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Trente Roses 5/5

— Où en sont vos avancements dans votre quête territoriale, Byron ?

À sa fenêtre, flatté par les doigts tendres du soleil, le père Blanchecombe guettait sa ville de son perchoir. S'il était un homme puissant, il était également un homme fier de ce qu'il avait bâti à la sueur de son front. Une fierté que rien, même pas la dévastation, n'aurait pu ternir. Voir les habitants se démener à rendre à Cassandore sa beauté d'autrefois était d'une part une victoire pour lui, mais à la fois un pincement au cœur.

Derrière lui, les bras dans le dos, Frost se promenait dans le bureau de son homologue, nourrissant ses yeux des mille beautés artistiques y étant exposées comme des sculptures, des gravures et des tableaux. Les cassandoriens étaient de véritables esthètes, leur art était d'une rectitude effarante, rien à voir avec celle d'Alhora qui revêtait des formes plus authentiques, moins affinées, plus brutes.

Son œil s'arrêta un instant sur le tableau de couple de Jaya et Vadim. Un triste soupir se dispersa dans sa barbe ; par le stress qui l'envahissait jour et nuit, elle se striait de plus en plus de fils blancs.

Plaquant un regard lumineux sur son invité, Byron se détacha du vitrail pour faire deux pas vers son bureau. Une carte jaunie y était posée, étalée et piquée de pions de fer.

— Tout se passe pour le mieux selon mes directives. Bientôt, nous reprendrons la route vers le Val Roan, tout droit vers les terres d'Irsalam, dit-il en dessinant un rond invisible autour d'une zone montagneuse sur l'est de la carte. Leftheris guidera nos troupes vers les frontières afin de dégager le passage.

— Jusqu'où continuerez-vous ?

— Au plus loin qu'il m'est possible d'aller. Je suis conscient que mes choix et ma nouvelle politique puisse ne pas plaire à toute l'île, les glascales sont extrêmement conservateurs, mais... Nous ne pouvons grandir et nous épanouir si nous nous enterrons constamment, n'est-ce pas ?

Frost sembla hésiter, mordillant sa langue devant l'air ferme mais à la fois désinvolte du cassandorien.

— Peut-être bien.

— Mais mes troupes diminuent malheureusement, nos derniers combats contre Balanthiane ont été rudes et l'entraînement de nouveaux soldats tardent à donner des résultats concrets. Je compte sur vous, Frost, et sur votre armée pour m'apporter votre soutien dans ma conquête et m'aider à apposer la nouvelle ère sur l'île.

— Que dois-je faire ?

— Tachons d'écarter la menace d'une révolution à tout prix. Beaucoup sont contre nous et notre façon de voir l'avenir. Le peuple et les plus petites terres sont affaiblies par la peur face à notre force. Un contrôle total par la terreur, c'est de cette manière que nous parviendrons à nos fins. Que la lame serve la cause. Thénaraïm l'a bien compris et c'est pour cela que nous devons prendre exemple et sortir de cet isolationnisme grotesque que nous apporte la religion. Il en est assez de ce mode de vie archaïque qui empoisonne notre existence et nous fait régresser au lieu d'évoluer.

— Je ne comprends pas ce que signifie cette évolution que vous avez constamment à la bouche.

Byron plaqua ses deux mains à plat sur la carte.

— Je parle de relier nos royaumes pour ne former qu'un seul et grand empire où nous régnerons. Starania est tombée sous nos armes, nous ne sommes plus que les deux derniers royaumes de Glascalia. Nous sommes le pouvoir, il est de notre devoir d'assujettir les faibles provinces afin de les rallier à notre cause. Certains fidèles nous ont rejoints, ce n'est qu'une question de temps pour que les contestataires se taisent et capitulent.

— N'est-ce pas trop osé comme ambition ? Il était écrit dans le message sacral d'Ymos tiré du saint Jadana Ymosïam que le châtiment divin s'abattrait sur notre peuple à cause des péchés que les plus grands commettraient contre la foi. C'est ce qui s'est déjà passé avec Vadim, et... j'ai l'impression qu'il en sera de même avec vous, Byron. Les mauvais augures que le passé nous a légué prennent dorénavant un sens. Changer la surface de l'île à vos idées risque d'être difficile. Vous méprisez la religion, c'est un acte hautement répréhensible dans nos mœurs. Personne n'acceptera de casser notre rythme de vie hérité des anciens.

— Personne ? Même vous ?

Un puissant contact visuel s'ingénia entre les deux sommités. Le regard de Byron portait les stigmates de l'orage, perçants et transperçants. Or, son intimidation glissait sur Frost qui, rompant leur œillade, avança lentement et silencieusement vers la fenêtre pour admirer la ville. Seuls ses pas habillaient la pièce plongée dans un court et lourd silence. Le père Blanchecombe le fixait sous ses sourcils froncés.

— Sans vouloir être offensant, Byron, je trouve vos idées légèrement lunaires. Tout ce qui touche au continent est banni par notre île depuis des centaines d'années. À Alhora, nous sommes une terre qui béni la paix et ne recourt à la guerre qu'en dernière issue. Nous vivons en harmonie avec notre croyance, pensez-vous qu'il est judicieux de briser cela pour une simple soif de modernité ?

Byron ricana comme une hyène.

— Vous vivez en harmonie avec votre croyance ? Ce n'est pourtant pas ce que laisse croire l'attitude de votre fille.

Interpellé, Frost lui adressa à nouveau toute son attention.

— Je vous demande pardon ?

— Elle savait pour le Risen de Vadim.

Pétrifié, le roi du nord eut l'impression de se sentir pâlir, partir. Sous les yeux perforants du souverain du sud, ses mains devinrent moites. Comment pouvait-il le savoir ? Personne ne devait le savoir... Ce secret survivrait jusqu'à sa mort. Or, Byron se redressa et insista :

— Et elle vous en a parlé, n'est-ce pas ? Vous êtes bien trop proches vous et elle pour qu'elle ne vous en ait pas touché un mot.

Frost déglutit difficilement. La tension s'ajouta aux respirations sourdes que poussaient le père Northwall. Mais pour rien au monde, il n'aurait fléchi devant Blanchecombe. Surtout pas lorsqu'il lui appuyait un tel regard contempteur.

— Vous étiez également au courant... murmura Frost. Vous avez demandé un procès, mais au fond, vous saviez qu'il n'avait pas fait ça par accident.

— Évidemment... Mon fils a éveillé son Risen à l'âge de quatorze ans quand on l'a torturé au nom de la foi. J'ai tout fait pour le protéger, pour l'aider à contenir ce pouvoir et être fort. Ça n'a pas été une tache simple, il a beaucoup résisté, beaucoup souffert, mais j'ai réussi à le cacher et faire taire ceux qui avaient assisté à son éveil. J'ai eu la puce à l'oreille concernant votre fille lorsqu'elle a commencé à perdre ses moyens devant le verdict. Une jeune femme noble ayant reçu une éducation pieuse aurait dû être terrifiée d'apprendre une telle chose sur l'art interdit. Mais pas elle. Elle a défendu mon fils.

— Jaya n'a aucune connaissance du Risen.

— Allons, Frost...

Un nouveau pas, les deux rois étaient si proches qu'ils pouvaient sentir l'air crépiter entre leurs deux corps.

— Nous ne sommes pas des hommes pieux, il faut se rendre à l'évidence. Nous sommes des moitiés d'hérétiques, mais... vous continuez de vous cacher derrière cette façade embellie par la foi pour briller devant votre peuple. Et peut-être pour vous sentir moins coupable... ou vous racheter une conscience... concernant vos petits secrets.

— Vous n'avez aucune idée de ce que j'ai pu traverser... de même pour ma fille.

La voix de Frost n'était plus qu'un tremblement sur la fin. Byron étira un sourire glacial.

— Et je ne veux pas le savoir. Nous traînons chacun nos pots cassés, Frost, c'est la nature humaine. Et la nature de père nous pousse à protéger nos descendants, même lorsque leurs erreurs mets leur vie en péril. Alors je suis profondément déçu de votre comportement. Pour un homme qui a déjà flirté avec l'interdit, je vous pensais plus ouvert d'esprit... ça me désole de savoir que mes idées ne vous conviennent pas.

— Je n'ai jamais dit ça.

— Mais vous l'avez insinué.

Un dernier pas ; Byron écrasait son allié sous sa grandeur le dépassant de presque une tête.

— N'oubliez pas que nous avons une alliance, Northwall... Vous m'avez prêté allégeance et avez promis devant votre dieu de nous être fidèle, comme nous l'avons également promis. Si vous n'êtes pas d'accord avec mes idées, il se pourrait que cette alliance soit brisée.

— Vous ne pouvez pas, grogna le nordiste.

— Nous n'avons plus de mariage qui nous retienne. Mon fils est mort. Je vous demanderai donc d'agréer et de m'offrir votre soutien dans mon essor, notre essor. Nous serons bien plus puissants à deux.

— Contre une île entière ?

— Une île de faibles dont le cerveau est lavé par la main d'Ymos. Nous n'aurons aucune difficulté à asseoir notre nouveau régime. Et je compte sur vous pour me prêter main forte, Northwall. Sinon, je ne vois pas ce qui me retiendrais d'étendre également mon régime sur Alhora.

— Est-ce une menace ?

Aussi faux qu'imposant, Byron lui servit un rire sonnant comme un avertissement.

— Oh grand dieu, non... je n'oserais guère, mon ami. Mais réfléchissez, vous allez devoir croire en l'avenir ou forger le vôtre dans le sang. Tel est la destinée d'un roi pour le bien-être de son royaume.


Les Northwall avaient décidé de rentrer chez eux le lendemain. Voir Jaya partir encore une fois fut terriblement difficile pour Leftheris qui ne pouvait s'empêcher, tristement, de se repasser les images de leur dernier affrontement. Cet instant dans le bureau du roi... Il n'avait pas pu lui reparler depuis, elle l'avait fui farouchement, plus pâle et cernée que jamais. Elle n'avait même pas pris le bouquet de roses qu'il lui avait offert. Il avait eu la mauvaise surprise de le voir dans un vase, abandonné dans le couloir. L'image d'un nouveau refus pour lui.

Il l'avait aperçue à travers la vitre de son traîneau, son gracieux profil bloqué sur des douleurs qui l'empoisonnaient. Elle était si fragile et affaiblie que si quelqu'un avait osé lui souffler dessus, elle serait tombée en miettes.

Il n'avait pu la retenir ; revenir à Cassandore n'avait fait qu'aggraver les choses pour elle et il en était désolé malgré tout.

Le soir même, dans sa chambre, plongé dans le noir, Leftheris pensa encore à elle. Sur le dos, l'œil rivé au plafond, il déplora cette solitude qui lui pesait plus que tout. Malgré sa fatigue innommable creusant des vallées sous ses yeux, dormir lui était impossible.

Le silence était revenu depuis longtemps sur le Beffroi. Plus aucun son ne venait troubler ses nuits solitaires. Plus de voix enchanteresse, plus de gémissements... Il les avaient maudits fut un temps, il avait prié pour que ça s'arrête, mais aujourd'hui, il aurait tout donné pour les entendre à nouveau, pour qu'ils l'aident à se sentir encore vivant dans cette chambre si froide.

Jaya...

Son visage le hantait à tel point où il regrettait de ne pas l'avoir prise dans ses bras avant son départ. Les flashs douloureux de ses larmes qu'il aurait dû sécher bien plus tôt. L'éclair sur sa peau de lune quand elle ondulait, nue, dans la chambre d'en face.

S'arrachant les cheveux, Leftheris se redressa sur ses draps en étouffant un cri entre ses dents.

— Arrête ! Arrête d'y penser !

Ses murmures volcaniques à son encontre résonnèrent comme un chant d'outre-tombe dans la noirceur. Il se leva pour faire les cents pas, puis se laissa finalement glisser le long de sa porte, sur le postérieur et la tête baissée entre ses genoux. Un grognement lui échappa. Il se serait frappé le crâne si fort contre la pierre juste pour qu'elle sorte définitivement de ses pensées ! Leftheris était conscient que cet amour était toxique et qu'il le tuait à petit feu, mais il nourrissait toujours un minime espoir de la voir se rapprocher de lui. Lui tendre la main, lui offrir ses lèvres... Ce serait si parfait.

Mais Vadim... il était toujours là. Même dans la mort, il venait le troubler et tirer Jaya vers le fond. À cause de lui et de ses horreurs de mage, elle n'avait plus goût au bonheur.

Sa main se resserra dans ses mèches blondes. La douleur l'aidait à se sentir encore sain d'esprit... mais plus pour longtemps.

Sa haine remonta le long de son corps pour exploser de par chaque pore de sa peau. Son cœur devint aussi noir que l'ombre qui le nimbait et une idée germa dans son cerveau.

Son visage... Il le voulait auprès de lui pour fleurir ses nuits. Et il l'aurait...

Se levant d'un bond, Leftheris enfila rapidement une chemise et quitta sa chambre. Les couloirs du Beffroi étaient vides, à cette heure. Tout le monde dormait. Le faisceau blafard de la lune passait par les lucarnes et frappait son corps musclé comme pour le punir de ce qu'il s'apprêtait à faire.

Ses pas le guidèrent machinalement vers le bureau de son père.

À peine arrivé et enfermé dans la pièce, Leftheris se braqua devant le tableau des mariés. Cette scène lui était écoeurante ; la façon dont Jaya recouvrait la main de Vadim posée sur son épaule le força à déglutir une salive acide. Dans la lueur diaphane de l'astre lunaire, il ne pouvait quitter le visage de sa belle alhorienne des yeux.

Son obsession, son fantasme, sa folie.

Sa main glissa sur la toile. Ses doigts redessinaient la ligne parfaite de sa mâchoire, ses phalanges caressèrent le relief de sa clavicule, jusqu'à recouvrir sa poitrine. Sa paume l'engloba entièrement, il coinça un souffle désireux au fond de sa gorge.

Si seulement elle pouvait être vraie... Mais ça ferait l'affaire.

Il sortit un poignard de sa poche. Il ne supportait plus de voir ce tableau, c'était le moment de le sculpter d'une autre manière.

Le détachant du mur pour le poser au sol, Leftheris s'agenouilla et leva la lame au-dessus de la toile. Il balaya son hésitation et l'enfonça sans vergogne à côté du visage de Jaya. Il tailla, découpa le plus proprement possible, hors de tout questionnement. Il avait tant besoin d'elle... qu'il en devenait dingue.

Reprenant une bouffée d'air comme après un crime, Leftheris leva le morceau de toile qu'il venait de découper ; le si beau visage de sa reine des glaces. Elle rayonnait dans le feu de la lune, si magnifique qu'il voulait la garder à tout jamais contre son cœur.

Baissant un œil sur le cadavre du tableau, il se sentit observé.

Vadim... Il le jugeait de son regard perforant de lui avoir volé sa femme.

Que ce maudit marqué reste dans la mort. Il lui ferait d'autres cicatrices avec joie.

Levant son couteau, Leftheris taillada d'un coup le faciès de son frère.

Puis un autre.

Et encore un.

Il déversait sa frustration dans sa poigne comme s'il s'acharnait sur le monde entier. Ce monde qui ne le comprendrait jamais !

Haletant et le cœur prêt à exploser, il s'arrêta quand il sentit le parquet sous la peinture déraper sur sa lame. Le résultat était affreux, mais si satisfaisant pour lui. Il n'aurait plus à voir ce satané tableau à chaque rapport.

Vadim était bel et bien défiguré. Déchiré. Réduit à néant.

Un dernier œil sur son travail, le prince rangea le poignard et le visage de Jaya dans sa poche, puis quitta le bureau.

Le lendemain matin, Byron était blême, les yeux révulsés de colère.

Les yeux fixés au sol, il avait découvert les ruines du tableau de couple de son cadet. Il était totalement déchiré, lacéré, le visage de Vadim n'était quasiment plus visible tant on s'était acharné dessus. À travers les lamelles de toile, on voyait de grandes rayures sur le parquet ciré ; celui qui avait commis cette outrage était complètement hors de lui.

Aux côtés du roi, Horngrad fixait les restes de la peinture d'un œil plissé.

— Quel carnage... Qui a pu faire ça ?

— Je l'ignore, mais vous allez me le trouver. Retournez-moi le Beffroi à la recherche d'indices ou de témoignages s'il le faut, mais trouvez-moi le responsable de cet affront.

La voix de Byron était d'une froideur inouïe. S'il n'y était pas déjà habitué, Horngrad en aurait eu des frissons. Il allait avoir une belle enquête sur le dos... Décidément, il ne pouvait jamais être tranquille dans cette tour. Sans demander son reste, l'homme de main s'en alla.

Le claquement de la porte ne troubla même pas Byron qui, enfin seul, s'agenouilla pour poser sa main sur les miettes du tableau de son fils. Il ne pardonnait pas un tel malheur, un tel sacrilège au nom de sa famille. Quand ses doigts atteignirent le buste de Jaya, il remarqua que son visage n'était plus là. Une découpe nette avait été grossièrement masquée par des coups de lames aléatoires.

Ses sourcils se froncèrent. Qu'est-ce que cela signifiait ?

Sa mâchoire se contracta. Il ne pouvait pas encore mettre de nom sur un responsable, il était encore trop tôt. Mais ce qui était sûr, c'était que Byron n'en resterait pas là.

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