
Chapitre 12
« On hésite à être soi parce que demain il faudra mentir » - Jean Rostand
Je marchai à travers la nuit noire, en direction de la maison, mais je n'avais pas fait attention au chemin à l'aller, je déambulais donc dans les rues de Denver, vaguement sûr de mon chemin. Je crois que cette suite d'événements m'avait aidé à dessouler, mais ma démarche n'était pas très droite. Cette marche n'était pas vraiment reposante, j'avais l'impression d'être comme happé par toutes les pensées que m'envoyaient mon cerveau. Je me sentais seul, livré à moi-même, avec des questions dont j'étais le seul à pouvoir répondre.
Cette soirée avait été intense, et j'avais du mal à gérer toutes les informations. D'abord cette étreinte enflammée avec Livia, puis Elio qui m'avoue que je lui plais et enfin le baiser. Le problème, c'est que j'aurais dû repousser Elio. Je ne suis pas comme lui. Mais au lieu de ça, j'ai répondu à son baiser et ça m'a plu. C'était quelque chose de nouveau mais d'intense, je n'avais jamais autant aimé la nouveauté. Même l'embrassade langoureuse de Livia ne m'avait pas autant retourné. Elio avait fait naître un nouveau désir en moi, que je n'étais pas encore prêt à assumer.
Je n'avais jamais eu de doutes sur ma sexualité et voilà qu'un simple baiser me perturbait. Ressaisis-toi Isaac, c'est juste l'alcool ou la confession d'Elio qui provoque ça. Il fallait juste que je prenne mes distances avec lui et tout rentrerait dans l'ordre.
Après plus d'une heure de marche, je retrouvai enfin la maison. La voiture d'Elio était garée devant, signe qu'il était rentré. Je montai en essayant de ne pas faire de bruit, me déshabillai et m'écroulai sur mon lit. Je m'endormis assez rapidement malgré l'activité intense de mon cerveau.
Le lendemain matin, je me réveillai avec une bonne gueule de bois, aux alentours de treize heures. Ma tête était comme une pastèque, mais mon ventre gronda. Il faut dire que je n'avais pas mangé grand-chose la veille au soir. Je descendis donc à la recherche d'un truc à me mettre sous la dent. Je croisai Cali qui m'avait laissé une assiette avec un sandwich.
— C'était bien votre soirée alors ? demanda-t-elle en faisant la vaisselle.
Je faillis avaler de travers lorsque les souvenirs de la soirée refirent surface. Une boule se formait dans mon estomac, je baissai la tête et gigotai sur ma chaise. Je me contentai de hocher la tête pour répondre.
— Vous n'êtes pas rentrés ensemble ?
Je devinai qu'elle nous avait entendu rentrer, à une heure différente.
— Hum non, on s'est perdus de vue à la soirée, mentis-je.
Cette discussion me mit mal à l'aise et Cali dû s'en rendre compte car elle n'insista pas. Je remontai dans ma chambre, alternant films et siestes tout le reste de l'après-midi. Cette journée me parut incroyablement banale comparée à mes doutes de la veille et cela me fit du bien d'avoir enfin mis de côté toutes ces interrogations. Pour le moment.
Seulement, lorsque l'on refoule quelque chose, ça finit toujours par remonter à la surface. Peut-être que j'avais besoin d'une claque dans la gueule pour me rendre compte que j'étais un petit con qui finit toujours par blesser les gens qu'il apprécie. Et cette claque, je me l'ai suis prise lorsque j'entendis des sanglots en passant dans le couloir pour descendre me faire à manger, car les parents d'Elio étaient de sortie. Je m'approchai de la porte et collai mon oreille dessus. Je pouvais entendre plus distinctement les pleurs et les cris étouffés d'Elio.
Cela me fit l'effet d'une douche froide. Je m'étais promis de m'éloigner de lui mais je ne pouvais pas le laisser seul dans ce genre de moment, même si j'étais surement à l'origine de ce chagrin. Même si je ne voulais pas l'avouer, je tenais à lui et je n'aimais pas qu'il soit triste. J'avais envie de le protéger. Mon cœur se serra quand il étouffa une plainte et décida de toquer à la porte. Il ne répondit pas alors je me permis d'entrer. Il était roulé dans sa couette, dos à moi, recroquevillé sur lui-même.
— Elio ? chuchotai-je.
Il se tourna vers moi, je me figeai en voyant ses joues ravagées par les larmes, ses yeux bouffis et sa lèvre tremblante.
— Qu'est-ce que tu fais là ? questionna-t-il d'une voix éraillée.
— Je t'ai entendu dans le couloir, t'as pas l'air en forme.
— Et à ton avis, c'est à cause de qui ? dit-il d'une voix froide.
Je baissai les yeux. Un élan de culpabilité m'assaillit, mais je ne savais pas comment gérer la situation. Il avait l'air si vulnérable, si triste, j'avais envie de le prendre dans mes bras, de m'enrouler comme un koala autour de lui et de le serrer de toute mes forces jusqu'à ce qu'il arrête de pleurer.
— Laisse-moi, ajouta-t-il.
— Je peux faire quelque chose ? interrogeai-je avec prudence.
— Je t'ai demandé de me laisser, répéta-t-il avec une voix ferme.
— Mais Elio...
— Va-t'en ! cria-t-il avant que j'aie pu finir ma phrase.
Il avait l'air énervé alors je sortis de sa chambre à contrecœur, et refermai la porte. Une fois dans le couloir, je me rendis compte d'à quel point je lui avais fait mal et je réalisai que j'avais vraiment merdé. J'entendis ses sanglots reprendre, avec plus d'intensité et cela me fit plus d'effet que je ne voudrais. Je l'avais sûrement fait espérer en répondant à son baiser avant de lui casser ses espoirs et de m'enfuir. Je retournai dans ma chambre et me mis à faire les cent pas, en passant ma main dans mes cheveux. Je l'avais blessé mais je ne pouvais pas réagir autrement, c'était trop soudain, j'avais besoin de temps, de digérer l'information. Je ne pensais pas aimer Elio, je n'étais pas gay, il n'avait pas le droit de m'imposer son amour et de se mettre à pleurer parce que mes sentiments n'étaient pas réciproques.
Je poussai un cri de frustration. Je devais trouver un moyen d'évacuer tout cela, j'étais à deux doigt de péter un câble. Il fallait que je bouge, que je m'occupe et mes baskets attirèrent mon attention. Un footing. J'allais faire un footing, m'aérer le cerveau. Et me dégourdir les jambes ne me ferait pas de mal. J'enfilai donc mes chaussures, me changeai, attrapai mes écouteurs et sortis.
Je mis ma playlist en aléatoire et commençai à courir tranquillement. Le ciel était nuageux et l'air un peu humide. Au moment où mon cerveau commençait à se déconnecter, je repassai devant la maison d'Evan, et la chanson Run Boy Run de Woodkid se déclencha. Mon cerveau se remit à tourner à dix milles, tout me revint en tête par flashs, de mon flashback dans la cuisine aux larmes d'Elio, et un poids se logea dans mon cœur. Il s'était passé beaucoup trop de choses ces derniers mois. J'étais en train d'étouffer, j'avais besoin que tout s'arrête, que mon cœur me laisse tranquille.
Je voulais retrouver ma vie tranquille de parisien d'il y a quelques années, que mes parents arrêtent de s'engueuler, qu'ils n'aient jamais pris la décision de m'envoyer dans une famille aux Etats-Unis en attendant de régler leurs problèmes. Revoir ma sœur, mes amis et qu'on me chuchote que tout irait bien, que même si j'étais gay, on m'aimerait tout autant. Que c'était pas grave d'être attiré par un garçon.
Mais qu'est-ce que tu racontes Isaac ? T'es pas attiré par un garçon, tu n'as pas aimé que les douces lèvres sucrées d'Elio se pose sur les tiennes, t'as pas envie de recommencer. Non, t'as envie de lui crier de s'éloigner, de te laisser respirer. Mais comment je suis censé m'éloigner de lui ? Après ces quelques semaines passées avec lui, je me suis attaché, je ne veux pas le perdre.
Pendant que toutes ces réflexions m'envahissaient, ma foulée s'accélérera grandement. Je ne contrôlais plus mes jambes, je voyais le paysage défiler un peu plus vite. Je me remémorai toute ces semaines passées avec lui, et certains événements me frappèrent, me faisant réaliser qu'il avait tenté de me le faire comprendre, qu'il m'avait dragué. Cherché. Il avait tâté le terrain, et que j'étais rentré dans son jeu. Peut-être que cela signifiait que j'en avais envie.
J'étais en train de taper le sprint de ma vie, mes poumons commençaient à me brûler, mes larmes se mirent à couler, je ne faisais pas attention à ce qui m'entourait, j'avais besoin d'évacuer tout cette frustration. Il s'était mis à pleuvoir de grosses gouttes, sans que je m'en aperçoive, et elles me tombaient devant les yeux, mais je continuais de courir, de me dépasser, j'avais besoin d'échapper à ces questions qui me torturaient. Je voulais des réponses et non des questions.
Je cherchais mon souffle, devenu lourd. Il avait du mal à suivre ma cadence effrénée, et l'air humide n'arrangeait rien, mes jambes étaient sur pilote automatique. Ma vision commençait à se rétrécir et à devenir floue, et mon rythme cardiaque pulsait à toute allure dans mes oreilles. La pluie battante était glacée contre mes vêtements mouillés mais j'avais chaud, j'exultais, toute l'adrénaline en moi me fit me sentir surpuissant, intouchable. Je commençais à avoir mal partout, je frôlais les limites physiques de mon corps mais j'avais encore envie de frapper quelque chose. Je lâchai un cri pour évacuer toute cette tension et cette frustration.
Soudain, mon corps me lâcha. Mes poumons demandaient de l'air et je fus obligé de me stopper. Je pris de grandes inspirations en essayant de calmer mon cœur pendant plusieurs minutes. Je mis mes mains sur mes genoux en me penchant en avant, ma vision était trouble et j'eus envie de vomir. Je tremblais de la tête aux pieds, mes larmes se mêlant à la pluie. J'avais l'air pathétique, en train de suffoquer. Je me rendis compte que j'étais arrivé sur un pont. Je n'avais pas fait attention aux chemins que j'avais pris.
Je commençais à doucement me calmer et repris la route en marchant. Je ne savais pas où j'étais, j'essayais de me repérer en regardant autour de moi. L'adrénaline qui me réchauffait et me donnait ce sentiment d'être un surhomme me quittais peu à peu, laissant la morsure glacée du froid sur ma peau. J'étais frigorifié, seul, dans la nuit, pleurant à chaudes larmes, me demandant comment j'en étais arrivé là. Je me sentais misérable d'avoir couru comme un dératé sur plusieurs mètres, à presque m'en faire vomir.
Je pris du temps pour retrouver mon chemin, je dus mettre le GPS de mon téléphone, que j'eus du mal à voir avec ce temps, et pris plus d'une heure pour rentrer. Lorsque je franchis le pas de la porte, je croisai les yeux cernés et rougis d'Elio, au milieu du salon, un verre de coca dans les mains, avec sa couette sur ses épaules. Il accrocha les miens, eux aussi rougis, et mes joues ravagées de chagrin. Notre échange dura quelques secondes, entre l'étonnement et le désespoir, avant que je n'enlève mes chaussures et monte péniblement jusqu'à la salle de bain. J'entrai dans la douche. L'eau chaude me brûlait, mes dents s'entrechoquaient et mon corps grelotait. Mes lèvres avait pris une couleur bleutée et mon corps était rouge. Je me laissai glisser contre le mur de la douche en ramenant mes genoux contre mon corps. J'étais amorphe. Ce footing m'avait pris toute mon énergie, et j'avais l'impression de ne plus rien ressentir.
J'avais envie d'une pause, ou peut-être d'une main tendue, quelqu'un sur lequel je pourrais me reposer, une épaule pour pleurer. J'avais envie qu'on me réconforte, qu'on me donne de l'affection, mais je ne connaissais pas beaucoup de monde ici. Et la seule personne avec qui j'étais plus ou moins proche, me détestait.
Je laissai la chaleur rassurante de l'eau m'envelopper et je partis m'écrouler dans mon lit. J'étais fatigué physiquement et psychologiquement.
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Hey ! J'espère que vous êtes content, j'ai écris ce chapitre plus vite que les autres, j'espère qu'il vous plaira parce que c'est un peu une transition. N'hésitez pas à commenter et voter !
J'ai changé la couverture, j'espère qu'elle vous plaît !
J'ai aussi une bonne nouvelle ! J'ai trouver quelqu'un pour faire une bande d'annonce, vous pouvez me proposer des musiques qui pourrait coller avec l'histoire !
Des bisous :)
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