Réunion de Famille 2/5
Après un repos bien mérité, la troupe s'apprêtait à reprendre la route. Le feu fut éteint et les tentures repliées. Chrysiridia guiderait la marche jusqu'au hameau, suivie de près par Frost. Jaya, quant à elle, serrait le bras de Vadim, espérant ne pas tomber d'épuisement, sous les regards inquiets de leurs compagnons. Ils avaient encore une longue marche à faire avant de pouvoir réellement se reposer. Elle en avait tant besoin après toutes ces émotions et ces faux espoirs. Tout le monde en avait besoin.
Ils ignoraient qu'à cet instant, une âme les surveillait.
Du haut d'une colline enneigée, une silhouette solitaire observait la scène. C'était Leftheris, le regard perçant et de profonds cernes sous les yeux. Son cœur battait la chamade à la vue du cortège, assailli par une tempête de sentiments. Il avait vu le soleil se lever, les étoiles mourir. Des heures à déambuler dans ces satanées montagnes et enfin il croisait des êtres humains.
Il n'avait d'yeux que pour une seule personne : Jaya.
Mais il ne la voyait nulle part.
De loin, Leftheris scrutait chaque carrure, chaque mouvement, chaque geste, espérant y déceler celle qu'il était venu chercher. La présence de Frost ne faisait qu'ajouter à la complexité de sa quête. Le roi, par sa seule aura, imposait un problème supplémentaire à sa mission. Et puis, il y avait les autres, ces inconnus qui formaient une barrière vivante autour de son objectif.
Ses yeux s'attardèrent malgré lui sur une chevelure blanche, presque irréelle, qui ondoyait au gré du vent comme les flocons alentour. Cette vision le captiva un instant, mais bien davantage le beau visage caché sous ces longs cheveux...
Ces lèvres rouges...
Ce pourrait-il que ce soit... ?
Non, ça ne lui ressemblait pas...
Le battement fou de son cœur trahissait son impatience. Il devait agir, et vite, avant que la troupe ne reprenne sa marche et ne s'évanouisse une fois de plus dans ces glaciers infinis.
Il sortit de sa ceinture un poignard, gardé à côté de son épée.
Tapi dans l'obscurité des feuillages épais, il sentait l'adrénaline pulser dans ses veines, son esprit fixé sur l'acte irréversible qu'il s'apprêtait à commettre.
Comme un spectre, il se glissa entre les arbres, fluide et silencieux. La descente de la colline était abrupte, mais Leftheris parvenait à chaque pas à dompter le terrain meurtrier sous ses pieds. Sa lame l'accompagnait dans sa discrétion.
Lorsqu'il fut suffisamment proche, il repéra sa cible : un soldat éloigné de la troupe, dont la vigilance s'était émoussée sous le poids de sa journée éreintante. Leftheris se mouvait avec la précision d'un prédateur, chaque geste calculé, chaque respiration mesurée afin de minimiser sa présence. En terrain dangereux, il fallait savoir disparaître pour mieux assaillir l'ennemi.
Lorsqu'il fut à portée, sa main jaillit, étouffant le moindre souffle de l'homme qui ne vit jamais venir le danger.
Le poignard trouva son chemin à travers les épaisseurs de tissu, s'enfonçant dans le dos du soldat.
Un grognement étouffé s'échappa, aussitôt réprimé par la main de Leftheris plaquée sur sa bouche, et le corps s'effondra, alourdissant le sol de son poids mort. Leftheris se délesta du fardeau, arrangeant la scène pour retarder la découverte de son méfait, puis il progressa vers le groupe.
Il était le danger incarné, prêt à tout pour parvenir à ses fins.
Un danger que Liloïa perçut malgré elle.
Sa haute sensibilité avait sentit quelque chose d'anormal autour d'eux. Capables de percevoir les vibrations les plus subtiles de l'air, ses barbillons s'étaient redressés, tout comme sa tête. Instinctivement, elle s'éveilla de sa torpeur, les yeux grands ouverts.
Elle avait ressenti la même menace cette nuit-là, dans la forêt... Quand cet homme était venu s'en prendre à elle et Jaya, quand elles occupaient la grotte. L'odeur du sang, le frisson des battements de son cœur étaient les mêmes.
— Braoou... ouuu...
Son instinct lui disait de fuir très loin, et d'emporter sa maîtresse avec elle, car elle le savait... Il était revenu pour elles.
Agitée, elle se leva et se tourna vers Jaya, saisissant sa cape entre ses crocs et la tirant avec urgence. La princesse, déconcertée par le comportement soudain de la dragonne, tenta de résister.
— Liloïa, mais qu'est-ce qui te prend ?! Arrête ça !
La créature n'entendait pas, seule la peur guidait ses gestes, à tel point que Vadim tenta d'intervenir.
— Liloïa, calme-toi, laisse-la partir ! Li...
Vadim ne s'y attendait pas et un coup de queue imprévu de Liloïa l'envoya au sol avec une force surprenante. Frappé en pleine poitrine, il en eut le souffle coupé. Le bruit de la chute capta l'attention de tous. Ses compagnons se retournèrent, la confusion se lisant sur leurs visages.
Chrysiridia fut la première à rejoindre son gendre.
— Où est Jaya ? s'écria-t-elle.
Reprenant difficilement son souffle, Vadim releva la tête et vit que sa femme n'était plus là. Son sang ne fit qu'un tour.
— Elle... La dragonne l'a emportée dans la forêt.
— Quoi ? clama Frost, à son tour, arrivant à sa hauteur. Cette créature est dangereuse, nous devons les rattraper avant qu'elle ne blesse ma fille !
— Non, Liloïa n'est pas dangereuse en temps normal. Je connais bien ces dragons. Ils sentent des choses que nous ne pouvons pas sentir... Son intuition a flairé un danger.
— Comment peux-tu le savoir ? C'est une bête sauvage, rétorqua Chrysiridia.
— Ses barbillons. Ils clignotaient de peur. Venez, on doit vite la retrouver ! Quelque chose ne va pas.
Il n'y avait pas un instant à perdre ! Elles ne devaient pas être loin. Vadim se lança en courant à la suite de Liloïa, la peur pour Jaya le propulsant à travers le bois. Frost, Chrysiridia et le reste de la troupe furent ses chaperons.
Derrière eux, arbalète à la main, Tiordan prit une route différente, ses pas le menant vers une dune enneigée. D'un bond puissant, il se propulsa en hauteur, espérant obtenir une meilleure vue pour intercepter la dragonne au cas où cela dégénérait. Cette bête ne leur avait jamais fait de mal, mais il n'hésiterait pas à la tuer d'une flèche si elle représentait un danger pour Jaya.
Une seule personne l'avait vu partir hors du groupe : Symphorore.
— Tiordan ? Où tu vas ?
Mais il était déjà parti dans les hautes fourrées, ignorant que Leftheris avait tout vu.
Chaque seconde comptait et il avait parfaitement entendu le prénom de Jaya. Il n'avait pas rêvé à cause du vent sifflant des montagnes, non... Elle était bien ici, et cette dragonne l'avait emportée. Cette fameuse dragonne des mers. Le roi et ses accompagnateurs étaient partis de front ; il serait plus malin qu'eux.
Il choisit un chemin plus discret à travers les hauteurs. Il escalada avec agilité le terrain rocheux, son poignard toujours fermement serré dans sa main. Profitant de la pente, il se laissa glisser sur un relief glacé, accélérant son avancée.
Au même moment, Tiordan, dans sa course effrénée, crut apercevoir une silhouette filer à quelques mètres de lui. Ce n'était pas un soldat, ou même l'un de ses amis. Aucun n'était parti dans cette direction et aucun ne portait une cape à capuche comme la sienne...
Qui était-ce ? Un survivant du clan des bannis ?
Même sans pouvoir clairement l'identifier, il était convaincu que c'était la source de l'inquiétude de Liloïa. Cette personne était hors de leur cercle et la dragonne l'avait senti. Il ne prit donc pas le temps de douter ; son arbalète déjà armée, il visa et lâcha une flèche dans la direction de la silhouette massive. Or, les feuillages et la vitesse du sombre personnage jouèrent contre lui : elle manqua sa cible.
L'homme encapuchonnée ne ralentit pas et continua sa course, comme si de rien n'était.
— C'est pas vrai !
Tiordan lâcha un juron, frustré par son échec, mais ne se laissa pas abattre. Il pressa le pas, redoublant d'effort dans l'espoir de rattraper Jaya avant qu'il ne soit trop tard.
❅
— Liloïa, arrête ! Lâche-moi tout de suite !
Alors que Liloïa tirait Jaya à travers la forêt, la jeune femme luttait en vain pour se libérer de l'emprise de la dragonne. L'animal était agité, poussé par une peur que Jaya ne parvenait pas à saisir.
— On ne peut pas partir toutes seules, il faut attendre les autres !
Liloïa ne prêtait aucune attention aux supplications, guidée uniquement par son instinct de survie.
Dans leur précipitation, ni la dragonne ni Jaya ne virent le fossé qui s'ouvrait devant elles. Avec un cri de stupeur, elles tombèrent toutes les deux dans la dépression peu profonde, la chute coupant court à leur fuite désordonnée.
Jaya, secouée mais consciente, se redressa lentement, sentant son corps épuisé protester contre le traitement brutal. Sa douleur au bras s'était réveillée de façon aiguë, l'obligeant à coincer un râle entre ses dents.
Elle se tourna vers Liloïa qui émergeait aussi et, fermement, lui prit la mâchoire entre ses mains, pour relever la tête de la créature vers elle.
— Calme-toi, tout va bien, ma belle. Mais qu'est-ce qui t'a pris ? Qu'est-ce que tu as ? De quoi as-tu peur ?
Liloïa poussait de petits couinements étranglés. Il était évident qu'elle était terrifiée, mais par quoi ? Si soudainement, cela dépassait l'entendement.
À travers le silence quelque peu revenu, Jaya pouvait entendre les voix lointaines de son père, de sa mère et de Vadim, mais elles s'estompaient, signe indéniable qu'ils cherchaient dans la mauvaise direction.
— Il faut qu'on remonte. Allez viens et tiens-toi tranquille, s'il te plaît. Tu n'as rien à craindre.
Les premiers flocons commencèrent à tomber de nouveau, voilant le ciel et recouvrant peu à peu le sol fraîchement retourné. Les traces de leur passage s'effaçaient sous la neige silencieuse et elle comprenait pourquoi son groupe peinait à la retrouver.
— Je suis là ! clama-t-elle.
Avec une grimace de douleur due à son bras endolori, Jaya rassembla chaque once de force qui lui restait pour s'extraire du fossé. Elle espérait que ses appels parviendraient aux oreilles de son mari et qu'il retrouverait sa trace. Mais en attendant, elle savait qu'elle devait prendre les choses en main et partir à la recherche de son groupe.
Elle n'avait fait que quelques pas lorsque, du coin de l'œil, elle distingua une silhouette imposante sur un rebord supérieur de la forêt. La forme était grande et large d'épaules ; Jaya pensa un instant qu'il s'agissait de Vadim. Mais alors que la figure capuchonnée se déplaçait légèrement, les derniers rayons de soleils, absorbés par les nuages, révélèrent des galons dorés ornant le col de sa cape...
Le cœur de Jaya se serra d'effroi.
Bien davantage lorsqu'il bondit de sa position et atterrit avec une agilité surprenante devant elle. Instinctivement, Jaya fit un pas en arrière, tandis que Liloïa grognait, menaçante, derrière sa maîtresse.
— Jaya ?
Non, c'était impossible... Tout mais pas lui...
Jaya n'y croyait pas et tremblait de tout son être. L'homme devant elle fit lentement glisser sa capuche en arrière, révélant son visage.
Leftheris...
Son apparence était celle d'un homme ayant longtemps vagabondé dans la nature, avec des joues creusées et un regard qui trahissait une faim féroce –non pas pour de la nourriture, mais pour quelque chose de plus sombre, de plus profond...
De plus pervers.
Les souvenirs de la grotte où il l'avait touchée et humiliée affluèrent avec une clarté impitoyable, lui broyant l'estomac.
— Est-ce vraiment toi ? Mais... Qu'est-ce qui est arrivé à tes cheveux... ?
Tant de confusion dans la voix de l'homme... mais à la fois, tant de gravité.
La peur s'empara d'elle, car sa présence ici ne présageait rien de bon. Elle savait que la confrontation qu'elle redoutait tant était sur le point d'arriver, et avec Vadim encore hors de portée, elle se sentait vulnérable dans son état.
Elle n'avait pas d'arme...
Elle ne pourrait user du Risen... Chrysiridia le lui avait interdit.
La peur la paralysa, les tremblements qui secouaient son corps l'empêchaient de crier ou même de prononcer un simple mot. Ses yeux étaient écarquillés, humides, fixés sur Leftheris, tandis que son esprit criait de trouver une issue à cette menace.
— Peu importe. Enfin, je te retrouve... Tu m'auras fait courir, ma belle Jaya...
Il fit un pas. Le souffle de la princesse accéléra.
— J'ai fais des choses terribles pour toi. Et dire que je pensais que jamais je ne te retrouverai, après notre dernière séparation. Sache que je te pardonne tout ce que tu m'as fait. Absolument tout. Tu n'as rien à craindre... Je ne te ferais aucun mal.
Elle vit clairement le poignard encore ancré dans sa main.
— Viens avec moi. Tu le sais au fond de toi que c'est la meilleure solution.
Il lui tendit la main, comme une invitation. Mais une larme perlant de son œil, Jaya recula d'un nouveau pas. Prendre cette main serait comme saisir la mort.
Et son bourreau n'apprécia pas son geste de réticence. Ses yeux s'obscurcirent soudain, teintés de colère.
— Jaya ! ordonna-t-il, plus sèchement encore. Viens avec m...
Au moment où Leftheris posa un pied devant lui, une flèche siffla à travers l'espace et se ficha dans l'arrière de son bras avec précision. Il poussa un cri de douleur qui brisa le silence et, sous l'effet de la surprise et de la souffrance, il relâcha le poignard qu'il tenait. L'arme tournoya dans l'air avant de tomber dans la neige, proche de Jaya.
En relevant la tête, la princesse aperçut Tiordan sur la crête enneigée. Il armait à nouveau son arbalète, son regard fixé sur Leftheris. Les mots qu'il lança à Jaya traversèrent le tumulte de ses pensées avec la clarté d'une cloche :
— Pars, Jaya ! Je vais le retenir !
La présence du jeune homme apporta un répit inattendu dans l'esprit paniqué de l'alhorienne. Seulement, tiraillée par la peur et l'attachement qu'elle entretenait malgré elle envers Tiordan, elle hésita, ne concevant pas l'idée de le laisser combattre seul. Surtout contre Leftheris.
— Non, je...
— Va t-en, je te dis ! Et retrouve Vadim, ne t'occupe pas de moi ! Je m'en charge ! Ne t'en fait pas.
L'œil suppliant, mais à la fois confiant, que lui appuyait le chasseur la conforta dans sa marche à suivre.
Elle le savait fort et habile, mais son cœur appréhendait la suite.
Le serait-il suffisamment contre un guerrier, même affaibli ?
Elle espérait qu'il garde ses distances.
— Ne lâche pas ton arbalète.
Fut son dernier conseil.
Sans perdre une seconde, Jaya ramassa vivement le poignard tombé et, après avoir échangé un dernier regard chargé d'émotions avec Tiordan, elle se mit à courir aussi vite que ses jambes meurtries le lui permettaient. Liloïa la suivait.
Seulement, son nouveau départ et la mention de Vadim avait suffit à Leftheris pour gommer toute douleur.
Juste la haine ressortait. Une incommensurable haine.
Vadim...
Ce nom maudit prononcé à haute voix fut comme de l'huile jetée sur le feu de sa fureur. Il était donc tout proche... C'était donc vrai...
— Qui êtes vous ? Qu'est-ce que vous voulez ? tonna Tiordan.
Ce vermisseau avait fait fuir Jaya... Il l'avait encouragée à s'en aller loin de lui.
Il ne l'acceptait pas et comptait bien lui faire payer le prix.
Avec brutalité, il se redressa et arracha la flèche de son bras, ignorant la douleur aiguë qui lui déchirait la peau. Le sang jaillit, tachant sa cape de rouge sombre avant de s'éparpiller en gouttes écarlates sur la neige. Ses yeux balayèrent la forêt à la recherche de Jaya, mais elle avait déjà disparu. Son attention se reporta alors entièrement sur Tiordan.
L'alhorien, reconnaissant la stature et les traits du prince qu'il avait vu une fois près des cabanes du Bois de Thyl, blêmit. Il n'avait aucun doute que cet homme était venu pour Jaya, et cette réalité faisait tonitruer son cœur.
Armé de son arbalète et de sa détermination, Tiordan se prépara à défendre Jaya, peu importe le coût. Il avait juré de retenir Leftheris, d'empêcher que ce fou ne pose à nouveau la main sur elle.
Il ajusta sa prise sur son arme, prêt à livrer bataille.
Pour elle.
Au nom de l'amour qu'il lui portait.
Soudain, avec une rapidité mortelle, Leftheris lança son épée comme un javelot. L'acier froid siffla dans l'air avant de se planter dans la paroi enneigée au-dessous de Tiordan, déclenchant une chute de neige qui s'effondra sous lui. Emporté par la coulée, Tiordan glissa vers le bas de la crête, s'écrasant sur le dos.
À peine remis de sa chute, couvert de neige, Tiordan se ressaisit, agrippant fermement son arbalète.
Ne lâche pas ton arbalète, sonnaient les mots de Jaya.
Mais Leftheris était déjà sur lui. Alors que Tiordan tentait désespérément de l'aligner dans son viseur, le prince esquiva la nouvelle flèche avec une aisance qui trahissait ses années de combat. Le blond décocha un coup de poing fulgurant au visage de Tiordan. Malgré les étoiles dansant devant ses yeux, il riposta avec un coup de pied instinctif dans la cheville de l'assaillant.
Le prince se plia légèrement sous l'impact, offrant à Tiordan une opportunité précieuse de se relever et de le mettre en joue.
Il tira une autre flèche qui, cette fois, toucha son ennemi dans la clavicule. Il espérait le voir tomber dans la mort...
Cependant, Leftheris ne grogna qu'à peine.
Il n'était pas un homme à sous-estimer ; il avait été appris au plus jeune âge à endurer la douleur, à la dompter pour en faire une force. Il avait survécu à la guerre en dévorant ses ennemis avec cette même rage au cœur. Il avait tuer bien plus d'hommes qu'il ne saurait en compter. Ce n'était pas ce simple paysan qui allait le faire plier.
Personne ne le ferait.
— Pourquoi vous faites ça, hein ? hurla Tiordan, avec colère et désespoir. Pourquoi vous ne la laissez pas en paix !?
Arrachant la flèche bloquée dans sa chair d'un coup sec, Leftheris fit un pas vers lui.
— Parce qu'elle me revient.
— Elle ne revient à personne. À revient à celui qu'elle aime. Ni vous, ni moi ne pourront empêcher cela !
Leftheris ricana pour seule réponse, gardant la munition bien serrée à sa poigne.
Alors que Tiordan pressait à nouveau la détente de son arbalète, un « clic » le glaça.
Il n'avait plus de flèches.
Il n'eut à peine le temps de réaliser qu'il reçut une violente droite qui lui brisa la mâchoire et le fit lâcher son arme.
Il avait lâchée...
Tiordan se retrouvait à présent la proie, vaincu par la fatalité et la force d'un guerrier. La lèvre ensanglantée, il leva les yeux vers Leftheris qui le surplombait, maintenant maître de l'arbalète qui avait été son seul espoir de défense. La peur dans son regard était palpable, car il réalisait que son courage et son habileté n'étaient rien face à la machine de guerre qu'était le prince.
Il n'était pas un combattant, juste un simple chasseur...
Un chasseur désarmé...
Il avait échoué à protéger Jaya, échoué à suivre son conseil, et maintenant, les larmes aux yeux, il se trouvait à la merci d'un roi qui incarnait la destruction et la vengeance.
Il était si désolé...
Jaya...
Plaçant la flèche gorgée de sang dans l'arme, Leftheris dirigea la pointe sur Tiordan, sans pitié.
— Ne jamais baisser sa garde, même quand l'ennemi est mis en joue. Et surtout... Ne jamais relâcher son arme.
Et il tira.
Le froid se fit à l'intérieur.
Et dans le cœur de Tiordan.
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