
XIX - Le moment de venir
Les messages continuaient à arriver dans les mains tremblantes de Marinette. Chat Noir se saisit de l'appareil et l'éteignit. Il regarda sa partenaire qui était d'une pâleur mortelle, les yeux écarquillés d'angoisse.
— On va trouver une solution, assura Chat Noir.
— Mais qu'est-ce qui se passe ici ! insista Méli-Mélo qui s'était rapprochée. Chat Noir, on doit traiter l'amok et l'akuma ! Où est Ladybug ?
Marinette parut se reprendre. Elle leva le menton et se tourna vers Méli-Mélo.
— Je suis là, Chloé.
Sous le choc, la porteuse du Singe ouvrit la bouche.
— Tu... tu.... C'est toi ?
Marinette ne répondit pas.
— Mais pourquoi tu t'es détransformée ? insista Méli-Mélo.
— Cela fait plus de cinq minutes que j'ai lancé mon Lucky Charm.
— Mais retransforme-toi vite !
— C'est trop tard ! Tout le monde m'a vue !
— Quoi ?
— Je suppose qu'elle a été filmée avant qu'elle puisse se cacher, soupira Chat Noir. C'est pour ça qu'elle reçoit tous ces messages.
— Vous êtes certains ?
— J'ai tout raté ! gémit Marinette. Je savais que je n'étais pas à la hauteur ! Je suis trop nulle. Maintenant, qu'est-ce que je vais faire ? Je ne peux pas rentrer chez moi. Je ne peux aller nulle part, ma photo doit être partout. Je ne peux pas rester en Ladybug tout le temps.
Chat Noir la prit dans ses bras et se mit à la bercer.
— On va trouver une solution. Tu trouves toujours. Méli, tu veux bien nourrir Tikki, s'il te plaît ?
Le kami rouge, épuisé, s'était réfugié dans le cou de Marinette. Chat Noir la prit délicatement et la tendit à la porteuse du Singe, qui obéit cette fois sans commentaire. Dans les bras du jeune héros, la gardienne pleurait.
— Je sais que la situation paraît désespérée, tentait de la réconforter Chat Noir. Mais il y a forcément une manière d'arranger les choses. Tu le sais, puisque dans le futur...
Il s'interrompit. Les pleurs de Marinette s'arrêtèrent. Elle leva les yeux vers son partenaire.
— Bunnyx... murmura-t-elle. Bien sûr, quand nous avons échoué, il faut faire appel à elle. C'est le moment...
Elle s'interrompit et reprit son téléphone. Elle le ralluma et fit défiler ses messages.
— Elle m'a écrit : « C'est le moment de venir me voir » ! Elle m'attend !
— Bon, tout va bien, alors, dit Chat Noir. On n'a même pas besoin de se dépêcher. Tout va s'effacer, n'est-ce pas ?
— Je suppose. Ce sera la première fois pour elle.
— Elle a déjà réussi. Va réussir... Enfin, tu m'as compris.
— Ce serait logique, oui.
— De quoi parlez-vous ? questionna Méli-Mélo.
— Je vais attribuer le Miraculous du lapin, expliqua Marinette. Sa porteuse aura la possibilité de voyager dans le temps. Je vais lui demander de revenir avant le combat et nous mettre en garde. Comme ça, tout ce qui vient de se passer sera effacé. Une nouvelle ligne temporelle prendra sa place.
— Tu veux dire que cette conversation n'aura jamais été tenue ?
— C'est ça. Il est possible que, moi, je m'en souvienne, car je vais vivre la réparation, mais pas vous.
— Dans ce cas, je peux savoir qui est Chat Noir ! déclara Méli-Mélo. Après tout, vous savez tous les deux qui je suis. Détransformation !
Chloé croisa les bras et dévisagea Marinette et Chat Noir. Ce dernier regarda sa partenaire d'un air interrogatif.
— C'est vrai qu'elle ne se souviendra de rien, convint la gardienne.
— C'est parti, alors, fit Chat Noir. Détransformation.
Chloé écarquilla les yeux :
— Adrien ?!
— À ton service, Chloé.
— Ah, j'aurais dû m'en douter, puisque Ladybug est Marinette.
— Ne dis pas de bêtise, Chloé, soupira Marinette, ce n'est pas moi qui ai choisi Adrien. C'est le précédent gardien, celui qui m'a donné mon Miraculous.
— Hein ? Tu m'aurais choisi, Marinette, si tu avais eu le choix ? Vraiment ?
— La question ne s'est pas posée.
— Chloé, pourquoi tu penses que Marinette m'aurait choisi ?
— Si tu n'étais pas si aveugle, tu le saurais.
— Arrête, Chloé ! Ça suffit, maintenant ! s'agaça la gardienne.
— Bah quoi ? Il va tout oublier, de toute manière. Tu ne crois pas que c'est le moment de lui dire ce que tu as sur le cœur ? Vous faites pitié, vraiment, tous les deux !
— Ce n'est pas aussi simple que tu le crois.
— Eh, vous parlez de quoi, là ? Marinette, j'ai raté un truc ?
— Arrêtez ! cria Marinette. Ça n'aurait rien changé !
— Changé quoi ? insista Adrien.
— Il ne peut rien se passer entre nous deux ! C'est impossible !
— Tu veux dire... Tu veux dire que tu l'as envisagé ? Pourquoi impossible ?
— Parce que si on fait ça, on détruit Paris !
Chloé et Adrien contemplèrent Marinette, incrédule.
— Mais qu'est-ce que tu racontes ? réagit finalement Chloé. Comment une chose pareille peut arriver ?
— Adrien, je te jure que c'est vrai. Un jour, quand on était en troisième, tu as deviné qui j'étais. Bunnyx est venue. Elle m'a montré les conséquences que cela avait eues. Tu avais été akumatisé, tu étais devenu Chat Blanc. Et tu m'as dit « C'est notre amour qui a fait ça ». Et moi, je ne comprenais pas. Je n'étais pas amoureuse de Chat Noir, je ne voyais pas pourquoi je serais sortie avec lui. Mais j'en ai déduit que ni Adrien ni Chat Noir ne devaient connaître mon identité. J'ai tout effacé : ta découverte et mon histoire d'amour avec Chat Noir. Quand j'ai compris que toi et Chat Noir ne faisaient qu'un, c'est devenu plus clair, Chaton. Et cela impliquait que je ne devais pas te dire qui j'étais ni sortir avec toi. Peu importent nos sentiments, Adrien, on ne peut pas, c'est tout.
Diverses émotions étaient passées sur le visage d'Adrien, pendant qu'elle lui racontait l'histoire : incompréhension, surprise, tristesse... et enfin espoir.
— Tu veux dire... que tu as des sentiments pour moi ? demanda-t-il d'une voix hésitante. C'est vrai ?
— Adrien, dit-elle en fermant les yeux, tout cela est vain. On ne peut pas prendre le risque.
— Ce qui se passe maintenant va être effacé, non ? fit remarquer Chloé d'une voix étonnamment douce.
Marinette ouvrit les yeux. Elle bascula dans le regard avec Adrien. Pour la première fois, elle ne lui cacha pas ce qu'elle ressentait.
— Marinette, murmura Adrien. Je t'en prie...
Les yeux de la jeune fille se refermèrent. Mais ce n'était pas pour marquer son refus, cette fois. Elle lâchait prise. S'en remettait à son compagnon. Celui-ci prit avec douceur la tête de Marinette entre ses paumes et l'attira vers lui. Chloé leur tourna le dos, s'éloigna et s'assit sur le zinc. Elle sortit son téléphone et regarda comment cela se passait en bas.
-o-
Quand elle revint vers eux une demi-heure plus tard, les deux amoureux étaient assis sur le toit, dans les bras l'un de l'autre. Ils se parlaient doucement, front contre front, entrecoupant leur dialogue de doux baisers.
— Il va pleuvoir, fit Chloé. Et tout le monde est à ta recherche, Marinette. Toi aussi, Adrien. Nathalie m'a demandé si j'avais une idée d'où tu étais. J'ai dit que je t'avais invité chez moi. Marinette, il te faudra combien de temps pour qu'on revienne en arrière ?
— Je ne sais pas. Le temps que notre nouvelle équipière apprenne à se servir de ses pouvoirs, je suppose. Je vais y aller, soupira-t-elle en s'éloignant à regret d'Adrien.
Ils le levèrent tous les deux, sans cesser de se regarder tendrement.
— Prends soin de toi, ma Lady, murmura-t-il.
— Toi aussi, mon chaton.
Ils échangèrent un dernier baiser, puis Marinette fit un pas en arrière et ordonna :
— Tikki, transforme-moi !
Quand elle fut en Ladybug, elle se tourna vers Adrien et dit :
— Tu sais, quand tu m'as offert ce mug, à Noël...
— Oui ?
Elle sourit franchement :
— Je savais parfaitement ce que tu étais en train de faire. Ça te faisait bien rigoler, hein !
Il rit doucement :
— Plutôt, oui.
— Moi aussi. J'y pense à chaque fois que je le vois sur mon bureau et ça m'amuse toujours !
— Je suis bien content de l'apprendre.
Ils échangèrent un regard complice et doux, puis Ladybug se tourna vers Chloé :
— Tu sais Chloé, j'essaie vraiment d'être ton amie... mais tu ne rends pas la chose facile. Vraiment pas. Ce serait bien que tu puisses me faire un peu confiance.
— Tu m'énerves, à ne jamais agir comme je m'y attends. Je savais bien que j'avais raté un truc à ton sujet. Et ça m'agace de ne pas te comprendre.
— Ah, ça, je ne peux pas y remédier. Je suppose que je vais me contenter du fait que tu arrêtes de me casser les pieds tout le temps. Allez, j'y vais.
Ladybug prit son yoyo, l'ouvrit et en sortit le Miraculous du Cheval. Elle mit les lunettes, se transforma en Lady Amazone, puis créa le cercle qui lui permettait de voyager. Elle se tourna vers ses équipiers. Ils s'étaient rapprochés et elle vit Chloé prendre la main d'Adrien, en un geste de soutien. Elle regarda la fille du maire en hochant la tête pour la remercier, puis plongea dans le grenier de son grand-père.
-o-
Quand Ladybug apparut sur les toits du Pavillon de Flore, la pluie tombait fortement. Cela rendait les tuiles glissantes. L'héroïne savait que l'appartement de sa camarade était en dessous, mais ignorait quelle fenêtre correspondait à sa chambre. Elle se souvenait cependant qu'elle était côté Seine. Elle se pencha pour évaluer le nombre d'ouvertures. Elle sourit. Un foulard rouge avait été noué sur un des garde-corps. Elle enroula son yoyo autour d'une aspérité du toit et se laissa glisser en rappel. La fenêtre semblait fermée, mais s'ouvrit sous sa poussée. Elle atterrit dans la pièce qu'elle avait déjà visitée.
— Eh bien, c'est pas trop tôt ! fit remarquer une voix. Je commençais à me demander si tu allais te décider.
Alix, assise en tailleur sur son lit, regarda Ladybug refermer la croisée.
— On a le temps, il me semble, répondit la nouvelle venue.
— C'est vrai.
— Quelqu'un peut rentrer ? s'inquiéta Ladybug en regardant la porte de la chambre.
— Non, j'ai mis le verrou.
— Bien.
Ladybug prit une boîte ovoïde rouge qui était dans son yoyo et prononça :
— Alix Kubdel, je te confie le Miraculous du Lapin. Il t'octroiera un pouvoir qui demande sagesse et retenue. Fais-en bon usage.
— Merci, Ladybug, répondit sa camarade en tendant les mains pour recevoir l'offrande. Je l'accepte et je ne le prends pas à la légère.
— Je n'en doute pas, Bunnyx.
— Tu sais, insista Alix, depuis que je sais que je vais l'avoir, je fais mon possible pour m'y préparer. J'ai lu tout ce que j'ai trouvé sur les voyages dans le temps en science-fiction, pour évaluer les conséquences possibles. J'ai cherché aussi des travaux d'historiens qui se sont penchés sur les petits détails qui ont fait basculer des situations dans un sens que personne n'avait anticipé. Je comprends mes responsabilités et je ferai mon possible pour en être digne.
— Eh bien, on dirait que ton futur toi savait ce qu'il faisait quand il t'a révélé le rôle que tu joueras plus tard.
— Je suppose que oui.
— Tu as une idée de ce que je vais te demander et comment le faire ?
— J'ai tout suivi. Le plus simple est de revenir au début du combat. Tu sais ce qui a causé la perte de ton anonymat, tu pourras l'éviter, cette fois.
— Tu sais comment m'y ramener ?
— Il faut que je commence par apprendre à me servir de mon terrier. Fluff, transforme-moi !
Ladybug examina Bunnyx. Elle était plus petite que celle dont elle se souvenait, ses traits étaient plus doux. Une héroïne moins sûre d'elle que celle qu'ils avaient rencontrée dans le passé. Elle fit de son mieux pour contrôler son appréhension. Elle devait faire confiance à sa nouvelle équipière. Cette première tâche était a priori plus simple que celles qu'elle l'avait déjà vu accomplir. Elle allait réussir et devenir la voyageuse du temps assurée qu'elle connaissait. Avait connu. Connaîtrait.
Bunnyx appela son terrier et y pénétra. Ladybug prit sa place sur le lit en attendant qu'elle comprenne comment les ramener en arrière. Elle fit son possible pour ne pas penser à la scène sur le toit. La chaleur des bras d'Adrien. Le goût de ses baisers. L'inflexion tendre de sa voix lorsqu'il lui avait exprimé son amour. Le sentiment d'être là où elle devait être.
— Ladybug ?
L'héroïne sursauta.
— Oui ?
— Je suis prête. Tu veux manger, boire, quoique ce soit avant de repartir ?
— Non, allons-y.
-o-
Bunnyx ramena Ladybug près du local à poubelle où elle se transformait. L'héroïne regarda le bâtiment central du lycée, où trônait une horloge. Elles étaient revenues à l'heure où l'alerte akuma s'était déclenchée. Son incarnation passée n'allait pas tarder à arriver.
— Lance ton Lucky Charm, ordonna Bunnyx. Nous allons en avoir besoin.
Ladybug s'exécuta et récupéra un sablier. À ce moment, des pas précipités se firent entendre et Marinette déboula en courant. Elle eut un mouvement de recul en constatant qu'elle n'était pas seule, puis dévisagea les deux héroïnes.
— Bunnyx ? s'étonna-t-elle.
Elle la regarda plus attentivement et comprit :
— Tu es la Bunnyx du début. Et toi... (Elle se tourna vers Ladybug.) Toi, tu es moi. Je suppose que j'ai fait une erreur.
— Ce n'est pas ta faute, assura Ladybug. Mais on a eu un gros pépin.
— Que dois-je faire ?
— Rien, lui répondit Bunnyx. Ladybug, à toi de jouer.
Marinette frémit et sembla pâlir. Sans doute se souvenait-elle de la conclusion de l'épilogue de Chat Blanc et venait de comprendre qu'elle allait disparaître. Bunnyx posa une main sur son épaule et lui lança un sourire apaisant.
— Tout va bien se passer, assura-t-elle.
Ladybug évita le regard de son double. C'était très troublant de se voir sous sa forme naturelle, et encore plus de lire l'appréhension dans ses propres yeux. Elle lança rapidement son sablier.
— Miraculous Ladybug !
Comme elles l'avaient toutes anticipé, Marinette disparut. Bunnyx laissa tomber sa main d'un air soulagé. Ladybug comprit qu'elle n'était pas aussi sûre d'elle qu'elle le prétendait. C'était sa première intervention, après tout.
— Je te laisse, fit l'héroïne du Lapin. Tu sais ce que tu as à faire. Bonne chance !
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Quand Ladybug arriva sur les lieux, ses deux comparses observaient la dernière victime du Papillon.
— Ce sont ses yeux, expliqua Méli-Mélo. On l'a vue immobiliser deux personnes, rien qu'en croisant leur regard.
— Je vais y réfléchir à deux fois avant de lui proposer un tête-à-tête, déclara Chat Noir.
— Sa couronne est un sentimonstre, compléta Ladybug. Les serpents lancent une glu qui peut vous immobiliser et dont on ne peut pas se dépêtrer sans Cataclysme. Son akuma est dans son collier.
— Comment le sais-tu ? s'étonna Chat Noir ? Tu as fait un amalgame avec Saas ?
— C'est ça, prétendit Ladybug. Et c'est ton tour, maintenant. Elle est coriace, on ne va pas prendre de risques. Serpent noir, tu assures mes arrières, en faisant attention de ne pas croiser son regard. Méli, tu me vires l'imbécile qui est en train de filmer près du marronnier. Arrange-toi pour qu'il ne soit pas dans mes pattes. Accroche-le à un réverbère, s'il le faut.
— Compris, répondit Méli-Mélo avec diligence, visiblement impressionnée par le ton féroce de sa coéquipière.
— Bien. Ensuite tu te places discrètement sur le kiosque à journaux. Je t'amènerai Méduse pour que tu lui détraques sa couronne. Lucky Charm !
Ladybug récupéra sa paire de lunettes et mit ses écouteurs, imitée par ses coéquipiers. En deux bonds, l'héroïne se trouva face à leur adversaire du jour.
— Ah, mais voilà, enfin, la fameuse Ladybug, fit la femme couronnée de serpents.
Sans attendre davantage, Ladybug attaqua. Prenant Méduse par surprise, elle faillit lui arracher son collier du premier coup. Malheureusement, son adversaire avait d'excellents réflexes et elle esquiva les doigts de Ladybug. Elle contre-attaqua immédiatement et Ladybug dut reculer pour éviter de se faire piéger par le sentimonstre.
L'héroïne repartit rapidement à l'attaque. Vigilante, elle vérifia qu'aucun autre importun n'était dans le coin et prit soin d'éviter la bave sirupeuse des serpents. Elle s'arrangea pour que Méduse tourne le dos à l'arbre où se trouvait le reporter amateur que Méli-Mélo devait évacuer, puis au kiosque à journaux sur lequel sa coéquipière devait se percher. Une fois sa complice en place, Ladybug fit son possible pour y amener graduellement Méduse. Elle ne porta aucune attention aux moqueries de son adversaire, totalement concentrée, désirant en terminer le plus rapidement possible avec ce combat, qu'elle devait mener seule, malgré sa fatigue.
— N'attaque pas ! l'arrêta soudain la voix de Serpent Noir alors qu'elle allait s'élancer pour profiter d'une ouverture.
Elle se retint et se morigéna : aussi désireuse qu'elle fût d'en finir, elle ne devait pas céder à la précipitation. Son partenaire pouvait toujours faire rejouer la scène – c'est ce qu'il venait de faire – mais l'avantage que cela conférait n'était pas absolu. Elle devait se montrer plus tactique et éviter de se faire prendre par surprise.
— Chaton, chuchota-t-elle, descend en vitesse au niveau de la rue et récupère un rétroviseur de voiture. J'ai besoin que tu m'aides avec ton bâton.
— Compris, Milady.
Quelques instructions de plus et leur plan était en place. Serpent Noir se plaça dos à Méduse et fit allonger son bâton, le pilotant par l'intermédiaire du miroir qu'il avait arraché à un véhicule. Il réussit à heurter la couronne de serpents, qui fut éjectée loin de sa propriétaire. Ladybug lança à ce moment son yoyo autour des jambes de Méduse et lui sauta dessus, n'ayant plus à craindre la bave poisseuse qui la maintenait auparavant à distance. Elle arracha le collier représentant les edelweiss au moment où le peigne de Méli-Mélo rendait le sentimonstre inoffensif.
Une minute plus tard, tout était terminé. Chat Noir réconforta l'akumatisée pendant que Ladybug reprenait son souffle. Puis les trois héros joignirent leurs mains.
— Bien joué !
— Finalement, fit Méli-Mélo, ça a été moins difficile qu'on aurait pu le croire. On s'en est tirés sans problème.
— Oui, tu as été au top, Milady, approuva Serpent Noir. À peine un petit retour en arrière.
Les boucles d'oreilles de Ladybug bipèrent, ce qui lui évita de répondre.
— J'y vais, dit-elle en lançant son yoyo. Rentrez bien.
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Marinette était totalement épuisée quand elle rejoignit sa classe. Elle subissait aussi le contrecoup du stress causé par sa détransformation, la peine qui avait suivi le bonheur trop court dans les bras d'Adrien, le désespoir de savoir que cela ne se reproduirait plus, sans compter la fatigue des deux combats.
— Où étais-tu ? demanda Alya en la voyant arriver. Tu vas bien ? Tu es toute blanche.
— J'ai très mal au ventre, prétendit Marinette. J'étais aux toilettes.
Alya la vit vaciller et décida :
— Je t'emmène à l'infirmerie.
— Non, c'est bon, ça va aller.
— Tu as une tête de déterrée. Tu es certaine que tu n'as pas de fièvre ?
L'infirmière félicita Alya pour son initiative. Pas de fièvre, mais une tension bien trop basse.
— Je ne sais même pas comment vous tenez debout, fit-elle remarquer à Marinette. Tenez, voici un morceau de sucre. Vous allez rester vous reposer. Si votre tension n'est pas remontée dans une heure, j'appelle vos parents pour qu'ils viennent vous chercher.
Une fois Alya repartie, l'infirmière interrogea Marinette pour savoir si sa fatigue ne cachait pas un problème plus important. La jeune fille assura que tout se passait bien avec ses parents, ses professeurs et ses camarades de classe. Elle fut moins assurée quand on lui demanda si elle n'avait pas un chagrin d'amour.
— Ce n'est pas toujours facile à votre âge, convint l'infirmière, avant de la laisser se reposer.
Marinette s'endormit rapidement. Elle fut éveillée deux heures plus tard par Alya qui vint la chercher à la fin des cours. Son amie la raccompagna chez elle et insista pour passer par la boulangerie pour informer les parents de Marinette de l'état de santé de leur fille.
— Mais non, je vais bien, assura l'intéressée.
— C'est précisément parce que je sais que c'est ce que tu vas prétendre, que je veux parler à ta mère, lui indiqua Alya.
Après avoir écouté le rapport d'Alya, Sabine envoya Marinette se coucher.
— Mais j'ai des devoirs à faire !
— Ma chérie, s'il le faut, nous te ferons un mot pour t'excuser. La santé, c'est ce qu'il y a de plus important.
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Marinette resta chez elle le lendemain, qui était un vendredi. Alya passa la voir le samedi, avec la copie des cours et elles firent leurs devoirs ensemble. La plupart de ses amis prirent de ses nouvelles par message. Cela lui fit très plaisir, sans pour autant consoler son cœur blessé. Adrien proposa de passer la voir, mais Marinette déclina. Elle ne se sentait pas prête à le voir seule à seul, chez elle. Ce serait déjà assez difficile dans le contexte moins intime de leurs salles de classe.
Le dimanche après-midi, alors qu'elle était seule dans sa chambre, elle fit le point sur ses sentiments. La demi-heure qu'elle s'était octroyée avec Adrien avait été une erreur. Cela faisait presque trois mois que Marinette avait dû le repousser. Au cours des semaines qui avaient suivi, elle avait réussi à se convaincre que l'amitié particulière qui les liait était déjà un immense cadeau. Cela lui avait permis de faire le deuil de l'histoire d'amour qu'ils auraient pu avoir. Mais tout comme les avances d'Adrien avaient fait vaciller l'équilibre qu'elle avait trouvé durant leur année de seconde, leur court échange amoureux faisait de nouveau saigner son cœur. Pourquoi devaient-ils se contenter d'une amitié, certes intense et riche, alors que tout son être lui criait qu'ils étaient faits pour un autre type d'attachement ?
Soudain, ses Miraculous lui parurent la cause de tous ses malheurs. Sans Ladybug, Adrien l'aurait peut-être remarquée plus tôt. Elle n'aurait pas eu cette pression supplémentaire durant toute son année de troisième. Elle n'aurait pas eu l'occasion de faire cette horrible erreur le jour de Miracle Queen. Elle aurait pu répondre favorablement à Adrien quand il était enfin tombé amoureux d'elle. Elle pourrait avoir une vie plus calme, moins stressante. Elle aurait davantage de temps pour elle, pour dessiner des modèles et les coudre. Elle pourrait aller au cinéma, prendre des engagements qu'elle était obligée de décliner de peur de se retrouver coincée durant une alerte. Elle voulait retrouver son innocence et son insouciance perdues.
D'un geste brusque, elle arracha ses boucles d'oreille et les jeta à terre.
La sensation de liberté qu'elle éprouva l'enivra. Quoiqu'il arrive, elle pouvait continuer à faire ce dont elle avait envie, sans être obligée d'aller sauver Paris. Elle n'aurait plus à mentir à ses parents ni à ses amis. Elle pouvait aller voir Adrien et lui dire qu'elle l'aimait.
Elle était déjà en train d'ouvrir la porte de son appartement pour courir au manoir Agreste quand elle se reprit.
Non, elle ne pouvait pas faire tout cela. Elle était la gardienne et le resterait toute sa vie, sauf si elle acceptait de perdre tous les souvenirs liés aux Miraculous. Cela équivalait à perdre une partie de son âme. Cela voulait dire revenir à sa vision étriquée d'Adrien. Cela signifiait laisser tomber la ville qu'elle s'était juré de défendre. C'était trahir maître Fu dont elle avait causé la perte.
Elle remonta lentement vers sa chambre. Elle ramassa les boucles et les contempla. Elle n'eut pas le courage de les remettre. Elle ne voulait pas voir Tikki ni l'entendre dire que tout allait s'arranger. Elle ne voulait pas être réconfortée, elle ne voulait pas entendre les mensonges charitables de son kwami. Elle ne voulait plus s'illusionner. Elle mit les boucles dans son sac à main. En cas d'alerte, elle pourrait faire son devoir mais, entre deux combats, elle ne serait plus Ladybug. Juste Marinette, avec sa responsabilité trop lourde à porter.
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Bon, alors, vous êtes d'accord, ce chapitre écrit avant le début de la saison 4 est quand même dans la logique voulue par les scénaristes. Ces derniers sont plus inventifs que moi, car ils n'ont pas utilisés Bunnyx une seconde fois, mais me il fallait bien trouver une bonne raison de lui donner son Miraculous. Je sais, je ne suis pas gentille avec Marinette ni Adrien (mais les scénaristes non plus).
Le prochain chapitre s'appelle : "Besoin d'une pause".
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