Chapitre 6
« Ta douleur marque l'éclatement de la coquille qui enferme la compréhension. Comme le noyau du fruit doit s'ouvrir pour que son cœur paraisse au soleil, tu dois connaitre la douleur. »
Khalil Gibran
Ses mains sur mon corps laissaient des traces brulantes. Le désir nous animait et nos baisers se faisaient plus pressants. Il me disait tellement de chose à travers ses gestes. C'était comme si nous dansions, une danse endiablée, passionné, infinie. Nos corps avaient choisi la musique et nous suivions le mouvement. Plus rien n'existait, juste lui, sa peau, ses lèvres sur les miennes.
- Je t'avais dit que j'aimais qu'on me paye en nature, me souffla-t-il à l'oreille.
J'éclatais de rire et je sentais son sourire dans mon cou. Il déposait maintenant ses baisers sur ma clavicule puis à la naissance de mes seins.
- C'est moi qui l'ai gagnée cette récompense on dirait, haletai-je.
- C'est certain ! Je suis un vrai cadeau.
Il me prit dans ces bras et me déposa doucement sur le lit et commença à délacer mes chaussures. Un de mes pieds toucha le sol glacé et mes jambes vinrent immédiatement s'enrouler autour de sa taille. Il reprit le contrôle de mes lèvres et à ce moment-là, je sus qu'a la minute où il m'avait embrassé pour la première fois dans la boite de nuit je lui avais appartenu. Et il m'appartenait aussi... Je n'avais jamais ressenti quelque chose d'aussi fort. Je levais la tête pour le regarder.
- Un magnifique cadeau empoisonné, soufflai-je avant un noir complet.
****
Je me réveillai en sursaut en entendant une porte s'ouvrir en grinçant. Bon sang... J'étais toujours dans la salle d'entrainement et je venais de faire un rêve très étrange. Encore une fois... Cette histoire de fous commençait sérieusement à me taper sur le système.
- Qu'est-ce que tu fais là ?
Une jeune fille venait d'entrer dans la salle et se tenait au milieu des tapis. Quant à moi, j'étais affalé contre la vieille armoire avec mes vêtements trempés. Je commençais à comprendre son regard un peu méfiant.
- C'est une longue histoire, sais-tu où je peux trouver la sortie ? demandais-je
Elle eut un moment d'incompréhension, son visage me rappelais quelqu'un mais je n'arrivais pas à savoir qui. Ses yeux étaient d'un bleu surprenant et contrastaient avec sa courte chevelure brune.
- Euh... Je ne pense pas que les gardiens te laisseront sortir dans cet état. Tu finirais au poste de police, me dit-elle avec un sourire.
En deux mots, elle était magnifique. Je remarquai alors qu'elle avait une hache à la main. Je fis un mouvement de recul, l'arme était plus grande que sa jambe !
- Je ne vais pas te faire de mal tu sais, je veux juste comprendre ce que tu fais dans cette salle d'entrainement à sept heure du matin. C'est Zach qui t'a laissé entrer ? Il avait les clés hier soir.
- Zach ? Non... Je... Quelqu'un m'a enfermé ici par accident et je me suis endormie.
Mon histoire n'avait ni queue ni tête. Elle éclata de rire.
- Tu n'es pas très doué comme fille ! C'est quoi ton nom ?
Je ne devais pas dire mon nom et pourtant...
- Je suis Cassandra Jenkins.
Son visage s'illumina et elle s'accroupit près de moi.
- Et bien Cassandra, tu étais plutôt bien planquée, tout le centre te cherche depuis six heures. Ton nom est sur toutes les lèvres, ils deviennent fous en bas.
Je pris la main qu'elle me tendait pour me relever. Ma nuque me faisait un peu souffrir après ma nuit sur les tapis.
- Je suis Artie Lassias, bienvenu au centre ! Ne t'en fais pas, je te ramènerais pas dans la grande salle si tu ne le veux pas mais je te propose une bonne douche. Qu'est-ce que tu en dit ?
Je rêvais de quitter ces vêtements trempés.
- D'accord. Merci beaucoup.
- Suis-moi.
Je lui emboitai le pas et nous sortîmes de la salle. Elle marchait vite dans les couloirs que j'avais traversé la vielle. Je remarquai que l'ensemble du bâtiment était richement décoré. Il y avait de la moquette rouge par terre et les murs en bois renvoyait une douce chaleur. J'avais l'impression d'être dans un chalet à la montagne.
- Nous allons passer par l'escalier de service pour t'éviter d'être vu. Je ne suis pas sûr que Peter ou mon frère soient aussi compréhensifs que moi malheureusement, annonça Artie.
Son frère ? De qui parlait -elle ?
- Je pense que toutes les révélations ont dû te faire un choc, il te faut un peu de repos.
- Merci, chuchotais-je comme pour moi-même.
Nous montâmes deux étages pour déboucher dans un autre couloir, cet endroit était un vrai labyrinthe ! Ici, les porte étaient beaucoup plus petites et portaient des gravures : des dessins et des inscriptions. Je distinguais les noms de « Anna » ou « Zach ». Nous arrivâmes devant une chambre, celle d'Artie. Sur sa porte, il y avait des tonnes d'écritures à la craie ou au feutre, je remarquais l'arc et les flèches peints tout en haut.
- Pourquoi il y a autant d'inscriptions sur cette porte ? demandai-je.
Elle me répondit avec un grand sourire :
- Ce sont des souvenirs, mes amis ont écrit au fil des années.
Depuis combien de temps elle occupait cette chambre ?
- Bon, ce n'est pas très rangé mais au moins tu pourras te laver tranquillement, enchaina-t-elle en ouvrant la chambre.
La pièce était immense. Au centre, il y avait un lit paré de grande couverture en peau blanche et douce. Un grand bureau et un petit salon se trouvaient à côté. Une deuxième pièce était attenante à la première, on y avait installé du matériel d'art. Et puis, il y avait la salle de bains, tout aussi grande que le reste et pourvue d'un dressing. Ce n'était pas une chambre, c'était un appartement ! Artie me conduisit jusqu'à la salle de bains en prenant soin d'y laisser des vêtements propres pour me changer. Je m'empressai de retirer mon t-shirt trempé et mon pantalon collant. Je me glissai sous la douche et allumai l'eau chaude. Un soupir de soulagement s'échappa de mes lèvres. Cette douche était une bénédiction !
Tandis que les gouttes d'eau s'écoulaient doucement sur mes joues, je repensais aux évènements. J'avais clairement vu mon frère dans un rêve, il fallait que je définisse s'il s'agissait d'une vision. Je me souvenais de tous les détails et le sol était froid comme de la glace. Peter avait dit que les visions pouvaient se réaliser dans des contextes très particuliers. Peut-être que j'avais mal interprété ? Ou alors peut-être qu'il s'agissait seulement d'un avertissement ? Je devais me calmer, trouver un moyen de ramener Hadel avant que ça n'arrive. Etait-ce seulement possible ? Toute cette histoire me terrifiait au plus haut point ! Et dire qu'hier matin, dans ma salle de bains, tout allait très bien, loin de ce monde de fous...
Je mis un pied en dehors de la cabine de douche et m'enroulai dans ma serviette. J'aperçus alors de grands yeux marrons me regarder dans le miroir, mon reflet. Je n'avais jamais paru aussi épuisé de toute ma vie, même quand j'avais dû étudier toute la nuit pour intégrer l'université d'Auckland. L'université... La rentrée était dans trois semaines et ma vie venait d'être brisée en mille morceaux. J'avais toujours rêvé d'étudier le droit, devenir avocate était une sorte de vocation après ce qui était arrivé à ma mère. Mon plan était simple : devenir défenseur de la loi et protéger les familles des individus violents et alcooliques. Et aujourd'hui ?
J'enfilai ma nouvelle tenue, un jean et un T-shirt rose pale. Je détachai séchai mes cheveux et une cascade d'un blond foncé vint se poser doucement sur mes épaules. Je remerciai silencieusement Artie de m'avoir fourni une brosse à dents. Je remarquai une coupure sur mon front, surement une trace du combat d'hier soir.
Je sortis enfin de la salle de bain et Artie était assise sur un des canapés et me tendait un plateau-repas :
- Je t'ai commandé quelques choses à manger, j'espère que tu aimes les pommes de terre, les cuisiniers ne font plus que ça ces temps-ci, dit-elle.
En effet, purée en entrée et frite-omelette aux pommes de terre sautées comme plat de résistance.
- C'est parfait, merci beaucoup.
Je m'installai et dévorai ce qui m'était offert. A côté, la jeune fille me regardait avec un sourire en coin.
- Ba dit donc, tu avais faim !
- Euh... Oui, fis-je en rougissant.
- Je pense que tu devrais redescendre à la salle de contrôle, dit-elle après un silence.
Drôle de changement de sujet.
- Peter a encore beaucoup de choses à t'apprendre, des choses qui pourraient changer la donne. Tu peux lui faire confiance tu sais. Nous sommes tous très attaché à lui ici.
Je savais bien qu'il me faudrait encore affronter de nombreuses vérités et en un sens, j'étais curieuse de savoir ce qu'il avait découvert sur mon frère cette nuit. Je devais me convaincre que cette vision était sortie de son contexte : tout irait bien !
- Je vais y aller, je n'ai pas d'autre choix, affirmai-je.
- Oui, se contenta-t-elle de répondre.
Je ne pus m'empêcher de vouloir en connaître plus sur elle. J'étais reconnaissante, elle m'avait aidé et contrairement aux autres personnes de cet endroit, elle n'avait pas essayé de m'assommer avec des histoires sans queues ni tête.
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Bonne année 2017 à tous! Merci continuer à me lire, je vous souhaite plein de bonheur!
Clemalisa.
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