l'invitant à le suivre. Quand ils s'assirent, il vit son regard inquiet. Bien sûr, d'une certaine manière, sa réserve avait déjà délivré le message. Elle avait sans doute déjà compris que quelque chose n'allait pas. Inutile de tenter d'atténuer le coup ou de faire durer le moment. Il détestait quand on tentait de le protéger ainsi. Au final, cela ne changeait rien, sauf l'impression qu'on faisait pitié. Il n'avait pas l'intention d'infliger cela à Kagami. Elle ne le méritait pas.
— J'apprécie beaucoup de sortir avec toi, mais pas autant que je le devrais, commença-t-il. Je pense qu'il est mieux pour nous deux que nous redevenions simplement des amis. Ce n'est pas toi qui es en cause, c'est moi. Je suis désolé.
Kagami ne laissa apparaître aucune émotion sur son visage. Seul un léger tressaillement de sa bouche montra qu'elle avait parfaitement compris le message. Ni choc ni surprise dans ses yeux. Elle semblait s'attendre à cette déclaration. Suis-je un si mauvais petit ami que ça ? se demanda Adrien.
— Je vois, répondit-elle d'une voix calme. Tu as fait ton choix.
— Pardon ? demanda-t-il surpris.
Puis, il comprit. Nino l'avait prévenu. Kagami avait noté qu'il s'entendait particulièrement bien avec Marinette et en était contrariée. C'est pour cela qu'elle s'attendait à cette rupture. Il sentit qu'il s'empourprait. Il avait honte de lui. Quel copain minable il avait été !
— Je suis désolé, répéta-t-il d'une voix contrite, car il ne pouvait rien faire d'autre que de reconnaître sa faute.
— Elle a accepté ? demanda Kagami.
Il secoua la tête et précisa :
— Je n'ai pas demandé.
Un peu vexé à l'idée que Kagami l'ait cru aussi indélicat, il ajouta :
— Cela aurait été prématuré, tu ne crois pas ?
Elle haussa les épaules.
— Sans doute.
Il y eut un silence, puis elle demanda :
— Tu veux que je m'en aille ?
— Je comprendrais que tu n'aies plus envie de me voir, répondit-il. Pour moi, tu es toujours une amie avec qui j'apprécie de passer du temps.
Elle resta un moment songeuse et remarqua :
— J'ai dit à ma mère que je serai avec toi jusqu'à dix-sept heures.
— Tu peux rester ici. Ou bien, on peut sortir, si tu préfères.
— Bonne idée, j'ai envie de marcher.
— Tu veux qu'on aille au centre Pompidou ? Tu as bien aimé, l'autre fois.
— Très bien.
Une fois sur place, Adrien vit que Kagami parcourait des yeux la foule qui se pressait sur le parvis.
— Tu cherches quelque chose ?
— Rien de particulier, répondit-elle.
— Il y a des jongleurs, proposa Adrien, tout se souvenant combien elle avait aimé la troupe qui avait fait des claquettes.
Cela sembla plaire également à son amie. À l'heure habituelle, il la raccompagna chez elle. Il y eut un moment embarrassant quand ils approchèrent de la maison. Généralement, ils s'arrêtaient au carrefour précédent, où un renforcement de porte leur permettait d'avoir un peu d'intimité pour s'embrasser. Ils ne firent évidemment pas de halte, cette fois-ci et une fois parvenu à la porte d'entrée, Adrien dit simplement :
— Bonne soirée. On se voit mercredi à l'escrime.
Elle eut un sourire un peu triste, puis elle se pencha pour l'embrasser sur la joue.
— À mercredi, dit-elle doucement, avant de rentrer chez elle.
-o-
Kagami n'avait pas pleuré. Ni montré sa tristesse devant sa mère. Une Tsurugi ne se lamente pas quand un garçon lui en préfère une autre. Elle fait face avec dignité. Kagami avait pensé que d'avoir prévu cette issue la rendrait plus acceptable. Une fois de plus, elle s'était trompée. L'annonce l'avait transpercée de part en part. Elle avait eu besoin de toute sa volonté pour rester de marbre. Garder sa fierté.
Elle s'en voulait de s'être enquise de la réponse de Marinette. Comme si elle était supposée s'en soucier ! Elle eut honte également de s'être réjouie du trouble d'Adrien. C'était bas de sa part. Cependant, elle ne pouvait s'empêcher d'apprécier qu'il ne se soit pas encore déclaré auprès de sa rivale. Elle pouvait espérer qu'il ait agi ainsi par respect pour elle. Tout cela, cependant, était loin de la consoler. Son cœur lui pesait.
Elle eut du mal à se concentrer les jours suivants. Certains de ses professeurs le lui firent remarquer. Elle s'efforça de redresser rapidement la barre, avant qu'ils n'en réfèrent à sa mère. Kagami ne voulait pas que celle-ci sache qu'elle avait échoué à retenir Adrien. Qu'elle réalise l'échec de sa fille. Qu'elle se rende compte qu'elle se laissait submerger par ses sentiments. Non, elle ne supporterait pas de causer de la déception à sa génitrice. Adrien avait-il indiqué à son père qu'il ne voulait plus la voir ? Qu'en penserait Monsieur Agreste ? Elle n'avait pas l'intention de demander.
Elle ne pouvait que serrer les dents et faire comme si rien ne s'était passé. Travailler dur pour retrouver son excellence. Faire comme si de rien n'était à l'escrime, pour que nul ne soupçonne ce qu'il s'était passé (au gymnase, au moins, personne ne savait qu'ils étaient sortis ensemble).
Adrien lui envoya de courts messages les jours suivants. Il demandait de ses nouvelles, lui souhaite une bonne soirée... Elle ne savait pas si ces attentions la touchaient ou au contraire ne faisaient que raviver sa douleur. Sans doute un peu des deux. Quoiqu'il en soit, elle n'y répondit pas.
Il fallait vraiment qu'elle se reprenne. Une Tsurugi connaît son devoir.
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#Marinette, tu savais qu'Adrien n'était plus avec Kagami ?
#Tu es sûre ?
#C'est lui qui l'a dit à Nino. Il ne faut pas que son père le sache, car il veut continuer à sortir le WE
#C'est triste pour eux
#Tu ferais mieux de penser à toi
#Ayla, cela ne change rien pour moi. Arrête de te faire des idées. JE NE SUIS PLUS INTÉRESSÉE.
Alya montra la conversation à Nino.
— Et merde ! dit-il succinctement.
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Voilà. Celles qui n'aiment pas le couple Adrien-Kagami doivent être soulagées. Mais rien ne sera facile pour la suite !
Bon, désolée, j'ai toujours pas eu le temps de faire mes réponses à vos gentils petits mots (que je lis avec attention et qui me font vraiment plaisir).
Et en plus, je ne posterai pas le prochain chapitre jeudi. Je ne sais pas quand viendra le suivant. Il est écrit, mais je vais rester plusieurs jours sans accès à mon ordinateur. Je vous donne quand même le titre : "Revenir à l'équilibre".
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