Le Hameau du Fjord 7/8
— Regarde la beauté de ce monde caché, Jaya... N'est-ce pas magnifique ?
Les rayons naissant caressaient la surface du village endormi. L'air glacial du matin portait avec lui les effluves du feu de bois et des pains aux baies frais qui sortaient des fours. Au fur et à mesure que le couple traversait le hameau, certains habitants les saluaient chaleureusement, tandis que d'autres, surtout les plus âgés, observaient encore Jaya avec méfiance et curiosité.
— Ici, on te donne une vie sans te jeter dans l'arène. Tout le monde est égal, les chaînes n'existent pas. J'ai appris ici qu'on pouvait vivre autrement... Loin du combat, loin de la guerre et loin du dictat de la royauté dans lequel mon père nous enfermez.
— Tu as pu te faire des amis ?
— Oui. Du moins, les gens du hameau ne me considère pas comme une créature démoniaque. Ils me voient simplement comme l'un des leurs. Parfois... ça me fait encore un peu bizarre qu'on puisse... me parler avec autant d'aisance et de chaleur.
Il ne faisait aucun doute que la vie au hameau avait dû transformer Vadim, comparativement à sa vie passée à Cassandore. Elle l'avait observé la veille, durant le festin. Les villageois manifestaient une sympathie sincère envers son époux, partageant des rires et des boissons en sa compagnie. Jamais auparavant elle n'avait aperçu le sourire de Vadim aussi authentique, aussi pur, dirigé vers une autre personne qu'elle.
— Tu sais ce que j'ai appris ici ? Ce hameau serait les ruines de l'ancien village détruit de Thorimay.
— Thorimay ?
Jaya se bloqua un instant sur le profil de son mari. Elle ouvrit de grands yeux étonnés.
— Le... le village détruit par Alhora, lors de la guerre des avalanches ? C'est impossible, mon père m'a toujours dit qu'il n'y avait eu aucun survivant, à part ma mère.
— C'est ce que tout le monde croyait. Enfin, d'après les rapports de guerre. Mais, visiblement, certains ont survécu et ont réussi à rebâtir un semblant de vie ici. Ils ont été tenaces, et ont trouvé la force de se relever malgré les épreuves et la destruction. La magie ne meurt jamais.
Jaya se laissa submerger par l'émotion, ses yeux se remplissant d'étincelles en observant les alentours. Un sourire se dessina sur ses lèvres. Ce village, autrefois dévasté, était donc là où sa mère était née ? Elle qui avait toujours nourri un intense questionnement le concernant, se sentait soudainement connectée à cet endroit d'une manière qu'elle n'avait jamais ressentie auparavant.
Ces terres... Une partie d'elle y était profondément ancrée.
— Si mes parents voyaient ça... Je suis tellement émue d'être ici, avoua-t-elle, la voix tremblante. Toute ma vie, j'ai cru... que cet endroit n'était plus qu'un désert où je n'aurais jamais l'occasion de mettre les pieds.
Vadim passa une main réconfortante autour de ses épaules.
— C'est normal que tu sois émue. Ce village fait partie de ton héritage, à y penser. Ce sont tes racines, là où tes ancêtres sont nés.
Il avait raison et à cette idée, Jaya se sentait de plus en plus chez elle dans ce village qui portait les cicatrices du passé, mais qui avait su renaître de ses cendres.
Maman... Si seulement tu avais pu voir à quel point ton peuple est resté fort, même après ton départ...
À la sortie est du hameau, la forêt s'étendait devant eux, dense et mystérieuse, tandis qu'ils atteignaient le sommet d'une grande pente enneigée. Les sapins semblaient se dresser tels des sentinelles, leurs branches lourdes de neige. Le silence qui régnait, hors de l'agitation matinale des villageois, était à la fois apaisant et inquiétant, comme si la nature elle-même retenait son souffle, attendant de voir ce qui allait se passer.
C'est alors qu'un bûcheron, vêtu d'une épaisse pelisse en peaux et d'une barbe grisonnante, les héla depuis la lisière de la forêt. Jaya le reconnut, il s'agissait de l'homme avec qui elle avait dansé la veille, après le banquet. Celui-ci les accueilli avec un grand sourire.
— Hé, salut, vous deux ! Déjà levés ? demanda-t-il, sa voix profonde résonnant dans l'air frais.
— Salut, Rhan. Je pourrais te retourner la question. Tu étais tellement plein hier soir, qu'on aurait pu te faire rouler jusqu'à ton chalet.
Le dénommé Rhan éclata de rire.
— J'avoue. Mais, tu me connais, c'est pas l'alcool qui va m'empêcher de mettre ma famille au chaud. Alors... Que faites-vous par ici ?
— Nous venons nous entraîner un peu en forêt. Ma femme doit parfaire ses sorts de Risen.
Rhan esquissa une moue admirative, révélant une rangée de dents inégales et peu soignées.
— Débutante, hein ?
— Oui, on peut dire ça, rougit Jaya.
— Ça ira, je suis sûr que Vadim saura bien s'occuper de votre apprentissage et vous aider à mater votre Risen. Il m'a dit qu'il était enseignant de combat, autrefois. Bon, c'est pas pareil qu'apprendre la magie, mais vu sa carrure, ça devait être quelque chose dans une arène.
Vadim ricana, pensant qu'il exagérait un peu trop.
— Je ne suis pas aussi forte que lui, au combat, mais à cette époque, il était réputé pour être un guerrier émérite.
— Monsieur avait une réputation ! Impressionnant ! Tu ne me l'avais jamais dit, ça, par contre.
S'il savait que cette réputation n'était que l'un des nombreux échos de son passé, et certainement pas le plus resplendissant, il comprendrait son hésitation marquée à en discuter. Muet comme une tombe, Vadim se contenta de balayer ces paroles avec un geste désinvolte de la main.
— Regardez-le, il est modeste devant sa dame !
Rhan donna un coup de poing amical dans le bras du prince déchu, un geste suffisamment puissant pour lui extirper un sourire. Ce sourire se répercuta sur le visage de Jaya, comme une vague de joie, lorsque leurs regards s'entrelacèrent.
Le bûcheron, son coude appuyé contre le manche de sa hache, les couvait d'un œil attendri.
— Eh bien, je n'ai jamais vu ce grand gaillard sourire autant depuis que vous est arrivée, ma petite. Ça fait plaisir à voir, dit-il en riant. Vous formez un bien joli couple.
Touchée, Jaya exprima ses remerciements, puis elle détourna son attention de la conversation des deux hommes pour se rapprocher du gouffre blanc. Celui-ci plongeait sur plus de dix mètres vers un niveau inférieur de la forêt. Elle s'y pencha prudemment, afin d'évaluer la vertigineuse hauteur. Une chute et elle se retrouverait en bas, transformée en une volumineuse boule de neige.
— Faites attention de ne pas glisser, ma jolie. Vous pourriez vous blesser.
Le sourire de Jaya affichait une audace effrontée, bravant le danger avec une insouciance stupéfiante.
— Vous savez, j'ai parcouru Glascalia et cette montagne sans me tuer, ni me faire tuer, donc... Ce n'est pas cette petite pente qui va me faire peur.
Avec des yeux emplis de défi fixés sur Vadim, elle prit son élan, bondissant de la pente enneigée, et se laissa glisser jusqu'en bas. Son rire enveloppa l'espace environnant et rebondit en écho à travers la toundra. Ses cheveux dansaient librement derrière elle, et la neige virevoltait autour, orchestrant un ballet éblouissant de flocons.
Figés au sommet de la montée, Vadim et Rhan restaient bouche bée.
— Eh bien... Elle n'a peur de rien, cette petite.
Vadim émit un rire, positivement étonné par ce qu'elle venait de faire. Avec un haussement d'épaules, plein de respect pour son audace, il se tourna avec amusement vers le bûcheron.
— Que veux-tu ? Ma femme est irrésistible.
Ensuite, il emboîta le pas à Jaya, dévalant la pente avec une joie contagieuse. Le bûcheron les observait, un sourire béat sur le visage. Deux gamins insouciants ne pouvaient que s'entendre...
— Bonne chance pour votre entraînement, cria-t-il en levant la main en signe d'au revoir. Et faites attention, ce soir, les aurores s'en viennent.
Une fois au pied de la pente, Jaya roula et s'échoua sur le dos, ses cheveux blanchis de poudreuse. Vadim la rejoignit rapidement, robuste sur ses jambes. Du haut de sa grandeur, il observait son épouse, fendue de rire au sol, un regard teinté d'une affection taquine dans les yeux.
— Sur ce point-là, tu n'as pas changé... Toujours aussi dingue. Mais pas plus dingue que la fois où tu t'es mise toute nue dans un champ de pâquerettes.
Elle gloussa de plus belle.
— Et que tu m'as rejoins.
— Qu'est-ce que tu voulais que je fasse ? Que je te laisse te faire piquer le derrière par une abeille ?
— Les abeilles ne piquent pas.
— Non... Mais les maris amoureux, oui.
Elle sourit ; celles-ci n'étaient pas des piqûres douloureuses. Du moins, c'était une douleur qui apportait un certain plaisir, un certain bien-être.
Sur ces mots, il lui tendit la main et l'aida à retrouver son équilibre. Ils échangèrent un regard complice avant de s'enfoncer plus profondément dans la forêt immaculée. Ils étaient dans une zone giboyeuse de la Forêt de Süvnica, qui enveloppait le hameau. C'était dans ce lieu que les villageois venaient chasser de petits gibiers et pêcher des saumons, remontant du grand fleuve jusqu'au ruisseau tranquille.
— Alors, explique-moi ce que tu arrives à faire avec ton Risen, lui lança Vadim, tout en marchant à ses côtés.
— Oh... Pas grand chose, à vrai dire. Hormis allumer des torches et soulever des pierres.
— Changer la couleur des flammes dans le brasero, aussi.
Le voilà qui commençait avec ses sous-entendus égrillards de bon matin...
— Que tu saches déjà faire tout ça, c'est plus qu'admirable.
— Oui, Amaros m'a été d'une grande aide pour parfaire mon entraînement de base et m'apprendre à contrôler mon Risen.
Vadim fronça les sourcils.
— Amaros ? Tu as voyagé avec lui ?
Comme si elle venait de dire une bêtise, Jaya se mordit la pointe de la langue.
— Oui... Il m'a trouvée alors que je fuyais le village d'Othangür. On est resté un moment ensemble.
— C'est lui qui t'a dit que je n'étais pas mort, n'est-ce pas ?
Cette fois-ci, elle se mordit la langue jusqu'à ressentir une douleur piquante, aussi intense que le souvenir de cette nuit avec Tiordan où il lui avait tout avoué.
— Je savais qu'il n'arriverait pas à garder ce secret, ricana le blond. Mais bon... Je suis déjà rassuré de savoir qu'il t'a épaulée durant tout ce temps, je lui revoudrais ça. En lui, je peux avoir confiance... C'est un bon petit.
Une chaîne de culpabilité enserra le cœur de Jaya, l'étouffant dans une étreinte invisible. Elle opta pour le refuge du silence, afin d'éviter d'aborder ce sujet délicat avec Vadim. Au fond de son être, elle savait que ses amis s'étaient lancés à sa recherche et qu'éventuellement, ils pourraient la retrouver dans ces montagnes. Et ce jour-là, une confrontation inévitable attendrait Vadim et Tiordan.
Connaissant son mari, malgré l'éclat de joie que sa présence apportait dans sa vie, elle n'était pas certaine qu'il serait en mesure d'accepter qu'elle ait perdu pied avec son ancien petit ami. Cette perspective l'effrayait grandement, non seulement pour la stabilité de leur mariage, mais aussi pour la sécurité de Tiordan.
— Tiens, on va s'arrêter ici.
Vadim s'immobilisa dans une clairière neigeuse, nichée au cœur d'un cocon de conifères zébrés par les rayons du jour. Jaya l'imita et jeta un regard intrigué sur lui lorsque ce dernier se tourna vers elle avec un sourire énigmatique.
— Et maintenant, je veux une mise en situation.
— Une mise en situation ?
— Oui. Tu vas me montrer un peu ce que tu sais faire. Tu m'as dit avoir appris à soulever des pierres, donc la lévitation...
Vadim se pencha en avant et tassa un peu de neige entre ses mains pour former une belle boule qu'il posa au sol, entre eux, après l'avoir désignée à Jaya.
— Alors montre-moi comment tu soulèves cette boule.
Jaya émit un rire nerveux.
— C'est ça, ton entraînement ?
— C'est une mise en situation. Je veux voir comment tu te débrouilles avec la maîtrise de ton Risen et après, viendra l'entraînement. Et là, je peux te dire que je te laisserai aucune chance.
Elle sourit de plus belle, exacerbée par tant d'esbroufe.
— Je n'en demande pas moins.
— Exécute-toi au lieu de fanfaronner, ma belle. Tu aurais été un de mes soldats, je t'aurais déjà flanqué un coup de pied aux fesses.
Elle piétinait devant tant d'arrogance. Elle était résolue à effacer ce sourire moqueur de son visage, plus rapidement qu'il n'était apparu. Accumulant une énergie intense dans son bras, Jaya ordonna à son Risen de hisser l'orbe et de l'envoyer se fracasser contre le visage de Vadim. Des particules azurées s'échappèrent de ses doigts et touchèrent la sphère blanche qui s'éleva, captant l'admiration non dissimulée de Vadim. Puis, tel un éclair, elle s'élança avec une violence redoutable vers lui, venant percuter de plein fouet le coin de son nez.
Il grogna en retirant les résidus de neige collés à sa barbe, tandis que Jaya se riait de lui.
— C'est très drôle...
— Ça l'est oui... Argh !
Subitement, une douleur aiguë traversa le bras de Jaya, encore émaillé d'étoiles bleutées. La sensation de brûlure était si intense, si glaciaire, qu'elle se propageait depuis son épaule jusqu'à l'envahir entièrement, atteignant même sa tête. Avec une grimace de souffrance, la brune s'effondra à genoux, les yeux emplis de larmes. Ses mains étaient enduites d'une couche de givre, les doigts engourdis et douloureux.
Alerté par cette scène, Vadim se précipita à ses côtés.
— Jaya, qu'est-ce qui t'arrive ? Ça va ? demanda-t-il, sa voix empreinte d'inquiétude.
Elle hocha la tête, essayant de cacher le mal qui la rongeait.
— Oui, ça... ça ira. Mais ce phénomène se produit souvent ces derniers temps, avoua-t-elle, les larmes roulant sur ses joues.
Vadim fronça les sourcils, intrigué. En effet, ses paumes étaient couvertes d'une fine couche froide et blanchâtre qui disparut aussitôt il posa ses doigts dessus.
— Depuis quand cela se produit ?
— À vrai dire, depuis que j'ai éveillé mon Risen. Des choses étranges se passent à chaque fois que je laisse sortir ma magie. Je ne comprends pas pourquoi, mais mon Risen semble incontrôlable et instable quand ça m'arrive.
Vadim captura les mains frigorifiées de Jaya entre les siennes, essayant de les insuffler de sa propre chaleur. Il plongea son regard dans celui de sa femme, y sondant les profondeurs pour y déchiffrer l'énigme de cet accablant mystère.
— Ce n'est pas normal, je n'ai jamais rien vu de tel, même ici. Peut-être que ton Risen est lié à quelque chose de plus profond, suggéra-t-il, pensif. Tu te souviens quand je t'avais parlé des différentes façons de manier le Risen grâce aux éléments ? Cela ressemble un peu a du Risen Gelé, un mélange du Risen Éthéré et Aquatique. Mais je ne comprends pas... Seuls les mages chevronnés arrivent à manier cette forme du Risen, et surtout à en combiner plusieurs pour en former d'autres.
Il finit par soupirer.
— On va devoir trouver ce qui cause ce phénomène...
— Je pense déjà savoir...
Cette fois, il arqua un sourcil.
— Tu as déjà entendu parler des Banshees ?
— Des Banshees ? Non, jamais.
— Amaros m'a expliqué ce que c'était. Parfois, certains mages développent des aptitudes supplémentaires qui les rendent plus... rares. Un peu comme Amaros et ses pouvoirs de prophète. Il existe aussi les Banshees... Les messagères de la mort.
Elle vit clairement les sourcils de Vadim se contracter davantage, exprimant une préoccupation profonde. Honteusement, elle baissa la tête, fuyant son regard.
— À ce qu'il parait, sur le continent, elles sont mises à l'écart de la société, car leurs cris sont capables de tuer ceux qui l'entendent...
— Qu'est-ce que tu veux dire par là ?
— Je crois que je suis une Banshee, Vadim. J'ai poussé des cris similaires... sans pouvoir me contrôler. J'étais folle de rage à chaque fois. C'est de cette façon que j'ai tué le père Thésélius, au temple Ymosien. C'est... c'est aussi comme ça que j'ai tué ma tante Malista.
— Quoi ?
Il était abasourdi. Un frisson lui parcourut l'échine, une sensation qui ne devait rien à la morsure glaciale du vent de montagne.
— Ta tante est morte... ?
— Oui... Mon père me l'a annoncé, la dernière fois que je l'ai vu, peu avant de me lancer dans les Montagnes Boréales. J'ai aussi tué un troll des montagnes grâce à ce cri... et à chaque fois, ce givre apparaît sur mes mains. Amaros m'a dit que j'étais probablement une Banshee et j'y crois. Sinon pourquoi ces cris tueraient ceux qui l'entendent ? Je... Je suis un monstre...
— Non, ne dit pas ça, je te l'interdis. Je suis sûr qu'il y a une explication. Tu n'es pas un monstre, Jaya.
Elle gardait inlassablement la tête au sol.
— Regarde-moi.
Lorsqu'elle releva doucement ses cils, il put discerner dans ses yeux rougis qu'elle luttait contre un nouveau flot de larmes. Lorsqu'une d'elles s'échappa, petite et solitaire, Vadim la récupéra délicatement en faisant glisser son index sur sa joue blême.
— Chacun de nous porte ses propres singularités. L'essentiel est de savoir les maîtriser afin qu'elles ne causent pas de tort à autrui. Au cours de mes échanges avec les villageois ici, j'ai découvert que les ailes de Risen que j'avais déployées sur Cassandore étaient le fruit d'un phénomène rare appelé par les mages les Élytres de la Colère. Personne ne comprend véritablement pourquoi elles émergent de la sorte, mais la légende veut qu'elles apparaissent quand un mage atteint l'apogée de sa colère. Une colère si sombre et intense qu'elle se matérialise sous cette forme et consume son porteur. C'est ce qui m'est arrivé. J'ai ôté la vie à des innocents sans le vouloir, j'étais aveuglé et... j'ai appris à vivre avec ce fardeau, malgré tout ce qui s'est déroulé. Peut-être as-tu aussi eu à prendre des vies, mais ces personnes n'étaient pas aussi bienveillantes qu'elles voulaient le faire croire. Alors tu devras, toi aussi, apprendre à vivre avec tes actes et ce qui s'est produit, et surtout, ne plus te laisser submerger par la culpabilité. Nous avons tous droit au pardon lorsque notre colère est légitime.
Les paroles de Vadim instillèrent une miette de chaleur dans le cœur glacé de Jaya. Il avait sans doute raison, la culpabilité ne ferait que la tuer. Thésélius était un être abject et impitoyable, qui avait craché sur son fils et son mari. Malista était cruelle, n'ayant jamais montré la moindre affection envers elle ou sa mère, rêvant uniquement de s'emparer du trône d'Alhora. Non... Elle n'avait pas à se tourmenter pour des individus de leur espèce.
Eux, n'avaient pas hésité à la blesser et blesser ceux qu'elle aimait.
— Ça va aller, je serais là pour t'aider à contrôler ces cris. Je ne veux pas que tu abandonnes. Tu dois être forte, d'accord ?
Elle acquiesça lentement, apaisée par ses paroles qui réussirent à faire fleurir sur ses lèvres un sourire fragile que Vadim lui rendit. Il déposa un tendre baiser sur son front, puis la gratifia d'un œil doux.
— Je crois qu'on va laisser la magie de côté pour aujourd'hui, on va plutôt se pencher sur un entraînement à l'arme blanche.
Lorsqu'il l'aida à se relever, Jaya se renfrogna de surprise.
— Parce que je t'ai vue avec ma machette, le soir où je t'ai ramenée au chalet, ce n'était pas très effrayant.
Elle gloussa avec une pointe de rancœur devant cette vérité. Sous ses yeux, Vadim sortit un poignard étincelant de sa ceinture.
— Quand tu es en danger, il ne faut pas lésiner sur les moyens de sauver ta peau. La meilleure façon d'agir, vite et bien, est l'utilisation d'une arme blanche. Ici, un poignard. Tu dois avoir une connaissance approfondie de sa forme, de son équilibre, de son poids et de la meilleure façon de le tenir pour optimiser son utilisation. Tout d'abord, la position de défense...
Vadim fit glisser son pied en arrière, brandissant l'arme avec une main déterminée, tandis qu'il positionnait son autre bras en bouclier devant son visage.
— Tu dois savoir adopter une position défensive en gardant le poignard près de ton corps, prêt à parer les attaques. Les cibles principales sont les parties du corps exposées de l'adversaire, comme les bras et les jambes. Pour l'attaque, tu peux l'utiliser pour désarmer ton ennemi et créer une ouverture pour t'échapper, si le combat est trop difficile.
Se redressant sous les yeux attentifs de Jaya, le blond propulsa la dague en l'air. Elle décrivit un tournoiement gracieux avant qu'il ne l'attrape adroitement par la lame, orientant le manche vers sa femme. Il l'invita à le saisir, ce qu'elle fit après une légère hésitation.
— Dans un affrontement réel, il faut toujours un élément de surprise. Tu es petite, frêle, et je suis ton parfait contraire. Essaye de m'atteindre.
Elle écarquilla les yeux.
— Là ? Tout de suite ?
— Oui, là, tout de suite. Il ne faut pas perdre de temps dans un combat.
Prise de court, Jaya entreprit une fouille ardente dans les recoins de son esprit à la quête d'un élément de surprise efficace. Mais comment en dénicher un dans un intervalle de temps si réduit ? Son esprit se troubla, puis s'embrasa à l'émergence d'une idée plausible qui surgit soudainement.
Sauter aux lèvres de Vadim.
D'abord figé, le blond laissa son regard rivé sur elle alors qu'elle approfondissait ce baiser délicieux et inattendu. Lui qui s'attendait à une attaque frontale, il en était littéralement bouché bée. Cependant, son ébahissement fut de courte durée lorsque Jaya lui décocha un coup de pied féroce dans le tibia. Une vive douleur se fraya un chemin dans ses os, le contraignant à fléchir. Il émit un grognement et tomba à genou, avant de sentir le froid mordant du fer contre son menton.
Quand il posa ses yeux ahuris sur elle, Jaya lui offrait un sourire, presque surprise elle-même. Tout s'était déroulé si rapidement... Si rapidement qu'il en ricana de sa propre imprudence. Il se rendait compte qu'il baissait bien trop sa garde en sa présence.
— Tu n'as pas de pitié, ma parole...
— Mais j'ai réussi.
— Ouais... Mais je t'interdis de faire ça avec un autre homme.
Son rire tourbillonna dans l'air, créant un contraste saisissant avec les larmes récentes encore perlescentes au coin de ses yeux. Lorsqu'il se redressa, son sérieux marqua le pas qu'il fit devant elle.
— Si quelqu'un s'approche trop près de ton cercle de défense personnelle, tâche de lever le bras pour contrer son attaque.
Il saisit le poignet de Jaya et le leva avec une précision réfléchie jusqu'à ce que le fil de la lame effleure son avant-bras solide.
— Utilise sa force contre lui...
Il guida la main de la brune, semblant hypnotisée, qui décrivit un arc de cercle s'arrêtant à la hauteur de sa poitrine.
— Puis plante lui ton poignard dans le flanc, ou directement dans le coeur. Tu ne dois pas avoir peur d'y aller de toute ta force. Ne le lâche pas des yeux et retire ta lame seulement quand tu auras vu la vie quitter son regard.
Leurs regards se croisèrent dans un instant suspendu de silence. Il souhaitait qu'elle comprenne... qu'elle comprenne que ceci n'était pas un entraînement ludique. Elle avait manifestement commis des actes terribles et peut-être que ceux qui la pourchassaient lui voudraient du mal encore plus grand. Il ne voulait pas la perdre de nouveau, ainsi... S'ils venaient à être à nouveau séparés, elles ne devrait pas hésiter à éliminer ces menaces, ainsi que tout autre danger, à la moindre alerte.
Sinon, il s'en chargerait pour elle.
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