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L'Éveil du Cri 3/7

Jaya avait attendu l'aube pour sortir de sa chambre d'invité. Elle songea à prendre congé de cette tour maudite et ce, avec la même solennité que la dernière fois. Sans bruit, sans esclandre, comme une ombre que personne ne remarqua.

Hormis le roi.

Frost n'avait pas dormi de la nuit, troublé par des pensées envahissantes et cacophoniques qui l'avait poussé à parcourir sa chambre en long et en large. Il jura même avoir vu ses semelles s'affiner dans son tourment. Aux premiers rayons du jour, il s'était habillé et était sorti avec l'ambition de réveiller ses troupes afin de préparer le départ. Oui, il ne comptait pas rester une journée de plus ici après ce qu'il s'était passé. Ce fut à ce moment qu'il croisa Jaya qui ne l'avait pas vu, au détour d'un couloir.

Elle se dirigeait vers le hall. Elle partait déjà en ville à cette heure ?

Il savait pertinemment pourquoi.

Quand il l'appela dans son dos, la jeune femme se bloqua dans sa marche. Elle entendit les pas de son père se rapprocher d'elle, mais juste assez pour lui laisser son espace vital. Un silence intense se jouait ; Frost soupira tristement, elle lui en voulait encore.

— Nous repartons cette après-midi, Jaya. Je vais donner l'ordre aux hommes de préparer le traîneau, ça te laissera le temps d'aller te recueillir.

Si vite ? Elle pensa tout d'abord à lui jeter à la figure comme c'était étonnant, au vue de l'amour indicible qu'il portait aux Blanchecombe, mais se ravisa quand la soirée d'hier frappa dans sa mémoire. À l'issue d'une petite semaine consacrée aux promesses de guerre et aux projets relatifs à leur futur empire, leur mésentente finirait vite aux oubliettes. Or, elle préféra se garder de cracher ces mots condescendants.

De toute façon, elle n'avait pas envie de discourir.

— Je vais m'entretenir avec le seigneur Blanchecombe sur certaines choses que je veux mettre au clair avec lui. J'aimerais que tu fasses quelque chose pour moi, ma fille.

Curieusement, elle osa le guetter par dessus son épaule.

— Sur le retour, j'aimerais que tu prennes le temps d'aller faire un tour au temple ymosien afin de faire une petite prière pour moi. Ça me ferait très plaisir et me donnerait du courage pour la suite. Pense à demander à Ymos d'exaucer ton souhait, s'il sent ta sincérité, il le fera. Si cela peut te permettre de vivre mieux et d'être... peut-être, à nouveau heureuse. Je t'aime, ma fille... et j'espère que tu ne l'oublieras jamais.

Une insolente envie de fondre en larmes l'étrangla. Elle dut se ressaisir en se pinçant l'intérieur du bras sous sa cape de fourrure ; ne pleure pas, Jaya... Ne fléchit pas devant lui. Qu'est-ce que Ymos pourrait bien faire pour elle, après tout ? Il n'avait jamais répondu, ni même entendu ses prières. Pourquoi le ferait-il maintenant ?

Seulement, malgré sa colère, son cœur ne pouvait s'empêcher de battre d'amour pour ce puissant rempart dont les yeux clairs lui demandait pardon pour son échec.

Sans un mot, elle tourna les talons et franchit les hautes portes du Beffroi. Elle ne pouvait se résoudre à les affronter davantage.

Le vent soufflait sur la côte, froid et salé.

Toujours les mêmes embruns qui lui collaient au visage et asséchait sa peau. Le ciel était d'une grisaille désolante, le soleil peinait à trouver une brèche pour sortir de l'épais manteau d'hiver. Jaya avait laissé le carrosse en bas de la pente pour monter seule vers le mausolée. Rien n'avait bougé, pas une fleur ne s'était rajoutée, pas même un coquillage.

— Bonjour, Vadim. Bonjour, Danil, ta maman est revenue.

Sa main caressa tendrement la plaque dorée où leurs noms étaient inscrits. Son doigt retraça d'étranges égratignures sur le prénom de son époux, comme si quelqu'un avait tenté de l'effacer à l'aide d'une pierre, sans succès. Elle soupira douloureusement. Même dans la mort, les hérétiques n'avaient pas de repos, ni de respect, ça lui donnait envie de vomir. Toute cette haine... N'en avait-il pas assez eu de son vivant pour qu'on veuille jusqu'à gommer son nom dans son trépas ?

Heureusement, ces vandales n'étaient visiblement pas très doués.

Passant outre ce désagrément, Jaya frissonna quand un coup de vent la frappa. Elle se frictionna sous la chaleur de la cape de fourrure appartenant à Vadim ; elle ne la quittait plus depuis quelques temps. À force, son parfum marin finirait par s'estomper et ce jour-là, elle le verrait mourir pour la seconde fois.

Glissant sa main sous sa cape, la brune en sortit un livre de la poche intérieure.

— Je... Je voulais vous raconter quelques contes, j'ai pensé que... peut-être... cela rendrait votre repos moins triste.

Elle ouvrit le livre bleu et caressa la première page portant l'illustration du conte des Ours Lunaires et de l'homme à la peau de cerf.

— Les Contes de la Fjord de l'Oubli... Je sais que tu aimais beaucoup ce livre, mon amour... Mais Danil n'a encore jamais entendu ces contes merveilleux. Je suis sûre que ça lui plaira.

Ravalant un soupir de motivation, elle tenta de chasser à grands coups de balai les larmes hurlantes dans ses yeux. Elle battit plusieurs fois des cils et son nez rougissait à vue d'œil tant son combat intérieur faisait rage.

Autant lire un peu, peut-être qu'elle pourrait gagner du temps.

— Le... Le Gardien des Ours. Dans une montagne enneigée, comme celles que l'on peut voir au-delà des... des étendues de sapins, la magie était reine. Le Glacier L-Lunaire, tel était son nom, culminait dans le fjord. À son pied... vivaient une... tribu hors du commun, des êtres gigantesques et tout doux appelés les Ours du Croissant de Lune...

Elle inspira fort, ses mains tremblaient autour du manuscrit. Retiens-toi, Jaya...

— Leur fourrure toute blanche se... confondait dans la neige, on leur p-prêtait de grands pouvoirs et la capacité de parler le langage humain. Malgré leur beauté, nul n'osait pénétrer leur t-territoire...

Un sanglot se coinça dans ses voies respiratoires.

— Mais pourquoi je fais ça ?

Fin du tournoi ; elle avait perdu. Elle plaqua sa main à sa bouche pour retenir un râle de douleur quand les larmes dégringolèrent. À quoi bon faire ce qu'elle faisait ? Ça ne servait strictement à rien et elle le savait. Vadim et Danil ne l'entendaient pas, ils n'étaient dorénavant que des os sur terre. À quoi bon souffrir de la sorte ? Elle aurait voulu hurler au ciel et lui demander pourquoi. Pourquoi était-elle si bête ? Pourquoi espérait-elle toujours dans le vide ? Pourquoi s'acharnait-elle a parler à une tombe ?

Elle leva ses prunelles brillantes vers les nébuleuses. Ce fut à cet instant qu'elle l'aperçut ; cette étoile, minuscule, presque cachée, survivante de la nuit, elle brillait au milieu d'un trou de nuages.

Les morts se réincarnaient en étoiles, selon les histoires thénarannes que lui avait raconté Vadim. Elle ne pouvait s'empêcher d'y voir un signe de sa présence, une façon de lui montrer qu'il était toujours là et qu'il veillait sur elle. Cela aurait été le meilleur réconfort qu'elle puisse trouver sur cette falaise.

Es-tu là, mon étoile de guidance ? J'aimerais tellement que tu sois là...

Soudain, des pas crissèrent dans l'herbe gelée derrière elle. Jaya ne se retourna pas, de peur qu'on la voit dans un tel état. Rapidement, elle rangea son livre de contes sous sa cape et essuya ses joues inondées. C'était forcément un garde qui venait la chercher pour la supplier de retourner au chaud, ou même son père qui l'avait suivie, pensa-t-elle.

Une silhouette vint se mettre à côté d'elle en silence. Du coin de l'œil, Jaya remarqua que ce n'était pas son père.

Ni même un homme.

— Bonjour, princesse.

Cette voix... Jaya ne l'avait jamais oubliée.

Pivotant doucement, son cœur fit un saut vertigineux quand elle croisa deux grandes prunelles noires posées sur elle, l'observant avec une infinie tendresse.

— Varvara... ?

La jeune métisse lui étira un petit sourire triste. Oui... C'était bien elle, en chair et en os, Jaya n'en croyait pas ses yeux. Elle restait bloquée devant ce visage si rassurant qui ravivait une miette de joie dans sa peine. Une éclaircie dans ce monde cruel. Elle n'avait pas changé, toujours aussi jolie, toujours ces mêmes boucles épaisses maintenues en un chignon bas noué à la va-vite. Une nouvelle larme coula, entremêlée dans un sourire chagriné.

Jaya lui sauta dans les bras.

Goûter à la chaleur de son étreinte et embrasser la joie des retrouvailles apposa un baume sur son cœur meurtri. Varvara n'attendit pas une seconde de plus pour refermer ses bras sur son amie. C'était si bon de la revoir après tout ce temps, tous ces malheurs. Quand elle se sépara d'elle, Jaya lui prit les mains.

— Tu vas bien ? Tu... tu es vivante...

— Évidemment.

— Mais... les filles au Beffroi te pensent morte, elles se font un sang d'encre pour toi. Où étais-tu passée ?

Varvara baissa la tête, éloignant doucement ses paumes de celles de la princesse. Elle s'était ternie aussi vite que sa seconde de joie était montée.

— C'est une longue histoire. Je... J'ai croisé votre carrosse et vous y est vue. J'ai décidé de vous suivre, je suis désolée.

— Ne t'excuses pas, voyons. Je suis heureuse de te voir en pleine forme.

Jaya ne pouvait se résoudre à la quitter des yeux. La métisse fixait sans démordre le mausolée des Blanchecombe, impressionnée par sa grandeur et l'aura lugubre qu'il transportait.

— Vous êtes venue vous recueillir ?

— Oui, souffla la princesse en fixant à son tour le caveau.

Varvara osa poser un œil sur sa comparse. Sa tristesse gravitait dans le secteur et l'atteignait en plein cœur. Visiblement, malgré les mois passés et toutes les horreurs que les gens racontaient encore sur lui, Jaya n'oubliait pas son mari. Elle l'aimait malgré tout et passait au-dessus du jugement et de la folie meurtrière qui l'avait ensorcelé.

Elle-même n'arrivait pas à s'en remettre et tremblait rien qu'en y repensant.

— J'ai... j'ai appris pour ta mère. Je suis sincèrement désolée.

L'ambiance retomba sur un calme solennel entre les deux jeunes femmes. La métisse se mordit nerveusement la lèvre supérieure et l'aspira quand les souvenirs remontèrent à la surface.

— Je vous remercie. Ça a été très difficile pour moi de la perdre, mais... vous devez savoir de quoi je parle.

En effet, elle était la mieux placée pour le savoir...

— Varvara ? J'aimerais savoir... Si tu n'es jamais retournée au Beffroi, où est-ce que tu vis, désormais ? Et pourquoi n'être jamais revenue ?

Un silence flottant s'imposa entre elles suite à cette question. Varvara se tâta à deux fois avant de donner sa réponse, mais... Pourquoi hésiter ? Elle n'avait pas lieu de craindre Jaya... La princesse était la seule qui ne l'avait jamais jugée.

— Ça ne vous dérange pas de me suivre ? J'aimerais vous le montrer.

Jaya avait tout de suite accepté, talonnant son amie sur le chemin sinueux et boisé passant derrière le temple ymosien situé à quelques pas du mausolée. En une poignée de minutes, dans un demi-silence, les deux jeunes femmes atteignirent les premières habitations aux abords du saint lieu. Varvara l'emporta dans une ruelle étroite et distincte au sol de terre claire. Elle fonça aussitôt vers une porte clouée dans un renfoncement et posa sa main sur la poignée. Or, elle s'arrêta au moment de la tourner pour jeter un œil suppliant à son accompagnatrice.

— Princesse... Promettez-moi de ne jamais parler à qui que ce soit de cet endroit, ni de ce que vous y verrez.

D'abord surprise par une telle demande, Jaya lui promit de garder le secret. Pourquoi tant de précautions ? Vivait-elle dans un gang de rebuts de la société ? Dans un lupanar ? En vue de l'obscurité de la ruelle où elles se trouvaient, elle n'en aurait pas mis sa main au feu. Quand Varvara se décida à ouvrir, elle entra en premier et incita l'alhorienne à marcher sur ses pas. Peu rassurée, Jaya ravala sa peur et pénétra à son tour dans l'appartement.

Oui, c'en était un, et bien moins effrayant que ce qu'elle s'imaginait.

La lumière passait par les fenêtres dont les vieux rideaux aux broderies désuètes étaient ouverts, c'était si surprenant à voir qu'on en était éblouit, sachant comme l'extérieur était sombre. Il s'agissait d'un petit salon faisant aussi office de cuisine. Une table avec trois chaises était disposée au milieu, un joli bouquet de fleurs fanées reposait sur un napperon. Dans un coin, il y avait une sorte de canapé recouvert d'une couverture et d'un oreiller. À côté de lui, une caisse de bois sur pieds semblant taillée à la main se dressait.

Cela ressemblait à une modeste maison de famille.

Soudain, une vieille dame toute sec, à la peau noire et aux cheveux hirsutes comparables à un nuage blanc, arriva à petits pas. Une canne à la main, elle sortit d'un renfoncement, ses chevilles frémissantes semblant prêtes à lâcher sous le poids de son corps.

— Ah, Varvara, te voilà...

— Oh, vous êtes réveillée, Madame Pranpline ? Attendez, laissez-moi vous aider.

Abandonnant Jaya devant le seuil, Varvara fonça vers la femme âgée qu'elle saisit par le bras afin de l'aider à s'asseoir sur sa chaise à bascule fétiche. La pauvre diablesse était rouillée des articulations.

— Madame Pranpline, j'aimerais vous présenter une amie.

Varvara se décala un peu pour dévoiler Jaya aux yeux de la septuagénaire. Celle-ci battit des cils et plissa ses yeux comme une taupe en plein soleil. Elle voyait assez mal, mais étira un sourire rempli de dents manquantes.

— Elle ressemble à la princesse.

Jaya ne put retenir un hoquet de rire devant cette innocente déclaration. Sa vision laissait à désirer, se dit-elle, avant de se ressaisir rapidement sous l'œil gêné de Varvara.

— Oui, on me dit souvent que... je lui ressemble.

Sa réponse satisfit la femme hors d'âge qui pensa intimement que son idiot de fils avait tort depuis toujours : elle voyait très bien ! Varvara étira à son tour un petit sourire amusé avant de se redresser. Elle ne s'ennuyait jamais avec une dame comme la vieille Pranpline.

Soudain, un gazouillement émana de la place du canapé.

Pétrifiée, Jaya greffa aussitôt son attention dessus. Le petit grognement continua, plus audible et cogna dans son cœur. Cela venait de la caisse de bois.

— Ah, il m'a réveillée, tout à l'heure. Il n'arrêtait pas de faire du bruit, du coup, j'ai voulu aller le voir avant que tu ne rentres.

Varvara s'élança aussitôt vers le couffin sous les yeux troublés de Jaya. Une seconde, elle crut percevoir du mouvement dans les draps blancs. Penchée au-dessus, Varvara en extirpa une masse qu'elle tint dans ses bras et berça doucement. Les lamentations aiguës s'arrêtèrent aussitôt.

Une petite main potelée s'éleva alors hors des couvertures.

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