
6ème Chapitre (1/2)
Toi qui es déjà pris pour cible par la fièvre ?
Elle s'effondra dans ses bras. Rinual soutint son corps soudain lourd, il tenta de lui parler. Vay ne répondit pas. Il mit sa main sur son front après l'avoir doucement allongée par terre. Elle était brûlante. Il fouilla dans son sac, à la recherche d'un médicament pour faire baisser sa température. Jurant entre ses dents en constatant qu'il n'en avait pas, il se saisit d'un chiffon et de sa gourde d'eau fraîche, humidifia le tissu, le déposa sur le front de la malade. Regardant rapidement aux alentours, il essaya de se situer et d'estimer la distance qui le séparait encore du reste du groupe. Un gémissement lui fit pivoter la tête, Vay fronçait les sourcils dans son sommeil. Elle tremblait. Le scientifique lui prit la main gauche, celle qui n'était pas bandée. Sa peau était glacée, il enleva sa veste pour l'en recouvrir.
- Je reviens.
Il doutait qu'elle l'ait entendu, ce n'était pas important. Il se releva, se tourna dans la bonne direction et repartit rapidement, laissant son sac sur place pour aller plus vite. Les minutes qui suivirent s'écoulèrent lentement, il ne savait pas quelle distance il lui restait à parcourir. Tandis qu'il passait par-dessus une énième racine, il se demanda ce qui lui prenait. Lui qui d'habitude ne se concentrait que sur lui-même, le voilà en train d'enfreindre les règles en aidant une cobaye à s'enfuir. Un sentiment étrange l'animait, une sorte de joie et d'énergie nouvelle. Il ne s'était jamais senti aussi vivant, alors qu'il venait à peine de la rencontrer. La partie rationnelle de son esprit lui criait de la dénoncer, de retourner à sa vie calme, banale, monotone et sans danger. Son cœur, quant à lui, se réjouissait. Il faisait enfin ce dont il avait envie, il éprouvait un sentiment de liberté en brisant les règles. Soulagé, aussi, de ne plus avoir à craindre le moindre faux pas. Même si pour le moment il n'avait pas accompli grand-chose de réprimandable, il savait qu'il ne pouvait plus faire marche arrière. Toutes ces nouvelles sensations l'animaient, il découvrait un chemin qu'il n'avait encore jamais exploré. Le chemin de l'inconnu. Un chemin tracé par ses propres choix.
Oui, il ferait tout ce qui était en son pouvoir pour venir en aide à cette jeune femme.
Sa décision était prise. Au moment où il s'en rendit compte, il s'aperçut également qu'un immense sourire étirait ses lèvres. En cet instant, il était lui-même, un être à part entière, vivant. Ah, que ça faisait du bien ! Comme s'il n'avait été jusque-là qu'un spectateur de sa propre vie, et qu'il s'emparait enfin des commandes.
Il grimpa une fois de plus à une racine, celle-ci s'élevait particulièrement haut. Arrivé au sommet, il se rendit compte que c'était la première qu'il avait escaladée en partant pour contourner le tronc. Rinual vit en contrebas son équipe, ils travaillaient avec minutie, toujours en silence. Descendant habilement, il les appela. Les cinq personnes le rejoignirent.
- T'as fait le tour ? Y'avait un truc intéressant ? lui demanda Kley.
- On peut dire ça. Avant de vous en parler, j'ai besoin de connaitre votre avis sur la section expérimentation.
Ses subordonnées échangèrent des regards indécis, ils ne comprenaient pas où leur supérieur voulait en venir. Gehilts finit par se lancer en premier.
- Je les aime pas, chef. Je sais pas trop pourquoi, mais il y a un truc qui cloche chez eux. Ils sont bizarres.
- Pareil, renchérit Roy. Ils considèrent les animaux comme des objets, j'ai toujours trouvé qu'ils avaient un sérieux problème. L'éthique, ça leur parle ?
Elle soupira bruyamment avant de prendre une longue inspiration, se calmant. Fervente défenseure de la vie, elle ne supportait pas les gens qui se servaient d'autrui sans états d'âme.
- Ils sont complètement fêlés, ça, c'est sûr.
Le ton acerbe utilisé par Sheyn montrait tout son dédain pour ces scientifiques si différents des autres. Les sections au sein du centre de recherche étaient souvent amenées à collaborer entre elles, celle d'expérimentation restait malgré tout la plus obscure. Personne ne savait exactement ce qu'ils faisaient ni sur quoi portaient leurs études. Comment faire confiance à des gens dont on ignorait les motivations ?
- Moi j'les aime bien.
Ils se tournèrent vers le sous-chef, qui avait croisé ses deux mains derrière sa tête. Sous les regards réprobateurs de certains, il se sentit obligé de se justifier.
- Ben quoi ? J'parle souvent avec un gars de ce secteur, il est vachement intéressant. Bon, après j'sais pas s'ils sont tous comme ça, mais lui est sympa. Et toi, Ab, t'en penses quoi ?
Le chasseur haussa les épaules, il n'avait pas l'air concerné par la conversation.
- Pourquoi cette question, chef ?
- Si je te disais, Kleymer, qu'ils font des expérimentations humaines en privant sciemment des personnes de leur liberté dès leur plus jeune âge, tu changerais d'avis ?
L'atmosphère jusque-là à peu près calme s'altéra complètement. Chacun des membres de l'équipe regardait désormais soigneusement le patron, cherchant à savoir où il voulait en venir. Le second baissa les bras, délaissant son attitude détendue pour adopter une pose plus sérieuse. Rinual avait l'attention de tout le monde.
- Un cobaye s'est échappé, il est blessé. Je compte l'aider à s'échapper de la réserve, mais je n'y arriverai pas seul. Vous pouvez très bien le dénoncer, les gardes sont à ses trousses, auquel cas je ne pourrai pas vous en empêcher. Ou alors vous pouvez vous joindre à moi afin de lui venir en aide. Quoi que vous choisissiez, il faut vous décider rapidement.
Les yeux bleus firent le tour de l'assemblée, s'arrêtant sur chaque personne. Les deux femmes n'hésitèrent pas, elles lui indiquèrent directement leur soutien, tout comme le doyen de l'équipe. Abzerver les rallia. Il ne restait plus que Kley, qui demeura un long moment silencieux, visiblement en plein débat intérieur. Il finit par soupirer et acquiescer, se passant la main dans ses cheveux bruns.
- C'est bon, je suis avec vous. Alors, où est le fameux cobaye ?
- Un peu plus loin. Abzerver, viens avec moi. Elle a besoin de soins le plus vite possible.
- Attend, elle ? Tu n'avais pas dit que c'était une fille !
Le chef transperça du regard son second, qui se tut.
- On y va. Les autres, finissez de collecter les échantillons et rangez le matériel. On repart pour le centre dès que possible. Le mieux serait d'y retourner avant le lever du jour. Roythorik, quelle heure est-il ?
- Une heure trente-deux. Si on se dépêche, on devrait y être au lever du jour.
- Bien, ne traînons pas.
Il se mit en mouvement, suivi par le chasseur. Tous les deux s'éloignèrent à grands pas tandis que leurs collègues s'acquittaient de leurs tâches, échangeant quelques mots sur les propos et l'attitude de leur chef. C'était la première fois qu'ils le voyaient aussi pressé, ils se demandaient qui pouvait bien être cette personne qui le plaçait dans cet état et à quoi elle ressemblait.
Abzerver et Rinual atteignirent en quelques minutes l'endroit où reposait toujours la jeune femme. Immédiatement, le chasseur qui possédait également de bonnes connaissances en médecine se mit au travail, sortant son matériel, examinant la cobaye. Il la força avec habilité à avaler quelques comprimés, le chef espérait qu'ils auraient de l'effet, malgré les propos de Vay. Nettoyant ensuite la plaie, Ab refit un bandage avant d'appliquer de la crème sur son bras. Finissant sa prospection, il fit un signe de tête à son supérieur.
- Il faut qu'on la transporte, est-ce que la porter présente des risques ?
Le soigneur fit un geste négatif, il s'écarta. Rinual posa ses genoux sur le sol, prit délicatement Vay dans ses bras en faisant attention à ce que son côté gauche se retrouve contre lui. Prenant bien appui sur ses deux jambes, il se releva et marqua un temps d'arrêt en découvrant la légèreté de la jeune femme. Elle ne pesait presque rien, une dizaine de kilos tout au plus. Comment était-ce possible ?
Il se mit en route sans s'attarder sur la question, suivi d'Abzerver. Tous les deux retournèrent à un rythme soutenu vers les autres, le trajet fut plus rapide que ce qu'il pensait. Arrivé sur place, le chef constata que son équipe était déjà parée, leurs affaires empaquetées et leurs sacs sur leur dos. En les voyant approcher, ils jetèrent des coups d'œil à la personne pour le moment inerte dans les bras de Rinual avant de se détourner, prêts à partir.
Malgré l'heure avancée, la forêt était encore bien éclairée grâce à la pleine lune. Ils restaient cependant prudents, conscients que le moindre faux pas pouvait leur causer une entorse ou une autre blessure certes légère mais qui les ralentirait.
La route à emprunter pour se rendre au centre était simple, ils se contentaient de suivre l'allée tracée par les pigments argentés dans le sens inverse. Nonobstant, ils finirent par atteindre une zone où la lumière se fit moins présente, elle ne suffit plus à les guider. Gehilts se plaça alors en tête, il était le plus apte à se repérer dans la forêt. Prenant le temps de bien se situer, il repartit d'un pas assuré. Quelques minutes plus tard, il faisait signe au reste du groupe, qui alluma ses lampes jusque-là maintenues éteintes pour économiser leur énergie afin de voir où ils mettaient les pieds.
Le retour ne se fit pas en silence. Rinual exposa son plan pour faire sortir Vay de la réserve, les autres commencèrent par l'écouter avec attention avant de soulever les problèmes potentiels et de chercher des solutions de manière à rendre la stratégie plus sûre. Ils discutèrent également de la suite, à savoir où il était possible de la cacher, combien de temps, et ce qu'ils feraient d'elle après. À cette dernière interrogation, le chef les reprit directement. Il n'était pas question de décider pour elle, la jeune femme devait pouvoir faire ses propres choix pour mener la vie qu'elle souhaitait. Ils en parleraient quand elle se réveillerait, ce n'était pas le sujet pour l'instant.
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