
Le décompte 1/2 🌟
Assis sur un muret, au dos du bâtiment ouest de son lycée, il buvait lentement une brique de lait à la fraise, ses yeux écarlates rivés sur le ciel d'un bleu pur. Il observait le feuillage des arbres qui bruissaient à cause du vent. Parfois, une feuille s'en détachait et virevoltait dans l'air pour se poser plus loin, là où son regard ne portait pas. Sa chemise blanche à manches courtes bougeait quand un coup de vent un peu plus vif s'enroulait autour de son corps. Il frissonnait alors et observait le ruban rouge autour de son cou noué en un nœud lâche, tenue officielle de son lycée. Heureusement qu'il portait un pantalon noir pour l'empêcher d'avoir trop froid, mais il savait qu'il était temps de revêtir le tricot carmin s'il ne voulait pas tomber malade. Il haïssait sa condition.
— Ah, t'es là !
Il tourna la tête et découvrit son ami qui s'avançait en reprenant son souffle. Léo était avec lui depuis la primaire, assez pour accepter qu'un petit garçon malade à ses côtés ne puisse pas tout faire comme les autres. Il portait ses cheveux bruns relativement court - une couleur tout ce qu'il y avait de plus naturelle et de plus passe-partout - qui mettaient en lumière ses deux orbes marrons. Son camarade avait la chance d'être "banal". À côté, Usoa se trouvait "dérangeant". Tel un panneau lumineux qu'on aurait placé en plein milieu du chemin.
Léo se laissa tomber à ses côtés en lâchant un soupir fatigué et tendit ses jambes devant lui en se voûtant, observant le tronc de l'arbre qui leur faisait face. Il jeta un coup d'œil à l'albinos et dériva vers ses cheveux blanc comme neige qui s'envolaient au gré du vent. Il fixa les cils épurés de l'adolescent et fouilla dans son sac pour récupérer sa propre brique - de jus de fruit.
— J'ai appris que tu avais mis un râteau à Mélissa ?
Usoa ferma les paupières et savoura la douceur du vent aussi semblable qu'une caresse sur son visage, puis il posa son dos contre l'épaule de son ami et sirota son lait en détaillant la façade à sa droite.
— Toutes celles qui me demandent sont pétées..., souffla-t-il.
Léo roula des yeux et esquissa un sourire, ravi que personne ne puisse les entendre. Le garçon avait beau avoir un système immunitaire relativement faible, il n'en restait pas moins que sa personnalité était à l'inverse. Il n'avait jamais rencontré quelqu'un d'aussi fort de sa vie.
— Elle avait l'air normal quand je l'ai croisé.
Usoa avala sa dernière gorgée, poussa un soupir dépité et déposa l'arrière de son crâne sur l'épaule du brun, fatigué.
— Non, je te jure, ça connecte pas là-haut. Les meufs qui veulent sortir avec moi me sortent des trucs comme "oh, t'es trop beau, tu ressembles à truc-machin-chouette dans le manga fucking my life", râla-t-il.
Léo pouffa et passa son bras autour des épaules de son ami pour le ramener contre lui. Il observa les frissons que formaient le froid sur l'épiderme de l'adolescent et l'obligea à s'habiller plus chaudement. Usoa ronchonna pour la forme, mais s'exécuta, conscient de ne pas avoir le droit de jouer avec le diable.
— Tu devrais quand même essayer, commenta Léo en haussant les épaules.
— Flemme.
— Tu n'avais pas dit que tu voulais expérimenter le concept même de couple ? se moqua le brun.
Usoa fronça son petit nez et observa la brique qui gisait entre ses mains, pensif. Il le pensait toujours, il en avait également envie. Dix-sept ans, atteint d'une maladie mortelle, il ne lui restait plus énormément de temps. Aucun de ses proches ne voulait l'entendre parler de cette manière, cela n'enlevait en rien le fait qu'il en avait parfaitement conscience. Il voulait profiter de chaque jour pour tester de nouvelles choses.
— Je veux toujours.
— Bah dis oui à la prochaine, teste des trucs... c'est cool d'embrasser.
Léo coinça sa paille entre ses lèvres et fixa l'adolescent qui se mordillait l'une des siennes. Parfois, Usoa pensait trop. En fait, tout le temps. À contrario, il était plus du genre à foncer dans le tas.
— J'ai changé d'avis sur le truc des sentiments, annonça Usoa en fouillant dans le regard de son ami d'enfance. Je crois... que c'est bien de partager quelque chose.
Même si je ne pourrais pas promettre l'éternité, songea-t-il. Léo arqua un sourcil, avala sa gorgée de jus d'orange et questionna :
— Pourquoi ? Tu ne voulais pas un truc sans attaches ?
— Si... mais... j'ai rencontré quelqu'un..., répondit-il en se souvenant de ce blond qui était venu par deux fois chez son cousin, et je crois... que c'est cool d'aimer et d'être aimé.
Léo lui adressa un regard étrange avant de hausser les épaules, désinvolte. Il reposa une seconde fois son bras sur les épaules du garçon et lui ébourriffa les cheveux avec un petit sourire.
— Fais ce que tu veux, je suis là.
Usoa, un petit sourire taquin sur les lèvres, lui souffla :
— C'est une invitation ?
Le brun s'étouffa avec sa dernière gorgée et éclata de rire en même temps que son ami en sentant le liquide rouler sur sa mâchoire. Usoa se tenait les côtes, incapable de s'arrêter. Il finit par lui offrir un mouchoir et la sonnerie retentit, leur annonçant que leur pause était terminée.
— Mec, c'est remonté dans mes narines !
L'adolescent ricana et lui sauta dans le dos en nouant ses bras devant le cou de Léo. Ce dernier grogna et lui fit remarquer qu'ils avaient deux étages à monter et qu'il n'était pas encore un surhomme. Usoa promit de se faire le plus petit possible. Ils firent mine de négocier, mais ils savaient déjà que la partie était gagnée. Derrière leurs taquineries se cachaient une vérité plutôt cruelle : Usoa était fatigué.
Il déposa son front contre le dos de son ami et ferma les paupières en savourant la chaleur corporelle du corps sur lequel il prenait appuie. Peut-être qu'il devrait faire un tour à l'hôpital ? Un petit check-up ne lui ferait sans doute pas de mal. Il allait juste devoir gérer l'anxiété de sa mère.
💐🏥🏃🎉
Usoa suivait Léo, les yeux plantés entre ses omoplates. Il faisait froid et le soleil était déjà descendu dans le ciel depuis plusieurs minutes. Habillé de son gilet et d'un manteau chaud, il savourait la chaleur que lui octroyait ses vêtements. Un petit sourire étira ses lèvres en observant les deux sacs que portaient Léo. Il était toujours au petit soin avec lui. Ses dents vinrent happer sa lippe, le stress refit surface. Il se souvenait de ce qu'il avait dit, plusieurs moins plus tôt. Presque un an s'il souhaitait être pointilleux. Et aujourd'hui, il avait prit une décision.
Il prit une profonde inspiration pour calmer sa peur et les battements frénétiques de son cœur, puis laissa sa voix s'élever autour d'eux.
— Léo, j'ai beaucoup réfléchit et j'ai envie de faire ma première fois avec toi.
Son camarade pila net, les yeux écarquillés. Alors qu'Usoa se mordait la lèvre inférieure, les tripes noués, Léo ouvrait et refermait la bouche, le cœur battant. Avait-il seulement bien entendu ? Il se faisait sûrement des illusions. Lentement, il se retourna pour contempler l'adolescent aux cheveux blancs dont les joues rosirent. Il le fixa longuement, l'esprit sans dessus-dessous.
— Qu'est-ce que... pourquoi tu dis ça ?
Usoa détourna le regard, embarrassé. Son palpitant était en folie, il frappait contre sa cage thoracique à tel point qu'il était presque persuadé de le voir sortir de sa poitrine. Presque, parce qu'il en savait assez pour savoir que ce n'était pas possible.
— Bah... euh, c'est plus, 'fin genre... j'ai confiance en toi et je préfèrerais que ce soit toi..., finit-il par marmonner en fixant ses pieds.
Léo cligna plusieurs fois des paupières, l'information peinant à entrer dans sa boîte crânienne. Il n'avait jamais vu son ami de cette manière. Il était vrai que la maigreur de son corps lui donnait une allure plus androgyne, que sa délicatesse avait attiré plus d'une fois son regard et que son visage était mignon, mais ce n'était que son ami. Passer cette étape serait... étrange. Elle ne lui serait jamais venu à l'esprit. Il s'humecta les lèvres et râcla sa groge.
— Mais je croyais que tu voulais le faire avec quelqu'un que tu aimerais ? Eh puis, on est amis, Uso. En plus, je suis un mec.
— Tu es bi ! protesta l'adolescent en rougissant.
— Ça n'a rien à voir, soupira le brun en se passant une main sur le visage pour refouler le branle-bas qu'il avait crée dans son esprit. Ta première fois, c'est quelque chose d'important. Tu vas t'en souvenirs toute ta vie. Eh puis, tu as encore du temps Uso. Ne te précipites pas.
Usoa lui envoya un regard farouche, les poings serrés. Ce n'était pas ce qu'il voulait entendre. Son cœur se broyait de tristesse. Il planta tellement ses dents dans sa lèvre qu'un goût métallique se diffusa dans sa bouche. Il la lécha et pesta avant de s'accroupir dans la rue pour cacher son visage dans le creux que formait ses genoux :
— Dis-le si tu ne veux pas le faire avec moi !
Léo ouvrit la bouche et soupira faiblement en fermant les paupières. Ça n'a rien à voir ! avait-il envie de lui crier. Ce genre de décisions arbitraires et inconsidérées étaient le propre même du lilial. Il observa cette petite boule qui s'enfermait dans son monde en sanglotant. Qu'il est pénible..., songea-t-il en s'approchant. Il s'accroupit et enfonça son index dans le front de son ami pour contempler ses yeux larmoyants et les traces de ses pleurs échoués sur ses joues.
— Arrête de pleurnicher.
Usoa fronça les sourcils et lui adressa une mine boudeuse tout en reniflant. Il se retint de rire et vint même lui pincer le nez. L'adolescent râla contre lui et lui frappa la main avant de déposer son menton sur ses genoux en esquivant son regard.
— Tu te rends compte de ce que tu me demandes ? soupira Léo.
— Oui..., bouda Usoa en fixant obstinément le portail d'une maison quelconque.
— Tu sais qu'on peut tomber amoureux de toi, Uso ? Avec l'université, tu trouveras forcément quelqu'un.
— Mais je voulais le faire avec toi, marmonna l'adolescent en se mordant la lèvre.
Le brun retint un autre soupir et fixa sa lippe ensanglantée. Il grimaça et plaqua sa paume contre le front du plus petit tout en approchant son visage. Aussitôt, le pourpre rencontra ses prunelles. Il esquissa un petit sourire et demanda :
— Si je t'embrasses, tu serais capable d'aller plus loin ?
— Oui !
Léo perçut la détermination au fond de cet océan vermillon. Aucun doute qu'Usoa y avait vraiment réfléchit. Un autre soupir lui échappa.
— Tu m'aimes bien, non ? insista Usoa en reniflant.
— Bien sûr, mais... on est amis.
— Mais... je sais que tu feras ça bien...
Usoa attrapa sa main et joua avec ses doigts afin de se calmer. Il savait aussi que Léo ne serait jamais dégoûté de son aspect physique. Il pouvait plonger dans ses yeux sans jamais se détourner, contempler ses cils sans s'y attarder, fourrager dans sa chevelure sans commenter. Eh puis, il était peut-être aussi un petit amoureux ? Qui sait...
—T'es fatiguant..., soupira Léo en se relevant.
Surpris, Usoa suivit chacun de ses mouvements et se sentit ébranler en le voyant récupérer leurs affaires l'air de rien. Alors c'était tout ? Il tressaillit en le voyant lui jeter un coup d'oeil et se pinça les lèvres, penaud.
— Qu'est-ce que t'attends ? râla Léo. Mes parents ne sont pas là de la soirée, mais quelque chose me dit que tu étais déjà au courant...
L'adolescent rougit brutalement et se redressa en époussetant ses affaires, timide. Il trottina jusqu'à son ami, se gratta la joue et demanda d'une voix timide :
— Hum, mais du coup, c'est... oui ?
— Parce que tu pleurniches avec tes larmes de crocodiles, souffla le brun en levant les yeux au ciel. Si ça peut te rassurer...
Il déposa son bras autour des épaules de son camarade et lui ébouriffa les cheveux. Mieux vaut que sa mère ne soit jamais au courant, elle me tuerait..., songea-t-il.
💐🏥🏃🎉
— Attends..., rougit Usoa en l'observant approcher son membre de son muscle rosé, prêt à l'accueillir.
Léo, juste au-dessus de lui, s'arrêta et glissa sa langue entre ses lèvres, concentré. Il jeta un regard intrigué à son ami qui se cachait, embarrassé. Un petit sourire apparut sur son visage, puis il attrapa le poignet de l'adolescent et le scella au matelas avant de poser son front contre le sien. Il écouta la respiration affolée d'Usoa se calmer lentement tout en glissant sa main libre sur la peau d'albâtre sous ses yeux. Il avait toujours trouvé son ami mince, mais il n'avait jamais pris conscience d'à quel point son état le rendait amaigri. Malgré tout, il restait beau. Ses joues rosées par tout ce qu'ils avaient fait apportaient de la couleur au tableau. Ses cheveux blancs s'étalaient autour de son visage et dénotait des draps bleu nuit que le brun avaient dans son lit, et ses iris vermeils balayaient les alentours plutôt que de fixer son camarade.
— Tu ne veux plus ?
— C'est pas ça..., grogna l'adolescent en se cachant le visage de sa main libre. C'est gênant.
— Dit-il alors qu'il m'a pratiquement supplié...
Léo lui pinça le nez pour le détendre et obtint ce qu'il voulait en le voyant réagir.
— Je ne t'ai pas supplié ! protesta Usoa en boudant.
— Tu pleurniches quand tu veux que je cèdes. C'est une attaque de traître.
Le brun plissa les paupières puis rit avant d'embrasser la joue de son ami. Il glissa ses mains sur le corps du lilias et joua avec ses doigts sur les cuisses d'Usoa tout en lui offrant un sourire taquin. Ce dernier frissonnait et tremblait parfois, très sensible. Il grogna et plongea sa tête dans l'oreiller, les oreilles aussi rouges que ses joues. Le petit rire de Léo lui tordit l'estomac et son cœur s'emballa lorsqu'il le sentit jouer avec son intimité.
Concentré, il attendit en silence et ferma les paupières en sentant le gland du brun caresser son entrée avant de s'y enfoncer en douceur. Ce n'était pas des plus agréables, mais grâce au lubrifiant et à la main de Léo qui venait le masturber, la douleur n'était que passagère.
— Ça va ? lui demanda-t-il au creux de l'oreille.
Usoa hocha la tête, mais fut obligé de verbaliser sous l'insistance de son ami. Lorsqu'il rencontra les prunelles chocolat de Léo, le sourire qu'il lui offrit le rassura. Timide, il se mordilla la lippe et retint un gémissement avant d'agripper la nuque du brun.
— Je peux... avoir un bisou ?
Léo ferma les paupières un quart de seconde et ignora le looping que venait de faire son cœur. Bordel, il est trop mignon ! Cette pensée fila à la vitesse de l'éclair dans sa boîte crânienne, puis il esquissa un sourire avant de se rapprocher de la petite bouche du jeune homme.
— On en est là alors oui...
Usoa fit la moue, mais se laissa emporter par le baiser plus que sensuel de son ami. En fait, il n'aurait jamais pensé que Léo embrassait aussi bien. Un gémissement lui échappa lorsque la hampe de l'adolescent percuta le fond de son estomac.
— Si c'est trop, tu le dis Uso.
— Je sais..., souffla-t-il en frissonnant lorsque leurs langues se rencontrèrent.
Les sensations le transportaient dans un autre monde. Il n'avait jamais goûté quelque chose d'aussi excitant. Son corps, d'ordinaire froid, était bouillant. Pour une fois, il se sentait entièrement vivant. Vivre sur le fil, au-dessus d'un ravin, tester sa solidité, jouer avec le vent, c'était son quotidien. Toujours faire attention. Ne jamais prendre des risques. C'était lassant et inutile. Pourquoi vivre dans une bulle alors qu'il n'avait que quelques années tout au plus à vivre ? Et là, il savait qu'il ne regretterait jamais son choix.
Ils s'enlacèrent jusqu'à taquiner les étoiles.
Essoufflé, Usoa fixa le plafond en silence, sentant la sueur perler sur son front. Le bras de Léo sous le crâne, il redescendait lentement de son nuage de plaisir pour reprendre pied avec la réalité. C'était sa première fois et pourtant, il savait que ce serait la seule qu'il préfèrerait.
— Ça va ? demanda Léo en dégageant les mèches blanches qui reposaient sur le front de son ami.
L'adolescent sourit, ferma les paupières et acquiesça. Après cet exercice pour le moins épuisant, il tentait de calmer les battements de son cœur. C'était aussi éreintant qu'un marathon même s'il n'en avait jamais courru.
— Tu veux essayer de me le faire ?
— Q... quoi ? rougit Usoa en le détaillant du regard.
Léo sentit ses joues rougir à leur tour, mais s'exhorta au calme. Il savait très bien ce qu'il faisait. Il n'aurait jamais cru prendre autant de plaisir avec son ami et il avait parfaitement conscience qu'il ne remettrait pas le couvert. Avec une excuse toute trouvée, il répondit :
— Si tu couches avec une fille ou que tu veux pénétrer un gars... peut-être que tu devrais t'entraîner ? Tu peux refuser, Uso, hein, je dis juste ça comme ça...
Le brun se gratta la joue et esquiva son regard, mal à l'aise. Les iris carmins de l'adolescent caressèrent son visage, son cou, ses clavicules et son torse, le reste étant invisible, caché sous le draps. Il sentit ses pommettes s'enflammer et vint agripper le tissu afin de cacher un bout de son visage tout en chuchotant :
— Hm... vraiment ?
— Ne demandes pas ! répliqua Léo en plongeant son visage dans l'oreiller, affreusement gêné.
Constater que Léo n'était pas aussi assuré que ce qu'il aimait lui faire croire le détendit légèrement. Il se mordit la lippe et rit un peu avant de rouler sur le flanc pour frotter son petit nez contre l'épaule du brun.
— Je suis un peu fatigué, mais je veux essayer.
Son camarade posa son menton sur le polochon en fixant sa tête de lit et lâcha un petit soupire. Il jeta un coup d'œil à son voisin et vint ébouriffer le blanc de sa chevelure.
— On fera à ton rythme.
— Et si je m'arrête pendant ? Je vais être trop nul...
— Hé, ce n'est pas une performance, Uso, le réprimanda-t-il. L'important est de prendre du plaisir. Si tu es trop fatigué, on finira avec nos mains.
Usoa s'apprêta à répliquer, mais Léo lui colla un baiser sur le front avant de lui sourire malicieusement. Il posa sa joue contre sa main et laissa le brun jouer avec ses pieds. Ce n'était pas si mal comme ça !
💐🏥🏃🎉
Assis sur l'un des gradins, Usoa buvait distraitement sa brique de lait à la fraise, les yeux braqués sur Léo. Le vingtenaire courrait sur la piste en faisant de grandes enjambées. Il prit alors appuie sur sa jambe extérieure et bondit dans les airs. Il survola la barre en un arc parfait et retomba sur le matelas sous les acclamations de son coach. Son saut était magnifique. Il l'avait toujours trouvé grâcieux quand il sautait. C'était son premier fan depuis qu'il avait commencé le saut en hauteur.
— Tu me fais courir partout, Usoa, l'apostropha Fred.
L'étudiant lui jeta un regard et lui tira la langue, déterminé à ne pas bouger de sa place. Son cousin soupira, agacé, et se laissa tomber à côté du plus jeune. Il observa le terrain d'athlétisme où leur voisin, Léo, s'entraînait en compagnie d'autres athlètes.
— Tu as conscience que j'ai une vie en dehors de toi ? Je ne peux pas passer mon temps à te chercher partout parce que monsieur à décidé de rentrer quand il veut, râla l'adulte.
Usoa grimaça et fit mine de répéter ses paroles en silence, excédé de la surveillance constante dont il faisait preuve. Il savait que Fred ne lui en voulait pas réellement et honnêtement, il appréciait son comportement. Avec Alex, il le traitait comme n'importe qui. Pas ce gamin à l'article de la mort, mais juste Usoa, le cousin un peu relou qui passait son temps à fuir le domicile pour expérimenter la vie.
— Arrête de faire ça, gronda le brun en lui tirant les oreilles.
— Aïe ! Tu me fais mal, protesta Usoa en le repoussant.
Les larmes aux yeux, il le foudroya du regard. Fred se contenta de lui offrir un sourire suffisant qui ne fit que l'irriter davantage. Alex et lui font bien la paire, pesta-t-il.
— Ta mère me fait toujours la morale quand tu n'es pas à la maison, pense un peu aux autres.
— Je préfère être égoïste, répliqua Usoa sur un ton calme. Je vais mourir, je peux bien vivre comme je le veux, non ?
— Tu es tellement insolent..., souffla l'étudiant en secouant la tête.
Ils laissèrent le silence reprendre ses droits. Léo récidivait, s'élançait sur la piste pour flirter avec la gravité. Le sifflement admiratif de Fred vrilla les tympans du plus jeune qui grimaça.
— Il a une putain de détente.
— Il s'inscrit au régional cette année, l'informa Usoa.
— Cool. Bon, on rentre ?
— Non ! Léo me dépose.
Usoa croisa les bras sur sa poitrine et lui opposa un masque effronté. Il en avait marre qu'on décide à sa place. Ses jours défilaient à toute vitesse, qui sait quand le temps s'arrêterait ?
— Préviens ta mère quand tu fais des plans comme ça, râla Fred.
— T'es pas obligé de lui dire où tu vas, toi ! protesta-t-il. J'ai vingt ans. J'en ai marre d'être traité comme un gosse.
— Alors comporte-toi en adulte, ordonna froidement son cousin.
Piqué, le plus jeune se renfrogna. Il avait toujours été un peu capricieux sur les bords, sûrement parce qu'il n'avait jamais manqué de rien dans sa jeunesse. Diagnostiqué très vite, il était devenu aussi fragile que du verre. Ses proches étaient effrayés de le voir se briser alors qu'il ne rêvait que d'ouvrir ses ailes et de taquiner le danger.
— Uso, fit Fred avec plus de douceur, tu sais très bien pourquoi elle se comporte comme ça. Essaye de la comprendre...
— Et moi, qui essaye ? répliqua-t-il en sentant sa gorge se nouer. Je sais mieux que quiconque ce qui m'attends ! Je n'ai pas besoin qu'on y pense à ma place. Je veux juste... profiter. Rire, sourire, aimer... avoir de bons souvenirs. Je sais ! Je sais que c'est terrifiant, je suis en première ligne, mais j'ai envie de vivre. Alors, juste un petit peu. Je veux faire ce qui m'importe, exister au point de m'en faire mal, expérimenter pour ne rien regretter. Laisser mon empreinte sur vous tous. Je ne veux pas qu'on se souvienne de moi comme le gamin malade de la famille, mais comme Usoa, le gars qui rit aux éclats pour un rien, qui passe des heures à déchiffrer les formes des nuages dans le ciel, qui s'incruste à tes soirées pour t'embêter, qui cours même si la douleur est présente, qui s'amuse au point d'oublier que peut-être, dans quelques mois, tout sera terminé... J'ai besoin d'être libre. Libre d'exister comme je le souhaite.
Du haut de ses vingt-cinq ans, conscient de l'état de son cousin depuis des années, Fred sentit tout de même sa gorge se nouer. Il entendait la détermination, l'espoir, la résignation, dans les paroles du jeune homme. Il percevait ses émotions avec facilité et elles le fracassaient. Savoir qu'il avait la chance de posséder des années devant lui avant de s'éteindre l'avait toujours fait se sentir coupable. Usoa, derrière son côté revêche, était un garçon adorable, attachant et lumineux. Il ne méritait pas cette sentence.
Le plus jeune observa les yeux embués de son cousin et esquissa un faible sourire. Il se détendit et chassa sa propre peine pour lui enfoncer le coude entre les côtes.
— Chiale pas, ce serait gênant.
— T'es vraiment un p'tit con, souffla Fred d'une voix tremblante.
Usoa lui tira la langue et s'infiltra entre ses bras pour lui offrir un câlin. La gorge nouée au point de lui faire mal, Fred referma ses bras autour du corps tellement fin de son cousin et se mordit la lèvre pour ne pas pleurer. Il savait que le garçon n'avait pas besoin de ça. Usoa rêvait de voir ses proches se comporter avec lui comme avec n'importe qui. Il n'avait pas le droit de désespéré alors qu'ils leur restaient encore du temps.
— Tu t'es calmé ? le taquina Usoa.
— Je te jure, Uso ! La prochaine fois, je te ramène par la peau du cul à la maison !
Le plus jeune éclata de rire et haussa les épaules avant de récupérer sa brique qu'il avait posé sur le côté. Il jeta un coup d'œil au terrain et fit un rapide signe de main à Léo qui les fixait en essuyant la sueur autour de son cou à l'aide d'une serviette.
— Tu as un fidèle chien de garde, se moqua Fred.
Usoa plissa le nez et le foudroya du regard, mais son cousin se contenta de lui ébouriffer les cheveux avant de se lever.
— J'y vais et je m'occupe de ta mère, mais je le ferais pas tout le temps ! Amusez-vous bien tous les deux.
Avec un sourire malicieux, le plus jeune ramena ses genoux contre son torse en prenant appuie sur le banc sous ses fesses et déclara :
— On va manger au McDo après ! Je rentrerais tard.
Fred plissa les yeux et secoua la tête en rebroussant chemin. Son cousin allait le rendre chèvre ! Ce n'était pas sur lui que s'abattrait les foudres. Sale profiteur !
💐🏥🏃🎉
Il courrait pour ne pas être en retard. Sa poitrine lui faisait mal depuis ce matin et encore plus lorsqu'il faisait autant d'effort, mais il devait s'y rendre le plus rapidement possible. S'il n'avait pas la chance de lui dire ce qu'il voulait, il s'en voudrait. En apercevant la Peugeot rouge garée dans l'allée dont le coffre venait d'être refermé par Léo, il puisa dans ses dernières forces pour accélérer. Il aurait souhaité crier le nom de son ami, mais jamais il ne pourrait allier sa course à la parole.
Heureusement, Léo l'entendit et en le voyant courir, il décida de réduire la distance entre eux de lui-même. Il s'arrêta devant Usoa en agrippant ses bras afin d'être certain qu'il ne s'effondrerait pas et laissa une ridule d'inquiétude se former au milieu de son front. Combien de fois lui disait-il de ne pas forcer ? Il y avait toujours le temps ! Il dégagea le front de son ami en plaquant ses cheveux blanc vers l'arrière et esquissa un sourire en observant les joues rougies par l'effort de son ami.
— Reprends lentement ta respiration, lui conseilla-t-il.
— Je... sais... comment faire, articula Usoa en lui envoyant un regard de reproche.
Léo hausa les épaules et attendit patiemment, conscient que ses parents n'attendraient pas éternellement. Il s'agissait de ne pas arriver en retard... Une fois qu'Usoa fut certain qu'il pourrait aligner plus de deux mots, il se redressa sans jamais lâcher son ami d'enfance. Il sentait ses jambes trembloter, preuve qu'il en avait trop fait.
— Vise les étoiles ! déclara-t-il.
Surpris, le brun fixa son ami en silence durant plusieurs secondes. Il esquissa un sourire et répondit :
— Le podium m'attends.
— Première place, pas une de moins !
— Je ne suis pas sûr..., commença-t-il.
— T'es doué, le coupa Usoa, déterminé. Vise le plus haut possible, toujours. Reviens avec une médaille et si ce n'est pas l'or, ne comptes pas sur moi pour te féliciter.
— T'es pas cool, bougonna Léo qui sentit la pression grimper.
Usoa sourit et s'accrocha à son cou pour l'enlacer. Il cacha son visage dans le cou de son ami et resserra son étreinte. La boule dans sa gorge lui faisait mal.
— Saute le plus haut possible, souffla-t-il en contrôlant les tremblements de sa voix. Gagne toujours.
— Ok, ok... je le ferais pour toi, sourit Léo en tapotant son dos.
Il fut surpris de la force avec laquelle Usoa l'enlaçait. Ce petit corps fragile, qu'il avait souvent porté sur son dos, maîtriser de ses mains, l'étreignait avec une intensité qu'il n'aurait jamais deviné. Son estomac se tordit, mais il n'y fit pas vraiment attention. Le stress montait depuis la veille, ce n'était que ça.
— Continue de sauter, souffla Usoa en retenant ses larmes.
— Qu'est-ce que tu me fais ? rit Léo.
Le plus petit se décala, plaqua ses mains sur les joues du brun et pressa leurs lèvres entre elles. Léo n'eut pas le temps de réagir. Ce fut soudain, rapide et inattendu. Disons qu'ils n'avaient plus rien fait depuis cette nuit, au lycée.
— Q...
— Bisou porte-bonheur, s'exclama Usoa avec malice.
Léo ouvrit la bouche, fronça les sourcils, la referma et secoua la tête. Il lui ébouriffa les cheveux et se détourna pour remonter dans la voiture. Usoa fixa son dos avec un petit sourire. C'était la dernière fois qu'il le verrait.
— Léo !
Le brun se retourna, attentif.
— Attrape !
Il lui lança un bracelet qui échoua sur le goudron. Léo roula des yeux et vint le récupérer avant de regarder son ami.
— Deuxième porte bonheur, se vanta Usoa avec un sourire taquin. Moins efficace que le premier.
Léo pouffa et secoua la tête. Il lui fit un signe de la main et monta dans le véhicule en claquant la porte. Ses parents démarrèrent. Il eut tout juste le temps de saluer l'étudiant à travers le pare-brise arrière avant de s'évanouir dans les airs.
Usoa attendit et flancha. Son sourire s'effaça lentement alors qu'il prenait appuie sur le muret de cette maison de campagne. Une main sur le cœur, il fouilla dans ses poches, les membres tremblants. Il l'avait fait ! Il était arrivé à temps. Il sortit son portable et chercha le numéro de son cousin, la peur au ventre. Il s'était tellement persuadé qu'il serait préparé lorsque l'obscurité le cueillerait pour le plonger dans les ténèbres. Et pourtant, il était terrifié. Il n'avait pas encore tout essayé ! Pourquoi devait-il disparaître aussi vite ? Vingt-quatre ans, ce n'était rien. Il avait eut si peu de temps...
— Uso ? fit la voix de son cousin.
— Fred... viens... emmène-moi à l'hôpital.
— Uso ? paniqua Fred. Bordel, t'es où ? Usoa, je t'en pris, tiens bon, ok ? Tu peux pas... t'as pas le droit... j'arrive, ok ?
Sa voix était tremblante, il entendit même des sanglots. Ses joues étaient trempées. C'est moi qui pleure ? pensa-t-il alors que ses lèvres soufflaient le prénom de Léo. J'ai mal ! J'aurais voulu plus de temps...
Là où les fleurs étaient en train d'éclore, il s'éteignit avec douceur.
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