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À l'ouverture des portes du métro, tous les passagers descendent au terminus comme demandé par la voix enregistrée. Dans cette station bien plus grande que les autres, qui fait également office de gare ferroviaire, les couloirs bifurquent dans tous les sens et me paraissent longs comme des autoroutes. Je commence par suivre la masse, jusqu'à arriver dans le bâtiment principal où je tourne en rond quelques minutes avant de trouver la bonne sortie par hasard.

J'atterris sur une place délimitée par d'immenses chênes et dont la fontaine centrale semble être à sec. L'endroit est presque désert et ne sert que de lieu de passage. Seuls quelques clochards fument ou dorment sur les bancs.

Mes yeux cherchent le kebab que Charlie m'a donné comme repère pour retrouver son immeuble. Parmi les étiquettes scotchées sur l'interphone en triste état, un nom est proprement écrit au stylo : « C-M. SRZENSKI ». Je sonne.

À travers la fenêtre du kebab, je détaille l'intérieur de la salle aménagée de sept pauvres tables en plastique et de chaises, jusqu'à me laisser hypnotiser par la rotation de la viande embrochée à la verticale sur une rôtissoire. Elle en est à son neuvième tour quand une des portes d'entrée en bois massif s'ouvre sur Charlie.

Chaque fois que je le vois, je dois contenir l'euphorie qui m'envahit pour éviter de passer pour une gamine hystérique. En plus, nous nous sommes déjà vus la veille... Notre après-midi au parc urbain de la ville a été géniale, malgré le temps nuageux et humide. Pour fêter nos retrouvailles, j'ai même eu le droit à vingt minutes de baisers langoureux sur un banc, à l'abri des regards. Il aurait pu grêler, ça resterait la meilleure journée de ma vie, juste derrière mon week-end à Disneyland.

Un sourire, un « salut » et un bisou me ramènent à l'instant présent.

— C-M ?

Je pointe du doigt les initiales sur l'étiquette de l'interphone.

— Charles-Maxime.

Je pouffe, Charlie lève les yeux au ciel, et la puérilité de ma réaction me fait soudain honte.

— Au fait, on cale chez des potes, annonce-t-il. Ils m'ont invité au dernier moment.

Mon sourire moqueur disparait en une seconde.

Me retrouver au milieu de personnes que je ne connais pas ne me réjouit pas vraiment. Surtout après la promesse d'un tête-à-tête dans un restaurant de la vieille ville pour le Nouvel An. Ma bonne volonté ne semble pas suffisante pour cacher ma déception et mon appréhension.

— T'inquiète, Pauline, ils sont sympas et y'aura pas grand monde. Lydia sera là, aussi.

Comme si c'était censé me rassurer.

Charlie passe son bras autour de mes épaules et me traine chez ses amis, qui n'habitent que trois rues derrière.

On m'avait annoncé une ambiance calme et intimiste, mais les effusions de voix, de rires, et la musique qui émanent de l'appartement du fond promettent le parfait contraire.

Nous suivons le garçon qui nous a accueillis à travers un couloir interminable, jusqu'à arriver à sa chambre, qui par sa taille et son agencement ressemble plus à un salon qu'autre chose. Comme dans les autres pièces de cette immense colocation, l'endroit est plein à craquer d'invités assis par terre, sur des chaises ou sur le lit. La fumée de cigarette a remplacé l'air et vient m'agresser les narines et les yeux.

Après une présentation générale expresse, Charlie m'installe sur le canapé et se dirige vers le mini buffet, m'abandonnant ainsi au milieu d'inconnus. Tous semblent plus âgés que moi, et doivent avoir entre 25 et 30 ans, voire plus pour certains hipsters barbus à lunettes.

Pour oublier mon malaise, je compte le nombre de personnes présentes dans cette seule pièce. J'en arrive à la seizième quand Charlie revient avec deux bouteilles de bière. Il m'en tend une, que je saisis avec réticence.

— Y'a du sirop de fraise dedans, à défaut d'avoir de la pêche, indique-t-il face mon manque d'enthousiasme.

Il s'installe de force sur le canapé, entre moi et mon voisin, bien que nous soyons déjà tassés les uns contre les autres.

À partir de ce moment-là, je cesse d'exister, aussi bien pour tous ces inconnus que pour Charlie, qui veille tout de même à ce que j'aie toujours de quoi boire entre les mains. Alors je sirote ce qu'il me donne, l'écoute rire et parler, souris aux blagues et fais mine de m'intéresser aux anecdotes que ses amis racontent.

Je m'ennuie et suis complètement inutile, mais le seul fait d'être collée contre Charlie et de ne pas devoir faire la conversation me satisfait.

Quelques secondes avant minuit et la nouvelle année, le compte à rebours commence puis les gens se mettent à hurler à l'heure tant attendue. À cette occasion, une coupe de champagne en plastique atterrit entre mes mains.

Même après les embrassades, personne ne semble décidé à partir. Encore moins Charlie, qui continue de boire et d'enchainer les cigarettes, alors que je ne l'avais jamais vu fumer jusqu'à présent.

Comme il n'y a plus de bière, un gobelet rempli de jus de fruits remplace ma coupe vide. Le goût douteux de celui-ci me laisse deviner qu'une certaine quantité de rhum — ou peut-être d'autre chose — y a été ajoutée.

La fatigue et l'alcool finissent par avoir raison de moi. Ma tête tourne, et je commence à m'endormir contre l'épaule de celui que j'ai collé toute la soirée. Je reprends mes esprits quand je le sens se lever. Il se penche et attrape mon verre vide, sûrement pour aller le remplir de nouveau.

— Charlie... Je pense que je vais rentrer...

— Oh non, tu peux pas partir maintenant ! Je te raccompagnerai après, on prendra le dernier métro.

— C'est pas la peine de t'embêter pour moi... En plus, tu seras sans doute fatigué...

— Non, t'inquiète. Reste encore un peu, je te ramène dans moins d'une heure.

— D'accord...

Impossible de résister à son sourire qui me contamine.

Deux minutes plus tard, Charlie revient donc de la cuisine avec mon gobelet rempli à ras bord.

— Non, merci... dis-je lorsqu'il me le tend. J'en peux plus.

— Déjà ? T'as bu quoi ? Deux, trois verres...

— Quatre, rectifié-je.

— Eh bien, ça sera le cinquième.

D'autorité, il le met entre mes mains, avant de se laisser tomber à mes côtés en gloussant.

Mon état d'ivresse prématuré me vaut d'ailleurs des remarques de la part des amis de Charlie. Toutes sont lancées sur le ton de la rigolade, mais je sais bien qu'ils se moquent de moi.

Alors que mes paupières commencent à se fermer, et ma tête à basculer vers l'avant, le bras de Charlie m'enserre la taille pour me ramener vers lui. Son souffle chaud et alcoolisé se fait sentir dans le creux de mon cou, où il dépose des petits bisous vite remplacés par l'humidité de sa langue. Sous les sifflements et les huées de ses copains hilares, je tente de m'éloigner de lui, sans succès.

Plus qu'embarrassée, je finis par le repousser franchement d'une main, en m'efforçant de ne pas renverser mon verre sur mes vêtements. Charlie s'affale au fond du canapé, tout aussi amusé que ses camarades. Deux secondes plus tard, il dort, la tête posée sur les genoux de son voisin.

Ce moment où ses amis sont trop occupés à rire pour me prêter attention me permet de fuir. Ma tête tourne toujours, et marcher droit ne m'a jamais paru aussi compliqué. Je prends appui sur les gens croisés sur ma route, puis sur les murs du couloir pour arriver jusqu'aux toilettes, où une queue de trois personnes s'étire devant la porte.

Ma vessie soulagée, je me mets à la recherche d'un endroit où me reposer sans être embêtée. Seule la cuisine n'est pas bondée de monde. Il y a juste Lydia qui pianote sur son portable, installée sur une chaise de la table.

Ses soupirs, sa manière frénétique de taper et son air contrarié me laissent deviner le ton houleux de sa discussion.

Je m'assois le plus loin possible d'elle, malgré ma réticence.

Au moins, l'air est ici plus respirable que dans le reste de l'appartement, et la musique ne me hurle plus dans les oreilles, même si je peux encore l'entendre.

Ce soir, le chignon rose de Lydia ne pendouille plus sur le côté comme la dernière fois, mais forme un parfait donut, son teint mat est lumineux, ses paupières colorées par un fard doré, et sa bouche badigeonnée de gloss.

Elle est tellement absorbée par ses textos qu'elle ne me remarque pas avant de relever par hasard la tête.

— Ah, salut toi.

— Coucou...

Puis elle reporte son attention sur son portable.

— T'es pas avec Charles ? demande-t-elle d'un ton blasé, sans quitter l'écran des yeux.

— Non...

— Je suppose qu'il s'est endormi. Ça arrive souvent quand il est bourré.

Elle marque une pause, sûrement le temps de lire le message qu'elle vient de recevoir.

— D'ici une heure, il sera de nouveau conscient et aussi relou qu'avant son coma, achève-t-elle.

Je profite du blanc pour explorer du regard cette cuisine un peu cracra, avec de la vaisselle sale empilée dans l'évier, des casseroles de nourriture en pleine décomposition sur la gazinière et une poubelle qui déborde. Il y a même une patate en train de germer sur une étagère remplie de pots en tout genre, dont je ne me risquerais jamais à consommer les contenus. L'abat-jour du plafonnier est recouvert de messages et dessins laissés par les colocataires passés par là.

Après de multiples soupirs plus ou moins longs, Lydia finit par plaquer son portable face contre la table, puis soutient sa tête d'une main, tout en m'examinant.

Je détourne les yeux sur ses ongles vernis turquoise puis sur son joli pull jaune, dont je commence à compter les paillettes tant bien que mal. À cause de l'alcool, certaines se dédoublent et me compliquent la tâche.

— T'as vraiment une sale mine, lâche Lydia.

À ce point-là ?

— C'est la première fois ?

— De quoi ?

— Que tu bois ?

— Non...

Elle lève les yeux au ciel, peu convaincue par mon mensonge, et un demi-sourire s'étire sur les lèvres.

— Sincèrement, je comprends pas trop ce que Charles fait avec toi. T'as tout de la nénette ultra sage et sérieuse, ce qui n'est pas du tout son cas.

Je me contente de hausser les épaules, même si je n'aime pas me faire traiter de fille chiante et coincée par quelqu'un qui ne me connait pas.

— Le prends pas mal, je dis pas ça pour te vexer. C'est juste que tu m'as l'air trop gentille et que tu risques de te faire bouffer...

— Ah, t'es là, toi !

Une grande blonde coiffée d'une queue de cheval déboule dans la cuisine et vient se planter devant Lydia.

— Je croyais que t'étais partie, poursuit-elle. Qu'est-ce que tu fiches ici ?

— Rien... Tu-sais-qui m'a appelée, on s'est engueulé, j'ai raccroché, puis on s'est encore engueulé par messages.

— Pour cette nouvelle année, je ne t'impose qu'une seule bonne résolution à tenir. Virer ce gros naze. Et ça commence maintenant. Oublie-le, et aide-moi à descendre la bouteille de champagne que j'ai volée et planquée dans mon sac.

Plus j'observe la blonde, plus elle me semble familière, mais impossible de me souvenir où je l'ai croisée.

Peut-être à la fac...

— T'as raison, soupire Lydia.

La métisse se lève, me salue d'un signe de main puis quitte la cuisine avec son amie qui m'a totalement ignorée, comme si j'étais invisible.

Avachie sur la table, la tête enfouie dans mes bras, je continue de fouiller ma mémoire pour trouver l'identité de la blonde.

Au bout de quelques secondes, je finis par reconnaitre la fille qui accompagnait Charlie dans le bus, le jour où mon rêve du grand amour s'était volatilisé. Celle que j'avais alors prise pour sa copine, tant ils semblaient proches.

À force de cogiter, je dois m'endormir, car les mains qui s'abattent soudain sur mes épaules me réveillent en sursaut.

— Pauline ! Je me demandais où t'étais passée, s'exclame Charlie.

Ses doigts glissent le long de mes bras, se croisent au niveau de mes hanches, et je sens son corps s'affaisser sur mon dos.

— Ça va ?

— Fatiguée...

— J'espère que t'es quand même en forme pour la suite, souffle-t-il dans mon oreille.

— Hmm ? La suite ?

— Ouais. Tu viens chez moi ?

À ces mots, je me fige.

— Euh... je sais pas, je pensais rentrer...

— C'est con, j'habite juste à côté.

— Oui, mais...

— Et les métros circulent encore à cette heure-ci ? me coupe-t-il.

Je sors mon portable de la poche : 3 h 41.

— Je suis pas sûre...

— Voilà. Dors chez moi, ça sera plus simple.

— Mais... J'ai pas d'affaires de rechange...

— Je t'en passerai.

Il m'agrippe le poignet et tire dessus pour me faire lever. À peine debout, je tangue et m'affale contre lui. Il en profite pour glisser son bras derrière mes épaules et m'entraine avec lui jusqu'à l'entrée, où nous récupérons nos manteaux rangés dans un vieux placard.

Nous partons, sans saluer personne. 

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