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Seule Face à la Nature 4/5

Jaya était repartie à l'aube, après une nuit infâme. Entre le froid et les douleurs musculaires, elle n'avait pu dormir profondément qu'une petite heure. Tout le reste du temps, elle n'avait fait que se tourner, encore et encore, afin de tenter de dénicher une place plus confortable. Sans succès, évidemment... La terre et les pierres resteraient dures sous n'importe quel angle.

Lorsque les premiers rayons du soleil avaient percés le ciel et les épais nuages gris, elle avait rassemblé ses maigres possessions, réveillant Liloïa par la même occasion. La dragonne s'était étirée si fort que les algues incolores partant de son front jusqu'au bout de sa queue en avaient tremblé de bonheur. Contrairement à Jaya, elle semblait avoir passé une superbe nuit.

À l'extérieur, la pluie avait cessé, heureusement. L'air frais que véhiculait la forêt fit frissonner la jeune femme qui, se penchant sur la rivière, prit un peu d'eau dans sa main qu'elle se passa sur le visage, avant d'en boire une gorgée. Le liquide glacé coulant dans sa gorge sèche sembla serpenter jusque dans ses veines, l'emplissant d'un surprenant bien-être. Cette eau venue des montagnes était d'une incroyable pureté.

Elle espérait recroiser des points d'eau ainsi durant sa marche ; si seulement elle avait eu une gourde, elle aurait pu en prendre avec elle.

Liloïa l'éclaboussa quand elle bondit sur la surface limpide. Jaya eut juste le temps de reculer pour éviter la vague que forma le corps lourd de la dragonne. Un peu plus et elle était trempée ! Devant la bonne humeur de sa compagne de voyage, un sourire se dessina sur son visage, malgré la fatigue.

— J'aimerais beaucoup avoir ton énergie.

Liloïa gazouilla en se roulant dans l'eau, tourbillonnant de joie. Sac sur l'épaule, Jaya sauta le point d'eau et fit un signe de tête à l'animal s'étant redressé, à l'arrêt, en la voyant partir.

— Allez, viens. On a pas de temps à perdre.

La journée passa et durant sa marche dans les interminables près verdoyants battus par le vent du nord, Jaya avait vu peu à peu le soleil tomber derrière l'horizon. Des champs de blé émergeaient de chaque côté du chemin de terre, cognés par le soleil sortis des nuages. Un aigle volait au loin, flirtant en rythme avec les courants de hautes altitudes.

Elle s'était arrêtée quelques fois pour reprendre son souffle, manger ce qu'il lui restait et reposer ses jambes épuisées. Le calme d'une petite cascade s'écoulant d'un flanc de montagne, où Liloïa s'était fait un plaisir d'aller se tremper, lui avait fait le plus grand bien. La princesse était étonnée de voir comme cette jeune dragonne tenait le coup sans faiblir, loin de son milieu naturel.

Sur la fin de la journée, Jaya souffla un bon coup quand elle vit à l'horizon les courbes d'un bouquet de maisons aux toits de chaume, planté non loin d'une grande forêt la bordant comme les bras d'une mère.

Un village... Enfin, elle y était arrivée.


Des sabots de chevaux résonnaient dans la plaine.

Sur le qui-vive depuis le matin, Leftheris avait parcouru les six kilomètres séparant Cassandore des steppes pentues au pied au Val Roan. Lui et ses hommes avaient croisé la route d'un chasseur durant leur chemin ; le général n'avait pas hésité à lui poser quelques questions, notamment s'il avait vu une jeune femme seule traîner dans les parages. Celui-ci lui confia avoir en effet croisé une voleuse dans la forêt hier, mais qu'il avait perdu sa trace après que celle-ci eut volé ses effets personnels. Quand il s'était penché sur les détails physiques, le regard de Leftheris s'éclaira.

Une petite brune toute pâle et trempée avec une robe en soie... C'était forcément Jaya. Plus que jamais, cette déclaration lui apporta un baume au cœur malgré son inquiétude encore vivace.

C'était donc vrai... Elle était belle et bien vivante.

Les galops de son cheval le portèrent au-delà du pont et s'engagèrent courageusement vers les steppes. Si Jaya avait fui, elle chercherait sans doute à trouver un village pour s'abriter et trouver des vivres. Ce fut lorsque le soleil tomba derrière la ligne d'horizon qu'il arriva vers les pentes rocheuses des reliefs du val. Il n'y avait rien tout autour, pas la moindre trace d'une âme humaine. Les herbes hautes ondulaient lentement au gré de la brise soufflant sur le champ.

Silencieuse depuis le début du voyage, Aube chevauchait son destrier en snobant la poignée de soldats qui la guettait de travers, sans un mot. Tous ses anciens camarades du camp d'entraînement... Ils devaient se demander foncièrement ce qu'elle fichait ici et au fond d'elle, elle crevait de les envoyer se faire voir chez les gargouilles. Elle n'était ici que pour une seule raison et même le regard de Roban, plaqué sur elle, ne saurait la décourager.

Elle portait un œil froncé sur son environnement, les lèvres scellées comme une enveloppe tamponnée. S'il n'avait pu comprendre la raison pour laquelle le roi leur avait refourgué cette sorcière mal baisée, il décelait cependant les mailles de la réelle raison de sa venue. Dans d'autres situations, Aube aurait pu refuser ou du moins, clamer son mécontentement, elle était douée pour ça, mais là... Une certaine étincelle de détermination brillait dans son regard.

La même détermination mouillée de haine qu'elle avait eu à chaque fois qu'elle crachait sur la princesse.

Donnant un coup de bride vers elle, Roban se rapprocha un peu. Aube leva un œil sur lui, renfrognée.

— Qu'est-ce que tu veux ?

— Doucement, on se calme, j'ai encore rien dit.

— Je sais que tu allais me dire quelque chose de déplaisant. Alors je t'arrête tout de suite... Je n'ai pas envie de discuter.

— Dommage, moi oui.

Elle le foudroya de ses yeux d'or avant de les rouler au ciel.

— Pourquoi tu es venue ?

— Le roi me l'a ordonné.

— Non... je parlais de la vraie raison. Celle qui t'a poussée à venir avec toute cette détermination.

Cette détermination ? Qu'est-ce que cet idiot racontait ? Aube préféra jouer la sourde oreille et de ne pas entrer dans ce jeu de questions stupides avec cet imbécile.

— Tu veux abattre la princesse, c'est ça ? Pour ton archevêque ?

Aube ricana, amère.

— Tout le monde veut la tuer, maintenant.

— Non... Moi personnellement, je m'en fiche de la laisser dans la nature, et... je crois que le prince Leftheris veut tout lui faire, sauf la tuer.

Un nouveau ricanement. Son esprit perverti comprenait très bien le sous-entendu libidineux de Roban. Il était clair que le prince voulait la retrouver pour probablement profiter d'elle une fois avant de la jeter en prison. Ou alors qu'il reviendrait profiter d'elle à foison durant cette détention. Ce serait une forme de torture. Aube se surprit à apprécier l'image.

Décidément, cette petite putain hérétique s'attirait toutes les faveurs des fils Blanchecombe.

— Halte !

La voix de stentor du général força l'arrêt du convoi. Ses soldats le regardèrent descendre de son cheval et avancer vers un point au milieu des roches polies par les siècles et des touffes d'herbes. En réalité, il n'y avait plus d'herbe à cet endroit précis.

Un genou au sol, Leftheris posa une main intriguée sur un étrange cercle noir d'une rectitude parfaite. Tout était brûlé, l'herbe, les brindilles... Comme si un feu avait éclaté ici. Or, ça ne ressemblait pas à des traces laissées par un feu de camp ordinaire.

Il glissa ses doigts sur les tiges roussies qui partirent immédiatement en poussières ; cette poudre, qu'il émietta lentement entre son index et son pouce, scintillait par moment. Le soleil lui apportait d'une mystérieuse nuance bleutée.

— Ne faiblissons pas, soldats, nous sommes sur la bonne voie. Continuons jusqu'au village d'Othangür.

Se redressant, il plaqua un œil sur l'horizon sanglant encore lointain et insondable. Tout était encore si trouble, incertain, mais il le sentait au plus profond de lui, comme un courant électrique.

Jaya... Elle était tout proche.


Le village d'Othangür était une terre de céréaliers et d'agriculteurs, coincée entre deux collines. De vieilles fermes pittoresques se dressaient sur les pentes moins abruptes. Sur ses hauteurs, dans un panorama blond et scintillant, des moulins tournaient avec langueur au gré du vent. De vastes champs de blé, d'orge, de lin et de tournesol les bordaient. Les habitations, très pauvres, étaient construites en bois et en torchis, serrées les unes aux autres pour ne former que de minces ruelles entre elles. Ce fut dans l'une d'elle que Jaya se cacha, Liloïa sur les talons. Être vue en compagnie d'un tel animal attirerait forcément l'attention.

Capuche sur la tête, elle fit dépasser son nez d'un tonneau de graines derrière lequel elle dissimulait son corps tremblant d'anxiété. De sa place, elle voyait le passage des agriculteurs et leurs sacs de céréales sur le dos ne prenant aucun repos malgré la nuit tombée.

Qu'est-ce qu'elle fichait ici, au juste ? C'était bien trop dangereux... Si quelqu'un l'attrapait, c'en était foutu.

Plus les secondes passaient, plus cette angoisse enflait dans son corps. Elle n'osait pas quitter sa cachette et pourtant, elle allait devoir le faire. Un peu plus loin, un marchand empilait des caisses de fruits brillants à souhait. Elle pourrait en dérober quelques uns sans se faire voir avant qu'il ne les enferme dans son échoppe.

Liloïa fit dépasser sa tête de derrière les tonneaux, folle de curiosité quand elle entendit le grelot tintant à la porte de l'enseigne. Ses barbillons émirent aussitôt une vive lueur. Jaya lui bondit dessus, son âme quittant son corps, pour la ramener le museau au sol.

— Liloïa ! Ne bouge pas, reste ici, c'est un ordre ! Personne ne doit te voir, lui chuchota-t-elle.

Lentement, pensant que le message était reçu, elle relâcha la dragonne. Heureusement, personne sur la rue visible ne semblait avoir remarqué ce débordement.

— Attends-moi ici, d'accord ? Je reviens bientôt. Pas bouger, Liloïa.

Le reptile sembla comprendre et gargouilla, presque ennuyé, devant l'air grave de la princesse. Sac sur l'épaule, Jaya prit son courage à deux mains et sortit de sa cachette. Les mollets tremblants, elle avança très lentement et se posta à la lumière des lanternes accrochées sur les perrons.

Un œil à gauche, puis à droite, personne ne sembla tiquer à sa présence. Elle se noyait dans l'indifférence des derniers passants. Son estomac hurlant guidait ses pas. Ajustant sa capuche bien autour de son visage, les fruits délicieux devenaient son obsession. Le marchand commençait à rentrer les caisses du dessus dans sa modeste échoppe. Il restait une poignée de secondes à l'intérieur, laissant les autres cagettes seules dehors.

C'était une faille exploitable pour en piquer quelques uns sans être vue.

S'en approchant prudemment, une voix forte attira soudain l'attention de Jaya.

Projetant un œil à l'autre bout de la rue battue en terre claire, Jaya y vit une grande torche s'allumer. Un homme, surélevé sur la margelle de la fontaine, faisait face aux quelques villageois médusés qui assistaient à son discours. Intriguée, Jaya rejoignit le rassemblement sans vraiment le réaliser tant cette voix portait dans les esprits.

— Mes amis, l'heure est grave ! J'ai appris que notre préfet a reçu une lettre venant de la cité-état. La folie des hérétiques s'abat encore sur nous. L'année dernière déjà, le prince maudit en a été l'acteur principal, et aujourd'hui, il semblerait que ce soit son épouse. C'était écrit dans la lettre ! Je l'ai vue ! Les hérétiques prennent leur essor sur l'île et nous menacent un peu plus de jour en jour ! Ils s'attaquent à notre branche religieuse et sèment la peur dans nos rues.

Parmi les villageois terrifiés par cette annonce, Jaya sentit une colère sans nom monter dans sa poitrine. La simple mention de Vadim craché par une bouche si toxique la mettait hors d'elle.

— Nous ne sommes plus en sécurité dans nos propres terres ! Ymos seul pourra nous aider à éradiquer ces êtres démoniaques provoquant sa colère ! Ils se cachent parmi nous, peut-être en chacun de vous ! Méfiez-vous, peut-être que votre voisin, votre ami ou même un membre de votre famille s'est laissé dévorer par l'art interdit ! Ne soyons pas dupe de leurs mirages et trouvons ces monstres se croyant divins pour leur montrer qui est le vrai dieu, le seul capable de manier cette magie pour notre bien-être !

Des exclamations émergèrent de son auditoire, acclamant les paroles dénuées de cœur de ce fou. Jaya en était dégoûtée, énervée, apeurée... Son poing tremblait le long de son corps. Elle avait une folle envie de bondir sur cette fontaine et lui clamer à quel point il était idiot et qu'il faisait erreur. Les mages n'étaient pas des monstres, ils n'étaient que des êtres oppressés par ce dictat religieux imposé de force par les siècles de tradition.

— La royauté qui nous dirige et nous asservi jour et nuit est la première sur les rangs du blasphème ! Byron Blanchecombe a vu son fils être perverti par le démon et ce, plus d'une fois ! Il est au tour du roi d'Alhora de voir son enfant tomber dans le mal ! Devons nous toujours croire en ces rois qui apposent leur pouvoir sur nous par un noeud de peur qu'ils resserrent tous les jours un peu plus sur nos gorges ? Moi je ne crois pas ! Si leurs enfants sont des mages, ces rois doivent l'être aussi ! Nous devons nous monter contre leur dictat et honorer le nom de notre dieu !

— Balivernes !

Toutes les voix se turent à l'entente de ce cri tiré du fond de la foule. Le cœur de Jaya s'arrêta de battre quand des yeux se retournèrent sur elle, arrondis ou dédaigneux. Elle se sentit soudain prise au piège et maudit sa bouche qui coopérait toujours trop vite avec ses pensées.

— Plait-il, mademoiselle ? grogna l'homme sur la fontaine.

Mais il était dorénavant trop tard pour fuir.

— J'ai dit... balivernes !

Le silence mua en un sifflement mêlant chuchotement et œillades noires. Jaya s'élança à travers foule pour rejoindre l'homme sur la fontaine.

— Vous soulever contre la royauté par rapport à votre dieu ne changera rien ! Si vous voulez pousser la propagande pour quelque chose, poussez la plutôt pour vous défendre lorsque Byron Blanchecombe viendra apposer de force ses créations modernes et détruire vos villages pour sa simple soif de pouvoir ! Le Risen n'est en rien une force démoniaque !

— Qu'est-ce que vous racontez, bougresse ? s'indigna l'homme.

— Vous idolâtrez le Risen tant qu'il est relié à Ymos, mais lorsqu'il est relié à un être humain, vous le voyez comme la pire des gangrènes ! Et c'est normal, car la religion nous a appris ainsi. Mais sachez que certains points de la religion ne sont pas entièrement vrais !

— Hérétique ! Vos paroles sont celles d'une hérétique !

— Oui, j'en suis une !

D'un geste sulfureux, Jaya arracha sa capuche et dévoila son visage enflé de rage. Des cris de stupeur émergèrent de la foule qui recula devant son aura de menace. L'homme à ses côtés manqua de tomber et de s'écraser en bas de la fontaine face au choc qui se répandit comme l'écho des montagnes. Des voix paniquées s'élevèrent aussitôt.

— La princesse !

— C'est elle, c'est la princesse Jaya !

Un instant, Jaya pâlit et regretta son élan de courage. Elle avait totalement failli à son opération de discrétion et venait de mettre sa vie en danger en dévoilant son visage, mais peu lui importait ! Sa colère sans nom contre ces gens guidait ses pas de façon incontrôlable. Ses gestes, dissidents, plaquaient son mépris envers cette stupide communauté.

— Oui, c'est vrai, je suis une hérétique comme vous le dites, et mon mari l'était aussi. Mais notre ségrégation vient en partie de vos croyances immorales qui placardent les êtres comme nous dans la peur et l'anxiété d'être découverts ! Nous ne sommes pas des monstres, nous ne sommes pas plus dangereux que vous ! Cette magie n'a rien de mauvais, bien au contraire. Si à vos yeux, Ymos peut l'utiliser à des fins admirables, pourquoi les humains ne pourraient pas le faire ? Comme sur le continent.

Des enfants pleuraient dans les jupons de leurs mères, des hommes commençaient à saisir des fourches qu'ils brandirent en avant pour protéger leur famille de la démone. La peur coulait sur chaque visage et Jaya sentit son cœur s'alourdir devant cette vue. Voir ce peuple qu'elle aimait tant la craindre autant fit inconsciemment fuir une larme sur sa joue.

— Un jour... la peur disparaîtra... mais ce sera possible si tous les partisans se réveillent. Toutes ces années, j'ai vécu dans l'ignorance de ce pouvoir qui vit en chacun de nous, jamais je n'avais vu une lueur si aveuglante et vraie quand il s'est réveillé en moi. Et cette lueur... Elle brille en chacun de vous ! Elle brûle derrière les barreaux et crie pour qu'on la libère ! Cette lumière doit devenir des braises, puis des flammes, et je serais l'étincelle qui vous aidera à allumer le feu. S'il y a des mages qui m'écoutent, je vous en prie... libérez-vous de l'oppression ! Vous n'êtes pas des monstres ! Alors ne soyez plus hérétiques, mais authentiques ! Comme le ciel nous a créés !

— Faites là descendre ! Arrêtez-là !

— Je vous en prie... je...

Devant le chaos prenant de plus en plus d'ampleur à ses pieds, Jaya comprit que cela ne servait à rien de parler. Qu'est-ce que je croyais... ? Elle s'était fourvoyée en beauté. Encore une fois, sa conscience stupide et son trop plein l'honnêteté lui avaient porté préjudice. Des hommes, plus courageux que d'autres, se rapprochaient dangereusement d'elle.

— Attrapez-la !

L'un d'eux s'élança et tenta d'agripper les pans de son large gilet. Or, Jaya esquiva rapidement en sautant sur l'autre bord de la margelle, manquant de tomber dans l'eau claire. Des étincelles de Risen lui échappèrent dans son sursaut et soufflèrent les hommes qui, terrifiés devant ces diamants bleus, partirent en retraite.

Une dizaine d'individus plus téméraires les remplacèrent et l'encercla, fourches et bâtons à la main. Au moindre geste, ils n'hésiteraient pas à la battre à mort. Jaya avait beau sonder le secteur de long en large, aucune échappatoire n'était visible. L'étau se refermait autour de sa gorge.

Jusqu'à ce qu'une lanterne mobile ne pousse un cri aigu et menaçant perçant la nuit.

Les crocs en avant et ses quatre nageoires crâniennes déployées, Liloïa avait senti les émotions de Jaya ondoyer de façon transcendante jusqu'à son sonar et lui décrire les courbes d'un danger. Les lumières de ses barbillons partaient dans tous les sens, du bout légèrement plus globuleux, jusqu'aux fourches plantées dans son museau et ainsi de suite dans une vague hostile. La forme oblongue et verticale de ses pupilles n'était plus qu'une fente à peine visible. D'abord surpris de voir une telle créature sauvage sortie de nulle part, les hommes reculèrent craintivement lorsque la dragonne poussa un glapissement leur conseillant de ne pas faire un pas de plus.

— La garde ! C'est la garde royale ! Pitié, venez nous aider !

Des femmes criaient en fuyant se mettre à l'abri. Leurs voix parvinrent jusqu'à Jaya qui, levant un œil vers le fond de la rue, vit des chevaux galoper à toute vitesse, soulevant un nuage de poussière beige. Par dessus la panique générale, elle reconnut le meneur lorsqu'il entra dans la lumière de la place. Ses yeux, tels de l'argent en fusion, luisaient à travers la brume.

Leftheris.

Leurs regards s'accrochèrent ; le cœur du général rata un battement. Il pensait halluciner, être en plein rêve, mais les cris autour de lui le ramenèrent rapidement à la raison. Il avait hésité une seconde devant son allure négligée, sauvage et ces vêtements crasseux semblant bien trop grands pour sa masse corporelle, mais son regard... Ce visage...

C'était bien elle !

— Jaya !

D'un coup de bride, le prince partit au quart de tour dans sa direction. Il devait l'attraper avant que d'autres le fasse à sa place. Avec lui, elle avait une chance de survie et c'était tout ce qu'il désirait pour elle.

Leftheris l'avait donc suivi jusqu'ici... ? S'il l'attrapait, c'en était finie de sa vie, elle en était persuadée... Prise d'une peur écrasant sa cage thoracique, Jaya profita du chahut et du coup de queue que Liloïa flanqua dans la fourche d'un paysan pour l'appeler. Le passage était plus éclairci, désormais ; c'était sa seule chance de s'en sortir.

À l'entente de son nom, la dragonne abattit un nouveau coup de queue et fit tomber trois hommes à terre avant de zigzaguer vers Jaya. La princesse bondit de la margelle et atterrit sur le dos de Liloïa. Telle une damnée, elle s'accrocha à son long cou et se laissa entraîner vers une ruelle où l'animal fonça plus vite qu'elle ne l'aurait cru. Par dessus son épaule, Jaya jeta un coup d'œil sur Leftheris et ses troupes.

Leurs étalons étaient rapides ; ils se rapprochaient, pénétrant dans la veine étroite du boyau rural.

— Jaya ! Arrête toi, je t'en prie !

La voix de Leftheris frappa dans le dos de Jaya, lui transmettant ses pointes suppliantes.

Bien campée sur son cheval au galop, Aube leva son arbalète chargée d'un bras et visa la fuyarde. L'arrière du crâne, c'était parfait pour y loger une flèche. La munition partit violemment et siffla dans l'air, reluisit dans l'œil de Leftheris, puis vint se planter dans un pilier soutenant un auvent, à un centimètre de la tête de Jaya qui, heureusement, avait eu le réflexe de se baisser.

Aube pesta ; elle l'avait loupée de peu.

— Ne tirez pas ! C'est un ordre !

Le cri de Leftheris sonna comme une mise en garde ; si jamais une nouvelle flèche était décochée, le fautif goûterait mortellement à sa lame. Aube le sentit sur chaque grain de sa peau et rabaissa son arme à regret, exhalant un grognement de rage.

L'ennemi ne la lâchait pas. Secouée par sa course à grands risques, Jaya s'accrocha plus solidement au cou de la néréide.

— Liloïa, accélère ! Tourne ici !

Guidée par la voix de sa cavalière, l'animal louvoya entre des tonneaux de graines qui se renversèrent derrière elle et ralentirent leurs assaillants. Les yeux scintillants, la créature sauta par dessus une clôture rudimentaire donnant sur une plate-bande inférieure du village. Le cœur de Jaya remonta dans sa poitrine. Elle avait surestimé les capacités de Liloïa quand celle-ci, en touchant le sol, partit en avant et roula violemment sur le sol poussiéreux, l'envoyant valser à terre par la même occasion.

Une douleur lui lança à la tête ; la chute avait été lourde.

Plus haut, les chevaux royaux hennissaient puissamment devant les obstacles laissés par la traversée de la fuyarde et son dragon des mers. Leftheris jura dans sa barbe en tirant sa monture qui cabra en arrière.

— Passons par l'autre côté, dépêchez-vous !

Aube fut la première à obéir et faire demi-tour. Elle ne comptait pas laisser fuir cette sale petite catin, pas encore une fois ! Roban talonna rapidement son cheval, avant d'être dépassé par Leftheris.

De sa place, Jaya reprenait à peine constance. L'adrénaline battant dans son front et la truffe humide de Liloïa collée à sa joue l'aidèrent à se redresser. Son cœur battait à vive allure, à deux doigts d'exploser. Un œil jeté vers la plateforme supérieure, elle voyait que les chevaux n'étaient plus là. D'une seconde à l'autre, ils allaient débouler et la retrouver. Elle ne leur laisserait pas cette chance !

À nouveau sur pieds, elle tituba un instant et guetta la ruelle dans laquelle elle se trouvait. C'était une allée minuscule, sombre et vide se terminant en cul de sac. Aucune lumière, autre que les barbillons de Liloïa, n'éclairait ce trou où elle venait de se piéger toute seule.

Oui... elle était prise au piège. Perdue. Fichue. Désarmée.

Le bruit mortifère des sabots équestres apportait l'angoisse dans chaque grain de sa peau tremblante. Sa cavale prenait fin ici même.

Du moins, c'était ce qu'elle croyait avant d'entendre une voix lui chuchoter sur sa gauche :

— Hey ! Pssssst ! Par ici !

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